Re: Le problème avec l'euthanasie
Publié : ven. 21 juin 2019, 17:36
Bonjour,
Merci pour les commentaires. Oui, c'est vrai que le récit de Muriel est monstrueux. Je suis bien d'accord.
Prise de position de l'Église catholique
Jean-Paul II
Le document à la fois le plus important et le plus récent du Magistère traitant des atteintes à la vie humaine, dont l'euthanasie, est l'encyclique L'Évangile de la vie, datée du 25 mars 1995.
Jean-Paul II signale le contexte "alarmant" qui a suscité la rédaction de son encyclique : "Le vingtième siècle aura été une époque d'attaques massives contre la vie, une interminable série de guerres et un massacre permanent des vies humaines innocentes". Le monde actuel voit se démultiplier les atteintes à la vie humaine. Cette encyclique est le fruit d'un Consistoire extraordinaire des cardinaux du 4 au 7 avril 1991 à Rome, et d'une concertation de tous les évêques du monde. Cela donne à ce document une valeur magistérielle incomparable, reflétant la pensée de l'Église universelle.
Au cours du premier chapitre, Jean-Paul II constate l'éclipse de trois valeurs fondamentales dans notre culture.
1. L'éclipse de la valeur de la vie est à l'origine d'une culture de mort. Le Pape remarque une crise profonde de la culture qui engendre un scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l'éthique. Cette crise est à l'origine d'un bouleversement des valeurs, dont celle de la vie humaine, source d'une culture de mort ou structure de péché, occultant la solidarité.
2. L'éclipse de la responsabilité et de la solidarité découle d'une conception pervertie de la liberté. L'évêque de Rome constate que l'avortement et l'euthanasie, qui étaient auparavant considérés comme des crimes, sont revendiqués aujourd'hui comme des droits à légaliser au nom de la liberté individuelle, s'éloignant des principes mêmes des Constitutions. Cette situation est révélatrice d'un grave effondrement moral. Nous sommes en présence d'une conception de la liberté qui exalte l'individu en occultant les dimensions sociales de responsabilité et de solidarité. L'accomplissement du moi est compris en termes d'autonomie absolue [...] La société devient ainsi l'ensemble des individus placés les uns à côté des autres, mais sans liens réciproques.
3. L'éclipse du sens de Dieu est à l'origine de l'éclipse du sens de l'homme et de sa dignité. L'être humain, lorsqu'il occulte la dimension transcendante de son existence, ignore le caractère sacré de sa vie et le mystère qu'elle représente. Il méconnaît par conséquent ce qui lui confère sa dignité suréminente par rapport à toutes les autres créatures. Il ignore ainsi le sens et la finalité de sa vie. L'existence devient matérialisée, et "les valeurs de l'être sont remplacées par celles de l'avoir". La qualité de la vie et l'autonomie priment alors sur la vie elle-même. Dans ce contexte, notre culture contemporaine ne reconnaît aucun sens ni aucune valeur, ne serait-ce que pédagogique, à la souffrance et à l'épreuve.
Le message chrétien sur la vie
Lors de l'ancienne alliance, le peuple d'Israël progresse dans la perception du sens et de la valeur de la vie en tant que telle. Il découvre que celle-ci est l'objet d'un amour tendre et fort de la part de Dieu. "Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t'aime" (Is 43, 4) La vie de l'homme a un tel prix et une telle dignité parce qu'il a été crée à l'image de Dieu (Gn 1, 26), parce que le Créateur a insufflé en lui un souffle divin (Gn 2,4). Ainsi, la vie de l'homme est participation à celle de Dieu, elle est un reflet de la gloire divine (Ps 8,6) Elle porte en elle une dimension d'éternité : "La vie que Dieu donne à l'homme est bien plus qu'une existence dans le temps. C'est une tension vers une plénitude de vie; c'est le germe d'une existence qui va au-delà des limites du temps : "Oui, Dieu a crée l'homme pour l'incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature."
L'annonce de la Bonne Nouvelle par le Christ est l'Évangile de la vie. Jésus porte à son accomplissement le sens de la vie. Par ses guérisons et autres miracles, par l'accueil des pauvres et des marginaux, il montre la sollicitude de Dieu pour tous les hommes et témoigne que leur vie est un don jalousement gardé dans les mains du Père. Mais surtout, Jésus, venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance (Jn 10,10), vient libérer l'homme du péché qui paralyse sa vie. Il est le Fils de Dieu, l'image du Dieu invisible (Col 1,15) Il fait don aux croyants de la vie éternelle qui est la plénitude de participation à la vie même de l'Éternel. "Sur l'arbre de la croix s'accomplit l'Évangile de la vie". Là, Jésus manifeste un tel amour à notre égard, montrant que notre existence est d'un tel prix à ses yeux qu'il est prêt à mourir pour nous, acceptant le supplice le plus cruel. Il nous obtient ainsi la salut qui est pardon, vie et résurrection.
