Olivier C a écrit :Oui enfin... Marie n'est point une déesse et l'Eglise n'a de cesse de le souligner.
Tout à fait ... et encore moins la Shekhina : C'est du Jean Hani : «
La Vierge noire et le mystère marial ».
Hani assimile Marie à la Shekhina de la tradition Juive … ce mot signifie «
résidence » et/ou «
présence/demeure » de Dieu notamment dans le Temple de Jérusalem il est dérivé du verbe biblique «
shakhan » (l’acte du logement) mais a une forme féminine … la Bible ne mentionne pas ce terme mais il est ancien et on le trouve dans la littérature rabbinique … il est aussi appelé «
Saint-Esprit » (qui en hébreu est aussi une forme féminine).
On le retrouve à l’ère Talmudique ou nous avons une tournure d’un vers en : « …
je veux demeurer parmi eux » donnant dans une version postérieure : « …
de sorte que mon Shekhina demeure parmis eux » … la différence au-delà de l’usage du terme c’est que nous avons (dans le deuxième cas) une entité séparée de Dieu.
Mais cette «
féminisation » de la Shekhina (que Hani franchi allègrement) pose problème … si elle peut être considérée comme l’hypostase de la «
présence » de Dieu est-elle «
coupée » de Dieu lui-même ??? il semble que seul le Midrash «
Lamentations » franchise le pas :
«
Lorsque la Shekhina quitta le Sanctuaire elle se retourna pour étreindre et embrasser les colonnes et les murs du Temple, puis elle dit en pleurant : Je te salue mon Sanctuaire, Je te salue maison de mon autorité, Je te salue maison de ma splendeur … »
Les Kabbaliste sont arrivé à « féminiser » la Shekhina via la Sagesse/Sophia … que Philon d’Alexandrie en avait fait une figure hypostasiée parfaitement féminine … elle s’explique (tj chez les Kabbalistes) par la dixième et dernière Sefira … qui représente le principe féminin, réceptif et passif, du monde divin … comme la Lune, elle n'a pas de lumière propre, mais la reçoit des sefirot supérieures par l'épanchement du flux, et elle reflète la nature ou la « couleur » de la lumière reçue.
Pour sa part le Zohar conçoit la Shekhina comme une entité féminine … à partir du XIII siècle on assiste à un dédoublement de la Shekhina en une «
supérieure » et l’autre «
inférieure » … conçue comme une entité supérieure qui tire son essence du néant … la Shekhina représente le féminin en tant qu’expression de la puissance créatrice … issue de Bina elle est encore Dieu lui-même … il n’en va plus de même de la Shekhina inférieure ce qui émane d’elle n’est plus de l’ordre du divin mais du créé … la Shekhina inférieure est désormais le «
royaume » … cette détermination est symboliquement représentée par le corpus de l’ecclésia d’Israël (Israël constituant les membres de la Shekhina).
Pour « démontrer » que Marie EST la Shékhina Hani se sert de la notion d’avâtara … venant de l’Hindouisme et désignant une «
descente » et/ou «
incarnation » du dieu Visnu … mais ceci peut revêtir deux aspects une « descente » partielle dans un animal par exemple … ou une «
incarnation » dans une personne humaine … il peut aussi déléguer une part de sa divinité … ce sont donc des manifestations visibles du Principe divin … sans union des natures comme pour la Trinité !!!
Donc Hani se « sert » de cette notion (franchement floue !!! dans la mesure ou nous ne maîtrisons pas la Théologie Indienne en général) de l’avâtara pour « contourner » le fait qu’en Théologie chrétienne le terme de «
déesse » attribuait à Marie est irrecevable … car «
dieu » «
déesse » doivent porter sur des «
personnalités » de même nature … ce qui hors de la sainte Trinité n’est pas recevable sauf à faire du polythéisme.
En plus … la Shekhina se réfère aussi à Jésus (ce que Hani dit lui-même) … les rapports du Christ avec la Shekhina ont été bien mis en lumière par P. Bouyer «
Le Trône de la Sagesse » … il note qu’en Jn (1,14) : «
Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » … ou «
habiter » n’est autre que «
dresser sa tente / séjourner » n’est autre qu’une «
manifestation » de la Shekhina (la demeure de Dieu).
Cordialement, Epsilon