Bonjour,
Merci à tous pour les récents échanges. Je vais réagir sur deux points : les interprétations d'une part, les dogmes d'autre part.
Sur l'argument, lancé par Laurent L., sur les différentes interprétations d'un même texte dans l'Eglise catholique qui seraient révélatrices d'un certain relativisme.
Les Ecritures nous disent un certain nombre de choses sur Dieu. Tout n'y est pas écrit explicitement, et la Tradition a révélé, à la lumière de l'Esprit-Saint, des parties de la Vérité qui n'y figuraient pas explicitement, par exemple le dogme de l'Immaculé Conception.
Sur certains points, l'Eglise n'a pas tranché, parce qu'elle ne saurait poser une Vérité de foi sur quelque chose qu'elle n'a pas explicité (exemples de sujets où des interprétations différentes ont foisonné dans l'Histoire de l'Eglise : les limbes, la rédemption d'enfants mort-nés). Est-ce procéder du relativisme que de faire cela ? Non. C'est être en chemin vers la Vérité, Vérité que l'Eglise embrassera pleinement à la fin des temps, au retour à Dieu.
En effet, si les interprétations d'un passage de l'Ecriture sont différentes, ou si les opinions sur un sujet théologique diffèrent, cela ne signifie pas pour autant que ces divergences sont vues comme autant de "vérités" différentes
qui se valent. C'est simplement que, sur ce sujet, l'Eglise est en chemin, et n'a pas encore explicité la Vérité sur ce point. Encore une fois, il ne faut pas confondre le chemin que l'on parcourt, semé d'embûches et de possibles errements, avec la Vérité elle-même.
Je vais à présent réagir sur ceci :
Tiens, je ne savais pas que les considérations sur la création pouvaient porter le nom de dogme (c'est le cas dans le catholicisme? Je le découvre ce soir, je m'endormirai moins bête...)
Non. Le dogme correspond à une Vérité de foi. La Genèse peut être vue de diverses manières, qui n'ont rien de catholiques d'ailleurs, puisque d'autres chrétiens peuvent avoir exactement la même, en correspondance avec leur foi. Les interprétations de la Genèse ne sont pas un dogme en soit.
Je réponds sur l'exemple parce qu'il est pour "prouver" un principe qui lui est faux, donc en montrant que l'exemple ne tient pas la route, j'entends aussi montrer que le principe ne la tient pas plus.
Malheureusement, on ne peut pas invalider un principe par un seul exemple (ou même plusieurs, ce que vous vous évertuez à faire, sans succès). Car chacun de vos exemples entrent dans ce que j'appelle "recherche de la Vérité", et non "Vérité". Je vous accorde qu'il est parfois difficile de distinguer les deux. Mais justement, là est le piège du relativisme : définir sa vérité.
Par la suite, cher Marc, si vous voulez apporter une réponse évangélique à l'argument qui les tient pour relativiste, il vaut mieux s'attacher aux concepts qu'aux exemples. Avez-vous une réponse à ce paragraphe de mon topo ?
Cgs a écrit :
La réponse évangélique, sous prétexte de coller au texte de Jean XIV, 6, 7, nie le fait que le relativisme dont elle fait part l'éloigne du Vrai. Il y a, comme je l'ai précisé dans le paragraphe II parfaite adéquation entre la vérité philosophique et la vérité théologique. La seconde dépasse et fortifie la première. Ne voir la Vérité que comme une Personne est donc une grave erreur, et coupe de la notion de Vrai. Ceci explique donc le foisonnement des interprétations en matière de vérité de foi. En effet, les Ecritures ont de fait plusieurs interprétations possibles. C'est un texte, certes inspiré et sacré, mais la même intelligence humaine peut y voir plusieurs choses. Et pourtant, nous savons qu'il n'y a qu'une seule Vérité, puisqu'une seule source, Jésus-Christ. Pour autant, comme nous l'avons dit précédemment, le fait que la Vérité soit Une signifie qu'elle s'accorde avec cohérence avec le Vrai, et reconnaisse sa Source, Dieu. Ne voir que la source aveugle et peut tordre la Vérité avec pour support le texte biblique. C'est en ce sens que le protestantisme évangélique est relativiste, et ne peut se réclamer d'une Vérité Pleine et Entière.
Il n'y a, à ma connaissance, aucune réponse à cela de la part du protestantisme évangélique, ni du protestantisme en général. Si cette réponse existe, je veux bien l'entendre.
