Astoria a écrit :
L'évidence n'est que le fruit de l'intuition et des sens. Ce ne serait pas la première fois qu'ils nous trahissent.
Les postulats de la raison, comme par exemple « deux grandeurs égales à une troisième sont égales entre elles », sont aussi des évidences.
Et encore une fois pour qualifier une évidence de fausse évidence il faut en faire la preuve, preuve qui en l’occurrence ne pourrait s’inscrire que dans un paradigme déterministe aujourd’hui dépassé.
Ensuite il y a encore une autre difficulté, qui rejaillit sur la raison elle-même. En effet que serait la raison sans la liberté ? Eh bien ce ne serait plus « la raison », à proprement parler, mais un système formel, c’est à dire un système qui produit mécaniquement des formules et propositions en fonction de règles d’inférence et de paramètres d’entrée, le même fonctionnement qu’un programme de calcul d’ordinateur. Si donc la liberté est une illusion cela équivaut à dire que notre programme de calcul a produit une erreur, et dans quel cas un programme de calcul produit un résultat faux ? Lorsque la liste des paramètres en entrée n’est pas la bonne (évoquer la possibilité qu’il y ait un bug dans le programme ouvre un autre débat...). Ceci s’applique parfaitement à une erreur du type : « Je vois le bâton immergé partiellement dans l’eau, tordu, donc il est tordu ». Ici il n’y a qu’un seul paramètre en entrée « Je vois le bâton immergé partiellement dans l’eau ». Mais si vous mettez en entrée les bons paramètres vous obtenez : «Je vois le bâton immergé partiellement dans l’eau, tordu, et je connais les lois sur la réfraction établies par Descartes, donc il n’est pas tordu, ce n’est qu’une illusion d’optique ». Le fait d’avoir rajouté les lois de Descartes en paramètre d’entrée permet de produire le bon résultat. Donc nous voyons que dans ce cas-là nous pouvons expliquer de façon déterministe la production de l’erreur tout comme la production du bon résultat et nous voyons même que le mécanisme qui permet de passer de l’erreur à la vérité est un mécanisme d’apprentissage tout aussi déterministe.
Mais la liberté pourrait-elle être une erreur du même type qu’une illusion d’optique et rectifiable de la même manière ? Non car la liberté porte sur le programme lui-même, c’est à dire qu’elle affirme quelque chose au sujet de l’homme, homme réduit à un programme de calcul dans le cadre d’une théorie sans liberté. Par conséquent il faudrait que le programme se prenne lui-même en paramètre pour d’abord produire un résultat erroné puis ensuite se corriger. Le problème c’est qu’un programme qui admet comme un de ses paramètres d’entrée, lui-même, n’est plus un programme, c’est tout le problème de l’auto-référence, avis aux informaticiens...
Nous sommes donc conduits à cette absurdité lorsque nous nions la liberté, et au passage nous voyons que la raison ne peut s’identifier à un simple système formel, plus exactement tous ses jugements ne sont pas formalisables, ainsi en est-il de ses jugements auto-référentiels. Le « Connais toi toi-même » de Socrate est donc bien une injonction de la libre raison, dont la portée est au-delà de tout programme éducatif ou d’apprentissage.
Astoria a écrit :
Je ne suis pas d'accord, le résultat est déterminé, vous saviez déjà que vous trouveriez l'électron à Paris où à New York.
Un état quantique constitué d’une superposition d’états déterminés est un état indéterminé. La règle c’est : déterminé + déterminé = indéterminé, l’état avant la mesure est (1/2)|Paris> + (1/2)|New-York>, donc indéterminé.
C’est là qu’il ne faut pas faire de confusion avec le paradigme classique: déterminé + déterminé = déterminé. Par exemple, |Cet homme est gros> + |Cet homme est grand> =|Cet homme est gros et grand>, même plus |l’homme gros et grand> est plus déterminé que |l’homme simplement gros> et que | l’homme simplement grand>. Mais |Cet homme est gros> + |Cet homme est maigre> n’existe tout simplement pas classiquement, il existe cependant en quantique comme état indéterminé.
La raison en est que dans le cadre classique, un objet possède ses déterminations indépendamment de la mesure, alors qu’en quantique c’est la mesure qui va faire acquérir une détermination bien particulière à l’objet, avant la mesure il les possède toutes: la mesure est la mise en rapport de l’objet avec l’appareillage instrumental, c’est seulement à ce moment-là qu’il acquiert une détermination classique. La mécanique quantique est positiviste en ce sens qu’elle n’accorde aucune existence aux déterminations classiques en dehors d’un fait, et ce fait c’est la mesure.
Exemple : classiquement, lorsque vous dites cet homme est bon, vous sous-entendez qu’il est bon indépendamment de son rapport avec les autres et que les autres ne peuvent que prendre acte de sa bonté intrinsèque. En quantique ce n’est plus possible : cet homme ne peut être bon en dehors de son rapport avec les autres, c’est son rapport avec les autres qui va être la mesure de sa bonté, avant il est « bon et méchant », après mesure, c’est à dire mise en rapport avec les autres (dispositif de mesure), il est ou bien bon ou bien méchant.
