C'est déjà bien de le reconnaîtreti'hamo a écrit :Les catholiques sont étranges, effectivement
Pour que votre raisonnement analogique implicite fonctionne, il faudrait qu'il y ait vraiment des analogies pertinentes entre les deux situations. Or, avec votre exemple du vin, vous avez au moins DEUX exemplaires distincts de vin : celui qui va être bu lors de la soirée entre amis, celui qui va être consacré à la messe. Il y a scandale, sacrilège et blessure, dites-vous, si on se comporte avec le vin de messe comme avec le vin que l'on va boire entre amis.ti'hamo a écrit :. Le vin a certes un rôle social, divertissant,... et un rôle religieux.
Mais CE vin, qui sert à la consécration, n'a du coup pas tous ces rôles.
[...]
Et de même tout pareil avec leur épouse, leur époux, et leurs unions :
vous pouvez leur toucher les mains ou les joues ou les épaules en causant, en blaguant, en rigolant, ils y verront des marques d'amitié, de camaraderie, des petits bonheurs de la vie quotidienne,
et ils vous sortiront à l'occasion des tirades philosophiques au sujet de Dieu en chacun de nous, de la Charité infinie incarnée dans de petits gestes banals en apparence, de l'importance d'un amour qui ne soit pas désincarné.
... mais faites de même avec leurs unions sexuelles, leur épouse, leur amour conjugal,
et ils se scandaliseront, vous appelleront sacrilège, et rien ne pourra les blesser plus.
Vraiment, vraiment, vraiment bizarres.
Donc pour conserver l'analogie, il faudrait, semblablement, envisager DEUX exemplaires distincts d'union charnelle, ou DEUX exemplaires distincts de personnes : une union charnelle ludico-sociale, et une union charnelle religieuso-conjugalo-procréatrice ; une personne avec qui on va avoir une union charnelle ludico-sociale, et une personne avec qui on va avoir une union charnelle religieuso-conjugalo-procréatrice. Il y aurait scandale, sacrilège et blessure, si on se comportait avec l'union charnelle religieuso-conjugalo-procréatrice, et/ou avec la personne avec qui on a cette union, comme avec l'union charnelle ludico-sociale, et/ou avec la personne avec qui on a cette union (par exemple, si on mêlait une dimension ludico-sociale à l'union charnelle religieuso-conjugalo-procréatrice, ou si on avait une union charnelle ludico-sociale avec la personne "réservée" aux unions charnelles religieuso-conjugalo-procréatrices).
L'analogie, correctement rétablie, ne s'oppose donc plus, vous remarquerez, à la possibilité d'unions charnelles non potentiellement procréatrices, du moment que ces dernières ne concernent pas les unions religieuso-conjugalo-procréatrices (vous me direz : une union non procréatrice dans un but procréateur, c'est assez mal calculé...) et/ou les personnes avec qui nous avons ces unions. Dit autrement : l'analogie, correctement rétablie, ne s'oppose donc plus, vous remarquerez, à la possibilité d'unions charnelles purement ludico-sociales (voire au pluralisme amoureux), mais seulement à l'introduction d'une dimension ludico-sociale au sein des unions religieuso-conjugalo-procréatrices, voire à l'introduction d'une dimension ludico-sociale avec les personnes avec lesquelles nous avons les unions religieuso-conjugalo-procréatrices. Donc avec son conjoint, quand il s'agit de faire des enfants (voire même dans la vie quotidienne), pour l'amour de Dieu, il faut surtout bien se prendre au sérieux et se retenir de goûter ensemble la sensualité du moment ; par contre, pas de problème pour avoir des relations, charnelles ou non, plus légères et plus goûteuses, du moment où c'est avec un(e) amant(e), ou plusieurs pourquoi pas. Voilà ce qu'il faudrait normalement conclure de cette analogie.
Finalement, elle va plutôt dans mon sens que dans le vôtre. A ceci près, cependant, que je ne vois pas d'objection à introduire une dimension ludico-sociale dans les relations, charnelles ou non, religieuso-conjugalo-procréatrices ou non, avec son conjoint. Peut-être parce que je ne vois ni les relations charnelles, ni mon épouse, comme des biens de consommation, au contraire du vin : une fois bu, le vin cesse d'exister comme vin encore buvable, mais se retrouve dans mon estomac où il va être assimilé (tant bien que mal) par mon organisme. En revanche, quand je m'unis charnellement à mon épouse, elle continue, fort heureusement, à exister, et nous pouvons nous unir à nouveau un peu plus tard.
C'est peut-être (simple hypothèse de ma part) l'unicité de notre relation avec tel verre de vin en particulier qui rend scandaleux, sacrilège et blessant l'idée de badiner avec le vin consacré... En tout cas, tout ne fonctionne pas sur le modèle du vin. Prenons l'exemple d'une raquette de tennis. Un tennisman peut vouloir jouer une partie de championnat avec la raquette que sa mère lui a offert il y a 10 ans et avec laquelle il s'est entraîné et a joué des parties amicales. Puis, plus tard, il peut léguer à son fils cette raquette qui lui aura fait gagner plusieurs matchs, afin qu'il apprenne à jouer au tennis et dispute des matchs amicaux. Donc ici, une MÊME raquette servira des buts différents : apprendre à jouer, faire des matchs amicaux, pour le plaisir, mais également devenir champion... Je suis sûr qu'en réfléchissant un peu, on pourrait aisément trouver d'autres exemples : un même livre (par exemple la Bible) peut être lu comme simple divertissement, puis on peut l'étudier en classe, puis on peut échanger à son sujet avec des amis, il peut aussi donner lieu à un très sérieux colloque de spécialistes, il peut être lu avec recueillement lors d'une messe, on peut aussi écrire une thèse dessus, en faire un pastiche* ou une parodie*, une adaptation cinématographique, en bande dessinée*, en manga*, etc.
* il est certain que cela choquera certaines personnes mais du moment que ce n'est ni le pastiche, ni la parodie, ni la BD, ni le manga, qui sont lus à la messe, on ne pourra pas parler véritablement de sacrilège, de scandale ou de blessure, légitimes. Qui oserait ainsi prononcer une condamnation de Fernandel lorsqu'il joue Don Camillo ?


