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Jésus et l'impôt du Temple
Publié : lun. 11 août 2008, 10:50
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 17,22-27.
Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : « Votre maître paye bien les deux drachmes, n'est-ce pas ? »
Il répondit : « Oui. » Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : « Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l'impôt ? Sur leurs fils, ou sur les autres personnes ? »
Pierre lui répondit : « Sur les autres. » Et Jésus reprit : « Donc, les fils sont libres.
Mais il faut éviter d'être pour les gens une occasion de chute : va donc jusqu'au lac, jette l'hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour toi et pour moi. »
Si Jésus et ses disciples se déclarent exempts de l'impôt, ils ne manqueront pas d'inciter d'autres à faire de même. Alors, simplement pour ne pas devenir pour les autres une occasion de chute, ils paieront les drachmes demandées.
Ce qui m'étonnent, c'est la manière toute particulière de se procurer la somme: puisque c'est ton métier,dit Jésus, va, jette un hameçon et le premier poisson que tu prendras suffira.
Jésus n'incite pas à considérer à la légère les prescriptions de la société civile, mais en ceci comme en tout, il suffit de s'en remettre à Dieu. Le fardeau du Seigneur n'est-il pas léger; comme Jésus leur avait promis ?
La patience du Médecin
Publié : mer. 13 août 2008, 11:42
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,15-20.
"Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère."
C'est ainsi que Jésus a traité chacun de nous, en lui expliquant dans l'intimité du coeur à coeur quel où est sa blessure... car le péché est vu par Dieu comme une blessure, une blessure qui est une entrave à l'Amour, et qu'Il vient guérir. Cette façon de procéder, toute en délicatesse, est la seule qui convient et qu'importe si cela prend du temps.
A l'opposé, à quoi sert-il de montrer un malade du doigt et de le traiter d'homme mauvais ? Je connais un homme dont la violence, la tentative de suicide, l'alcoolisme, l'athéisme et le désespoir ont une seule et unique origine, qui plonge dans son passé, au moment même de sa naissance. Pendant plus de dix ans, il est venu me raconter une foule de choses, il tenait un discours tantôt basé sur la lecture de revues scientifiques, tantôt sur ce qu'il appelait sa "philosophie existentielle". Je ne répondais pas beaucoup, sauf quand il exagérait, mais je savais qu'il me savait chrétien et que c'est pour cela qu'il venait "agacer" ma foi - ainsi font ce qui se cherchent.
Et puis un jour, tout est sorti, d'un coup: Christophe a été rejeté par sa mère à la naissance. Elle désirait une fille et lui est arrivé - en plus que sa sœur... en trop pour sa mère qui a beaucoup souffert dans l'accouchement. Ce rejet de la part de sa mère, il ne l'a ressenti que petit à petit, jusqu'au jour de colère où elle lui a tout envoyé à la figure.
Alors, après trois tentatives de suicide, à l'âge de treize ans, il s'est endurci, est devenu un mauvais garçon, puis a connu les déboires de la perte d'emploi, d'un divorce houleux, d'un acte de violence envers l'amant de sa femme, puis la prison... Mais, fondamentalement, Christophe est toujours l'enfant rejeté, il en est toujours à ce point de souffrance, et je suis convaincu que Jésus ira le rencontrer là, pour le réconcilier en lui-même, le soigner, le guérir. Car tout le mal qu'il a pu faire (surtout se faire) vient de là...
Pour moi, je ne lui ai répondu qu'une fois: "Tu laisses trop parler ta raison; tu as comme un gros coeur tout rond coincé dans une intelligence toute carrée - un jour, il faudra bien laisser le coeur l'emporter !" Je ne sais pas si ce jour-là, j'ai gagné mon frère (car Christophe boit toujours et son corps a atteint ses limites), mais pour le reste, il est doux comme un agneau, avec des accès de profonde tristesse. La dernière fois que je l'ai vu, j'ai trouvé sur un meuble une petite statuette de Notre-Dame de Lourdes, et je lui ai dit: "Tiens, tu as changé de décor ?" - Et lui: "C'est ma petite fille, elle est toute emballée par son cour de religion et veut devenir médecin pour aider les gens. Elle m'a apporté la statue en me disant qu'elle me protègera, alors je l'ai gardée"... et pour l'instant, on en est là.
