popeye a écrit :Bonsoir à tous.
Je ne suis pas lefebvriste. Je ne cherche pas plus à défendre la situation des lefebvristes. Je cherche à savoir si oui ou non ils sont schismatiques = si oui ou non ils peuvent exciper du canon 1323 4° ou 7°.
La question est posée sur le terrain du droit, parce que c'est sur le terrain du droit qu'elle doit être posée, le délit de schisme étant sanctionné par la peine canonique d'excommunication ; et parce que le droit canon prévoit des cas où la commission d'un acte de soi délictueux ne peut entraîner aucune sanction canonique.
La question est donc, fondamentalement, d'ordre canonique. L'Eglise est une socièté et, comme telle, elle est régie par un droit : le droit canon. Si donc les lefebvristes peuvent légitimement exciper du canon 1323 7°, ils ne sont pas excommuniés, donc ne sont qu'apparemment schismatiques. Dans le cas contraire, ils sont schismatiques. Ni plus, ni moins, et sans aucun parti pris.
Pour répondre, on ne cherchera pas à triturer le droit canon, ni à finasser sur le droit, ni à tordre les textes des canons pour leur faire improbablement dire ce qu'on voudrait leur voir dire. On les prendra au sens obvie, pour leur faire dire ce qu'ils disent, afin de pouvoir en âme et conscience, devant Dieu qui nous jugera au Jour du Jugement, répondre le plus honnêtement possible à la question soulevée.
La question n'est pas, à l'intention de Boris, de savoir si le Pape a ou non fait déclarer l'excommunication par le Cardinal Gantin suite aux sacres sans mandats. La question est de savoir si les FSSPX pouvaient sans faute de leur part penser n'être pas tenus par la monition du 17 juin et pouvoir en conséquence procéder aux sacres, à raison de ceci : qu'il pensaient, à tort ou à raison, qu'existait un état de nécessité résultant :
- des prostitutions liturgiques
- des prostitutions doctrinales
- de l'hérésie régnant, selon eux, à Rome ; ce dernier point rendant inopérante la monition du 17 juin.
Boris répond non, par réflexe pavlovien : il est ultra-montain. Il ignore sans doute qu'un Pape peut être scandaleux, schismatique, hérétique. Les lefebvristes, qui ne l'ont pas oublié, en ont excipé pour refuser "l'assentiment religieux et prudent" dû aux actes du Magistère simplement authentique. Ils avaient et ont raison de le faire s'il n'était pas religieux ou prudent d'assentir ; ils étaient et sont gravement coupables de l'avoir fait s'il était religieux et prudent d'assentir. Ce qui est, d'une certaine façon, poser la question de l'hétérodoxie réelle ou apparente ou inexistante de Jean-Paul II ; question qu'un catholique a le droit de poser.
Je réitère donc ce qui suit :
Le débat porte donc exclusivement sur les points suivants :
1° Mgr Lefebvre et alii pouvaient-ils croire à l'état de nécessité, quelles que soient leurs preuves ? Je réponds oui. Est indéniable qu'ils y croient.
2° Cet état de nécessité justifiant les sacres sans mandats est-il démontré par les tenants de FSSPX ? C'est le premier point à discuter, qui porte sur la valeur de leurs arguments. Si la réponse devait être affirmative, ils ne sont pas schismatiques, par application de 1323 4°.
3° A supposer que l'état de nécessité n'existait pas objectivement, Mgr Lefebvre et alii pouvaient-ils croire de bonne foi qu'il existait, d'où, conformément au canon 1323 7°, l'absence de toute sanction, et la conclusion qu'ils ne sont pas excommuniés. Je remarque que, conformément aux enseignements reçus de la théologie morale catholique :
- La bonne foi s'apprécie subjectivement.
- Qu'une opinion probable peut contraindre qui la tient à agir. Mais sur ce point, il me faut étudier le tutiorisme (rigorisme), le probabilisme (laxisme) et l'équiprobabilisme, pour savoir quel degré de probalité est moralement requis pour qu'à défaut de certitude morale une opinion oblige en conscience.
