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Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : sam. 01 mai 2010, 18:08
par MB
Avé
Dans le même genre, il y a ce passage archi-connu ; formellement, ce n'est pas un poème, mais on peut quand même en faire un des plus beaux poèmes de la littérature universelle :
Sero te amaui,
pulchritudo tam antiqua et tam noua,
sero te amaui.
Et ecce intus eras et ego foris
et ibi te quaerebam
et in ista formosa, quae fecisti, deformis inruebam.
Mecum eras, et tecum non eram.
Ea me tenebant longe a te,
quae si in te non essent, non essent.
Vocasti et clamasti et rupisti surditatem meam,
coruscasti, splenduisti, et fugasti caecitatem meam,
fragrasti, et duxi spiritum et anhelo tibi,
gustaui et esurio et sitio,
tetigisti me, et exarsi in pacem tuam.
Ce qui donne à peu près (mais ce n'est pas difficile à comprendre, et même sans comprendre le latin on peut lire l'original tel quel) :
Si tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si neuve, si tard je t'ai aimée...
Tu étais en moi, et moi j'étais dehors ; et c'est là que je te cherchais, et laid, je courais vers ces beautés que tu as faites. Tu étais avec moi, et moi je n'étais pas avec toi. Elles me tenaient loin de toi, ces choses qui, si elles n'étaient avec toi, n'étaient pas.
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité, tu as scintillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité, tu as embaumé, et en toi j'ai respiré et suffoqué, j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif. Tu m'as touché, et j'ai brûlé dans ta paix.
Je traduis au pied levé, ça n'a rien d'officiel. Le lyrisme de ce passage, sa virtuosité littéraire, ses jeux, ses balancements, ses paradoxes, sont extraordinaires. De la grande littérature, et de la grande théologie. La classe, quoi.
Amicalement
MB
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : jeu. 13 mai 2010, 17:46
par Petit Matthieu
N'ayant pas les capacités d'apprécier le latin, je me contente de cette traduction des pères bénédictions qui dit-on est excellente. En tout cas, même si je sais qu'une traduction ampute la musicalité des mots et parfois même le sens ou du moins les finesses linguistiques, je savoure cette traduction que j'aime particulièrement.
Mais merci de poster ces passages en latins, c'est intéressant.
Livre cinquième :
Chapitre premier : Prière à Dieu
« Il ne vous apprend rien de ce qui se passe en lui, celui qui se confesse à vous ; un coeur fermé ne l’est pas pour votre oeil, et votre main ne se laisse pas repousser par la dureté des hommes, car vous la faites fondre quand il vous plaît sous votre miséricorde ou votre vengeance et « personne ne peut se soustraire à votre chaleur » (Psaume XIX, 7). »
Chapitre II : On ne fuit pas Dieu. Il est partout et toujours prêt à accueillir le coeur repentant.
En parlant des hommes qui ont fui Dieu : « Voulant se dérober à votre douceur, ils se sont heurtés à votre équité et sont tombés sous votre rigueur. Ils ignorent évidemment que vous êtes partout, qu’aucun lieu ne vous limite, et que seul vous êtes présent même à ceux qui s’éloignent de vous. »
« Qu’ils se retournent d’eux-mêmes, qu’ils vous cherchent, et voici que vous êtes dans leur coeur, dans le coeur de ceux qui se confessent à vous, se jettent dans vos bras et pleurent dans votre sein, après tant de rudes chemins parcourus. »
Chapitre III : Faustus et le manichéisme
Augustin a alors 29 ans et vit à Carthage, il y rencontre un évêque manichéen reconnu : Faustus. « Les superbes ne vous trouvent pas, leur curieuse habileté sût-elle les étoiles et les grains de sable, mesurer les plaines célestes et explorer les routes des astres. »
« Ils disent bien des choses vraies sur la création, mais ils ne cherchent pas pieusement la Vérité, auteur de la création. Aussi ne la trouvent-ils pas, ou s’ils la trouvent ils connaissent Dieu, mais ne l’honorent pas « comme un Dieu » ; ils ne lui rendent pas grâce ; ils s’évanouissent dans leurs pensées ; « Ils se disent sages » en s’attribuant ce qui est à vous, et ils en viennent dans leur criminel aveuglement, à vouloir vous attribuer ce qui est à eux ; ils vous chargent de leurs mensonges, vous qui êtes la Vérité. »
Chapitre IV : Vanité de la science de la nature
« Malheureux l’homme qui en a la science totale et vous ignore : mais heureux celui qui vous connaît, même s’il les ignore ! »
Chapitre V : Imposture de Manès
Il a des thèses différentes sur les lois de la nature et affirme que le Saint-Esprit est dans son corps, ce qui lui fait dire la vérité.
