En lisant le début du tome 1 (
amour et concupiscence)
Du discernement spirituel, de Georges Habra, il y a un passage qui m'a fait penser à vous.
Je me suis rappelé que, au souvenir des sombres moments de votre vie, vous ne compreniez pas comment vous avez pu vous fourvoyer à ce point dans vos passions.
Après avoir lu ce passage, je vais vous dire comme Einstein : « Un problème sans solution est un problème mal posé.»

La vraie question qu'il vous faudrait poser, je crois, est celle-ci : « comment mes passions ont pu entraîner à ce point ma volonté ? »
Dans le premier chapitre, l'auteur aborde l'âme et nous explique qu'elle n'est pas que raison mais aussi instinct.
L'auteur cite Pascal qui développe admirablement ce point : « Nous connaissons la vérité, non-seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement qui n'y a point de part, essaye de le combattre. Les pyrrhoniens[
?], qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point ; quelque impuissance où nous soyons de le prouver par la raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, temps, mouvement, nombres, [est] aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie et qu'elle y fonde tout son discours.
(Le cœur sent qu'il y a trois dimmensions dans l'espace et que les nombres sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies).
Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes, pour pouvoir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre, pour pouvoir les recevoir. » (Blaise Pascal,
Pensées, IV, 282, éd. Brunschvicg.)
(Erreur du rationalisme tant répandue de nos jours.)
Après avoir argumenté sur l’existence de l'âme, l'auteur nous rappelle qu'elle est capable d'influer sur notre corps. Puis, et c'est là que cela devient intéressant : il nous explique que notre corps influence notre âme.
Il cite St Paul évoquant la contradiction entre "la loi du corps" (le passions) et "la loi de l'esprit" (la volonté du bien) et encore par cette citation : « Car je ne fais pas ce que je veux, mais ce que je hais » (
Romains 7, 15) (sous-entendu : à cause de mes passions je fait ce que ma conscience hait). Et cette phrase étonnante : « Ce que je fais, je ne le sais pas » (
Sagesse 4, 12) et le commentaire de St Chrysostome : « Que signifie « je ne le sais pas » ? [Cela veut dire] : je l'ignore. [...] En quel temps a-t-il pu en être ainsi ? Car nul n'a péché par ignorance [...] Il n'entend donc pas par « ce que je fais je ne le sais pas » l'ignorance absolue, car sinon comment prendrait-il plaisir à la loi de Dieu selon l'homme intérieur ?(1) Quel sens [St Paul] attache-t-il donc à ces paroles : « je ne le sais pas » ? Il veut dire par là : je suis aveuglé, je suis rendu captif, je suis victime d'une machination et ne sais comment je trébuche. Ce que nous avons coutume d'exprimer par : « je ne sais comment un tel est venu et m'a séduit », non pour prétexter l'ignorance mais pour faire comprendre que nous avons été en quelque façon trompés, circonvenus, pris au piège. » (Homélie 13 sur
Épitre aux romains, 1 (P.G. LX, 508) ; note 1 :
Romains 7, 22)
Il nous explique ensuite qu'un obscurcissement de l'intelligence survient parallèlement à la poursuite des passions. Et c'est cette poursuite qui devient non-seulement esclavage (vu que l'on s'emploie à faire le contraire de l'apprentissage à la maîtrise de soi) mais "auto-aveuglement" si l'on peux dire. ("Il faut vivre comme on pense, sinon, tôt ou tard, on finit par penser comme on a vécu" Fedor Dostoïevski,
Le Sous-Sol, I, 8.)
Bon. Même si c'est plein de discernement et parsemé de fabuleuses citations, je n'ai pas le courage de tout recopier ici...
Ce bouquin m'a l'air superbe. Même si c'est "du costaud" (pas facile à comprendre), j'ai hâte de le dévorer et de le re-dévorer, tout autant que ses deux tomes suivants. Je le conseille à tous ceux qui arrivent à suivre un minimum du texte philosophique.