Par là, la discussion quitte le terrain du droit canonique pour se placer sur celui de la théologie morale.
De sorte qu'à se placer sur le terrain du canon 1323 7°, si la conviction des lefebvristes avait suffisament de probabilité au regard des règles de la théologie morale, alors il ne pouvaient, en application du droit qui s'impose à tous, même au Pape, être excommuniés. Dans cette hypothèse, la déclaration d'excommunication est purement et simplement invalide, donc nulle de plein droit. Auquel cas, leur schisme n'est qu'apparent.
Dans le cas contraire, prions pour leurs âmes.
En tout état de cause, prions tous et sincèrement pour leur pleine réintégration.
Bonjour Popeye.
Pour apporter une petite contribution à ce fil de discussion, je me suis servi de plusieurs ouvrages, dont
Au fil des Mois, de Christophe Geffroy (rédacteur en chef de
La Nef),
La Messe se S. Pie V à Paul VI de Dom Guy Oury,
Ecône, comment dénouer la tragédie ? de Bertrand de Margerie (Téqui) et
Les Traditionalistes face à la Tradition de François Biju-Duval (Téqui également).
Je tenais à le dire parce qu'il y a des morceaux entiers de phrases que j'ai copiés sans aucune vergogne ni retenue et que s'il avait fallu que je mette des guillemets et des références à chaque fois, cela aurait été mortellement fastidieux.
En premier lieu, les successives négations du schisme dont il est question ont conduit en 1997 à une mise au point très nette du Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs, qui rappelle qu’il y a bien eu schisme en 1988.
Je ne dispose pas moi-même du texte mais si vous pouvez vous le procurer, peut-être vous sera-t-il d’une certaine utilité. Vous le trouverez à la Documentation Catholique du 6 juillet 1997, n°2163, p.622-623.
Ensuite, dans l’optique d’un examen de la condamnation des sacres, d’un jugement du jugement en quelque sorte, je suis d’accord avec vous pour faire pivoter l’ensemble autour de la notion
d’état de nécessité.
Remarquez, là-dessus tout le monde est d’accord, chose suffisamment rare pour être soulignée. Sur son site (La Porte Latine), la FSSPX l’affirme clairement : «
La véritable question n’est donc ni la validité (hors de cause) des sacres épiscopaux de Mgr Lefebvre, ni leur légalité, mais l’existence de l’état de nécessité, sur lequel se fonde la légalité des sacres ».
L’état de nécessité dans l’Église est prévu dans le cas où le pape est dans l’impossibilité d’accorder un mandat pontifical, par exemple en régime de persécution ; certains évêques,
présumant l’accord du pape, peuvent alors tout de même consacrer d’autres évêques afin de perpétuer l’Église locale, sans pour autant devenir schismatiques. Dans ce cas bien précis, redisons-le, on «
présume » l’accord du pape en place, et dés que l’empêchement est aboli, on s’empresse de «
régulariser » la situation.
La FSSPX le sait mieux que quiconque. Suivons-la sur le même site développer ses arguments.
Reprenons ici une comparaison simple, mais efficace. Pape et Évêque sont dans l'Église par droit divin comme mari et femme dans la famille : le second est subordonné au premier, tous deux sont ordonnés à la même fin : le salut des âmes. Donc, de même que retombe parfois sur l'épouse le devoir de suppléer, dans les limites de ses possibilités, à son mari quand celui-ci ne pourvoit pas, ou de manière insuffisante, aux besoins de ses enfants, de même peut retomber sur un Évêque le devoir de suppléer, dans les limites de son pouvoir d'ordre (qui comprend aussi le pouvoir de sacrer d'autres évêques), au Pape qui, pour quelque raison que ce soit, coupablement ou non, ne pourvoit pas, ou de manière insuffisante, aux besoins spirituels des âmes.
