L'Histoire a montré que pour ces exemples cités précédemment tout était une question d'humiliation. "Les Allemands ont été humiliés par le traité de Versailles, poursuit Boris Cyrulnik, les Français par la déroute de 40, le succès d'Israël provoque aussi un sentiment d'humiliation dans les pays arabes.
Tout est une question d'humiliation? Pas sûr.
Dans le cas de l'Allemagne : un changement de régime drastique intervenait au même moment où le régime des bolchéviques pouvait apparaître dans toute sa pleine virulence. On songe à la faiblesse de la république de Weimar; de quoi faire peur un maximum aux payeurs de taxe de l'époque. On peut supposer facilement que bien des voteurs d'Allemagne auront pu voter pour le national-socialisme, comme bien des catholiques de l'époque également, Non pas tant par sentiment d'humiliation comme par crainte du communiste, cette peur des abominables léninistes et staliniens.
Les Français de 40 n'ont peut-être pas vu le Maréchal s'amener dans le but de venger une humiliation, mais surtout auront-ils été soulagés de ce qu'il puisse offrir un certain rempart contre la perspective de voir le pays tomber en dissolution, en pleine anarchie, ouvrant la porte à son dépeçage par les Allemands. L'idée première est tout simplement de limiter les dégâts.
Il est possible que la bonne cause palestinienne soit revendiquée par des islamistes non-palestiniens, non pas à raison d'un sentiment personnel d'humiliation mais comme d'un prétexte afin de se donner du crédit moral auprès d'autres musulmans, quand il s'agit de jouer du coude afin de passer devant des rivaux, pour apparaître comme meilleur champion de l'islam, etc. Les Jordaniens sont des arabes musulmans. Et ils ont l'air de s'accommoder assez bien des succès d'Israël. Les Jordaniens ne semblent pas animés par un puissant ressenti d'humiliation. Pourquoi les autres le seraient-ils davantage?
Je veux dire
Il y a plein de raisons qui peuvent faire qu'un citoyen américain vote pour Trump : rejeter la corruption d'Hillary, goût du changement après deux mandats des démocrates, insatisfaction envers la politique complaisante des démocrates envers l'islam, désenchantement d'électeurs démocrates par rapport aux politiques de libre-échange, etc.
Je ne vois pas pourquoi il faudrait privilégier une explication psychologisante par-dessus tout. Et pourquoi cette idée à l'effet que des hommes blancs seraient humilier de ne plus pouvoir lyncher des Noirs librement, de ne plus pouvoir écraser des Mexicains à volonté comme dans un jeu vidéo, tirer à vue sur les indiens?
Les jurons de Trumps, ses coups de gueule étudiés, ses saillies populaires qui détruisent le marketing bien lisse des agences de publicité des politiciens de carrière : on peut le voir aussi comme une sorte de garantie à l'effet que le sujet présentiel serait libre des multiples chaînes dorées liant des autres politiciens. Une liberté d'esprit quoi! Les gens souhaitent la présence d'un personnage présidentiel qui puisse assumer des choix, même impopulaires aux yeux d'une coterie "européenne", un personnage présidentiel qui ne serait pas esclave de ses conseillers ou d'une armée d'avocats.
Implicitement, on pourrait comprendre la révolte comme une volonté diffuse de voir réhabiliter la politique par-dessus les juges, par-dessus les spécialistes des droits de l'homme à l'ONU, avant les économistes de la banque.
Vouloir trouver une maladie, une indignité foncière dans le simple fait de voter pour Trump à une élection : c'est une attitude qui peut apparaître comme tendanciellement anti-démocratique, partiale, élitiste.