Tout est dans la prise au sérieux, ou pas, de l'impératif de ne pas juger autrui.
J'admire comment certains s'aveuglent aux évidences.
Si était une interdiction absolue de juger autrui, tout jugement serait illégitime.
- Comment lors les titulaires de la juridiction ecclésiastique pourraient-ils légitimement lier et délier ? Et comment les titulaires de la juridiction pénale étatique pourraient-ils légitimement réprimer les crimes en châtiant leurs auteurs par une sanction pénale (une peine vindicative) ? D'où déjà ceci que les propos de l'intervenant conduisent à l'anarchie, et par delà aux désordres de toutes sortes. S'il fallait suivre Prodigal, ce serait la ruine de toute civilisation.
- Et comment l'homme pourrait-il seulement poser un jugement intellectuel relatif à à la moralité d'un acte humain, et par delà à quoi que ce soit ? Et comment éduquer ses enfants, à défaut de pouvoir juger de la moralité des actes qu'ils posent, pour les instruire et au besoin les châtier ? D'où encore ceci qu'à suivre la doctrine de l'intervenant, le Christ ne veut pas des hommes mais des brutes. S'il fallait suivre Prodigal, ce serait la ruine de tout le genre humain.
En vérité, loin que le Christ nous interdise de juger, il nous l'ordonne.
- « Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice. » Jn. VII, 24
Ce qu'il nous interdit, c'est de juger d'une manière corrompue.
- « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; car de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; et de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. » Mt. VII, 1.
Qu’on ne nous reproche donc pas de juger, car nous avons le pouvoir de juger en conscience. Qu’il s’agisse du jugement juridictionnel ou du jugement de conscience, Mt. VII, 1 doit se lire en parallèle à Jn. VII, 24. Le Christ ne nous interdit pas de juger, puisqu’il nous ordonne de juger selon la justice (Dt. I, 16, Jn. VII, 24), sans renverser le droit (Jb. VIII, 3), sans trafiquer les poids (Lv. XIX, 35), sans faire acceptation de personnes ou de présents (II Ch. XIX, 7). Mais il nous ordonne de ne pas juger faussement (Mt. VII, 1), nous avertissant que selon comment nous jugeons nous serons jugés (Mt. VII, 2). Si votre jugement est droit, vous serez jugé droit. S’il est fourbe, vous serez jugé fourbe. S’il est téméraire, vous serez jugé coupable. S’il est tel qu’en jugeant vous cherchez à injurier autrui, vous êtes un homicide passible du châtiment éternel (Mt. V, 22). Mais si vous jugez en vérité et selon la justice (Lv. XIX, 15), non pour outrager mais avertir (Ez. III, 17-21, XXXIII, 6-19) et ainsi corriger selon les modes de correction fraternelle fruit des vertus de charité et de justice (ST, II-II, q. 33 a. 1 co), non sous l’inspiration de pensées mauvaises (Jc. II, 4) mais dans la crainte filiale de Dieu (Is. XI, 3), ne craignez pas d’être de ceux, véraces, dont le oui est oui et dont le non est non (Jc. V, 12). Ne craignez même pas d’être abrupt si les circonstances l’exigent, car tels furent le plus grand des Prophètes (Mt. III, 7), les Apôtres (II P. II, 22) et le Christ-homme (Mt. XXIII, 13-33). En vérité les saints jugeront le monde (I Cor. VI, 2-3, Ap. XX. 4).
En vérité, loin que le jugement en matière morale doive s’arrêter aux actes sans aller jusqu’aux personnes, il doit aller jusqu’aux personnes toutes les fois où est connu la personne avoir l’advertance à ses actes. Si un père de famille surprend son enfant de 9 ans à voler dans le porte-monnaie de sa grand mère, outre qu’il devra lui expliquer que cet acte est un vol, contraire à la moralité et par delà à la volonté de Dieu, ceci encore que s’il le reprend ensuite à voler, l’enfant ayant déjà été averti de la malignité de son acte, il sera du fait même convaincu d’en avoir l’advertance suffisante de la raison et de la volonté, de sorte que son père puisse et doive le punir.