La patience du Juge
Publié : jeu. 14 août 2008, 15:00
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,21-35.19,1.
Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois." (Suit la parabole des Talents).
C'est-à-dire: un nombre incalculable de fois, et Jésus a pardonné à tous alors même qu'Il était sur la Croix. Je me dis ici que ce précepte du pardon multiplié par sept, est très semblable au commandement d'aimer son prochain comme soi-même. Car il ne nous sera pas donné à tous de faire comme le Bon Samaritain, qui recueillit le voyageur abandonné pour mort, le conduisit jusqu'à une hôtellerie et s'engagea par avance à payer pour tous les soins qui lui seraient prodigués. (Ou bien: qui d'entre nous, tout croyant sincères - et je dis même "authentiques" que nous sommes, recueillera chez lui un sans-abri pour l'hiver ? Pour faire cela, il faut un caractère tout particulier, une bonne organisation et être "bien établi" dans sa société). Tandis que pour pardonner, cela nous est offert chaque jour - c'est beaucoup plus anodin, mais c'est tout aussi difficile. Cela nous oblige à nous oublier nous-mêmes, et nous oublier nous-mêmes, c'est un effort de chaque jour qui exige une grande foi...
Je me souviens : comme il m'a été difficile de pardonner à une personne proche, qui m'avait promis de m'accompagner à l'hôpital, le jour où je devais subir une petite opération ! Nous attendions le coup de téléphone du service de chirurgie, mais l'autre vers 15h00 en a eu assez d'attendre: "Je vais faire un tour en voiture, j'en ai pour quinze minutes". Il n'avait même pas démarré que l'hôpital appelait, et je suis parti en taxi. Pour dire à quel point ce fut difficile de pardonner: cela se passait le 9 septembre 2001. J'ai retenu la date jusqu'à aujourd'hui, ce qui ne me sert vraiment pas en vue d'un pardon complet !
Pardonner au jeune voleur qui a subtilisé l'an dernier, sur le comptoir de mon bureau, pratiquement sous mon nez, un lot de jeux électroniques que je venais de payer (cher !)... ce fut vraiment très difficile. L'envie ne pas manqué de lui rendre une petite visite à son domicile... accompagné de quelques copains musclés - car la police locale n'intervient plus dans les vols à l'étalage. Mais au moment de décider, j'ai été saisi dans ma conscience par une brusque réprobation intérieure: "A présent, tu réponds au vol par la violence ?" Il m'a semblé que cette interrogation venait de Jésus lui-même, et çà m'a désarmé complètement. Quant à oublier... le voleur a essayé de revenir deux fois ensuite, mais sous la menace, je l'ai fait repartir.
Mais le plus difficile, c'est encore et toujours le pardon envers qui nous a trahi. Car pour être trahi, pour qu'il y ait vraiment trahison, il faut qu'il y ait existé une relation profonde d'estime et de confiance réciproques... Autrement dit: on n'est jamais si bien trahi que par ceux qu'on a le plus aimé. "O, Judas, Judas ! C'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ?" Si vous ne l'aviez pas remarqué, ceux et celles à qui nous avons souvent des pardons difficiles à offrir... ils sont dans nos familles !
Le déracinement pour suivre Jésus
Publié : mar. 19 août 2008, 17:27
par etienne lorant
19/8/2008
« Et Jésus dit à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux.
Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume des cieux. »
Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? »
Jésus les regarda et dit : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »
Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors, qu'est-ce qu'il y aura pour nous ? »
Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : quand viendra le monde nouveau, et que le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous-mêmes sur douze trônes pour juger les douze tribus d'lsraël.
Et tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des soeurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra beaucoup plus, et il aura en héritage la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. »
De l'ensemble de ce texte, aujourd'hui, je ne retiendrai que ce trait: "Pour les hommes c'est impossible, mais tout est possible à Dieu".