A cause de cette valeur incommensurable, la vie humaine exige un respect absolu qui la rend inviolable.
Jean-Paul II parle ensuite plus précisément de l'euthanasie et du suicide. Par euthanasie au sens strict, on doit entendre "une action ou une omission qui, de soi et dans l'intention, donne la mort afin de supprimer toute douleur". L'euthanasie est considérée comme "l'un des symptômes les plus alarmants de la culture de mort". Cette tentation de se rendre maître de la mort est liée à un contexte culturel souvent fermé à la transcendance, et qui ne perçoit plus le sens d'une vie marquée par la souffrance, les diminutions physiques ou psychiques.
Après quoi suit une affirmation solennelle de l'Évêque de Rome sur l'euthanasie : "En conformité avec le Magistère de mes prédécesseurs et en communion avec les Évêques de l'Église catholique, je confirme que l'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine."
La doctrine traditionnelle de l'Église par rapport au suicide est ensuite confirmée : "Le suicide, du point de vue objectif, est un acte gravement immoral, parce qu'il comporte le refus de l'amour envers soi-même et le renoncement aux devoirs de justice et de charité envers le prochain, envers les différentes communautés dont on fait partie et envers la société dans son ensemble. En son principe le plus profond, il constitue un refus de la souveraineté absolue de Dieu sur la vie et la mort." Il est vrai que certains conditionnements psychologiques, culturels et sociaux peuvent diminuer, voire supprimer la responsabilité personnelle. Néanmoins, aider à réaliser un suicide assisté, mû par ce que Jean-Paul II appelle une "perversion de la pitié", consiste à se faire collaborateur d'une injustice, et ne peut donc jamais être justifié. Quant à pratiquer une euthanasie sans le consentement de la victime, ceci constitue "le sommet de l'arbitraire et de l'injustice."
p.132
(à suivre)
Merci pour les commentaires. Oui, c'est vrai que le récit de Muriel est monstrueux. Je suis bien d'accord.
Prise de position de l'Église catholique
Jean-Paul II
Le document à la fois le plus important et le plus récent du Magistère traitant des atteintes à la vie humaine, dont l'euthanasie, est l'encyclique L'Évangile de la vie, datée du 25 mars 1995.
Jean-Paul II signale le contexte "alarmant" qui a suscité la rédaction de son encyclique : "Le vingtième siècle aura été une époque d'attaques massives contre la vie, une interminable série de guerres et un massacre permanent des vies humaines innocentes". Le monde actuel voit se démultiplier les atteintes à la vie humaine. Cette encyclique est le fruit d'un Consistoire extraordinaire des cardinaux du 4 au 7 avril 1991 à Rome, et d'une concertation de tous les évêques du monde. Cela donne à ce document une valeur magistérielle incomparable, reflétant la pensée de l'Église universelle.
Au cours du premier chapitre, Jean-Paul II constate l'éclipse de trois valeurs fondamentales dans notre culture.
1. L'éclipse de la valeur de la vie est à l'origine d'une culture de mort. Le Pape remarque une crise profonde de la culture qui engendre un scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l'éthique. Cette crise est à l'origine d'un bouleversement des valeurs, dont celle de la vie humaine, source d'une culture de mort ou structure de péché, occultant la solidarité.
2. L'éclipse de la responsabilité et de la solidarité découle d'une conception pervertie de la liberté. L'évêque de Rome constate que l'avortement et l'euthanasie, qui étaient auparavant considérés comme des crimes, sont revendiqués aujourd'hui comme des droits à légaliser au nom de la liberté individuelle, s'éloignant des principes mêmes des Constitutions. Cette situation est révélatrice d'un grave effondrement moral. Nous sommes en présence d'une conception de la liberté qui exalte l'individu en occultant les dimensions sociales de responsabilité et de solidarité. L'accomplissement du moi est compris en termes d'autonomie absolue [...] La société devient ainsi l'ensemble des individus placés les uns à côté des autres, mais sans liens réciproques.