« Ainsi au IV° siècle - écrit Dom A. Grea, dont l'attachement au primat pontifical ne fait aucun doute - on vit saint Eusèbe de Samosate parcourir les Églises orientales dévastées par les ariens, et ordonner pour elles des Évêques catholiques sans avoir sur elles aucune juridiction spéciale »
c'est-à-dire, (…) « sans l'autorisation nécessaire ». C'est aussi de cette façon qu'agirent d'autres Évêques catholiques, défenseurs de l'orthodoxie catholique, que l'Église vénère aujourd'hui sur les autels : c'est « sans autorisation » qu'ils conférèrent aux nouveaux consacrés non seulement le pouvoir d'ordre, mais aussi, puisque la nécessité le demandait, le pouvoir de juridiction sur les Diocèses, pour l'utilité desquels ils les avaient consacrés. Dom Grea appelle cette action« l'action extraordinaire de l'Épiscopat », appelé par des circonstances extraordinaires à « porter remède aux pressantes nécessites du peuple chrétien », et écrit que dans de tels cas l'Épiscopat agit « fort du consentement tacite de son Chef, rendu certain par la nécessité . »
Il faut noter que ce n'est pas le consentement du Pape qui rendit ces Évêques certains de la nécessité, mais la nécessité qui les rendit certains du consentement du Chef. Et pourquoi cela ? Parce que dans l'état de nécessité des âmes, le consentement du Pape est dû : en vertu du primat, il a reçu du Christ le pouvoir d'élargir ou restreindre l'exercice du pouvoir d'ordre, mais toujours de façon à pourvoir « de façon suffisante » au salut des âmes, qui est la raison d'être de l'Église et de la Papauté elle-même. »
Passons sur le début – l’art de l’analogie n’appartient décidemment pas à tout le monde – et intéressons-nous au cœur de l’argument.
L’état de nécessité s’est en effet fait sentir plusieurs fois dans l’histoire de l’Église, l’exemple donné par la FSSPX est juste de ce point de vue. Mais qui ne voit qu’il porte lui-même sa condamnation ? Si saint Eusèbe de Samosate se dispensa de l’accord du pape, c’est parce qu’il en présumait ! Il n’a pas agi
contre la volonté du Souverain Pontife mais selon sa volonté présumée. Qui ne voit pas la différence ?
Mgr Lefebvre, dans le cas qui nous occupe, ne pouvait pas se prévaloir de l’autorisation tacite du pape puisque tout au contraire
elle lui avait été manifestement refusée. Jean-Paul II en personne avait en effet demandé à Mgr Lefebvre de ne pas procéder aux sacres.
Lettre du 9 juin 1988 : « Je vous exhorte, Vénérable frère, à renoncer à votre projet qui, s’il est réalisé, ne pourra apparaître que comme un acte schismatique dont les conséquences théologiques et canoniques inévitables vous sont connues » (Documentation catholique n°1966, 17 juillet 1988, p.739)
Notons au passage que, Rome ayant accepté le principe du sacre d’un membre de la Fraternité pour le 15 août de la même année mais s’étant catégoriquement opposée à ceux de juin, Mgr Lefebvre, en désespoir de cause, en fut réduit à affirmer que «
la consécration épiscopale n’est pas contraire au Saint Siège puisqu’elle est accordée pour le 15 août ». Dénier que Rome était contre les sacres de juin, c’est tout ce qui a été trouvé pour légitimer l’illégitime. Quelle misère, tout de même !
L’exemple de saint Eusèbe sacrant des évêques au plus fort de la crise arienne n’est donc en rien probant, au contraire. Et remarquez bien qu’aucun exemple ne le serait davantage puisqu’il ne s’est jamais vu de sacre légitime contre la volonté du pape. Comme le souligne Christophe Geffroy dans
Au Fil des Mois : «
Il est significatif que la FSSPX n’ait jamais pu citer un grand théologien, un seul Père de l’Église, un seul concile ou un seul pape, bref, un seul texte faisant référence qui reconnaisse dans des circonstances exceptionnelles la légitimité d’un sacre d’évêque contre la volonté du pape (et non pas sans sa volonté ou en la présumant acquise) »
Insistons bien sur ce point.