Chapitre VI : Augustin et Faustus
Faustus est un beau parleur. « [...] la sagesse et la sottise sont comparables à des aliments salubres et malsains, et le style élégant ou non à une vaisselle précieuse ou grossière : on peut y servir aussi bien les deux sortes de mets. »
Chapitre VII : Déçu par Faustus, Augustin se détache des manichéens
Augustin désirait les preuves mathématiques des thèses manichéennes sur le cosmos. Il est déçu mais reconnaît la modestie de Faustus, il le fréquente alors pour son amour des lettres mais se détache des manichéens. En parlant de Dieu qui le délivre progressivement de ses liens : « Qui nous sauvera si ce n’est la main qui refait ce qu’elle a fait ? »
Chapitre VIII : Augustin part pour Rome
Il est attiré par la rigueur de la vie étudiante romaine et comparaison de la folle ambiance de Carthage. Sa mère ne veut pas le voir partir, il lui ment et part furtivement pour Rome : « Le vent souffla et gonfla nos voiles, dérobant à nos yeux le rivage où, la lendemain matin, ma mère, folle de douleur, emplissait vos oreilles de plaintes et de gémissements qui ne vous touchèrent pas ; l’entrainement de mes passions vous était un moyen pour mettre fin à ces passions mêmes, et le fouet des douleurs châtiait justement le regret trop charnel de ma mère. Car elle aimait m’avoir auprès d’elle, commes toutes les mères, mais beaucoup plus encore que bien des mères, et elle ne savait pas ce que vous deviez lui donner de joies par mon absence. Elle ne le savait pas ; c’était la raison de ses pleurs et de ses lamentations, et ces tourments mêmes attestaient l’héritage d’Eve en cette femme qui cherchait en gémissant ce qu’elle avait enfanté en gémissant. Cependant, après m’avoir accusé de fourberie et de cruauté, elle se remit à vous prier pour moi et retourna à ses habitudes pendant que je gagnais Rome. »
Chapitre IX : Maladie d’Augustin
« J’étais déjà en route vers l’Enfer (Job, VII, 9), chargé de tous les péchés que j’avias commis contre vous, contre moi et contre autrui, péchés nombreux et lourds qui venaient s’ajouter à la chaîne du péché originel, « par lequel nous mourons tous en Adam » (I Corinthiens, XV, 22). »
« Le Christ ne m’avait pas encore délivré par sa croix des inimitiés (Ephésiens, II, 16) que j’avais contractées avec vous par mes péchés. Comment m’en eût-il délivré par une croix où mes croyances d’alors ne me faisaient voir qu’un fantôme ? »
Chapitre X : Augustin et les erreurs des manichéens
Pour eux, ce n’est pas l’homme qui pèche mais une nature étrangère en lui : « Mon exécrable iniquité aimait mieux vous voir vaincu en moi pour ma perte, ô Dieu tout-puissant, que vainqueur de mon âme pour mon salut (Genèse, XVII, 1). » Il se rapproche des philosophes dits « Académiciens », qui ont le scepticisme de tout pour doctrine de pensée. Augustin n’accepte pas l’incarnation de Dieu, et pourtant il croit que tout est matière, Dieu lui-même. C’est la base de son erreur. Il oppose donc une substance matérielle du mal à un degré moindre qu’une substance matérielle du bien à un degré plus élevé. Il refuse l’Incarnation par crainte de la souillure par la chair.
Chapitre XI : Controverses bibliques
A Carthage, un certain Elpidius avait critiqué les positions manichéennes. Rumeurs d’impostures sur le nouveau testament, certains auraient voulu enter la foi des juifs sur la foi chrétienne.
Chapitre XII : Fâcheuse pratique des étudiants romains
Augustin part comme maître en rhétorique. Il déteste les pratiques des étudiants qui ne payent pas leurs maîtres et aiment ainsi l’argent et les prostitutions du monde.