Tout abandonner pour suivre Jésus, ce fut certainement beaucoup moins difficile aux douze premiers disciples que dans la suite des temps, c'est l'idée qui me vient à première lecture. Je suis vraiment ébahi par l'image de Matthieu, alors Lévi, qui a quitté tout simplement le siège où il était assis et a suivi Jésus dans l'instant. Je me dis: n'existait-il pas, même à cette époque, une démarche officielle à remplir, pour quitter une charge publique ?)
Car dans les jours qui ont suivi ma conversion, lorsque je me suis présenté chez les Franciscains, un poste m'a été proposé ("dans six mois") chez un frère qui était à la tête d'une petite entreprise de nettoyage, laquelle subvenait aux besoins d'une petite communauté installée au coeur d'une grande ville. Et je suis rentré chez moi pour commencer à liquider mes affaires.
Une semaine plus tard, j'aperçois ce frère en question (qui était prêtre aussi), déclarer devant les chaînes de la TV nationale... qu'il s'était inscrit comme militant au parti communiste et qu'il vit avec une femme, car "on n'en est pas moins homme"... Cela m'a choqué, mais fondamentalement, cela ne m'aurait pas rebuté pour venir à bout de la liquidation de ma propre affaire.
Ce qui a manqué - et cela dès le jour de ma démarche chez les Franciscains, c'est un accompagnement d'abord spirituel, mais aussi matériel. Je crois qu'il m'aurait fallu, d'emblée, dès le premier jour, loin de tout mon environnement habituel (famille, amis, relations), une retraite de discernement à la manière de saint Ignace - mais à cet époque, bien sûr, je ne savais pas du tout qui était saint Ignace. Le reste, tout le reste, et il y avait au moins une dette de trois mille euros d'aujourd'hui à rembourser à une institution financière, eût été possible à partir d'un choix ancré profondément par un discernement.
Je dois dire qu'en dépit des grâces multiples obtenues par la suite, il m'est resté de cet épisode... un sentiment mitigé d'incompréhension. A posteriori, je me suis dit souvent: "Si j'avais rencontré saint François d'Assise, lui ne m'aurait certainement pas renvoyé le jour même "dans mes foyers". Tout c'est joué en un quart d'heure et c'est trop peu".
... pour l'homme c'est impossible.
Il faut dire à présent que j'avais déjà vingt neuf ans au moment de cet engagement que je cherchais hors du monde. A partir de cette démarche manquée, toutes les autres, ont mystérieusement "buté" sur la question de l'âge. Et finalement, à l'âge de quarante-cinq ans, en février 2001, ma "présentation" au Séminaire de mon diocèse n'a pas non plus donné lieu à un discernement : je me suis retrouvé dans la rue quinze minutes après avoir franchi la porte du bureau du Président du Séminaire, ce qui tient du record !
Peu importe, puisque deux ans plus tard, j'ai découvert la théologie de la Miséricorde, que j'ai suivie pendant quatre années. Peu importe, puisque c'est mon désir de vie religieuse, constamment contrarié, qui m'a évité de tomber dans les pièges de la chair, de l'argent, du pouvoir, du succès... qui m'attendaient sur mon chemin. Peu importe, puisque je suis devenu le "bâton de vieillesse" de mes parents, un rôle qu'il est impossible - réellement !, d'assumer comme je l'ai fait sans obtenir continuellement des grâces de toutes sortes (alliant l'abandon de foi au renoncement à toute vie privée, pour ne citer que ces deux-là). Peu importe car à chaque étape, le Seigneur s'est arrangé pour m'expliquer tout ce que j'étais en train de vivre. Peu importe, car la prière à la Vierge Marie m'a toujours maintenu debout.
... car pour Dieu, tout est possible.
Jésus et le chômage, Jésus et le droit, Jésus et la justice
Publié : mer. 20 août 2008, 11:51
par etienne lorant
20 août 2008.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16.