Il me semble que vous faites aussi une confusion entre « état lié » et « état déterminé ». L’état (1/2)|Paris> + (1/2)|New-York> n’est pas un état déterminé, mais c’est un état lié car probabilisable : une chance sur deux d’être à Paris ou New-york. Mais il existe aussi des états non liés, c’est à dire non probabilisables, c’est le cas lorsque vous avez une incertitude infinie sur la position (voir les inégalités d’Heisenberg lorsque la vitesse est parfaitement déterminée), à ce moment-là l’incertitude est radicale: vous ne pouvez plus assigner de probabilités en fonction de la position. Mathématiquement cela veut dire que la fonction d’onde n’est pas normalisable, elle ne représente donc plus une probabilité de présence.
Astoria a écrit :
Jouons aux dés. Si j'en lance 1, j'ai 1 chance sur 6 d'avoir 1,2,3,4,5 ou 6.
Le résultat est connu.
Non : la loi de probabilité est connue, mais pas le résultat de l’expérience.
Astoria a écrit :
Dans le cas du hasard, je lance mon dé et là j'obtiens 1,2,42 ou 399,547.
C’est le cas que j’ai évoqué plus haut d’une expérience non-probabilisable, un cas particulier du hasard: il n’y a pas de différence de nature avec une expérience probabilisable, également hasardeuse, simplement une différence de degrés : l’une est plus hasardeuse que l’autre du fait de l’impossibilité de lui donner une loi de probabilité.
Astoria a écrit :
D'où mon extrapolation sur les fentes d'Young.
J'aime beaucoup cet exercice de pensée! On ne sait plus quoi penser de la particule: onde ou corpuscule?
Alors justement, allons plus loin, car la théorie quantique des champs va plus loin que la mécanique quantique. Pour comprendre le changement paradigmatique entre la mécanique quantique (dite classique) et la théorie quantique des champs, le plus simple est de partir de l’état non-lié précédent, nous avons vu que dans ce cas-là la fonction d’onde ne peut plus être interprétée comme l’onde de probabilité d’une particule, si donc elle n’est plus l’onde de probabilité de la particule alors qu’est-elle ?
Pour lui redonner une signification, il faut utiliser l’équivalence suivante : « un être occupant toutes les positions à la fois est équivalent à plusieurs êtres virtuels remplissant tout l’espace ». Pour faire simple: occuper 2 positions à la fois c’est se dédoubler, n positions à la fois c’est se démultiplier. Dans le registre parapsychologique (voir le cas Emilie Saget) ou la vie des Saints (voir le cas Padre Pio) la bilocation équivaut bien à un dédoublement, c’est à dire que le double est un autre virtuel de soi-même, occupant un lieu différent. On retrouve également cette notion de double dans la fylgja des sagas nordiques, le doppelgänger des Allemands (voir Goethe) et dans bien d’autres cultures.
La particule est donc remplacée par un champ de particules virtuelles, les coordonnées spatiales ne représentent plus la position d’une particule mais indexent les particules virtuelles. Point important à noter : dans ce nouveau paradigme il y a possibilité d’auto-action, vous vous dédoublez et puis vous serrez la main à votre double, en fait vous vous serrez la main. Il s’agit de l’auto-action du champ, le champ agit sur lui-même. Le rapprochement avec la conscience consciente d’elle-même, c’est à dire qui se prend elle-même pour objet, est évident, nous avons donc ici, contrairement au déterminisme classique vu plus haut, qui coinçait sur l’auto-référence, la possibilité de modéliser une auto-action.
Ce paradigme peut paraître surréaliste aux yeux du béotien, mais c’est le paradigme de la physique contemporaine, celui permettant notamment de comprendre et prédire les phénomènes se produisant dans les accélérateurs de particules.
Autre point fort de ce paradigme et c’est le cas de le dire : il permet d’identifier un champ de particules avec un champ de force classique, ainsi le champ électro-magnétique est un champ de photons. Pour faire simple cette force à distance, que du temps de Newton certains qualifiaient de magique car s’exerçant sans contact, découle en fait d’un échange de particules virtuelles. D’ailleurs pour ne pas qu’il y ait d’ambiguïté avec la physique classique et pour bien insister sur le fait que cet échange modifie l’énergie du système, on parle plutôt de « quanta d’énergie », lorsqu’un footballeur en fait chuter un autre en lui shootant dedans, on peut dire qu’il lui a balancé un « quantum d’énergie », à savoir l’énergie cinétique du ballon. La description en terme de propagation de quanta et de niveaux d’énergie est bien plus pertinente en théorie quantique des champs. Peut-être Jung y songeait-il, lui qui ayant travaillé avec le grand physicien Wolfgang Pauli, intitula un de ses ouvrages « les énergies de l’âme ».
