Bonjour,
Vous comprendrez que vos questions présupposent comme acquis et réglé ce dont il s'agit précisément de discuter. Par conséquent, il n'est pas acceptable de demander à quelqu'un de répondre à des questions qu'il estime discutable dans ses présupposés, pour ne pas dire fausses dans ses interprétations implicites.
Perlum Pimpum a écrit : ↑jeu. 01 juil. 2021, 21:54
Le titre honorifique de « Pape émérite » ne peut servir à occulter cette évidence que J. Ratzinger n’est plus Pape ni chargé d’une quelconque activité magistérielle. L’ancien Pontife n’est désormais plus que l’abbé J. Ratzinger : ses propos n’engagent désormais que lui. D’où donc cette question : le texte que vous citez a-t-il été écrit avant ou après son abdication ; et si avant, est-il tiré d’un de ses livres ou écrits où il ne s’exprimait que comme théologien privé, ou est-il extrait d’un de ses enseignements public où il s’exprimait en sa qualité de Cardinal Préfet de la CDF ou comme Pape Benoît XVI ?
Extrait d'une allocution du cardinal Joseph Ratzinger à l'Académie des sciences morales et politiques, Paris, 1992.
Si ce texte ne revêtira pas l'autorité d'autres textes, il n'en demeure pas moins que le propos du futur pape est tout de même très explicite, notamment dans un contexte français, devant une Académie française : il est de la nature de l'Eglise d'être séparé de l'Etat. Ratzinger n'est pas du genre a employer des mots au hasard : la nature d'une chose, c'est son essence, ce qui constitue son être. Or, l'être même de l'Eglise, dit-il, est d'être séparée de l'Etat d'un point de vue politique. Il ne recule pas devant le terme séparation, qui ne signifie pas nécessairement exclusion ou hostilité. Le tout est de comprendre clairement ce terme "séparation", et c'est un des enjeux de la discussion. Je soutiens qu'il implique la possibilité de l'acceptabilité, pour le Vatican, de la loi de séparation de 1905. Il semble que DH et le texte de Jean Paul II (que vous tordez dans tous les sens) appuie cette possibilité. Notez que cette possibilité n'indique pas l'impossibilité absolue, aux yeux du Vatican, de la confessionnalité d'un Etat par ailleurs. A vrai dire, la vertu de prudence, qui considère le particulier, considère la loi de 1905 sur la séparation comme une possibilité acceptable, aux côtés d'autres possibilités, comme la confessionnalité de l'Etat. Ce que vous ne voulez pas voir, c'est que le Vatican accepte les deux possibilités comme également envisageables.
De manière générale, les texte de Ratzinger proposent une véritable réflexion sur la catégorie de "vérité" en rapport avec le politique. Le paradoxe est le suivant : la vérité n'est pas une catégorie appartenant en propre à l'Etat, dans le sens où c'est un domaine qui le dépasse; pour autant, l'Etat ne peut pas agir et s'orienter moralement dans l'énonciation de ses lois sans se référer à la vérité. Ainsi, deux écueils sont à éviter : le positivisme juridique, qui est en fait un relativisme (Ratzinger réfère souvent cette position à Kelsen, juriste contemporain, mais la filiation est souvent faite avec le relativisme pseudo-démocratique analysé dans Platon). Le relativisme ne peut que s'en remettre, en dernier lieu, à la contingence des mœurs du moment, sans principes éthiques communs, avec pour conséquence le fait de livrer l'ordre social à la tyrannie de l'opinion dominante, changeante et dénuée de vérité. Le second écueil, c'est l'imposition brutale d'une vérité qui mènerait aux totalitarismes, car Ratzinger est hanté, dans toutes ses réflexions sur le politique, par ce monstre contemporain qu'est le totalitarisme qui, faut-il encore le rappeler, fondait sa domination totale et violente sur ce qu'il proclamait être "la vérité" - la vérité de l'histoire telle que prêchée par le socialisme dit scientifique; la "vérité biologique de la race" telle que prêchée par le nazisme. "Vérité" délirante mais complètement intransigeante et au nom de laquelle tout devenait possible - car on ne discute pas la "vérité", et les Goulags et les camps sont ni plus ni moins que la conséquence logique d'un tel fanatisme.
