Domy a écrit :
Allons, allons, Philémon, un peu de sérieux !
Les républicains ne sont-ils pas obsédés par la république, impérialiste et colonisatrice ? Hors de la république française, point de salut ! (...)
Les royalistes, que vous caricaturez honteusement, ne s'habillent pas en perruque poudrée ni avec des chausses ! Le terme "Ancien Régime", que vous employez à des fins propagandistes, d'ailleurs, n'est pas un terme de sciences politique.
Citoyen Domy,
Il vous faudra bien convenir qu’il existe aussi des républicains poudrés et en culotte, puisque Robespierre lui-même était accoutré de cette manière.
Trêve de plaisanterie, je ne sais pas si ça vaut la peine qu'on discute ensemble tant vous êtes englué dans votre paranoïa chronique. Contrairement à ce que vous pensez, je n'ai rien contre la monarchie, et je ne cherche pas du tout à opposer les régimes historiques entre eux. Mais vous savez ce qu'a dit l'historien Jacques Bainville : tout a toujours mal marché. Et pour ma part, je me refuse aux combats d'arrière-garde, nostalgiques et anachroniques. Je n’ai jamais pensé à des aristocrates poudrés roulant dans leurs somptueux carrosses. Et je n’idéalise certainement pas non plus le régime bourgeois qui s’est mis en place depuis le 9 Thermidor. Je pense qu’il fallait mettre fin aux privilèges, parce qu’ils étaient injustes. Et je pense qu’il faut également mettre fin aux privilèges actuels, qui sont exactement la même chose : pas les modestes revenus des fonctionnaires (que l’on ose conspuer), mais les revenus extravagants des banquiers, spéculateurs et actionnaires, qui mériteraient bien, à leur tour, qu’on promène leurs têtes au bout des piques ! Donc je vous rassure, la république bourgeoise, athée, apatride, sans valeur autre que l’argent, représente ce que je hais et méprise le plus au monde. Lorsque je parle de la République, il ne s’agit pas d’un régime existant, ou ayant existé, mais bel et bien d’une utopie que j’essaie de me figurer. J’ai simplement beaucoup d’admiration pour la Rome républicaine, même s’il y avait beaucoup d’imperfections et de problèmes.
La monarchie à la Louis XVI est de fait anachronique aujourd'hui. Et l'histoire ne se répète jamais, mais elle avance. Demain, on inventera encore autre chose. Survolez toute l'histoire humaine : les pharaons, les cités-états, les empires de l’Antiquité, les républiques de Grèce, Rome, les peuples barbares, les monarchies mérovingiennes, les seigneuries féodales, les royaumes d’Ancien régime, les Révolutions, les régimes démocratiques modernes, les républiques marxistes, vous voyez bien que rien ne se répète jamais dans l’histoire. Pourquoi vous accrocher à un modèle qui ne correspond qu’à un moment du passé ? Même la monarchie, en 1500 ans d’existence, a considérablement évolué. Et elle n’est pourtant qu’un moment passager de l’histoire.
J’attire votre attention sur un autre point : lorsque les Hébreux réclament à Dieu un roi, il le leur accorde à contre cœur. Ils avaient été jusqu’alors gouvernés par les Juges, c’est-à-dire par un régime théocratique. Moïse avait été le 1er juge d’Israël. Devant la tâche écrasante, il avait délégué ensuite cette fonction à d’autres. Mais le peuple se sentait faible face à ses ennemis, et réclamait un prince pour le gouverner d’une main de fer, et le mener à la victoire. Dieu voyait dans ce manque de confiance en sa Toute Puissance une marque d’infidélité. Cependant, il leur accorda le roi qu’ils réclamaient. Dès lors commença pour Israël un nouveau type de régime qui nous seulement ne le protégea pas, mais le mena d’abord à la division en deux états, puis à la défaite et à la déportation. La monarchie n’est certainement pas un modèle idéal.
Encore une remarque : historiquement, qui sont les rois et seigneurs qui ont régné pendant 1500 ans en Europe ? Réponse : à l’origine des barbares devenus magistrats et fonctionnaires de la République romaine, nommés par le Peuple et le Sénat Romain. Les rois d’Occident doivent donc leurs couronnes à la République, qui de droit n’a jamais cessé. Elle est toujours restée en vigueur. Car contrairement à ce que laisse entendre votre propre caricature, monarchie et république dans l'absolu ne se rejettent pas mutuellement. Votre conception est très datée.
Quant aux Romains républicains, qui détestaient la tyrannie, et pour cette raison se méfiaient de César, soupçonné d'aspirer à la royauté, l'histoire leur a donné raison. Si les "empereurs" ne sont jamais devenus formellement des "rois", mais sont toujours restés officiellement des magistrats émanant du Sénat de la République, ils ont quasiment bénéficié de pouvoirs monarchiques, sans jamais se priver d'en abuser à la manière des tyrans. De plus, le régime monarchique n'étant pas institué, la charge d'empereur se trouvait perpétuellement offerte au plus fort, ce qui n'a pas manqué de causer des guerres civiles à répétition. Vous me direz : une bonne vieille monarchie héréditaire, et le tour était joué ! Mais soyez donc objectif : étudiez l'histoire des monarchies en Europe depuis la chute du dernier empereur (476) jusqu'à la Révolution Française, et dites-moi quand et sous quel prince elles ont été exemptes de guerres. Elles n'ont en réalité quasiment jamais cessé !