Plus précisément lorsque par exemple un aimant repousse un autre aimant, des particules virtuelles viennent à l’existence, elle sont créées, puis elles se propagent d’un aimant à l’autre et sont ensuite annihilées, c’est le fameux processus de création-annihilation de particules. Si l’on fait une analogie avec la conscience : la sensation naît, elle se propage dans la conscience, puis s’annihile. Mais là où ça se complique terriblement, c’est que lorsque l’on fait les calculs (intégrales de chemin) on s’aperçoit que même les particules virtuelles qui n’existent pas, qui n’ont pas été créées et qui ne sont que virtuelles contribuent à la force d’interaction. Comment donc quelque chose qui n’existe pas, qui est seulement possible peut-il contribuer à produire un effet réel ? Eh bien là encore nous avons la violation d’un postulat classique qui affirme que seul l’être en acte peut être une cause efficiente. Des particules seulement en puissance d’être, donc n’existant pas (encore) contribuent à produire un effet réel. Cela pourrait d’ailleurs remettre en cause le caractère absolu de l’existence actuelle, qui ne serait plus qu’une manifestation relativement à un dispositif de mesure (à un certain univers), et sur cette manifestation des êtres non manifestés pourraient agir de façon invisible.
Et de nouveau il y a une analogie frappante avec la conscience: prenons le cas d’un orateur qui doit s’exprimer devant un auditoire. Soit il a appris à l’avance son discours, il connaît son discours avant de le dire ou formulé autrement « le discours s’est déjà manifesté », le discours est mémorisé et donc il ne reste plus qu’à le débiter mécaniquement en y mettant du trémolo pour faire naturel, d’un point de vue déterministe cela s’explique parfaitement. Mais lorsque l’orateur improvise, comment peut-il tenir un discours qui n’existe pas encore, d’un point de vue déterministe on serait tenté de dire que puisque le discours n’existe pas encore, qu’il n’y a donc rien de mémorisé, l’orateur va débiter n’importe quoi et n’arriver à sortir quelque chose de cohérent qu’après plusieurs essais infructueux. Or nous savons que certains orateurs excellent dans l’art de l’improvisation, ils parlent avant de connaître ce qu’ils disent. On pourrait dire que chez eux la connaissance non encore manifestée de ce qu’ils vont dire influe déjà sur ce qu’ils disent.
Astoria a écrit :
Soit mais je mettais l'accent sur la nature des porteurs de charges. Dans les nerfs et au niveau des connexions synaptiques, ces porteurs ont la taille de l'atome (dimension autour de l'Angström) alors que des électrons dans un circuit ont une taille beaucoup plus petite (voire une dimension nulle). Vous voyant venir avec le principe d'Heisenberg, j'ai voulu prendre les devants.
Un atome est une particule quantique, régie par la mécanique quantique, tout comme l’électron. Ne me dites pas que vous croyiez, parce que la taille de l’atome est plus grande que celle de l’électron que l’atome relevait de la physique classique ?
Astoria a écrit :
Il faut bien s'entendre sur ce qui ne peut voyager plus vite que la vitesse de la lumière. L'énergie ne peut dépasser c. Mais une information ne transportant pas d'énergie?
Diable, si vous connaissez un moyen de transporter de l’information sans transporter de l’énergie vous êtes le futur prix nobel, plus besoin d’onde hertziennes ou de fils électriques pour recevoir les infos. Je pense que vous vouliez dire une « non-information », puisque l’émetteur (celui qui réalise la mesure) ne peut qu’émettre un signal aléatoire, le contraire d’une information.
Astoria a écrit :
Quand vous parlez de particules jumelles, est-il raisonnable de les considérer comme séparées?
Si le système de particules intriquées est considéré comme un tout, la causalité n'est pas violée.
D’un point de vue classique, elles sont séparées, et d’un point de vue classique la causalité est donc violée, cela n’a pas échappé à Einstein, qui souhaitant rester dans un paradigme classique a contesté la complétude de la mécanique quantique. Bohr n’a pas vraiment contesté que le paradigme classique soit violé, au contraire, mais il a contesté l’avis d’Einstein comme quoi la mécanique quantique serait incomplète (la suite lui a donné raison contre Einstein), et qu’il fallait désormais faire avec un nouveau paradigme. Mais de toute façon en quantique, il n’y a plus de causalité au sens classique, étant donné que « les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets »
Astoria a écrit :
Parce que le sujet a un cerveau. Le problème pour le cerveau est qu'il n'y a que lui-même pour l'expliquer. Et ça ne réfute pas une vision mécaniste.
C’est tout sauf une réponse scientifique, c’est comme si vous répondiez qu’une voiture va vite parce que c’est une voiture, vous avez en fait éludé la question du modus operandi, la bonne réponse aurait été parce qu’elle a un moteur à 4 temps qui développe telle puissance, assorti d’une description du fonctionnement.
Astoria a écrit :
Je crois comprendre que vous voulez parler de zététique. Vous savez je ne m'attache guère à la renommée d'un scientifique, ce n'est pas elle qui va me convaincre mais ses arguments.
Encore faut-il les comprendre et pour cela avoir pris connaissances de leurs travaux, si en science il n’y a pas d’autorité, en tout cas il y a des références.
Voilà en tout cas une étude fort intéressante sur la « psychée quantique », quoique difficile lorsque l’on n’a pas les bases suffisantes en quantique.
http://www.physics.nus.edu.sg/~phybeb/Psyche26.pdf