Pneumatis a écrit :
Au risque de tourne en rond, cela corrobore l'idée que le poisson peut donc bien figurer le sens, nourriture de l'esprit.
Que vient donc faire ce poisson dans l'assiette de Jésus, dans cette représentation ? Il peut témoigner, à mon sens, d'une relation entre les personnes divines et leurs actions.
On sait par ailleurs qu'après la résurrection, il mange du poisson "grillé" avec ses disciples. Et là j'avoue que je sèche...
Je vais y réfléchir parce que si Jésus ressuscité est le modèle conçu par Dieu de l'Homme parfaitement accompli, proclamant comme Jonas le repentir à toutes les nations, je me demande pourquoi il mange encore du poisson à ce moment là. J'ai un peu peur de comprendre : n'est-il pas le sens définitivement établi, accompli après la résurrection ? L'homme ressuscité doit-il toujours se renouveler, en permanence, dans sa réponse à Dieu ? Pour le dire autrement : y a pas un moment où le boulot s'arrête ?
Cela dit, j'avoue que c'est un problème assez peu prioritaire : occupons-nous d'abord de faire ce qu'il faut pour que Dieu nous ressuscite, et nous verrons après.
Peu prioritaire ? Vraiment ?
Cette réflexion profonde me semble, au contraire, aboutir de manière fort intéressante, au questionnement le plus fondamental. La vie divine, la vie éternelle, est-ce la possession de tout, la réponse à tout, l’achèvement de tout ? La vie éternelle, le paradis, est-ce la béatitude totale où plus rien ne manque, où il n’y a plus aucun désir car tout est comblé ? Un moment où le boulot s'arrête ?
Les psychologues ont largement dégagé les dangers du tout, lorsqu’il n’y a plus aucune place pour de l’autre, une autre personne, une autre chose, une autre action. Est-ce vraiment notre espérance ?
Est-ce que notre Dieu Trinité où aucun des trois ne se suffit pas à lui-même mais où la vie est perpétuelle communion, où la vie s’est manifestée créatrice, ne nous révèle pas une autre réalité, un meilleur avenir ?
Peut-on imaginer un état où la plénitude est tellement totale qu’il n’y a plus rien à faire, à espérer ? Plus aucun mouvement, plus aucun besoin, ni manque quelconque. Plus aucun désir, car tout est déjà obtenu.
Tout mouvement est suscité par une envie de passer d’un état à un autre pour un meilleur qui doit être atteint et qui ne l’est donc pas encore. La béatitude totale et absolue n’est-elle pas cause d’une immobilité totale de l’être ? Equivalente à la mort, voire d’un ennui absolu?
Dans sa récente encyclique Spe Salvi a abordé ce difficile problème qui ne concerne pas que la vie éternelle, mais déjà notre vie présente (n°s 10 à 12) :
« Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable… Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don… vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable.
…Il y a clairement une contradiction dans notre attitude, qui renvoie à une contradiction intérieure de notre existence elle-même. …Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui n'est même pas touchée par la mort…
L'expression « vie éternelle » cherche à donner un nom à cette réalité connue inconnue. Il s'agit nécessairement d'une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, « éternel » suscite en nous l'idée de l'interminable, et cela nous fait peur; « vie » nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d'un côté nous la désirons, de l'autre nous ne la voulons pas….
…Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l'immensité de l'être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie »
La création elle-même n’est-elle pas le signe que Dieu n’est pas béatitude immobile ?
C’est la foi qui sauve. Le salut, n’est-ce pas le passage avec le Christ de la mort à la résurrection ? La mort vaincue.
Dès la Genèse, n’y a-t-il pas une profonde ambiguïté sur la mort ? Les espèces créées se renouvellent par la mort de génération en génération. A-t-il pu en être autrement pour Adam et Eve qui ont été créés à l’image de Dieu et ont reçu leur humanité dans un corps animal naturellement mortel ?
La profonde différence, n’est-ce pas qu’ils ont reçu la vie divine éternelle, la capacité de franchir la mort physique sans que leur être, leur âme soit détruite. Cette capacité a été blessée par la faute originelle. Dans le texte hébreu de l’avertissement de Dieu de la Genèse (Gn 2, 17), il n’est pas dit à Adam qu’il « mourra physiquement » s’il s’empare du fruit interdit, comme si la mort physique n’existait pas encore, mais le texte semble dire de manière plus nuancée « de mourir, tu mourras », comme si la mort ne pouvait plus être vaincue par lui.
Dans la nature, la mort n’est pas une vraie mort qui détruit définitivement, mais un passage, car les cellules du corps mort se transforment et la vie se transmet ailleurs. Nos propres cellules corporelles meurent et se renouvellent sans cesse. Par la chute et sans le Christ, c’est notre personne qui est menacée de mort.
La vie divine, comme la vie éternelle qui nous est promise, ne pouvons-nous l’espérer comme un perpétuel renouvellement, où les désirs ne seront pas absents par une possession de tout qui rendrait toute vie inutile et sans intérêt, mais où nous aurons sans cesse la possibilité de les satisfaire, une communion créatrice sans fin, où l’amour et l’espérance nous ouvrira des horizons toujours plus beaux ?
Pour nous sur terre, c’est difficile à imaginer sans fatigue, sans souffrance, sans une aspiration à ce que le boulot s'arrête... Mais, pour Dieu ?
N'est-ce pas plutôt comme le pressentait la petite Thérèse ? : elle voulait passer son ciel à faire du bien. Ou comme le dit notre Pape Benoit XVI « une immersion toujours nouvelle » ?