Prodigal a écrit :C'est tout à fait autre chose. Mon intervention voulait seulement dire que l'enfer ne saurait être avantageux au damné, comme l'a précédemment montré Coco Lapin. Et ce, non pas parce que le damné en juge ainsi, mais par définition du dam.
Ok, avant de répondre je vais clarifier un peu le débat : finalement votre point de vue est objectif concernant la réalité de l’enfer; mais plus haut ça semblait plus subjectif :
« Car enfin un damné qui se trouve mieux de l'être plutôt que ne pas exister est-il encore un damné? N'est-ce pas plutôt le statut des âmes du purgatoire que de préférer «
Car vous disiez « se trouver mieux » (ambigu : ça peut signifier « se sentir »), et plus clair ensuite « préférer », ce qui est subjectif. Alors à un point j’ai été induit en erreur.
Mais finalement il ne s’agit pas de préférence subjective mais de situation objective. Ok c’est plus clair.
Une des solutions , qui est chez St Thomas et Leibniz, est rappelée par Fernand ci-haut : un plus grand bien pour le tout. Ok mais ça concerne pas l’idée que le néant serait pire.
Sur ce point précis mon hypothèse que ce serait une erreur de jugement du damné est contredite par le vieux Réginald de Piperno ad mentem Thomae, comme souvent en faisant une distinction (« distingo »): ce serait donc sans erreur qu'on puisse préférer ne pas être ; remarquer la qualité des objections de Piperno, pile sur le point :
Suppl. III Q 98
ARTICLE 3 : Les damnés voudraient-ils, d’une volonté droite et délibérée, ne pas exister ?
Objections 1. Il semble qu’ils ne le puissent pas. Saint Augustin dit : « Vois combien est bonne cette existence, qu’heureux et malheureux veulent également »; il est en effet meilleur d’exister et d’être malheureux que de ne pas être du tout.
2. Saint Augustin raisonne ainsi : La préélection suppose un choix. Mais on ne peut choisir de ne pas exister, car cela ne présente aucun aspect bon. Ne pas exister ne peut donc pas être plus désirable pour les damnés que l’existence.
3. Le mal majeur est le plus à fuir. Mais le plus grand des maux est de ne pas exister, car cela supprime tout bien, n’en laissant subsister aucun. L'inexistence est donc plus à fuir que la souffrance.
Cependant: il est écrit dans l’Apocalypse « En ces jours-là les hommes désireront la mort, et elle leur échappera. » Et oui le malheur des damnés dépasse tout malheur de ce monde. Mais pour échapper au malheur d’ici-bas, certains désirent mourir. Il est dit dans l’Ecclésiastique « O mort, ta sentence est bonne pour l’homme malheureux et qui a perdu ses forces, pour l’homme usé par l’âge et pour celui qui est accablé de soucis, pour celui à qui on ne croit plus et qui a perdu la raison. s Il est donc bien plus désirable encore de ne pas exister pour les damnés, avec délibération
raisonnable.
Conclusion: Ne pas exister peut être considéré de deux façons : en soi et ainsi ce n’est aucunement désirable, puisque cela ne contient aucun aspect de bien, et n’est qu’une pure privation de bien - ou bien, en tant que c’est la libération d’une vie de peine ou de malheur : et alors, ne pas être prend un aspect de bonté. «Etre exempt du mal est une sorte de bien », comme dit Aristote. Sous cet aspect, il est préférable pour les damnés de ne pas être que d’être malheureux.. Il est dit en saint Matthieu : « Il eût été mieux pour cet homme de n’être pas né s, et à propos de Jérémie: « Maudit soit le jour où je suis né s,. la Glose de saint Jérôme ajoute : « Il vaut mieux n’être pas que d’être mal. » Et ainsi, les damnés
peuvent choisir délibérément de ne plus exister.
SOLUTIONS : 1. Ce mot de saint Augustin doit s’entendre en ce sens que ne point exister n’est pas préférable en soi, mais seulement par accident, en tant que c’est là le terme d’une souffrance. Dire qu’exister et vivre sont désirés par tous, ne vaut pas pour la vie malheureuse et corrompue, ni pour celle qui s’écoule au milieu des tristesses, comme dit Aristote, mais seulement absolument parlant.
2. Ne pas être n’est point préférable en soi, mais par accident, comme nous l’avons dit.
3. Ne pas exister est le pire des maux. Cependant, la privation de l’existence est un grand bien, si elle entraîne la privation du plus grand des maux : ainsi considérée, on peut la préférer à l’existence.
On a la distinction de mal en soi et mal par accident que je soupçonnais, mais par contre il est raisonnable de préférer ne pas être. En revanche la réponse 3 semble bizarre, quoique je n’aie pas vérifié le latin : Ne pas exister est le pire des maux et une certaine souffrance est le plus grand des maux. En quoi pire est –il différent du plus grand des maux? Si l’un est le plus grand, l’autre ne peut plus être le pire il me semble. Certes il y a la distinction « en soi » et « par accident », mais alors pourquoi le « par accident » serait-il le plus grand?
Je crois qu’une nouvelle distinction, ou plutôt précision, serait nécessaire : le mal ressenti vs le mal non ressenti. C’est dans cette ligne de «L’accidentel » que je creuserais. Autre piste : le mal n’est pas un pur néant mais un néant relatif, une privation, donc pour qu’il y ait mal il faut exister d’abord, il n’est pas à proprement parler mal pour une chose de ne pas exister du tout, car ce n’est pas vraiment une perfection manquante à cette chose, n’étant rien elle ne peut manquer de rien.Par contre ce pourrait être un mal pour le tout de la création.