« En effet, le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :
n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Quand je retrouve ce texte, je suis toujours émerveillé de la l'attention et de la délicatesse du Seigneur qui aurait pu raconter une toute autre parabole pour transmettre son enseignement, mais qui a choisi de mettre en scène les questions du travail et du chômage, ainsi que des salaires et de la juste rétribution du travail. Qui osera dire que Jésus s'est désintéressé de la question sociale ? Ici, il s'y plonge en plein ! Sa délicatesse est très sensible dans ce paragraphe où le maître du domaine s'adresse aux ouvriers de
la cinquième heure. Il leur dit sur un ton que je conçois bourru mais paternel " 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Quant à la rétribution du travail, le Seigneur montre que quiconque aura travaillé à l'avènement du Royaume, même si c'est à sa dernière heure, fut-ce même dans les derniers instants de sa vie (par un repentir sincère), n'aura pas démérité. Puis il se retourne contre les jaloux, qui non contents d'avoir touché leur part, regardent encore avec envie sur le salaire des autres. C'est qu'ils sont là, les mauvais riches, mauvais riches par leurs cœurs, pour qui l'argent des autres est toujours plus intéressant celui qu'ils ont dans leur poche : "Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?"
Il y aurait à nouveau de multiples choses à dire. Je note d'abord une remarque que fait Julien Green à propos de riches catholiques qui confessent ne tricher qu'aux impôts: "Ils ne se rendent pas compte (ou font semblant d'ignorer, c'est pire), que l'impôt qu'ils réussissent à éluder sera payé de toute manière par les moins nantis". Ensuite, sur un plan plus personnel, je réalise, chaque jour un peu plus, combien l'argent est lié à "l'imagination trompeuse" : ou, autrement dit: combien le gain d'argent devient facilement un substitut absurde aux choses qu'on aurait dû faire, qui nous auraient apporté un bonheur authentique, mais qu'on n'a pas entreprise, car on n'a pas osé. Avec l'argent, je voudrais, comme en tout, poser des actes "hors du temps" - un acte posé à temps, c'est un acte qu'on accomplit au moment où il s'impose à l'esprit. Ainsi, la semaine dernière, mon imprimante est tombée en panne le matin, l'après-midi elle était remplacée... l'argent n'a servi que d'outil et c'est bien. A l'extrême opposé, j'ai vu un homme très âgé, tout courbé, tout ride et jaune de figure, miser d'un coup plus de trois cents euros à la loterie européenne : à quoi cela peut-il servir ?!?
Mais peu importe. Comme je me replonge dans l'Evangile du jour, je remarque l'excuse un peu "boiteuse" donnée par les chômeurs de la cinquième heure :nous sommes restés à ne rien faire... parce que personne ne nous a embauchés. Rester à ne rien faire, pour un homme entre vingt et trente ans, qui a toute son énergie, c'est toujours destructeur. Qui se souvient de "l'énergie de Tanatos" ? C'est l'énergie positive qui devait servir à l'extérieur de soi, mais qui se transforme en énergie de mort, c'est-à-dire suicidaire, quand elle reste inemployée...Et depuis des semaines, je traîne avec une parole en moi-même que j'adresse tout spécialement aux jeunes chômeurs. Moi qui suis devenu bouquiniste "par l'erreur", à l'âge de vingt-sept ans, comme à défaut de trouver ce qui m'aurait convenu comme salarié, je n'avais qu'une chance sur cent de réussir (selon certains en tout cas). Voici donc mon message: "N'attendez plus ! Ayez confiance ! Faîtes bien ce que vous savez faire de bien, et cherchez mieux encore, car l'argent finira par suivre ! Et quant au statut, ne vous inquiétez pas, travaillez d'abord, c'est à la société de s'adapter ensuite à votre œuvre !"
Les morts-vivants
Publié : mer. 27 août 2008, 11:16
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 23,27-32.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l'extérieur ils ont une belle apparence, mais l'intérieur est rempli d'ossements et de toutes sortes de choses impures.
Cette tirade est une des plus mordantes et accusatrices de la part du Seigneur et, si je pouvais me mettre un tant soit peu à la place des pharisiens, j'en resterais stupéfait, abasourdi. C'est surtout cette image - de n'être humain qu'en apparence, mais en réalité, sous les vêtements, être en réalité une sorte de cadavre en état de putréfaction et déjà rongé par les vers, bon sang ! Mais c'est bien ce que déclare Jésus ici.