Chapitre XIII : Augustin à Milan. Il connaît Saint-Ambroise
Il part pour Milan, choisi pour couvrir le poste de professeur de rhétorique et y rencontre l’évêque de Milan, Saint-Ambroise. Augustin l’écoute pour son éloquence, pas pour les Vérités qu’il dit : « Pour les choses mêmes, nulle comparaison ; l’un [Faustus] s’égarait dans les rêveries manichéennes, l’autre enseignait la plus saine doctrine du salut. Mais le salut est loin des pécheurs (Psaume CXVIII, 155), tel que j’étais alors. »
Chapitre XIV : Augustin se sépare des Manichéens
« [...] le goût frivole de l’éloquence m’était resté. »
« Il m’apparut d’abord que ce qu’il enseignait pouvait se défendre, et que les affirmations de la foi catholique que j’avais crue désarmée contre les attaques des Manichéens n’étaient point téméraires. Ce qui m’éclaira surtout ce fut de l’entendre [Saint-Ambroise] souvent résoudre maints passages obscurs de l’Ancien Testament, qui, pris à la lettre, étaient pour moi des textes de mort (II Corinthiens III, 6). » Les manichéens détestaient effectivement la loi et les Prophètes.
« Aussi doutant de tout à la façon des Académiciens, tels qu’on se les représente, et flottant entre toutes les doctrines, je résolus de me séparer des Manichéens, ne croyant pas devoir, dans cette crise de doute, demeurer dans une secte à laquelle je préférais déjà quelques philosophes. Pourtant à ces philosophes à qui le nom salutaire du Christ était étranger je refusais absolument de confier la guérison des langueurs de mon âme. Je pris donc le parti de rester catéchumène dans l’Eglise catholique, qui à mes yeux se recommandait de mes parents, jusqu’à ce que quelque clarté certaine vînt diriger ma course. »
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : jeu. 13 mai 2010, 18:32
par etienne lorant
J'ai particulièrement apprécié ces deux lignes - en me disant qu'en latin, c'est encore plus court et plus frappant !
"Chapitre V : Douceur des larmes
« D’où vient donc la douceur du fruit que l’on recueille des amertumes de la vie, des gémissements, des pleurs, des soupirs et des plaintes ? »
« Serait-ce que les larmes, chose amère, nous deviennent douces à cause du dégoût ressenti pour les plaisirs passés et tant que dure cette aversion ? »
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : jeu. 13 mai 2010, 20:16
par Petit Matthieu
Oui, c'est frappant...
Quand on sait qu'après Augustin s'interdit de pleurer quand ça mère meurt, cela prend tout son sens je trouve.
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : jeu. 13 mai 2010, 22:48
par jeanbaptiste
Augustin, si grand, si beau, si profond !
«Que votre amour me perce et me pénètre jusque dans la moelle des os, et que je m'écrie dans l'admiration de vos bienfaits : "Seigneur, qui est semblable à vous ?".» Confessions, VIII.I
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : jeu. 13 mai 2010, 23:23
par Petit Matthieu
Les confessions sont sans doute le meilleur livre que j'ai jamais lu. J'exclus les Evangiles de ce classement, of course !
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : ven. 14 mai 2010, 9:19
par Luis
Petit Matthieu a écrit :je me contente de cette traduction des pères bénédictions
Les pères bénédictions, comme c'est mignon

!
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : ven. 14 mai 2010, 11:22
par Petit Matthieu
Luis a écrit :Petit Matthieu a écrit :je me contente de cette traduction des pères bénédictions
Les pères bénédictions, comme c'est mignon

!
Un petit lapsus héhé ! :>
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : ven. 31 déc. 2010, 23:43
par Bisdent
Théophane a écrit :
En revanche, je n'aime guère les traductions qui emploient le vouvoiement, et cela pour deux raisons : d'abord parce que le latin ne connaît pas le vous de courtoisie, ensuite parce que cet usage est moins une marque de respect envers Dieu qu'une coutume mondaine. Dieu est amour, Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes. Benoît XVI lui-même dit que Dieu se fait si proche de nous que nous pouvons Le tutoyer (homélie du 18 décembre 2005).
Je suis entièrement d'accord avec vous Théophane, dans la mesure où le vouvoiement de la traduction que j'ai lue des
Confessions fut une chose qui m'a dérangée dès les premières lignes de ma lecture. Et ça a continué de me gêner par la suite. Je retourne de temps à autres au texte latin pour approfondir un passage qui me touche particulièrement, mais je suis rigoureusement incapable de lire le texte uniquement en latin.
Je ne sais pas si les traductions actuelles utilisent toujours le vouvoiement. L'édition que je possède date de 1970. Ca fait tout de même 40 ans. Le monde a bien changé depuis lors, et les pratiques sociétales aussi.
