Bonjour,
A l'heure où, à l'occasion de sa visite en France, le pape Benoît XVI a rappelé que les divorcés-remariés ne pouvaient être admis à la S. Communion, et que leur union ne pouvait être bénie par l'Eglise, il me semble utile de proposer un petit topo sur la question du divorce, pour dépasser certains clichés et fournir des indications pratiques.
Je précise donc que mon propos n'est pas d'aborder la question de l'indissolubilité du mariage, ni de la possibilité de saisir l'officialité pour en faire constater éventuellement la nullité.
Il arrive qu'un mariage soit, humainement parlant, un échec. Dans un cas comme celui-ci, il convient de considérer deux choses : premièrement, le droit canonique, et deuxièmement le droit civil (étant précisé que je vais raisonner à partir du droit français).
Code de droit canonique a écrit :Can. 1151 - Les conjoints ont le devoir et le droit de garder la vie commune conjugale, à moins qu'une cause légitime ne les en excuse.
Can. 1152 - § 1. Bien qu'il soit fortement recommandé que le conjoint, mû par la charité chrétienne et soucieux du bien de la famille, ne refuse pas son pardon à la partie adultère et ne rompe pas la vie conjugale, si cependant il n'a pas pardonné la faute de manière expresse ou tacite, il a le droit de rompre la vie commune conjugale, à moins qu'il n'ait consenti à l'adultère, n'en soit la cause ou n'ait commis lui aussi l'adultère.
§ 2. Il y a pardon tacite si l'époux innocent, après avoir eu connaissance de l'adultère, a vécu de plein gré conjugalement avec son conjoint; mais ce pardon est présumé si pendant six mois il a maintenu la vie commune conjugale et n'a pas fait recours auprès de l'autorité ecclésiastique ou civile.
§ 3. Si l'époux innocent a rompu de plein gré la vie commune conjugale, il déférera la cause de séparation dans les six mois à l'autorité ecclésiastique compétente qui, ayant examiné toutes les circonstances, estimera s'il est possible d'amener l'époux innocent à pardonner la faute et à ne pas prolonger pour toujours la séparation.
Can. 1153 - § 1. Si l'un des conjoints met en grave danger l'âme ou le corps de l'autre ou des enfants, ou encore si, d'une autre manière, il rend la vie commune trop dure, il donne à l'autre un motif légitime de se séparer en vertu d'un décret de l'Ordinaire du lieu et même, s'il y a risque à attendre, de sa propre autorité.
§ 2. Dans tous les cas, dès que cesse le motif de la séparation, la vie commune conjugale doit être reprise, à moins que l'autorité ecclésiastique n'en ait décidé autrement.
Can. 1154 - Une fois établie la séparation des conjoints, il faut toujours pourvoir de manière appropriée à l'entretien et à l'éducation dus aux enfants.
Can. 1155 - Le conjoint innocent peut toujours, et c'est louable, admettre de nouveau l'autre conjoint à la vie conjugale; dans ce cas, il renonce au droit de séparation.
Dans le cas où un couple est séparé avec maintien du lien, dans les conditions énumérées par le Code de droit canonique, il est permis aux époux de divorcer, notamment en vue de la liquidation du régime matrimonial.
Si l'on se fie à l'esprit qui motive les canons précités, il semble qu'il faut conclure que le divorce ne devrait être envisagé que si la séparation peut être considérée avec une certitude suffisante comme définitive, ou en tout cas qu'elle risque de durer trop longtemps pour qu'il soit raisonnablement envisageable que soient maintenues les conséquences juridiques du mariage (responsabilité commune en matière de dettes, modalité d'exercice de l'autorité parentale, etc.).
- 2. Vie chrétienne du divorcé
Le fait d'être divorcé n'exclut pas de l'Eglise. Une personne divorcée demeure membre de l'Eglise au même titre que tout autre baptisé.
Il convient de préciser que le fait, pour un baptisé, de divorcer sans avoir au préalable suivi la procédure canonique de séparation avec maintien du lien, est une chose certes blâmable, qu'il convient autant que faire se peut de corriger. Etant dûment informé de l'existence de cette procédure, il me semble qu'il y a péché à ne point la mettre en oeuvre.
Une personne divorcée peut recevoir les sacrements de l'Eucharistie, de la Réconciliation et de l'Onction des malades, au même titre que tout autre baptisé.
Le lien conjugal étant indissoluble, la personne divorcée ne peut prétendre bénéficier à nouveau de ce sacrement. Il ne peut prétendre non plus être admis aux Ordres sacrés.
La personne divorcée qui reste fidèle à son engagement est appelée à être pour l'Eglise un témoin de la grandeur et de la force du mariage, un témoin de ce que l'amour est plus fort que tout.
La lecture du livre d'Osée peut, à cet égard, fournir quelques pistes. Suivant les circonstances et les responsabilités, une personne divorcée pourra, en quelque sorte, être le signe de l'amour irréversible de Dieu pour son peuple infidèle.
- 3. Vie chrétienne du divorcé-remarié
Benoît XVI a rappelé qu'il n'est pas question qu'une bénédiction soit accordée par l'Eglise à une nouvelle union.
Il convient de noter que cela ne semble pas interdire de prier en communauté pour que Dieu accompagne ce couple, dès lors qu'il est bien clair pour tous qu'il ne s'agit en aucun cas d'une bénédiction, et que l'objectif ultime de cette prière, son horizon, est :
1) Soit que ce couple se sépare si une réconciliation avec le "vrai"conjoint est possible ;
2) Soit que ce couple vive dans l'abstinence si une séparation n'est pas envisageable pour tel ou tel motif.
Une personne divorcée-remariée n'est admise à la réception d'aucun sacrement, ni Eucharistie, ni Réconciliation, ni onction des malades, tant qu'elle demeure dans cette situation.
Pour le cas où cette personne vivrait dans l'abstinence (cas n°2 évoqué ci-dessous), il semble que la réception des sacrements (notamment l'Eucharistie en raison de son caractère public) devrait être laissé au jugement prudentiel du prêtre, afin d'éviter tout scandale.
Une personne divorcée-remariée demeure membre de l'Eglise à part entière. Il n'y a pas excommunication, il y a simplement péché, avec cette circonstances particulière que ce péché n'est pas ponctuel, mais dérive d'un état de vie.
Ainsi que l'a précisé le pape, le désir de communier de ces personnes est agréable à Dieu.
On peut relire le passage de l'Evangile où le publicain retourne chez lui justifié parce qu'il s'est reconnu pécheur. Telle est la spiritualité à laquelle sont appelés les divorcés-remariés : se reconnaître humblement pécheurs.
A noter que cette attitude étant celle convenant à tout chrétien, les personnes divorcées-remariées peuvent ainsi être des témoins et des rappels vivants aux yeux de tous les chrétiens de cette vérité fondamentale :
"Si quelqu'un dit qu'il n'a pas péché, la vérité n'est pas en lui"
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