Bonjour,
Cepora a écrit :
Dites moi si je me trompe, mais il me semble qu'il y ait des conditions au baptême des enfants.
La seule condition que je connais : que les parents ne fassent pas obstacle à ce que l'enfant puisse recevoir le baptême et pour ensuite y recevoir une éducation chrétienne. Habituellement, si les parents sont d'accord : c'est o.k.
J'ai une amie qui est née dans une famille totalement étrangère au christianisme. Or ses parents ont voulu qu'elle soit baptisée afin qu'elle puisse recevoir une éducation chrétienne. Ce fut chose faite.
Mais admettons que l'enfant ne naît pas dans une famille chrétienne, et que cet enfant meurt avant d'avoir l'âge de raison pour faire le choix de se convertir, qu'advient-il de lui ?
On confie la personne à la miséricorde de Dieu.
Vous me demanderiez si les catholiques croient dans un Dieu qui châtierait des peines de l'enfer éternel un petit africain mort d'inanition avant même de savoir parler, victime de la guerre civile et parce qu'il aurait eu le malheur aussi de naître dans un foyer animiste ? Je vous répondrais que le catholique déblatérant de la sorte ("L'enfer ...") serait bon à enfermer au cabanon certainement.
C'est même le pape
Pie IX qui disait qu'aucun petit enfant n'était passible de la damnation éternelle, ne pouvant être tenu responsable d'un péché grave, d'une faute volontaire.
Il écrivait le 10 août 1863, dans l'Encyclique
Quanto conficiamur :
"... car Dieu, qui voit à découvert, sonde, connaît tous les esprits, intentions, pensées, dispositions des hommes, ne permettrait jamais, dans sa bonté souveraine et dans sa clémence, qu'un être qui n'est pas coupable d'une faute volontaire soit châtié des peines éternelles." (
Pie IX cité dans
L'Église du Verbe incarné, p. 1776)
Que les enfants qui meurent sans avoir reçu le baptême ne vont pas en enfer : c'est
saint Thomas d'Aquin qui le disait également au XIIIe siècle. "... ils jouiront, corps et âme, d'un réel bonheur, mais resteront privés de la vision surnaturelle de Dieu." (Thomas d'Aquin in IV Sent. I, II, dist. 30, q. 2)
Cette doctrine des limbes restera l'enseignement courant de l'Église, jusqu'au milieu du XXe siècle (P. Descouvemont, Guide des difficultés de la foi catholique, p. 510)
et
Le chanoine Didiot, ancien doyen de la faculté de Lille, expliquait en 1896 en quoi devait consister cet état "... ils sont ainsi dans un état de perfection et de béatitude finales, auquel le genre humain tout entier eût été convié par la providence, si elle ne lui eût fait de plus hautes destinées en l'élevant à l'ordre surnaturel." (morts sans baptême, Lille, p. 67)
Quant aux Jansénistes, ils croyaient que les enfants qui mouraient sans recevoir le baptême allaient purement et simplement en enfer !
Pour mémoire : la doctrine janséniste a été condamnée par Rome.
Si on résume, l'enseignement courant de l'Église catholique refuse d'envisager le fait qu'un enfant mort sans baptême puisse être damné ou châtié des peines de l'enfer. C'est également ce que dit le catéchisme officiel de l'Église édité en 1992, usant d'une expression telle que "confié à la miséricorde de Dieu".
La différence entre l'an 1910 et l'an 2010, mais elle réside dans le fait que l'enseignement à propos des
limbes ne peut plus guère représenter autre chose qu'une opinion théologique, non pas un dogme. Si c'est une opinion, alors des catholiques sont libres d'opiner différemment, et alors libres d'espérer, par exemple, qu'un enfant mort sans baptême puisse jouir lui aussi de la vision béatifique un moment donné. En 1910, la question n'était pas encore tranchée, et l'opinion de beaucoup à propos des limbes aurait pu éventuellement devenir un élément indiscutable - très théorique - de la foi catholique. Mais nos autorités au Vatican auront écarté très sagement et définitivement tant qu'à moi cette avenue étroite.