As-tu déjà entendu parler des déclarations de Chicago ou du traité de Lausanne ou du manifeste de Manille par exemple... si la réponse est non, c'est que ça prouve que tu ne connais pas très bien ton sujet, et si la réponse est oui, alors il faudra que tu expliques pourquoi il y a du relativisme dans la démarche
Pour le peu que j'en connais, il est vrai que ces manifestes ne procèdent pas du relativisme, puisqu'ils tentent de révéler une vérité unique. En revanche, est-ce que l'ensemble des églises qui se disent "évangéliques" souscrivent à la démarche ? Pas sûr.
Pour finir, sur l'exemple du site science et foi, en quoi cela se relie-t-il au sujet ? Que cela soit fait par des évangéliques, très bien, mais cela n'a que peu à voir avec la démarche d'interprétations des Ecritures par les évangéliques, dont mon propos cherchait à montrer la démarche relativiste. Sur le site science et foi, nul relativisme on est d'accord. Cela n'invalide en rien l'analyse précédente, dans la mesure où on ne parle pas de la même chose.
@Cinci :
Ce n'est pas fameux comme exemple. Non. Car notre ami Augustin lui-même admettait différentes lectures possibles pour la Genèse. Il ne faisait pas un absolu de ce qui aurait pu être sa seule compréhension du moment ou celle de son vis à vis dans l'Église, non pas sur un truc comme le livre de la Genèse. Pour autant, Augustin n'était pas un relativiste.
Nous sommes parfaitement d'accord. Plusieurs interprétations ne signifient pas relativisme. Plusieurs interprétations
érigées en vérités qui se valent en est. N'oublions pas que dans la Bible, il y a des métaphores, des allégories, des mythes, etc. Ces éléments peuvent parler aux gens de différentes façons, et les rejoindre dans leur vie de façon tout à fait singulière. Cela, nous le partageons avec les évangéliques ; et ce n'est pas du relativisme, c'est une façon de vivre l'Ecriture, façon qui est personnelle ou ecclésiale. En revanche, cela n'a rien à voir avec la Vérité, dans la mesure où, comme je l'ai dit dans le topo, il ne faut pas confondre Vérité et opinion/ressenti/vécu. Je trouve que dans les discussions avec les évangéliques, la confusion est souvent constatée. Combien de fois ai-je trouvé en face de moi des gens qui quittaient le factuel et l'objectif pour tomber dans le subjectif ; ce phénomène traduit un passage de la découverte de la Vérité au ressenti. Ce sont, encore une fois, deux choses différentes.
Or, j'expliquerais le fait qu'il existe une multitude de groupes évangéliques dissidents par le fait d'une non-relativisme justement. C'est comme la volonté intrinsèque à ne pas vouloir transiger sur le vrai qui l'occasionne, l'éclatement. La force centripète s'exerce à défaut d'avoir un organe central d'ancrage. Les évangéliques disent que l'ancre c'est la Bible, les catholiques l'Église.
C'est une réflexion très intéressante, qui m'a amené à reréfléchir sur mon propos. On peut y répondre ceci :
La myriade d'églises évangéliques serait, selon vous, la conséquence d'un refus de dire ce qui est vrai ou ne l'est pas, qui mènerait à l'éclatement. Mais refuser de trancher, n'est pas procéder, quelque part, du relativisme ?
En effet, une église qui se crée est légitimée par des dogmes de foi (le terme est refusé par les évangéliques, mais ce sont bel et bien des dogmes), donc a priori, c'est une démarche non relativiste. Mais cette église est bien obligée de reconnaître d'autres églises différentes comme une grande branche du protestantisme évangélique, car elles ont des choses en commun. Comment expliquer, s'il n'y a qu'une seule Vérité, qu'elles aient des opinions différentes sur certaines parties de cette Vérité qu'est Jésus-Christ ? Ce n'est pas possible, sauf à faire équivaloir ces différences. "Vous pensez ceci, je pense cela, nous sommes différents en voyant la Vérité de deux façons différentes". Et bien cela, c'est du relativisme. Ce relativisme permet de s'échapper de la contradiction entre Une Vérité, et de multiples églises qui la voient différemment. Sauf que, comme je le montre dans le topo, le relativisme, même partiel, reste paradoxal.
Bien à vous,