De même que le Christ a choisi ses apôtres, le pape, vicaire du Christ sur terre, nomme ou délègue explicitement ou implicitement le pouvoir de nommer les évêques : «
ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15, 16). Le mandat du pape manifeste la visibilité de l’Église dans le monde par le rattachement hiérarchique des évêques au Saint-Père.
En outre, la prérogative de nommer les évêques appartient en propre au pape. Dans l’encyclique
Ad Apostolorum Principis du 29 juin 1958 consacrée à ce sujet, Pie XII écrit : «
Personne ne peut conférer légitimement la consécration épiscopale sans la certitude préalable du mandat pontifical. Une consécration ainsi conférée contre tout droit divin et humain, et qui est un très grave attentat à l’unité même de l’Église, est punie d’une excommunication « réservée de manière très spéciale au Saint-Siège », et encourue ipso facto non seulement par celui qui reçoit cette consécration arbitraire mais aussi par celui qui la confère » (Décret de la Suprême Congrégation du Saint-Office du 9 avril 1951)
«
Il est évident qu’on ne pourvoit pas aux besoins des fidèles en violant les lois de l’Église » ajoutait Pie XII dans la même encyclique.
La gravité de l’acte de Mgr Lefebvre réside donc dans l’usurpation du pouvoir papal. Une remarque à ce propos : depuis 1976, Mgr Lefebvre conférait des ordinations sacerdotales contre la volonté du pape (sans lettre dimissoire), mais elles étaient avalisées par Rome car en ordonnant des prêtres, Mgr Lefebvre faisait ce qui relève du pouvoir propre de tout évêque sans avoir préalablement besoin d’un mandat du pape, contrairement à l’institution d’un évêque qui est, rappelons-le encore une fois, une prérogative absolument exclusive du Saint-Père.
Certains diront que Mgr Lefebvre n’a sacré des évêques qu’en leur conférant le
pouvoir d’ordre (transmettre les sacrements) et en se gardant bien de leur donner un
pouvoir de juridiction. Sans quoi, le schisme serait patent.
Mais il ne s’est jamais vu dans l’Église d’évêques sacrés en mettant de côté le pouvoir de juridiction, comme s’il s’agissait d’une simple option. Une telle pratique va manifestement contre la Tradition qui, de plus, a toujours enseigné que le pape était maître de la nomination des évêques. La fonction épiscopale forme un tout dont on voit mal comment on pourrait artificiellement séparer le pouvoir de juridiction du pouvoir d’ordre (c’est pour cela qu’on attribue aux prêtres élevés à l’épiscopat dans la Curie – et qui ne reçoivent pas de diocèses effectifs – un titre d’évêché
in partibus, c’est-à-dire un ancien évêché réel mais aujourd’hui indisponible).
En acceptant de séparer les deux pouvoirs d’ordre et de juridiction, on aboutit à une impasse : ou bien Mgr Lefebvre refuse de transmettre un pouvoir de juridiction et il n’a donc pas l’intention de faire ce que fait toujours l’Église en pareil cas : alors le sacre est invalide puisque tout sacrement n’est valide que si le ministre a l’intention de faire ce que fait habituellement l’Église ; ou bien il transmet un pouvoir de juridiction qu’il n’a pas et son acte devient schismatique (Remarquons au passage que la FSSPX a tout de même créé ses propres tribunaux ecclésiastiques qui délivrent des déclarations de nullité de mariage).
La FSSPX convoque bien quelques grandes voix de l’Église (saint Thomas d’Aquin, Suarez) pour expliquer dans quels cas se dispenser du consentement du supérieur, mais appliquée au cas qui nous intéresse, son analyse conduit alors à penser que l’Église ne subsiste que dans la FSSPX puisqu’il lui faudrait avoir raison contre toute l’Église Enseignante. Cela ne se peut, comme le lui faisait remarquer déjà Paul VI : «
Un évêque seul et sans mission canonique n’a pas, in actu expedito ad agendum (de manière telle qu’il puisse agir) la faculté d’établir en général quelle est la règle de la foi et de déterminer ce qu’est la Tradition. Or, pratiquement vous prétendez être juge à vous seul de ce recouvre la Tradition. » (Paul VI, lettre du 11 octobre 1976), mais cela ne fait pas peur à Mgr Lefebvre : «
Je vous le demande : où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous […] ? Tout cela montre que c’est nous qui avons les marques de l’Église visible » (Conférence du 9 septembre 1988 à Ecône, Fideliter n°66 de novembre-décembre 1988).
