Bonjour,
Tombant pas hasard sur ce forum et ayant un peu de temps, je me permet de faire quelques commentaires.
comment un Chrétien peut-il être soldat et tuer ? Cela me parait incompatible avec les 10 commandements.
Il suffit de se retourner et de contempler les deux derniers millénaires pour en constater le fait. La question est "comment" est donc tout à fait pertinente.
Extrait « LE BOUDDHISME DU BOUDDHA » d’Alexandra David-Néel :
« […]La défense de tuer n’est pas comprise par les Bouddhistes de la même manière que par les Juifs et par les chrétiens qui la tiennent du Décalogue de Moïse.
Ceux-ci admettent tant d’infractions à ce commandement qu’il devient à peu près inexistant. D’abord, d’après eux, la prohibition ne s’applique qu’aux hommes ; il est licite de tuer les animaux pour s’en nourrir ou même simplement par plaisir, comme dans les chasses où l’on tue des bêtes que l’on ne mange pas : renards ou autres. La peine de mort infligée aux criminels leur paraît aussi tout à fait légitime. Il ne leur vient pas à la pensée que leur acte est plus odieux que celui de l’assassin lui-même, car celui-ci peut avoir été poussé au crime par des raisons qu’eux n’ont point et, dans tous les cas, l’homme qui a tué illégalement, l’a fait en jouant sa vie, tandis que ceux qui le font assassiner légalement, ne courent aucun risque, ce qui entache leur acte d’une certaine lâcheté. Plus encore l’exécution d’un criminel s’accompagne de sentiments bassement vindicatifs et d’une cruauté sadique qui ne lui laisse guère d’excuse. Si l’on estime qu’un individu est un danger permanent pour les autres hommes et que l’on croie - une opinion très contestable - qu’il lie suffit pas de l’enfermer pour la vie, comme on le fait pour les fous dangereux, afin de l’empêcher de nuire, l’on pourrait, du moins, le supprimer, à son insu, avec des méthodes qui lui épargneraient l’agonie prolongée de l’attente de l’exécution et celle-ci elle-même, effectuée alors qu’il est pleinement lucide.
Les précautions prises pour empêcher un condamné à mort de se suicider, ou le fait de le soigner s’il devient malade et de s’obstiner à l’empêcher de mourir pour avoir la satisfaction de le tuer quand il sera guéri, sont des aberrations que l’on considérera dans les siècles futurs, avec une horreur semblable à’ celle que nous inspire le souvenir des chambres de torture d’autrefois.
En dehors de l’exécution des criminels, le meurtre est encore considéré comme légitime à la guerre et dans le cas où l’on est soi-même menacé d’être tué. Il est difficile de contester que l’homme qui vit en société avec d’autres hommes et qui jouit des avantages que leur collaboration lui procure, ait le devoir de défendre cette société si elle est attaquée ; il faut pourtant qu’elle lui ait, véritablement, procuré des avantages. Quant à la défense personnelle, quiconque n’est ni un saint, ni un sage, a le droit de tenir à la vie.
Où de nouvelles aberrations se font jour, en Occident, c’est dans l’excuse des crimes dits passionnels. Un assassin que guide le désir de s’approprier de l’argent pourrait, peut être, devenir un « honnête homme » s’il se trouvait dans l’aisance, mais le crime passionnel dénote, chez celui qui le commet, l’existence de tendances pernicieuses capables de se réveiller à n’importe quel moment et de le porter à de nouveaux crimes. C’est un fou de l’espèce la plus dangereuse qui ne devrait jamais être conduit devant un tribunal, mais être, immédiatement après son crime, interné, pour la vie, dans un asile d’aliénés.
Les idées que je viens d’énoncer ne sont pas nouvelles et je n’ai garde d’en revendiquer la paternité; je tenais seulement, en les rappelant à la mémoire du lecteur. à mettre en évidence la grande différence qui existe entre l’interprétation sémitique (juive ou chrétienne) de la défense de tuer et celle que lui donnent les Bouddhistes.
Unanimement, tous les Bouddhistes admettent que le commandement est formel : l’on ne doit pas tuer, l’on ne doit rien tuer, ni êtres humains, ni animaux ; l’on ne doit jamais tuer, quelles que soient les circonstances où l’on se trouve, les dangers que l’on court. ou les causes qui vous incitent au meurtre.
Le commandement n’est d’ailleurs pas arbitraire, il dérive de raisons que les Bouddhistes trouvent convaincantes. Leur propre amour de la vie permet aux laïques de mesurer l’attachement que les autres êtres éprouvent pour elle et, comme l’on n’est véritablement un Bouddhiste que si l’on a un cœur compatissant, les fidèles laïques considèrent, avec horreur, l’acte d’infliger à autrui la douleur physique et mentale que cause la perte de la vie. […] »
Quant aux arts-martiaux dit "modernes" japonais, plus particulièrement l'Aïkido, influencé par bouddhisme et le shintoïsme, le meilleur exemple contemporain, en dehors de ces traditions et disciplines, incarnant le prototype du "guerrier" ou budoka dans la tradition japonaise, de par son attitude et connu de tous, me semble être Gandhi (on est bien loin du soldat...il faut des années de dur travail pour faire un "guerrier", seulement une arme et un uniforme pour un soldat).
Force est de constater que bien souvent, les pratiquants sont bien loin de développer les qualités (si ce n'est pas leur exacte opposé) que ces disciplines voudraient transmettre et développer en eux, tout en se référant allégrement à leur fondateur. ceux-ci d'ailleurs doivent sans-doute passer leur temps à se retourner dans leur tombe.
La question posée plus haut a donc sans-doute une portée bien moins limité à la seule tradition chrétienne. Mais à tout être humain et à sa relation à lui-même et au monde par delà ses concepts et conditionnements culturels, idéologiques et religieuses.
C'est aussi sans-doute pour cela que par exemple, le fondateur de l'Aïkido, Moriheï UESHIBA, bien que pétri de shintoïsme (et de confucianisme sans doute, voir de bouddhisme) n'a en rien prêché par celle-ci ou exhorté d'autres à les prêcher (sauf pour expliquer certaines notions lors des pratiques, et donc avec le "matériel" intellectuel et culturel qui était le sien), mais par le corps et à travers lui seulement. "Passerelle" universelle et commune à tout être humain entre lui et lui et lui et le monde.
"[...]VI- L’aïkido est une recherche qui tend, par l’exercice du corps et de l’esprit, à façonner un homme au cœur droit.[...]"
Dispositions d’esprit pour l’exercice
Moriheï UESHIBA 1883-1969
A chacun donc de prendre le temps d'observer, d'examiner au fond de lui pourquoi il fait ceci ou cela, pourquoi il pense ceci ou cela, pourquoi il croit à ceci plutôt qu'à cela. Et où celui le conduit, ce que cela développe en lui. Toute pratiques risque sinon d'être vide de sens et de ne développer que ce qui déjà est là, dominante ou prêt à l'être, et bien souvent peu ragoutante quand on y regarde de prêts.
Je crois que Gandhi disait que si vous voulez changer quelquechose dans le monde, il fallait le changer d'abord en vous. Il faut donc se rendre capable de voir aussi bien à extérieure qu'à l'intérieur. Et peut-être que nettoyer "l'intérieur" permet de mieux voir l'extérieur faisant de retour echo à nous-même, nous renvoyant de nouveau à nous-même.
Alors je crois que sinon tous préceptes, tout absolu ou élevé qu'il paraisse être, n'est qu'un artefact et ne servirait à rien si ce n'est à ce cacher derrière...
Cordialement