Quand je vois les productions artistiques de mon époque qui me tombent sous les yeux, dans le domaine de la peinture et de la sculpture, je constate qu'aucune règle ou contrainte n'y règne.
C'est le chaos : tout le monde fait de l'art avec n'importe quelle matière, sur n'importe quelle sujet, sur n'importe quel support, avec ou sans signification...
Et en même temps, ce petit monde se retrouve par des codes, comme nous le montre Charles, et a installé d'ores et déjà un fort conformisme.
Cela me fait penser à la "paideia", cette éducation morale et philosophique des élites grecques reprise par les romains. Par cette éducation, les élites se reconnaissait par leur comportements, leurs goûts, leurs façon de s'habiller entre gens du même monde. Le but, c'était d'être clairement séparé du peuple, et avoir une vie de clan, celle des gens de bonne naissance, qui pouvaient se reconnaître d'une province à l'autre et être reçus comme leur rang se devait d'être reçu.
Je vois un parallèle clair dans l'art contemporain : j'ai l'impression (voyez comme je suis modéré

) que beaucoup de ces artistes veulent absolument n'être pas connu du public et rester dans un milieu en se démarquant ostensiblement de la masse par un hermétisme qui n'a d'autre justification que cet isolement volontaire.
Desproges avait un bon mot qui disait (je cite de mémoire) : "je connais des intellectuels qui tueraient pour ne pas être plus de dix à comprendre le dernier Godard."
Quand j'observe le passé, et plus je remonte les siècles, je remarque que les contraintes sur l'art sont alors très fortes. En musique, les différents genres sont bien définis par des règles qui imposent un nombre précis de mesures, un rythme, un retour du thème à tel moment précis. Bref, une formule mathématique que l'artiste devait respecter pour avoir le droit de faire un lied, un motet, une cantate...
Le théâtre, si mes souvenirs sont bons, au XVIIe, est encadré par les trois unités de temps, de lieu et d'action.
Dans l'Antiquité, les proportions des statues mais aussi des bâtiments répondaient à des normes très précises, des normes techniques que le bon goût avaient patiemment mis en place, au dur et à mesure des générations d'artisans (car c'est ainsi que se définissent les artistes à l'époque).
Et l'on pourrait passer en revue tous les arts.
Quand ces codes étaient bousculés, c'est qu'un mouvement bien puissant été apparu : exemple, le romantisme dans la musique. Le genre était gardé (la symphonie chez Beethoven), les règles seulement modifiées. La longueur des symphonie de Beethoven fit scandale à l'époque, mais avec le recul, on se rend compte que ce changement est modique au regard du décalage de l'art contemporain avec l'art classique.
Bien entendu, ces contraintes étaient lourdes, mais cela avait un avantage : le style était cohérent et seuls les artistes de talents pouvaient arriver à se démarquer. Rappelons que Bach n'a absolument rien apporté à la musique en innovation : il a composé dans les genres déjà existants sans les remettre en question comme Beethoven. Mais le génie sait déployer ses ailes dans les contraintes les plus féroces. Bach devrait devrait donner une leçon à tous les artistes du monde : on peut faire du sublime dans les vieilles casseroles. Le génie ne va pas automatiquement de pair avec la remise en question des règles du passé.
Un autre avantage était de créer une marche assez haute pour que les médiocres ne puissent que s'y casser les dents. Ainsi, la production artistique était en moyenne très bonne, et en tout logique, plus rare.
Aujourd'hui, tout le monde fait de l'art comme il l'entend : comment alors repérer les bons des mauvais ? Il y en a bien trop, il faudrait 10 vies pour en faire le tour. De plus, les contraintes ayant sauté, il n'y a plus aucune cohérence que le "moi". C'est l'individualisme qui est pour moi la clé de la compréhension de l'art contemporain. Il a certainement commencé à pointer le bout de son nez au XIXe siècle, mais il est devenu la déchaîné au XXe et XXIe.
Et si l'art pouvait retrouver du sens et de la qualité par le retour à des contraintes précises et par un retour du beau comme priorité ? Je laisse les plus instruits sur le sujet éclairer ma lanterne.