PaxetBonum a écrit :Pour ma part la messe basse reste la forme que je préfère, j'y prie bien mieux.
Mais elles se font plus que rares…
Entendez-vous par "messe basse" une messe totalement silencieuse (par opposition p.ex à une messe "dialoguée" selon l'ancien rite)?
C'est un argument que je lis souvent. Pourtant, il me semble qu'il y a là une confusion entre l'adoration du St Sacrement (qui est une très bonne occasion de prier seul, en silence) et la messe.
L'objet de la messe n'est pas de prier de façon privée, il est d'accomplir une action commune de toute l'Eglise, chacun selon son rôle (pour les laïcs, il s'agit en particulier de ratifier les actions des clercs par les réponses prévues, et bien sûr de louer Dieu de façon collective en s'associant aux chants liturgiques communs).
Plus généralement, à force de me poser la question sur la dégénérescence de la liturgie latine depuis en gros la fin du Moyen Age, je crois distinguer 2 raisons principales qui entraînent le reste:
- la prédominance de la messe "basse" (dans le sens de cérémonies réduites au strict minimum) par rapport à la forme normative, qui est la liturgie solenelle (et même encore plus, la liturgie pontificale), chantée, avec participation de tous les ordres (prêtres, diacres, ordres mineurs, schola, fidèles...).
La multiplication des messes "privées", et encore plus leur abus à la fin du Moyen Age (p.ex la pratique d'ordonner des prêtres sans formation simplement pour célébrer à la chaîne des messes privées à intentions particulières, pratique supprimée par le Concile de Trente si je ne m'abuse), mais aussi la disparition progressive (qui y est peut-être liée) des diacres et des ordres mineurs.
- la perte des rites et des aménagements liés à la notion de sanctuaire, de Saint des Saints, aussi bien dans la perte de l'orientation des édifices à cette époque, que de la disparition des séparations entre le sanctuaire et la nef. Si je me réfère déjà à la liturgie telle que célébrée avant le Concile et encore de rigueur dans les lieux de culte tradis, il m'a toujours semblé curieux qu'on mélange en pratique le choeur (où s'assoient les clercs et ceux qui servent la liturgie) et le sanctuaire. On sépare le choeur (qui est clos, où les fidèles n'ont théoriquement pas accès) et la nef, mais pas le choeur et le sanctuaire. Pourtant, je me souviens avoir lu que le rideau du sanctuaire - qu'on retrouve dans toutes les liturgies orientales - existait encore après le Concile de Trente et la disparition des jubés, et que d'autre part les anciennes rubriques imposaient que lorsque des clercs célèbraient au choeur l'Office divin, l'autel et le tabernacle ne devaient pas être visibles. On ne trouve pas beaucoup d'infos sur ce sujet, je suis preneur...
La photo ci-dessus est presque une caricature de tout ça: les autels sont bien faits et bien présentés (de mon point de vue), mais le tout fait vraiment "messe à la chaîne", le lieu sacré est réduit à sa plus simple expression... A moins qu'il n'y ait exclusivement un but de formation (sur la page d'origine de la photo donnée par Steph (
http://www.sanctamissa.org/workshops/fo ... ation.html), ce n'est pas très clair).
A force de banaliser la messe "basse" expédiée en 1/2h voire moins sur un simple autel, par seulement 2 ministres (1 prêtre et 1 servant), faisant fi de la visibilité de l'unité liturgique du Corps Mystique du Christ, on a peut-être perdu de vue en Occident ce qu'est censé être la messe. Dès lors, comment s'étonner si les tentatives de réforme, mal comprises, ont en fin de compte engendré les dérives accélérées et délirantes de ces 40 dernières années?
In Xto,
archi.