La question de Ratzinger est donc la suivante : comment affirmer le besoin vital de la vérité en politique sans tomber dans les égarements totalitaires qui se sont faits au nom de la vérité? Le christianisme est à ses yeux la solution. Mais la réflexion de Ratzinger, si elle n'exclut pas la possibilité, dans des conditions données, de la confessionnalité de l'Etat (de fait, cela existe), s'oriente beaucoup plus vers un autre domaine : c'est moins l'Etat que la société civile et ses mœurs qui sont déterminants à ses yeux, loin de l'idolâtrie du pouvoir et de la force. Il veut dire par là que pour que l'ordre moral objectif soit respecté dans les lois, la meilleure assise qui soit est celle des mœurs, c'est-à-dire des manières d'être au monde d'un peuple déterminé, ses habitus, ses repères fondamentaux. Cela ne se décrète pas. A vrai dire, l'histoire le montre : un Etat devient catholique quand l'écrasante majorité des personnes qui peuplent la société ont des mœurs catholiques; l'Etat cesse d'être catholique, à terme, quand le catholicisme devient sociologiquement minoritaire - ce qui était le cas le plus souvent dans l'histoire, malgré les phantasmes d'une histoire revisitée à la sauce marketing du "Puy du fou". L'inverse ne se produit pas : ce n'est pas l'Etat qui décrète des mœurs catholiques, mais ce sont bien les mœurs catholiques qui rendent possibles un Etat catholique. Cela vaut d'ailleurs pour la majorité des religions. Or ce point échappe à la volonté humaine. Voilà pourquoi Ratzinger n'est pas un volontariste, et qu'il n'assimile pas la doctrine sociale de l'Eglise à la nécessité d'une confessionnalité de l'Etat, car plus profond que l'Etat sont les mœurs sociales et les pratiques des hommes dans le monde. Il parlera aussi bien de la situation d'un Etat catholique que de la situation d'un pays ou l'Etat ne porte aucune confession religieuse. Il parle aussi bien des situations laïques où la coopération se fait de manière pacifique que de la situation où le catholicisme implique une résistance contre ce qui trouble l'ordre moral objectif.
Autrement dit, vous imposez aux textes que nous lisons un impératif absolu et indiscutable de confessionnalité de l'Etat là où les textes disent des choses en fait très différentes et son beaucoup plus souples que ce que vous décrétez.
Ainsi, dire : "De fait, comme il a déjà été dit, DH n'exclut pas la confessionnalité de l'Etat", ne signifie pas que l'Etat doit nécessairement être catholique.
J'en veux pour preuve DH, qui jamais n'affirme ce que vous dites (et qui souvent dit exactement le contraire). Je cite des extraits de DH:
« Considérant avec diligence ces aspirations dans le but de déclarer à quel point elles sont conformes à la vérité et à la justice, ce saint Concile du Vatican scrute la sainte tradition et la doctrine de l’Église d’où il tire du neuf en constant accord avec le vieux ».
DH affirme clairement qu'il va dire quelque chose de nouveau, et que ce "neuf" n'est pas en contradiction avec le "vieux", mais qu'il en est une potentialité qui s'actualise face la situation historique du XXème siècle. C'est une manie assez répandue chez les traditionalistes d'assimiler le nouveau avec le "contraire à la tradition". A ce rythme là, aucun Père de l'Eglise n'aurait pu écrire quoi que ce soit, et il n'y aurait pas de tradition, tout simplement.
« Or, puisque la liberté religieuse, que revendique l’homme dans l’accomplissement de son devoir de rendre un culte à Dieu, concerne l’exemption de contrainte dans la société civile, elle ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ ».
