Ce que dit ce prêtre est honteux du point de vue de ce qu'on appelle "l'honnêteté intellectuelle". Mais je veux revenir à quelques distinctions qui n'ont pas été faites.
La première chose, que personne ne semble avoir relevée, est qu'avant même d'être sacrilège et injure à la religion catholique, la scène finale de Castellucci utilise un procédé habituel de l'art contemporain. Castellucci fait un emprunt à Antonello da Messina, c'est d'abord l'oeuvre d'un autre artiste, fécond lui, capable de produire de lui-même une forme artistique, dans un style qui lui est personnel, qui est reproduite et agrandie, avant d'être remaniée de la manière qu'on sait, en vandalisant la reproduction. C'est d'abord l'art d'Antonello da Messina qui est emprunté avant d'être dégradé. Le procédé est aussi répandu chez ces personnalités stériles que le pain dans les boulangerie. C'est ce qu'on fait tous les jours à Léonard de Vinci, à Vélasquez, à Versailles, au Louvre : on puise dans les oeuvres fécondes et, à défaut d'être capable de les égaler, on les remanie et les dégrade. Si on retire la reproduction monumentale de l'oeuvre d'Antonello da Messina, il ne reste rien du spectacle, sinon une séance d'exhibitionnisme scatologique pour les acteurs et de voyeurisme pour les bourgeois qui se sont déplacés. Donc, il n'y a pas "d'expression artistique", ici. En tout cas pas de Castellucci, d'Antonello da Messina oui, mais manipulée pour en faire ce que l'on sait.
Ensuite, les ecclésiastiques à qui l'on donne la parole dans la presse et les medias, ont tous le même discours. Ils disent, en résumé, qu'il faut être ouvert, qu'il faut "dialoguer" avec la culture contemporaine, ils montrent leurs désintérêt et ignorance complets des questions culturelles et artistiques, allant même jusqu'à trouver une portée chrétienne et prophétique à l'imposture de Castellucci qui doit bien rire de son côté. Mgr Vingt-Trois, d'Ornellas, MM. les abbés de la Morandais, Grosjean, Adrien, Da Silva sont tous sur cette ligne, allant du mépris indifférent pour la portée artistique, culturelle et spirituelle du spectacle de Castellucci à la conversion enthousiaste au nouveau "prophète" du Christ qui vient de nous être envoyé.
Je viens d'en comprendre la raison. Nous savons tous que le christianisme est chaque jour plus expulsé, plus extirpé de notre société. Or l'Eglise conserve ses paroisses, ses évêques, elle continue ses oeuvres sociales, elle a encore des hôpitaux, elle a toujours la responsabilité d'écoles et de lycées, elle célèbre des messes et administre les sacrements. Dans le social, la santé, l'enseignement et la vie spirituelle, elle peut continuer ses activités, elle n'est pas menacée par autre chose que la baisse du nombre de vocation et de catholiques pratiquants. Ce n'est sur aucun de ces terrains-là,
par aucun de ces terrains-là, que l'expulsion a lieu...
Mais le domaine,
le moteur, par lequel le christianisme est expulsé de la société, c'est la culture. C'est par la culture que tout le reste de la société est dévitalisé, asséché, vidé de présence chrétienne. Et c'est justement ce domaine-là que l'Eglise semble refuser de considérer, qu'elle affecte de mépriser - comme "non-significatif", ainsi que le dit Mgr Vingt-Trois qui fait un contre-sens si énorme que je ne peux pas imaginer qu'il soit involontaire.
Le portrait souillé du Christ n'est pas "non-significatif", il est
hyper-significatif : car il est en continuité avec les milliards d'euros du marché de l'art et du ministère de la culture, en continuité avec TF1, France Télévision, M6, Canal +, avec Pinault, Arnaud, les médias, la finance, le luxe, avec ce qui a la plus grande capacité d'influence dans la société. En comparaison, Civitas n'existe pas. C'est d'ailleurs le reproche qui leur a été fait, ils n'existent pas, ne représentent rien et veulent se faire connaître en utilisant la Catsellucci... On leur dit : "vous vous attaquez au pouvoir, à la puissance, pour faire parlez de vous qui êtes un néant". Le contre-sens de Mgr Vingt-Trois n'est pas involontaire, il n'est pas innocent, pas plus que ce n'est par accident que l'autorité suprême du Collège des Bernardins a été confiée à un comité de politiciens et de banquiers n'ayant rien de catholique.
En réalité, et c'est là où je veux en venir, ces ecclésiastiques se détournent des questions culturelles comme si elles étaient trop brûlantes pour eux parce que
c'est justement par la culture que l'Eglise de France est tenue en laisse et continuellement plus expulsée de la société française. Alors évidemment, on n'en parle jamais sérieusement à l'intérieur de l'Eglise, on continue de vivre comme si de rien n'était, on déplore la baisse des vocations et des pratiquants, mais on ne se gratte jamais le cou... évidemment, car il y a un collier avec une laisse attachée...
L'immense portrait d'Antonello da Messina, parasité et vandalisé comme oeuvre d'art et blasphèmé comme Christ ne peut donc être que "non-significatif" ou alors c'est le moteur même de la déchristianisation qui est mis en question, et ça, ce n'est pas permis... Voilà l'enjeu de cette affaire dont la phrase clé a été prononcée par Mgr Vingt-Trois : "ce n'est pas significatif", une déclaration d'aveuglement volontaire en quelque sorte.
Je rappelle que c'est un musulman, Tarak Ben Ammar, qui a assuré, in extremis, la distribution en salles en France du film La Passion du Christ de Mel Gibson... et ce sont aujourd'hui des lefevbristes qui ont initié la réponse à Castellucci...