Re: Les Confessions, de Saint-Augustin
Publié : sam. 01 janv. 2011, 16:47
par Petit Matthieu
Livre sixième :
Chapitre premier : Monique trouve son fils plein d’inquiétude
Apprenant que son fils n’est plus Manichéen : « Elle était seulement tranquillisée sur un point de ma misère : elle me pleurait comme si j’étais mort, mais pour ressusciter, et sa pensée me présentait à vous comme sur un brancard, pour que vous disiez au fils de la veuve : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » et que celui-ci se mît à revivre, recommençât à parler, et fût rendu par vous à sa mère ! »
« Je n’avais pas encore atteint la vérité, mais je m’étais déjà arraché à l’erreur. »
Chapitre II : Une coutume des chrétiens d’Afrique
Se voyant refuser d’accomplir la coutume de donner des vivres aux tombeaux des saints, Monique se soumet à la décision de Saint-Ambroise : « Car l’intempérance n’assiégeait pas son coeur et la passion du vin ne l’inclinait pas à la haine de la vérité, comme il arrive à tant d’hommes et de femmes qui, en entendant chanter la sobriété, sont en proie aux mêmes nausées que les ivrognes devant un verre d’eau. » Sur chaque tombe de saint, les africains ont coutume de manger et boire assez allègrement pendant une fête d’une semaine environ.
« La Passion servit de modèles aux martyrs dans leur sacrifice et leur victoire. » En parlant de lui-même : « qui doutais de tout et ne croyait aps qu’on pût trouver la voie de la vie (Psaume XV, II, Proverbes VI, 23). »
Chapitre III : Augustin ne peut s’ouvrir de ses perplexités à Saint-Ambroise. Il trouve dans la prédication de l’évêque la lumière cherchée
Saint-Ambroise est un homme très occupé et Saint-Augustin ne peut lui parler, il l’écoute et le regarde quand celui-ci lit silencieusement entre deux affaires : « Quant aux espoirs qu’il portait en lui, à ses luttes contre les tentations de ses propres grandeurs, aux consolations qu’il goûtait dans l’adversité, aux joies savoureuses qu’il trouvait à ruminer votre pain, avec cette bouche secrète qui était dans son coeur, je ne savais l’imaginer, je n’en avais aucune expérience. »
Parlant de la lecture silencieuse de Saint-Ambroise : « Au reste, quel que fût son intention, elle ne pouvait être que bonne chez un homme comme lui. »
Comprenant le sens de l’homme crée à l’image de Dieu : « Mais vous, qui êtes à la fois si haut et si proche de nous, si caché et si présent, vous qui n’avez pas de membres, les uns plus grands, les autres plus petits, mais qui êtes tout entier partout sans être nulle part tout entier, il est bien vrai que vous n’avez pas notre forme corporelle, et pourtant vous avez fait l’homme à votre image, et voici que, lui, de la tête aux pieds, est dans l’étendue. »
Chapitre IV : Augustin commence à connaître la véritable pensée de l’Eglise
« Plus était vif le souci qui me rongeait l’âme de posséder quelque certitude, plus j’avais honte d’avoir été le jouet et la dupe de ceux qui m’avaient promis la certitude et d’avoir, par l’effet d’une erreur et d’une passion puériles, débité comme certaines tant de choses qui ne l’étaient pas. »
Au sujet de l’Ancien Testament, Saint-Ambroise répète inlassablement : « La lettre tue et l’Esprit vivifie (II Corinthiens, III, 6) ». Et lorsque, écartant le voile mystique, il découvrait la signification spirituelle de textes qui, entendus selon la lettre, semblaient enseigner une erreur, il ne disait rien qui me choquât, bien que j’ignorasse encore s’il disait la vérité. Je défendais mon coeur de toute adhésion, craignant de glisser dans un précipice, et de rester ainsi en suspens. C’était cela qui m’était une mort. Car je voulais avoir de ce qui ne se voit pas la même certitude que de sept et trois font dix. Je n’étais pas assez fou pour penser qu’une telle vérité pût ne pas être saisie par l’intelligence ; mais j’avais la prétention de comprendre pareillement les autres vérités, qu’elles concernassent soit des corps qui ne seraient pas accessibles à mes sens, soit des réalités spirituelles dont je ne savais me faire qu’une conception matérielle. »
Chapitre V : Augustin accepte l’idée catholique de la foi
« Dès lors, cependant, je préférais la doctrine catholique, estimant qu’il y avait plus de mesure et de sincérité à faire une obligation de croire à ce qui n’était pas démontré – soit qu’on pût le démontrer, mais non à tous, soit qu’on ne pût pas le démontrer – qu’à railler la foi, comme faisaient les Manichéens, qui promettaient témérairement la science, puis nous prescrivaient de croire à une foule de fables de la dernière absurdité, dans l’impuissance où ils étaient de les démontrer.