Lisez bien : la liberté religieuse est un sujet brûlant de l'époque contemporaine. Ce passage dit que non seulement cette liberté religieuse n'est pas à rejeter, mais qu'en plus elle est déjà contenue dans la tradition de l'Eglise (et à vrai dire dès le début, puisque les premiers à avoir réclamé la liberté religieuse, ce sont précisément les premier chrétiens face au pouvoir romain). Ce passage dit donc que le devoir moral à l'égard du catholicisme implique l'affirmation de la liberté religieuse. Il ne dit absolument pas que l'Etat doit être catholique!
« en traitant de cette liberté religieuse, le saint Concile entend développer la doctrine des Souverains Pontifes les plus récents sur les droits inviolables de la personne humaine et l’ordre juridique de la société ».
DH porte donc sur la liberté religieuse. Qu'est-ce à dire?
« Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même [2]. Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil ».
Voilà le fondement posé. Ce fondement n'est pas libéral, c'est-à-dire qu'il ne se situe pas dans la subjectivité intime de l'individu considéré comme un atome, mais dans l'être même de l'homme tel que la Révélation et la raison le fait connaître à l'homme. Assimiler la liberté religieuse au libéralisme est une absurdité. C'est bien plutôt le libéralisme qui reprend cela au catholicisme en le déformant :
Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne [compréhension libérale de la liberté religieuse], mais sur sa nature même [compréhension catholique], qu’est fondé le droit à la liberté religieuse.
=> c'est moi qui écrit entre crochets
Que donne ce droit qu'est la liberté religieuse, et quel devoir implique-t-elle (droit et devoir étant ici essentiellement liés)?
En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure.
DH est on ne peut plus clair : la liberté religieuse implique un devoir : chercher la vérité. Ce devoir n'est possible qu'à une seule condition : le droit de jouir d'une exemption de toute contrainte extérieure au sujet qui cherche.
Mais que faire si des sujets humains n'accomplissent pas ce devoir moral (ce qui est manifestement le cas)?
C’est pourquoi le droit à cette exemption de toute contrainte persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer ; son exercice ne peut être entravé, dès lors que demeure sauf un ordre public juste ».
Le droit de jouir d'aucune contrainte - quelle qu'elle soit - demeure même quand le devoir impliqué par la liberté religieuse n'est pas rempli - à l'exception de l'ordre public juste, sur lequel je reviendrai.
Le devoir de rechercher la vérité implique le droit de ne pas être contraint par la force et par un pouvoir humain.
« En outre, par nature, les actes religieux par lesquels, en privé ou en public, l’homme s’ordonne à Dieu en vertu d’une décision intérieure, transcendent l’ordre terrestre et temporel des choses. Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens, mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux ».
Notez que dans ce passage, il est question des "actes religieux" en général, et pas de la religion catholique en particulier. Autrement dit, et cela sera flagrant dans les passages qui vont suivre, DH se situe dans un paradigme pluriconfessionnel, et la liberté religieuse vaut pour toutes les religions, à condition que l'ordre public ne soit pas entravé (un terroriste, par exemple, sera légitimement réprimé). Par ailleurs, ce texte fait intervenir la transcendance divine, fondement théologique de la séparation des pouvoirs.
Mais continuons : le titre du point 4 est le suivant:
«4. Liberté des groupes religieux
La liberté ou absence de toute contrainte en matière religieuse qui revient aux individus doit aussi leur être reconnue lorsqu’ils agissent ensemble. Des communautés religieuses, en effet, sont requises par la nature sociale tant de l’homme que de la religion elle-même.
Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces communautés sont en droit de jouir de cette absence de contrainte afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, honorer d’un culte public la divinité suprême, aider leurs membres dans la pratique de leur vie religieuse et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes religieux ».
Que vous le vouliez ou non, il s'agit bien du pluralisme, et le droit de jouir de la liberté religieuse (de ne subir aucune contrainte d'un pouvoir humain) ne s'applique pas qu'au catholicisme, mais aux différentes communautés religieuses. Ceci signifie que votre entreprise de réduction progressive de tous les cultes à une fausse religion qui doit être réprimé est absurde, car DH envisage que plusieurs religions sont à même de jouir du droit d'exister et d'être reconnues par l'Etat sans pour autant contrevenir à l'ordre public.