Or, je n'oublie pas que s'il hait le péché, Dieu ne cesse pas d'aimer le pécheur. De ce fait, cette image, toute choquante ou exagérée qu'elle paraisse, n'est pas comme une injure, mais il s'agit d'un ultime appel à revenir.
Revenir ! C'est le mot que j'ai trouvé dans le Journal de Julien Green, quand il site Jacques Maritain, grand converti du XXième siècle: "Dieu est très vulnérable. Mais Il est toujours là, demandant qu'on revienne à lui. "Reviens", ce mot traverse la bible comme un long cri d'amour. "Reviens à moi qui t'aime"... c'est ce que Dieu ne cesse de dire à l'âme."
Jésus est donc en train de dire, dans un langage d'une force exceptionnelle - je dirais : vu l'urgence: "Revenez, revenez avant de devenir comme des cadavres en pleine vie !"
Et en relisant ce discours, j'ai songé à certaines personnes que je croise, qui ont tant de superbe qu'elles ignorent complètement les autres qu'elles rencontrent. Quand elles vous adressent la parole, vous avez aussitôt le pénible sentiment d'être un "rien", une quantité négligeable, un moins qu'humain. Les rares fois où cela m'est arrivé, émotif comme je suis, j'ai réagi d'abord de manière très ironique, mais ensuite j'ai désiré leur départ rapide, tant ils me semblaient bizarres. Car rencontrer un prochain qui a cette attitude, en définitive, c'est aussi effrayant que si l'on croiserait un mort-vivant dans un film d'horreur.
Au fait, sur une seule journée, combien croisons-nous chaque semaine de ces hommes et de ces femmes qui ont tout de l'apparence humaine et de la vie, et qui son complètement morts aux yeux de Dieu ? Mais ils demeurent notre prochain, et nous devons les aimer. C'est par notre intercession qu'ils peuvent encore être sauvés. Ne nous voilons donc pas les yeux, ni sur nous-mêmes ni sur autrui et soyons de vrais serviteurs !
La dimension de l'Amour
Publié : mer. 17 sept. 2008, 9:37
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,31-35.
A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ?
Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s'interpellent entre eux :'Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé. Nous avons entonné des chants de deuil, et vous n'avez pas pleuré.'
Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : 'C'est un possédé !'
Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : 'C'est un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.'
Mais la sagesse de Dieu se révèle juste auprès de tous ses enfants. »
Jésus est toujours en butte aux jugements, aux idées bien établies, aux normes de la société de son temps, et même à l'image de Dieu que préservent jalousement ses contemporains. Et donc, un homme qui, comme Jean Baptiste part vivre au désert, ne mangeant ni ne buvant, et qui apparaît ici et là pour proférer des menaces en citant d'obscurs passages de l'Ecriture, c'est forcément un possédé; quant à Jésus, qui mange et boit avec ceux qui le suivent et n'hésite pas à entrer dans ces maisons où vivent des païens, des publicains et des pécheurs, c'est un dévoyé, un ivrogne, un "moins-que-rien".
Les gamins qui ont entonné des chants de deuil pour représentent Jean Baptiste lui-même, car il est le tout dernier des prophètes; quant à ceux qui ont joué de la flûte, c'était pour annoncer le Messager du Royaume, Jésus Lui-même, l'Epoux. Et la sagesse de Dieu, à cause de cette dimension nouvelle de l'Amour miséricordieux, apportée par Jésus aux Ecritures et la Loi, et confirmée par les signes, se révèle juste à tous ceux qui constituent ses enfants, car seuls ceux-ci peuvent sont aptes à la déclarer juste !
Quel est cette dimension nouvelle ? Quel est est cette nouveauté ? Dans sa première épître au Corinthiens, première lecture de ce jour, c'est l'apôtre Paul qui le dit le mieux, lui, l'enfant de la Sagesse de Dieu - sagesse qui est folie pour l'homme mais merveille à nos yeux:
"L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne disparaît jamais."
Ciel et terre peuvent passer, l'Amour demeurera.
Père, que Ta volonté soit faite !