Mais peu à peu, Seigneur, de votre main très douce et très miséricordieuse vous avez touché et préparé mon coeur, et je m’avisai de tout ce que je croyais sans le voir, sans y avoir assisté : tant de faits de l’histoire des peuples, tant de choses concernant des endroits et des villes que je n’avais pas vus, tout ce que j’admettais sur la foi d’amis, de médecins, de bien d’autres en qui il faut bien croire, sans quoi on ne ferait absolument rien en cette vie ! Enfin, avec quelle foi inébranlable je me croyais le fils de mes parents ! Mais c’est ce qu’il m’eût été bien impossible de savoir si je n’avais admis ce que j’entendais dire. Ainsi, vous m’avez persuadé que les coupables, ce ne sont pas ceux qui croient à vos Livres, dont vous avez si fortement établi l’autorité chez presque tous les peuples, mais ceux qui n’y croient pas, et que je ne devais pas écouter les hommes qui me diraient : « D’où sais-tu que ces livres ont été donnés au genre humain par l’esprit du seul vrai Dieu qui est la Vérité même ? » C’est précisément cela qu’il me fallait croire ; car aucune objection calomnieuse, si agressive qu’elle fût, au cours de tant de lectures où j’avais vu les philosophes aux prises les uns avec les autres, n’avait pu m’arracher, un seul jour, la certitude de votre existence, bien que j’ignorasse ce que vous êtes, ni celle que le gouvernement des choses humaines est entre vos mains (Fide rerum quae non videntur). »
« C’est pourquoi persuadé que, dans notre impuissance à découvrir la vérité par la raison pure, nous avons besoin du secours des Saintes Ecritures, je commençai à croire que vous n’auriez pas conféré à ces Ecritures une si éminente autorité dans le monde entier, si vous n’eussiez voulu qu’on crût en vous par elles et qu’on vous cherchât par elles. »
Parlant de la Bible : « Par la clarté du langage, l’humble familiarité du style, elle s’ouvre à tous, et cependant elle a de quoi exercer la réflexion de ceux qui ne sont point « légers de coeur (Ecclésiastiques, XIX, 4) ».
Chapitre VI : Réflexion que lui inspire la rencontre d’un mendiant
« C’était le jour où je m’apprêtais à réciter un panégyrique de l’empereur ; les mensonges n’y devaient pas manquer, et ces mensonges étaient assurés d’avoir l’approbation d’auditeurs qui savaient la vérité pourtant. »
Croisant dans une rue de Milan un mendiant ivre et joyeux, il soupire avec ses amis sur les nombreux maux que leur coûtaient leurs folies. Ils veulent tous parvenir à cette joie sure qu’éprouve le mendiant : « Ce qu’il avait acquis déjà avec un peu de menue monnaie mendiée, la joie d’une félicité temporelle, j’y tendais par des détours et des circuits très fatigants. »
« Je ne devais pas me mettre au-dessus de ce mendiant, comme plus savant que lui, puisque je ne tirais pas de mon savoir plus de joie, mais un moyen de plaire aux hommes, non pour les instruire, mais seulement pour leur plaire ! Et c’est pourquoi « vous me rompiez les os » avec la verge de votre discipline (Psaume XLI, II). »
« Loin de mon âme ceux qui disent : « Ce qui importe c’est la source de la joie. Ce mendiant puisait la sienne dans l’ivresse, toi, tu voulais la puiser dans la gloire ! »
En parlant du mendiant : « A coup sûr, il était le plus heureux, non seulement parce qu’il ruisselait de joie, tandis que j’étais dévoré de soucis mais encore parce qu’il avait acheté son vin en souhaitant du bonheur à autrui, alors que moi, je quêtais avec des mensonges une vaine gloire. »
Chapitre VII : Alypius et Augustin
Alypius fut évêque de Thagaste peu avant Augustin. Alypius et Nébridius sont des amis d’Augustin, le premier fut l’élève d’Augustin. Passionné des jeux du cirque, Dieu par Augustin parvient à le sortir de ces frivoles passions.