Ou alors il faudrait dire que les rédacteurs de DH aurait la perversité de faire croire qu'ils acceptent le pluralisme religieux dans leur compréhension de la liberté religieuse, pour nier ce pluralisme en sourdine et dire le contraire sans vraiment le dire. Avouez que votre grille d'interprétation est assez tordue, et qu'elle ne tient pas une seconde : car il faudrait dire que DH se contredit dans le texte, à quelque lignes d'intervalles, soit volontairement, soit involontairement, par intention de tromper ses lecteurs. On se demande bien alors quelle pourrait être la légitimité d'un tel texte.
Mais DH va plus loin et confirme ce que j'en dis :
« La liberté religieuse demande, en outre, que les communautés ne soient pas empêchées de manifester librement l’efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l’activité humaine. La nature sociale de l’homme, enfin, ainsi que le caractère même de la religion, fondent le droit qu’ont les hommes, mus par leur sentiment religieux, de tenir librement des réunions ou de constituer des associations éducatives, culturelles, caritatives et sociales ».
Il s'agit bien, par ailleurs, de l'action sociale des religions, et non de la confessionnalité de l'Etat. Il ne faut pas confondre société civile et Etat.
les droits des parents se trouvent violés lorsque les enfants sont contraints de suivre des cours ne répondant pas à la conviction religieuse des parents ou lorsque est imposée une forme unique d’éducation d’où toute formation religieuse est exclue
Conséquence de la liberté religieuse : l'éducation. Notez que le texte ne mentionne pas que ce principe s'applique exclusivement en faveur du catholicisme.
C’est pour tout pouvoir civil un devoir essentiel que de protéger et promouvoir les droits inviolables de l’homme [5]. Le pouvoir civil doit donc, par de justes lois et autres moyens appropriés, assumer efficacement la protection de la liberté religieuse, de tous les citoyens et assurer des conditions favorables au développement de la vie religieuse en sorte que les citoyens soient à même d’exercer effectivement leurs droits et de remplir leurs devoirs religieux, et que la société elle-même jouisse des biens de la justice et de la paix découlant de la fidélité des hommes envers Dieu et sa sainte volonté [6].
Il ne s'agit pas exclusivement du catholicisme (ce que la suite directe du texte va confirmer textuellement). Par ailleurs, l'a priori de ce passage est le suivant : l'Etat n'est pas nécessairement confessionnel.
Regardez la suite directe :
Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent certains peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et sauvegardé
Notez la dimension générale du propos : si une religion est reconnue comme religion d'Etat (islam, anglicanisme, catholicisme, etc.), la liberté religieuse impose l'acceptation en son sein des autres communautés religieuses, et l'interdiction d'exercer une contrainte par la force sur ces communautés afin de les faire disparaître.
Encore une fois, DH reconnaît non seulement l'existence du pluralisme religieux dans une société, mais aussi sa légitimité, que l'Etat soit confessionnel ou pas.
Par conséquent, votre raisonnement s'effondre. Pour ce qui est de la violence, je n'en parle même pas : c'est complètement étranger à DH.
Il s’ensuit qu’il n’est pas permis au pouvoir public, par force, intimidation ou autres moyens, d’imposer aux citoyens la profession ou le rejet de quelque religion que ce soit, ou d’empêcher quelqu’un de s’agréger à une communauté religieuse ou de la quitter. A fortiori, est-ce agir contre la volonté de Dieu et les droits sacrés de la personne et de la famille des peuples que d’employer la force, sous quelque forme que ce soit, pour détruire la religion ou lui faire obstacle, soit dans tout le genre humain, soit en quelque région, soit dans un groupe donné
Votre projet violent est contraire à la volonté de Dieu. Voilà ce que dit DH.
