Coucou, c'est encore moi, désolé de revenir si tard sur la discussion, désolé aussi pour mon anonymat, mais je n'y peut rien puisque je ne souhaite pas m'inscrire sur le forum.
Je suis retombé (comme la 1ère fois) par hasard (même si l'on sait qu'il n'existe pas

) sur le forum.
Et là, je vois l'occasion d'intervenir.
Par rapport à Saint-Augustin d'Hippone, si mes souvenirs sont bons, je ne crois pas qu'il ai jamais voulut dire que N.-S. puisse nous prédestiner à l'Enfer ou au Ciel.
Je crois plutôt, qu'il a simplement mis en lumière le fait que N.-S. connaît la fin de tout homme. C'est tout. Et c'est d'ailleurs ainsi que l'a compris la Sainte Eglise.
Alors il ne faut pas aller faire dire des choses aux Saints qu'ils n'ont pas dites comme les jansénistes. Et se garder des jugements péremptoires sur la grâce.
Jamais Saint-Augustin n'aurait pû souffrir que Dieu puisse prédestiner des âmes innocentes (non encore créées) à l'Enfer.
Alors évidemment, la question qui intervient immédiatement après c'est: mais si Dieu sait qu'une âme va se damner pourquoi la créé-elle quand même? Car si puisque Dieu ne peut être que suprême bonté (l'unique bonté), il ne peut prédestiner personne à brûler éternellement!
C'est évident, eh pourtant! Il y en eut quand même pour le contester, soit pour se dispenser de ne pas faire le mal, soit pour se prétendre orgueilleusement des éluts. Dans les deux cas cela conduit au péché.
Ca c'est ce que Saint-Thomas d'Aquin a bien souligné (au XIIIème siècle).
Dieu donc donne à chacun la grâce suffisante à son salut (c'est d'ailleurs écrit explicitement dans la Sainte-Bible je l'ai lut dans le Missel de 1962 mais je ne saurait vous le rendre maintenant).
Attention! Dieu donne la grâce, donc l'homme ne se sauve pas
de lui-même (hérésie pélagienne)! L'homme
ne participe pas non plus à son salut (hérésie semi-pélagienne, soutenue encore par les soit-disant "orthodoxes")! Car l'homme n'a pas le pouvoir de se sauver (même pas à moitié

). Tout pouvoir humain vient de Dieu. Dieu propose et donne à l'homme uniquement le pouvoir de répondre oui/non, dans ses choix.
Voilà, N.-S. donne la grâce suffisante au salut de tous, mais pas tout le monde répond oui et se maintient en état de grâce.
Nous pouvons aussi obtenir des grâces supplémentaires, si généreusement dispensées par Notre-Dame, nous n'avons qu'à l'en prier. Il suffit d'avoir une intention juste, droite, pure, et de le mériter par notre exemple, nos oeuvres, notre état. Mais cela n'entre pas dans le débat.
Mais la déduction logique de Saint-Thomas ne répond pas réellement à la question: pourquoi donc Dieu créé-t-il des âmes dont il sait qu'il devra éternellement châtier.
La réponse vient au XVIe siècle, avec le R.P. Molina S.J. qui déduit que Dieu ne peut créer de telle âmes que pour un bien plus grand.
Lequel?
L'exercice de la vertu pour les fidèles, pour que ceux-ci puissent prouver leur fidélité alors même que d'autres par leurs mauvaises oeuvres, les pousseront au mal.
Donc au final, on en revient à la propre glorification de Dieu au travers de ses grâces qu'il répand au travers des Saint-Anges (qui nous inspirent la volonté divine), puis des fidèles, de leurs oeuvres.
N'utilisons pas pour autant la casuistique (pour un bien plus grand) pour tenter de justifier nos bassesses. Rome a condamné ces errances.
Dieu dans son infinie bonté (heureusement pour nous) l'utilise pour la Rédemption des justes.
Nous n'avons aucun pouvoir de Rédemption donc gardons-nous en!
La querelle entre les thomistes et les molinistes est due justement à cette explication casuistique de Molina. Mais je vous passe mon commentaire pour vous donner celui M.Labauche, cité dans le livre "Saint-François de Sales, Directeur d'Ames" de Françis Vincent (Nihil Obstat et Imprimatur en 1922):
"La différence entre les des partis consiste en ce que l'inefficacité de la prédestination est redevable aux mauvaises dispositions de la volonté libre, d'après les molinistes, tandis que, d'après les thomistes, elle est redevable à Dieu qui, de tout éternité, a décrété de donner la grâce efficace aux hommes, mais seulement dans la mesure où l'exige sa gloire."
"A cette époque, (au XVIe siècle), les molinistes sont les sont les continuateurs de la pensée grecque, renouvelée au commencement du XIIIe siècle par Albert le Grand. Les thomistes sont plutôt les continuateurs de la pensée augustinienne"
N'allez pas croire que ce soit par amour de la grèce antique et de ses philosophes, on parle de continuation dans le sens où il y a ressemblance, concordance.
"Saint-Thomas avait écrit en effet: "Deus antecedenter vult hominem salvari, sed consequenter vult quosdam damnari secundum exigentiam suae justitiae.""
Les thomistes ont accusé d'hérésie les partisans de Molina. Un procès s'est ouvert, mais l'Eglise (je crois que c'est S.S. Paul III), sous le conseil de Saint-François de Sales (dont les plus fidèles ennemis furent l'Abbé de Saint-Cyran, Pascal, Calvin, etc...) ne tranchera pas le débat.
Cette non-condamnation du molinisme face au thomisme apparaît en fait comme une prise de parti (après une dispute il ne peut rester de contradiction, l'une des cause gagne, l'autre est marqué au fer pour son infâmie).
Mais étant donné que ce n'est pas une dispute de fond, mais d'explication, prendre parti pour l'une ou l'autre cause ne fera pas de vous un hérétique (on parle alors d'optimisme ou de pessimisme, Saint-François fut résolument optimiste, Bossuet plutôt pessimiste). Les Jésuites sont plutôt optimistes, alors que les Dominicains sont plutôt pessimistes (à l'époque). Ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre sont hérétiques (ils nient le fond de la religion, lui qui n'est pas sujet à dispute).
Le P. de Régnon a bien marqué le noeud de différend entre thomistes et molinistes:
"En d'autres termes, dit-il, et pour prendre la disjonctive posée par Acquaviva, faut-il admettre que Dieu prédétermine d'avance la volonté humaine à chacun de ses actes par une prémotion toute-puissante qui entraîne nécessairement le Consentement? Ou bien faut-il reconnaître que la grâce actuelle n'est pas efficace de soi et par sa nature, et par conséquent, n'obtient pas nécessairement l'acte auquel elle pousse? Encore une fois, là est le noeud, là est la question dégagée de toutes ambages et de toute subtilité de plaideurs. Suivant que l'on se prononcera dans un sens ou dans un autre, on donnera des solution différentes aux grandes questions..."
Saint-François de Sales (pour qui j'avoue suivre l'optimisme) s'est prononcé dans le second sens, comme le prouve son "Traité de l'Amour".
Et l'Eglise l'a porté en exemple à tous par sa canonisation.
Rappellons-nous aussi qu'il n'appartient pas aux simples fidèles de débattre entre-eux de tels sujets. Ils n'en ont tout simplement pas la science nécessaire et n'ont pas de vision globale de la religion.
Laissons-ça aux prêtres!
Pour une fois que je suis daccord avec M. Arouet.
D'autant plus qu'il serait parfaitement inutile à notre salut d'en débattre.
UDP