De tels propos, reconnaissons-le, laissent planer peu de doutes sur l’état dans lequel se place Mgr Lefebvre.
D’ailleurs, une fois l’excommunication prononcée, l’attitude des membres de la Fraternité est encore moins équivoque et, partant, d’autant plus significative de l’esprit de rébellion qui les anime.
Un Léon Bloy ne manquait jamais une occasion de gratifier d’un magistral coup de pied quelque part tout clerc, quel qu’il soit, qu’il trouvait trop fade et pas assez animé de ce qu’il pensait être le véritable esprit chrétien. Et pour l’amour de la France, il en venait à souhaiter que Léon XIII jetât l’Interdit sur elle. Pourquoi ? Parce qu’une telle condamnation était ce qu’il pouvait imaginer de plus terrible, et il avait de l’imagination Léon Bloy. Être coupé de la communion de Rome, le grand Léon en frémissait d’effroi.
« Voyez-vous Léon XIII jetant l'Interdit sur les quatre-vingts diocèses de France, un Interdit absolu, omni appellatione remota, jusqu'à l'heure où tout ce grand peuple sanglotant demanderait grâce ?
(…)
Je vous dis que la France ne pousserait qu'un cri !
Mourante de peur, elle comprendrait qu'on lui arrache les entrailles, elle se réveillerait de ses abominations comme d'un cauchemar, et le cantique de pénitence du vieux Coq des Gaules ressusciterait l'univers ! » (Dans La Femme Pauvre)
Et Bernanos, il n’a pas ménagé le monde ecclésiastique non plus. Pourtant, voyez-le trembler de peur à l’idée d’être retranché de la communion de l’Église :
« Je ne vivrais pas 5 minutes en dehors de l'Église et si l'on m'en chassait, j'y rentrerais aussitôt, pieds nus, en chemise, la corde au cou, enfin aux conditions qu'il vous plairait de m'imposer, qu'importe ! » (Dans La France contre les Robots)
Quelle différence avec les réactions qui ont suivi l’excommunication !
- Dans Le Courrier de Rome titré «
Ni schismatiques, ni excommuniés », on pouvait lire : «
Un catholique ne doit ni ne peut être en communion avec un pape Paul VI » (n°95 de septembre 1988)
- Dans Fideliter : «
La chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occupés par des antichrists… » (Lettre de Mgr Lefebvre aux futurs évêques du 29 août 1987, hors-série des 29-30 juin 1988).
- «
Nous préférons être excommuniés. Nous ne voulons pas participer à cette œuvre épouvantable qui se réalise depuis vingt ans dans l’Église » (Homélie de Mgr Lefèbvre du 10 juillet 1988, Fideliter n°65 de septembre-octobre 1988)
- «
Nous devrons continuer à faire le travail de l’Église sans le Vatican […]. S’il le faut elles (des religieuses, il s’agit des religieuses de ND de l’Annonciation) doivent se séparer de Dom Gérard pour garder la foi, pour garder le Tradition » (Interview de Mgr, Fideliter n°66 de novembre-décembre 1988)
- «
Je vous le demande : où sont les véritables marques de l’Église ? sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous […] ? Tout cela montre que c’est nous qui avons les marques de l’Église visible. (…). Il faut donc sortir de ce milieu des évêques, si l’on ne veut pas perdre son âme. Mais cela ne suffit pas, car c’est à Rome que l’hérésie est installée […] Si nous nous éloignons de ces gens-là, c’est absolument comme avec des gens qui ont le sida. On n’a pas envie de l’attraper. Or, ils ont le sida spirituel, des maladies contagieuses. Si l’on veut garder la santé, il ne faut pas aller avec eux […]. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome » (Conférence du 9 septembre 1988 à Ecône, Fideliter n°66 de novembre-décembre 1988)
- «
Nous disons, nous, que l’on ne peut pas être soumis à l’autorité ecclésiastique et garder la Tradition » (Conférence à Flavigny en décembre 1988, Fideliter n°68 de mars-avril 1989)
- «
Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles […]. Être donc associés publiquement à la sanction qui frappe les six évêques catholiques, défenseurs de la foi dans son intégralité, serait pour nous une marque d’honneur et un signe d’orthodoxie devant les fidèles » (Lettre au cardinal Gantin du 6 juillet 1988, signée par l’abbé Schmidberger, supérieur général de la FSSPX, ainsi que par 23 autres responsables de la Fraternité, dans Fideliter n°64 du juillet-août 1988)
On comprend pourquoi Jean Madiran parle à propos de la FSSPX de «
sédévacantisme immanent ».