Mais comme toujours, la liberté religieuse offre un droit, et ce droit, comme tous les droits, doit être limité. Vous verrez que la réflexion de DH sur les limites de la liberté religieuse contredit encore plus profondément ce que vous dites :
En outre, comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse, c’est surtout au pouvoir civil qu’il revient d’assurer cette protection ; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et en favorisant injustement l’une des parties, mais selon des normes juridiques, conformes à l’ordre moral objectif, qui sont requises par l’efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et l’harmonisation pacifique de ces droits, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d’une vraie justice, ainsi que par la protection due à la moralité publique. Tout cela constitue une part fondamentale du bien commun et entre dans la définition de l’ordre public. Au demeurant, il faut observer la règle générale de la pleine liberté dans la société, selon laquelle on doit reconnaître à l’homme le maximum de liberté et ne restreindre celle-ci que lorsque c’est nécessaire et dans la mesure où c’est nécessaire
L'ordre moral objectif, ici, doit servir de normes pour déterminer une harmonie entre les différentes religions présentes sur un territoire. Il n'est donc pas invoqué pour réprimer par la force toutes les religions à l'exception de la religion catholique.
On en arrive plus spécifiquement au témoignage des chrétiens :
Mais les fidèles du Christ, pour se former la conscience, doivent prendre en sérieuse considération la doctrine sainte et certaine de l’Église [35]. De par la volonté du Christ, en effet, l’Église catholique est maîtresse de vérité ; sa fonction est d’exprimer et d’enseigner authentiquement la vérité qui est le Christ, en même temps que de déclarer et de confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l’ordre moral découlant de la nature même de l’homme. En outre, les chrétiens doivent aller avec sagesse au-devant de ceux qui sont au-dehors, et s’efforcer « dans l’Esprit saint, avec une charité sans feinte, dans la parole de vérité » (2 Co 6, 6-7) de répandre la lumière de vie en toute assurance [36] et courage apostolique, jusqu’à l’effusion de leur sang
Il n'est pas exigé de partir à l'abordage de l'Etat et d'imposer un Etat catholique. Il est question de témoigner de la vérité dans l'esprit de l'évangile (que DH comprend comme inconciliable avec une évangélisation par l'épée). Notez qu'en fin de paragraphe, il est question du martyr, ce qui envisage bien le cas d'une situation où le catholique est persécuté. Il ne s'agit donc pas de faire couler le sang d'autrui, contrairement à ce que vous dites. Il n'y a pas de mystique de la violence dans DH, tout simplement.
Car le disciple a envers le Christ son maître le grave devoir de connaître toujours plus pleinement la vérité qu’il a reçue de lui, de l’annoncer fidèlement et de la défendre énergiquement, en s’interdisant tout moyen contraire à l’esprit de l’Évangile. Mais la charité du Christ le presse aussi d’agir avec amour, prudence, patience, envers ceux qui se trouvent dans l’erreur ou dans l’ignorance de la foi [37]. Il faut donc prendre en considération tant les devoirs envers le Christ, Verbe vivifiant, qui doit être annoncé, que les droits de la personne humaine et la mesure de grâce que Dieu, par le Christ, a accordée à l’homme, invité à accueillir et à professer la foi de son plein gré
Conclusion du texte : l'évangélisation doit respecter la liberté religieuse, qui proscrit la violence et la négation du pluralisme religieux, pluralisme religieux affirmé par DH comme légitime et existant de fait. L'évangélisation que vous préconisez est impossible.
Est-ce contraire à la tradition? Non, dit DH dès le début. Il y a du nouveau, mais ce nouveau n'est pas contraire à l'ancien. Voilà ce que semble affirmer DH.
Pour ce qui est de Jean-Paul II, votre lecture est tout simplement aberrante. Le texte se situe en page 1. Tout le monde pourra vérifier que Jean-Paul II désigne la loi de séparation comme une modalité acceptable de vivre la séparation conforme à la nature de l'Eglise.