3. L'éclipse du sens de Dieu est à l'origine de l'éclipse du sens de l'homme et de sa dignité. L'être humain, lorsqu'il occulte la dimension transcendante de son existence, ignore le caractère sacré de sa vie et le mystère qu'elle représente. Il méconnaît par conséquent ce qui lui confère sa dignité suréminente par rapport à toutes les autres créatures. Il ignore ainsi le sens et la finalité de sa vie. L'existence devient matérialisée, et "les valeurs de l'être sont remplacées par celles de l'avoir". La qualité de la vie et l'autonomie priment alors sur la vie elle-même. Dans ce contexte, notre culture contemporaine ne reconnaît aucun sens ni aucune valeur, ne serait-ce que pédagogique, à la souffrance et à l'épreuve.
Le message chrétien sur la vie
Lors de l'ancienne alliance, le peuple d'Israël progresse dans la perception du sens et de la valeur de la vie en tant que telle. Il découvre que celle-ci est l'objet d'un amour tendre et fort de la part de Dieu. "Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t'aime" (Is 43, 4) La vie de l'homme a un tel prix et une telle dignité parce qu'il a été crée à l'image de Dieu (Gn 1, 26), parce que le Créateur a insufflé en lui un souffle divin (Gn 2,4). Ainsi, la vie de l'homme est participation à celle de Dieu, elle est un reflet de la gloire divine (Ps 8,6) Elle porte en elle une dimension d'éternité : "La vie que Dieu donne à l'homme est bien plus qu'une existence dans le temps. C'est une tension vers une plénitude de vie; c'est le germe d'une existence qui va au-delà des limites du temps : "Oui, Dieu a crée l'homme pour l'incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature."
L'annonce de la Bonne Nouvelle par le Christ est l'Évangile de la vie. Jésus porte à son accomplissement le sens de la vie. Par ses guérisons et autres miracles, par l'accueil des pauvres et des marginaux, il montre la sollicitude de Dieu pour tous les hommes et témoigne que leur vie est un don jalousement gardé dans les mains du Père. Mais surtout, Jésus, venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance (Jn 10,10), vient libérer l'homme du péché qui paralyse sa vie. Il est le Fils de Dieu, l'image du Dieu invisible (Col 1,15) Il fait don aux croyants de la vie éternelle qui est la plénitude de participation à la vie même de l'Éternel. "Sur l'arbre de la croix s'accomplit l'Évangile de la vie". Là, Jésus manifeste un tel amour à notre égard, montrant que notre existence est d'un tel prix à ses yeux qu'il est prêt à mourir pour nous, acceptant le supplice le plus cruel. Il nous obtient ainsi la salut qui est pardon, vie et résurrection.
A cause de cette valeur incommensurable, la vie humaine exige un respect absolu qui la rend inviolable.
Jean-Paul II parle ensuite plus précisément de l'euthanasie et du suicide. Par euthanasie au sens strict, on doit entendre "une action ou une omission qui, de soi et dans l'intention, donne la mort afin de supprimer toute douleur". L'euthanasie est considérée comme "l'un des symptômes les plus alarmants de la culture de mort". Cette tentation de se rendre maître de la mort est liée à un contexte culturel souvent fermé à la transcendance, et qui ne perçoit plus le sens d'une vie marquée par la souffrance, les diminutions physiques ou psychiques.
Après quoi suit une affirmation solennelle de l'Évêque de Rome sur l'euthanasie : "En conformité avec le Magistère de mes prédécesseurs et en communion avec les Évêques de l'Église catholique, je confirme que l'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine."
La doctrine traditionnelle de l'Église par rapport au suicide est ensuite confirmée : "Le suicide, du point de vue objectif, est un acte gravement immoral, parce qu'il comporte le refus de l'amour envers soi-même et le renoncement aux devoirs de justice et de charité envers le prochain, envers les différentes communautés dont on fait partie et envers la société dans son ensemble. En son principe le plus profond, il constitue un refus de la souveraineté absolue de Dieu sur la vie et la mort." Il est vrai que certains conditionnements psychologiques, culturels et sociaux peuvent diminuer, voire supprimer la responsabilité personnelle. Néanmoins, aider à réaliser un suicide assisté, mû par ce que Jean-Paul II appelle une "perversion de la pitié", consiste à se faire collaborateur d'une injustice, et ne peut donc jamais être justifié. Quant à pratiquer une euthanasie sans le consentement de la victime, ceci constitue "le sommet de l'arbitraire et de l'injustice."
p.132
(à suivre)