Mais on peut presque dire que le plus grave n’est pas là.
Mgr Lefebvre, dans la lettre du 29 août 1987 aux quatre futurs évêques, se déclarait «
confiant que sans tarder le Siège de Pierre sera occupé par un successeur de Pierre parfaitement catholique en les mains duquel vous pourrez déposer la grâce de votre épiscopat pour qu’il la confirme ».
Or, à quoi assiste-t-on au contraire ? Depuis le schisme, la FSSPX n’a de cesse que d’essayer de légitimer une position inconfortable. La seule solution, pour elle, est souvent la fuite en avant. Autrement dit, pour justifier sa désobéissance qui perdure envers le Droit Canon et envers une Rome qu’elle reconnaît, elle doit sans cesse en critiquer les actes et documents. Dès 1989, Engelbert Recktenwald prophétisait avec clairvoyance cette évolution qui était déductible de la tournure qu’avaient prise les événements (Cf Lettre sur les sacres du 30 juin, Wigratzbad, 1989, p.23).
À rebours de l’enseignement constant des papes, un a priori malveillant accueille tout document, toute initiative du Vatican. La critique, en soi légitime, devient systématique et s’érige en mode usuel de fonctionnement. C’est le règne de l’analyse sévère de texte, de la traque au « venin moderniste », de la décortication à la recherche de l’interprétation qui prêterait le flanc à la critique.
Ainsi s’érige une théologie qui vérifie celle du pape pour le juger dans ses documents. L’un des cas les plus flagrants a été un traité intitulé
Le Catéchisme de l’Église Catholique est-il catholique ?, auquel a répondu un frère du Barroux (
Oui, le Catéchisme de l’Église Catholique est catholique , 1993, édition de la Madeleine).
En vérité, on en arrive même parfois à cette situation hautement paradoxale d’une attitude de type gauchiste chez ceux même qui se définissent anti-progressistes. Je veux dire par là que le combat du gauchiste de base contre ce qu’il appelle le fascisme ressemble parfois à celui du saintpidiste de base contre ce qu’il appelle l’Église conciliaire. Même querelles de mots, tendance à la dialectisation, systématisation de la critique, recherche du conflit pour le conflit, propension à voir des ennemis derrière les rideaux, complaisance dans l’opposition ; même la façon dont sont formulées certaines demandes, on croirait du Martine Aubry !
Il est là le plus grave.
La suspicion systématique dans laquelle on a tenu le pape Jean-Paul II fait que pour les jeunes générations, l’appartenance à la Frat devient une référence culturelle par rapport aux « modernistes de Vatican II » et à « l’Église conciliaire ». Certains n’ont connu que cela.
Et même si l’élection de Benoît XVI a été saluée comme un espoir pour la Tradition, j’en ai entendu certains déplorer « sa christologie gravement défaillante » et exiger une rétractation publique de ses erreurs conciliaires.
Aujourd’hui, il nous semble plus proche que jamais le jour où nous pourrons voir se refermer cette déchirure, pour reprendre le livre bouleversant de Jean-Pierre Dickès.
L’Institut du Bon Pasteur a montré que c’était possible. Je m’associe à vos prières, cher Popeye.
Très cordialement.
Marchenoir.