Chapitre VIII : Passion d’Alypius pour les jeux du cirque
Alypius est séduit par les combats de gladiateurs, il se passionne pour ce qu’il avait rejeté avant d’y être entrainé par la pression de ses amis. En parlant du premier gladiateur mourant qu’il voit : « Aussitôt qu’il eut aperçu ce sang, il s’abreuva de cruauté. »
« Il en savourait à son insu la fureur, ravi par ces luttes criminelles, ivre de sanglante volupté. »
Chapitre IX : Une mésaventure d’Alypius
Faussement accusé d’un vol de plomb, Alypius échappe de peu à un erreur judiciaire et à la colère de la foule : il en tire une expérience sur le fait de ne pas condamner un homme à la légère avec une : « [...] téméraire crédulité. »
Chapitre X : Intégrité d’Alypius. Nébridius perplexe comme ses amis
Alypius, assesseur du comte chargé des finances de l’Italie, s’oppose à un très puissant sénateur, avec succès, sans se laisser impressionner par les menaces ou corrompre par l’argent. Nébridius et Augustin souffrent de leur quête de la vérité qui n’aboutit pas ; ils répètent souvent : « Combien de temps cette disgrâce ? »
Chapitre XI : Augustin tiraillé entre Dieu et le monde
Depuis ses dix-neuf ans il cherche la sagesse. Il a maintenant trente ans et est toujours empêtré dans les passions : « Je différais de jour en jour de vivre en vous, mais je ne différais pas de mourir chaque jour en moi (Ecclésiastique V, 8). »
Chapitre XII : Il est tenté par le mariage
Alypius est chaste depuis qu’il a furivement fait l’expérience de l’amour. Pour lui le mariage éloigne la possibilité d’une vie de recherche de la sagesse. Augustin reconnaît : « Prisonnier, malade de la chair, je goûtais de mortelles délices à traîner ma chaîne. »
Augustin défend le mariage en disant que sa furtive expérience l’empêche de juger correctement, du coup Adypius est tenté par le mariage par curiosité : « Ce qu’il peut y avoir de beauté dans le mariage, une vie commune à diriger, des enfants à élever, ni lui, ni moi, n’en tenions grand compte. Ce qui surtout me tenait prisionnier et me tourmentait violemment, c’était l’habitude d’assouvir une insatiable concupiscence ; et lui, c’était l’étonnement qui l’entraînait à la même servitude. »
Chapitre XIII : Il demande la main d’une jeune fille
On le presse de prendre une femme, sa mère se réjouit, mais la jeune fille doit attendre deux années pour être nubile.
Chapitre XIV : Augustin et ses amis font des projets de vie commune
A une dizaine d’amis dont son ami intime Romanianus, il font le projet de mettre leur bien en commun et de se retirer des tumultes du monde. Mais ce sont les femmes et les projets de mariages qui font s’écrouler le projet.
Chapitre XV : Tyrannie de la chair
Augustin a une maîtresse, il est incapable d’attendre deux années, mais celle-ci retourne vivre en Afrique : « Et moi, malheureux, incapable d’imiter une femme, impatient de cette attente de deux années qu’il me fallait subir avant de recevoir de ses parents celle que je demandais, non point tant amoureux du mariage qu’esclave du désir, je me procurai une autre femme, une femme illégitime, pour nourrir et traîner, en quelque sorte, la maladie de mon âme, intacte et même aggravée, sous la garde d’une persistante habitude, jusqu’au règne de l’épouse. Ainsi elle ne guérissait pas, la blessure que m’avait faite l’arrachement de ma précédente amie ; mais après de vives, de brûlantes douleurs, elle se gangrénait et, moins ardent, mon mal en était encore plus désespéré. »
Chapitre XVI : Dieu se rapproche
Ses amis il les chérit fortement, tout comme eux font de même, avec désintérêt.
« Et je ne voyais pas que c’était le fait d’une grande misère de ne pouvoir, enfoncé dans l’erreur et aveugle, imaginer la lumière de la vertu, belle d’une beauté qui doit être embrassée pour elle-même, invisible aux yeux de la chair, visible seulement des profondeurs de l’âme. »
« Malheur à l’âme (Isaïe, III, 9) téméraire qui, en se retirant de vous, espérait trouver un sort meilleur ! »