Merci Fée pour cet intéressant document.
Mais j'ai l'impression que Gerardh a bien compris que "sacramentum" est la traduction latine de "musterion".
Sa question est plutôt sur le fait de savoir si oui ou non, lorsque le Nouveau Testament traite de ce que nous appelons un mystère, il est effectivement fait usage du mot musterion, ou sacramentum dans la Vulgate, ou si tout du moins il est fait comprendre, même sans employer le mot, que c'est bien de cela qu'il s'agit.
C'est une question piège. Non pas que Gerardh cherche à nous prendre au piège (je le crois sincère, sinon le dialogue est impossible), mais que la question, malgré son apparence légitime, comprend intrinsèquement un piège. Le piège est de penser que pour que l'on parle de mystère, il faudrait que le texte biblique le dise (ou le face comprendre de manière évidente). Ce qui entraîne une conception très restreinte de la notion de mystère.
Pour un catholique, et en particulier dans l'approche théologique de Casel (à laquelle se réfère le document que vous nous proposez), la notion de mystère (ou de sacrement) est beaucoup plus riche que cela. Toute la vie du Christ est un mystère.
C'est une approche particulièrement féconde (Benoit XVI a dit que cette intuition de Casel a probablement été la proposition théologique la plus féconde du XXe siècle), qui permet de beaucoup mieux comprendre la foi, mais c'est une approche très différente de celle qui me semble être celle de Gerardh.
Au cours de ce dialogue, j'ai le sentiment que darbystes (enfin, ce que je vois à travers Gerardh et Bibliquest) et catholiques ont une manière de penser très différente. Les catholiques sont par bien des côtés restés plus proches de la pensée sémitique, qui utilise beaucoup plus les analogies, et qui charge son vocabulaire d'un vaste champ sémantique. Nous le faisons moins que les orthodoxes, et beaucoup moins que les juifs ou les musulmans, mais plus que les protestants. A l'inverse, j'ai l'impression que les frères darbystes (Gerardh, je ne sais pas comment désigner votre courant, merci de m'indiquer quelle est la façon correcte de l'appeler *) cherchent une rationnalité plus stricte, faisant surtout appel à la déduction et très peu à l'analogie, et où pour que les choses soient plus claires, on se limite volontairement à une conception restrictive des concepts désignés par le vocabulaire.
Nos difficultés de compréhension viennent aussi du fait que nous avons une approche différente de l'écriture. J'ai le sentiment que pour les darbystes, l'exégèse est la base de tout. J'ai d'ailleurs du mal à comprendre quelle distinction il y a dans cette pensée entre exégèse et théologie. Pour les catholiques, l'exégèse est importante, mais n'est qu'un outil au service de la pensée. Tout simplement parce que nous savons, de manière plus ou moins consciente, que notre foi a d'abord été transmise par la Tradition, avant que ne soit fixée l'Ecriture (puisque c'est la conformité à la Tradition qui a été le critère pour fixer le canon des écritures). Autrement dit, l'exégèse est au service de la Tradition, et non l'inverse.
Cette différence "méthodologique" majeure est source de bien des incompréhensions.
Dans la pensée catholique, la foi est source de tout. Cette foi se nourrit par l'étude des Ecritures, qui la guident et la confirment, mais aussi par l'étude de la Tradition (et notamment du Magistère) et surtout par la vie spirituelle (St Thomas d'Aquin, qui a abordé la théologie d'une manière très rationnelle, passait beaucoup de temps en oraison, et allait prier chaque fois qu'il avait du mal à conceptualiser une question). La manière de penser la foi, de la conceptualiser pour mieux la comprendre, a évolué avec le temps. Mais c'est toujours la même foi, même si l'on emploie des mots différents pour en parler, même si on utilise des catégories différentes pour l'analyser.
EDIT :
* Gerardh, je viens de voir que vous aviez déjà répondu à cette question sur le forum :
Dans mon groupe chrétien, issu dans une mesure du protestantisme, nous répugnons à nous donner un nom autre que "quelques chrétiens qui se réunissent au nom du Seigneur". Tout en étant séparés avec eux, nous embrassons dans nos coeurs et nos affections tous les autres véritables chrétiens, quelque soit la dénomination qu'ils affichent (y compris protestant ou catholique). Si l'on nous pousse dans nos retranchements, nous disons que nous sommes "des assemblées de frères". Certains nous appellelent indûment "darbystes" par allusion à un frère M. Darby, qui fut particulièrement remarqué pour ses dons et sa piété, mais qui ne fut rien de plus qu'un frère comme les autres. "Un seul est votre conducteur, le Christ, et vous, vous êtes tous frères".(Evangile de Jean)
Je comprend cette position. Je me permettrai à l'avenir de parler de "darbystes", non pas pour désigner votre groupe de frères, mais en référence au courant de pensée initié par M. Darby, et dont le site Bibliquest me semble être un dépôt fidèle (dans le contenu des thèses soutenues, autant que dans la méthode).