Re: A quoi ressemblerait une République théocratique chrétienne?
Publié : ven. 19 juin 2009, 14:20
Au nom de Dieu, clément et miséricordieux. 
Non, un état théocratique chrétien n'est pas une contradiction. C'est l'enseignement commun des Papes jusqu'à Vatican II. La seule question est de savoir si la théocratie chrétienne est moniste ou dualiste.
Moniste, c'est une hiérocratie : le Pape est empereur du monde, les rois sont les avoués du Saint Siège et le pouvoir politique ou royal est un ministerium. Le prince est le ministre (le serviteur) du sacerdoce ; la potestas est au Pape seul et à ceux auquel il délègue, quant à la gestion du temporel, savoir les rois et les princes. Cette vision culmine dans les Dictatus papae de Grégoire VII et dans la Bulle Unam sanctam de Boniface VIII.
Dualiste, le politique a un pouvoir propre, qu'il tient de Dieu et non de l'Église. En ce sens, Gratien, Thomas d'Aquin, Léon XIII Immortale Dei. Mais c'est toujours une théocratie : le théologique dirige toujours le politique, en ce sens que la potestas du prince est sous l'auctoritas de Dieu, donc aussi sous celle du Pape et de l'Église. D'où les Concordats, pour éviter que chacune des puissances n'empiète sur l'autre. D'où encore la Ligue, autrement dit la sédition, quand le prince ne satisfait pas aux exigences des catholiques.
L'inscription : « Tiberius Caesar Divinus Augustus » : idolâtrie des Césars.
Et c'est pourquoi on ne peut exciper du rendez à César ce qui est à César et rendez à Dieu ce qui est à Dieu pour refuser l'union du théologique et du politique. Si Jésus distingue les compétences (rendre à César, à Dieu), il ne les isole pas. Tout au contraire, il affirme la subordination du politique au théologique. Si Tibère n'est pas Dieu (ni même dieu), l'autorité de Tibère est subalternée à celle de Dieu ; le politique est soumis au théologique, de droit divin naturel et positif : distinction et union ; pas de séparation.

Christophe a écrit :Dans les termes, un état théocratique chrétien est une contradiction. Du moins, si l'on prend le mot théocratique dans sa stricte acceptation : état où le pouvoir politique est exercé par l'autorité religieuse.
Non, un état théocratique chrétien n'est pas une contradiction. C'est l'enseignement commun des Papes jusqu'à Vatican II. La seule question est de savoir si la théocratie chrétienne est moniste ou dualiste.
Moniste, c'est une hiérocratie : le Pape est empereur du monde, les rois sont les avoués du Saint Siège et le pouvoir politique ou royal est un ministerium. Le prince est le ministre (le serviteur) du sacerdoce ; la potestas est au Pape seul et à ceux auquel il délègue, quant à la gestion du temporel, savoir les rois et les princes. Cette vision culmine dans les Dictatus papae de Grégoire VII et dans la Bulle Unam sanctam de Boniface VIII.
Dualiste, le politique a un pouvoir propre, qu'il tient de Dieu et non de l'Église. En ce sens, Gratien, Thomas d'Aquin, Léon XIII Immortale Dei. Mais c'est toujours une théocratie : le théologique dirige toujours le politique, en ce sens que la potestas du prince est sous l'auctoritas de Dieu, donc aussi sous celle du Pape et de l'Église. D'où les Concordats, pour éviter que chacune des puissances n'empiète sur l'autre. D'où encore la Ligue, autrement dit la sédition, quand le prince ne satisfait pas aux exigences des catholiques.
« De qui est l'image, et quelle est l'inscription ? »Christophe a écrit :Car le Christ enseigne « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22 21), ce qui est interprété par la Tradition chrétienne comme une affirmation de la nécessaire distinction du politique et du religieux.
L'inscription : « Tiberius Caesar Divinus Augustus » : idolâtrie des Césars.
Et c'est pourquoi on ne peut exciper du rendez à César ce qui est à César et rendez à Dieu ce qui est à Dieu pour refuser l'union du théologique et du politique. Si Jésus distingue les compétences (rendre à César, à Dieu), il ne les isole pas. Tout au contraire, il affirme la subordination du politique au théologique. Si Tibère n'est pas Dieu (ni même dieu), l'autorité de Tibère est subalternée à celle de Dieu ; le politique est soumis au théologique, de droit divin naturel et positif : distinction et union ; pas de séparation.
Du Léon XIII tout craché : théocratie dualiste.Christophe a écrit :Cette distinction entre la sphère politique et la sphère religieuse, que la doctrine chrétienne nomme "juste et saine laïcité" (par opposition au laïcisme anti-clérical ambiant) implique une autonomie fonctionnelle des autorités spirituelles et des autorités temporelles : elles exercent leur autorité sur les mêmes sujets, mais chacune est compétente dans son propre domaine...
C'est tout le problème.Christophe a écrit :De fait, depuis le Concile Vatican II, l'Église assimile cette juste et saine laïcité dans les rapports de l'Église et de l'État au régime de la liberté religieuse : la reconnaissance positive et le respect de la liberté civile en matière religieuse (liberté de conscience, liberté d'expression, liberté de culte).
On ne voit rien du tout, la juste et saine laïcité impliquant la subordination du politique au théologique dans le respects des pouvoirs propres et distincts de l'Église et de l'État.Christophe a écrit :Vous voyez donc qu'un état théocratique ne pourrait pas se réclamer du Christianisme authentique.