Publié : lun. 30 janv. 2012, 18:33
par etienne lorant
Tout ce que j'ai entendu ces derniers jours... jours de difficultés, jours de craintes de l'avenir, jours qui manquent d'amour ! Pour tout cela, j'ai envie de prier: "Père, que ta volonté soit faite". Les lectures de la liturgie m'y incitent. J'ai bien compris, par exemple, dans le premier livre de Samüel que les malheurs arrivent aux juifs du fait que ceux-ci ne laissent pas faire Dieu. Ce penchant qu'ont les hommes à "commander" à Dieu ce qu'Il devrait faire !
Voici ce qu'on lit dans le premier livre de Samuel :
Israël sortit pour aller combattre les Philistins. Israël campa près d"Ebène-Ezer, tandis que les Philistins étaient campés à Aphek. Les Philistins se déployèrent contre Israël, et le combat s'engagea. Dans cette bataille rangée en rase campagne, Israël fut battu par les Philistins, qui leur tuèrent environ quatre mille hommes, et le peuple revint au camp.Les anciens d'Israël dirent alors : « Pourquoi le Seigneur nous a-t-il fait battre aujourd'hui par les Philistins ? Faisons venir de Silo l'arche de l'Alliance du Seigneur ; qu'elle vienne au milieu de nous, et qu'elle nous sauve de la main de nos ennemis.
Somme toute, les juifs se disent : nous allons rapporter ici l'arche de l'Alliance, et Dieu sera bien forcé de combattre à nos côtés ! Mais aussi longtemps que nous pensons ainsi, cela ne pourra pas marcher:
Le peuple envoya chercher au sanctuaire de Silo l'arche de l'Alliance du Seigneur des armées, qui siège sur les Kéroubim. Les deux fils du prêtre Éli, Ophni et Phinéès, étaient auprès de l'arche de Dieu. Quand elle arriva au camp, tout Israël poussa une grande acclamation, qui fit résonner la terre. Les Philistins entendirent le bruit et dirent : « Que signifie cette grande acclamation dans le camp des Hébreux ? » Ils comprirent alors que l'arche du Seigneur était arrivée dans le camp.
Mais finalement :
Les Philistins livrèrent bataille, Israël fut battu et chacun s'enfuit dans sa tente. Ce fut un très grand désastre : en Israël trente mille soldats tombèrent.
L'arche de Dieu fut prise, et les deux fils d'Éli furent tués.
Dieu avait bien promis la terre aux juifs, et les philistins ont bien été battus - mais il n'était pas nécessaire qu'autant d'hommes mourussent ainsi, car David, avec un seul caillou bien rond et sa fronde, vint à bout de Goliath et les philistins quittèrent le pays.
Il se passe dans nos vies les mêmes choses quand nous invoquons le nom du Seigneur en nous disant: "C'est ainsi que les choses devraient aller !"... Je me le dis à moi-même : mais quand donc apprendras-tu à te réjouir de chaque jour ! Quand donc abandonneras-tu VRAIMENT tes soucis !!!
Je vais piocher un petit pain biblique sur
http://www.adlumen.net/pains/index.html
Voyons :
"En Toi est la source de vie, par Ta lumière, nous voyons la lumière" (Ps 36:10)
C'est donc seulement avec la lumière qui vient de Dieu que je puis voir où je dois aller. Si les juifs avaient regardé vers Dieu, ils se seraient épargnés de cuisantes défaites et des larmes et du sang versé... et pour moi, tout ira bien si en toute chose je cherche d'abord ce que le Seigneur attend de moi.
Richesse inépuisable de la Parole - St Ephrem
Publié : lun. 15 oct. 2012, 18:08
par etienne lorant
Ta Parole, une source inépuisable
d’aprés Saint Ephrem de Nisibe (IVè siècle)
"Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source.
Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole Il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite.
La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis; elle est comme ce rocher qui s’est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle. Selon l’Apôtre,”ils ont mangé un aliment spirituel, ils ont bu à une source spirituelle.”
Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu’il n'y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir
une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l’épuiser, qu’il rende grâce pour sa richesse.
Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source. Que la source apaise donc ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée, sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.
Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu.
Saint EPHREM
