courrier fait de ma part (à adapter bien sur):
Monsieur, Madame le (la) Député(e )
Vous allez vous prononcer sur la proposition de loi (n° 1100) relative à la fin de vie. Ce texte prévoit potentiellement de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie derrière l’expression « aide à mourir ».
Cette loi introduirait une rupture radicale dans la pratique médicale en levant l’interdit de tuer, garant de la confiance entre soignants et soignés.
Ce que l'on souhaite pour les malades qui sont en fin de vie c’est qu’ils puissent terminer leur vie dignement et entourés avec le soulagement que l’on peut attendre de la médecine moderne.
Quand on ne peut plus guérir, on doit tout faire pour aider le malade à vivre le mieux possible sa fin de vie. Traiter la douleur, cela ne se conçoit pas sans l'utilisation d'antalgiques puissants (et sédatifs si besoin) à doses suffisantes et aux effets secondaires connus. Augmenter les doses pour soulager la souffrance, quitte à prendre un risque létal pour un malade qui n’a aucun espoir de guérison, les médecins que nous sommes l’assument depuis toujours.
On répond à la détresse. Mais cela n’a Rien à voir avec l'euthanasie :
En aucun cas on ne cherche délibérément à donner la mort, jamais l’objectif n’est de tuer. On ne prolonge pas inutilement la fin de vie, on traite les douleurs morales et physiques en utilisant tous les moyens thérapeutiques à disposition et dans ce but uniquement. La loi Clayes Léonetti nous laisse une marge de manœuvre bien suffisante.
Par contre, Administrer volontairement une dose létale avec l'intention délibérée de mettre fin à la vie, c'est l'acte qui constitue la ligne rouge à ne pas dépasser entre soins palliatifs et euthanasie : c’est une transgression éthique majeure.
La question souvent posée est quelle différence entre les protocoles actuels de prise en charge de la douleur susceptibles d’accélérer la venue de la mort et la mise en œuvre d’une démarche euthanasique ?
Pour répondre à cette question, il faut rappeler les notions d’intentionnalité et de double-effet qui sont fondamentales dans l’éthique soignante.
il peut être décidé d’arrêter des traitements, avec comme intention de ne plus empêcher la mort d’advenir devant la fin imminente de la vie d’un patient. Cette intentionnalité découle de l'analyse proportionnée du rapport bénéfices-risques de chaque option thérapeutique au regard du risque de décès. Concrètement, ces pratiques sont principalement celles de l’arrêt de traitement, associé à une prise en charge antalgique voire sédative pour éviter les symptômes réfractaires qui n’ont pas pu être soulagés autrement avec le double effet de parfois hâter la mort.
Le respect de ce cadre « intentionnalité – double effet » assure aujourd’hui la soutenabilité éthique et psychique de certaines situations médicales complexes.
Donner la mort peut-il être considéré comme un soin ?
De nombreux soignants ont réfléchi à cela et nos société savantes (afsos/ unicancer…) dans un document de 27 pages (représentant plus de 830.000 soignants), publié en février 2023 ont répondu à cette question :
NON, Donner la mort ne pas être un soin.
Ces procédés ne peuvent pas être assimilés à un soin et ils doivent être matériellement séparés de la pratique soignante.
Les 13 organisations signataires rappellent l’importance du principe de solidarité qui guide les soignants. Par la légalisation d’une certaine forme de mort médicalement administrée, le législateur transformerait fondamentalement la définition du soin.
Rappelons qu’actuellement, l’interdit de donner la mort est non seulement rappelé dans le Serment d’Hippocrate, mais également dans le Code la Santé Publique (article R4127-38 et R4312-21) ainsi que dans le Code Pénal (article 221-1).
Les soignants n’ont pas pour vocations à abréger une vie. C’est même l’opposé de leur devoir d’assistance et d'aide au plus faible.
Euthanasie : l’exemple belge
Le contrôle de la pratique de l'euthanasie en Belgique n'en finit pas de faire parler de lui, et pas en bien.
La publication par le Journal of medical ethics d'un rapport sur la pratique de l'euthanasie en Belgique tire des conclusions inquiétantes.
Son auteur, le professeur Raphaël Cohen-Almagor de l'université de Hull ne mâche pas ses mots : « Les citoyens belges devraient être conscients de la situation actuelle, et savoir que leur vie peut en arriver au point où des médecins pensent qu'elle ne vaut plus la peine d'être vécue, et décident d’y mettre fin en l'absence de volonté contraire explicite. Les barrières de sécurité prévues par la loi sont inadéquates et insuffisantes ».
Ces faits sont-ils corrects ? Ce rapport scientifique n'est-il pas alarmiste ? L'euthanasie est-elle hors de contrôle en Belgique ? Les euthanasies non-consenties seraient-elles donc possibles bien qu'un cadre légal existe pour indiquer précisément ce qui est permis et ce qui ne l'est pas ?
Quand on creuse la question, on constate que ces affirmations ne sont pas seulement exactes, elles sont même en-deçà de la réalité : ces euthanasies non-demandées seraient possibles en Belgique, mais elles ne seront tout simplement pas poursuivies.
On a médiatisé la parole des associations qui ont pour but de promouvoir l’euthanasie.
La majorité silencieuse des malades qui vivent avec courage leur épreuve dans l'ombre ne se reconnaissent pas dans ce discours ou sont choqués. Ou leur possibilité d’expression? Ils sont choqués du peu de valeur accordée à leur humanité fragile, leur souffrance, leur faiblesse à leur vie aussi ténue soit elle
C’est pourquoi, je vous demande de vous opposer à ce texte.
En revanche, il est urgent que le Parlement français travaille en priorité à renforcer notre système de santé et à déployer un accès aux soins sur tout le territoire en adoptant, en premier lieu, une loi de programmation pour les soins palliatifs qui détaille une trajectoire budgétaire sur plusieurs années. Seule l’adoption d’une telle loi sera de nature à garantir à tous les Français sur tout le territoire national un accès effectif et réel aux soins palliatifs.
Comme il est tout aussi urgent de prendre en charge la santé mentale en repérant et en accompagnant la souffrance psychique pour prévenir le passage à l’acte suicidaire.
Je compte sur vous pour ne pas abandonner cette exigence vitale de la solidarité.
Je vous prie de croire, Monsieur, Madame le ( la) Député(e) / Monsieur le Député, à l’assurance de ma haute considération.
https://sfap.org/system/files/avis_ethi ... 160223.pdf