Ces derniers temps, j'ai découvert un peu plus attentivement l'œuvre de Liszt. Comme on sait, Liszt est devenu prêtre dans la dernière partie de sa vie (les vingt dernières années, environ). Mais ce que j'ignorais, c'était l'importance de sa production pour chœur. Et en particulier pour des chœurs religieux. Cet aspect de Liszt est très méconnu, même si certains de ses oratorios sont de plus en plus joués.
On connaît le Liszt pianiste. On savait aussi que son œuvre pour orchestre occupe une place importante, même si Liszt avouait lui-même ses lacunes en orchestration, et devait recourir à des orchestrateurs (Berlioz l'a aidé à orchestrer son
premier concerto pour piano, par exemple), son œuvre orchestrale est quand même pionnière dans le poème symphonique. Disons que son intérêt personnel n'en faisait pas un terrain de prédilection, puisque sa production orchestrale se limite à sa période de Weimar, donc en lien avec son activité de chef de la musique à la cour.
Mais le Liszt auteur de musique vocale, j'avoue que j'ignorais totalement cet aspect. Et cette passion pour la musique vocale se manifeste très tôt chez Liszt. Par exemple, chose inouïe, j'étais loin de m'imaginer que les fameux
Préludes provenaient d'un chœur, en l'occurrence
Les Quatre éléments, chœur profane sur un texte français de Victor Hugo. Effectivement, maintenant, à y regarder de plus près, l'écriture des
Préludes fait bien plus penser à une écriture chorale qu'à une écriture pianistique. Donc confirmation, il y a bien un deuxième Liszt méconnu. Pour ceux qui connaissent les
Préludes, ils peuvent en reconnaître le thème dans le premier chant des
Quatre éléments, La Terre :
https://m.youtube.com/watch?v=wBZtLVkVU40
Et le second thème apparaît dans le quatrième chant,
Les Astres :
https://m.youtube.com/watch?v=8SDIbtjPJVA
Les deux enregistrements par le chœur Honved.
Si on veut écouter les
Préludes (l'une de ses plus belles œuvres pour orchestre), il y a la version de Karajan, avec le Berliner (je suis personnellement habitué à celle de Ferencsik, à la tête de l'Orchestre hongrois) :
https://m.youtube.com/watch?v=4pqrPjMiUXo
Mais les plus grandes merveilles nous attendent, à mon avis, dans sa production de lieder et autres mélodies. En particulier,
Il était un roi de Thulé (d'après Goethe, je crois), ici dans une version de Jonas Kaufmann :
https://m.youtube.com/watch?v=esU_yZ2h6cE
La mélodie est tellement fascinante qu'elle fut orchestrée par Tchaïkovski, dont voici une version par Jadwiga Teresa Stepien, avec l'orchestre de la radio polonaise, que je m'écoute en boucle sans pouvoir m'en lasser :
https://www.youtube.com/watch?v=iqbvLY1N5As
Mais il faut signaler quelques autres de ces monuments :
Un insolite cycle italien, les
Sonnets de Pétrarque, dont le premier,
Pace non trovo (Je ne trouve pas la paix !) dans une version de Pavarotti (j'aime bien tout ce qui est à contre emploi, Pavarotti semble inattendu, dans ce bizarre répertoire lisztien italianisant qui paraît le freiner dans ses élans passionnés, et ça donne un résultat fabuleux et unique) :
https://m.youtube.com/watch?v=9gZkxd1-feU
La version en live vaut le détour :
https://m.youtube.com/watch?v=iXFRO8FRyic
Autre trouvaille invraisemblable,
Gastibelza, l'homme à la carabine, de Victor Hugo, par Fischer-Dieskau :
https://www.youtube.com/watch?v=BdozX0Y1RkU
(Avec un clin d'œil pour la version de Georges Brassens, qui est pas mal dans son genre aussi, mais bon, pas le même registre). "Le vent qui vient à travers la montagne me rendra fou."
Trop d'information tue l'information, mais il faut que j'en cite encore quelques autres :
Oh quand je dors (encore Victor Hugo), qui est un peu connue, je crois, ici par la fabuleuse Kiri Te Kanawa :
https://www.youtube.com/watch?v=iVBsTY-LWqY
Comment, disaient-ils, par Fischer-Dieskau (j'aime beaucoup l'aspect théâtral et tourmenté de cette chanson à la française) :
https://www.youtube.com/watch?v=selnRj0dsVA
Freudvoll und Leidvoll, une vraie splendeur. Je crois qu'il en existe deux versions très différentes. La première est plus connue. Mais cette seconde (si je ne fais pas erreur, je suis à une terrasse de café, et ne peux pas vérifier), me parle beaucoup plus, ici par Barbara Bonney, que je découvre :
https://www.youtube.com/watch?v=pqTVgGTyd4c