Héraclius a écrit : ↑mer. 03 oct. 2018, 0:12
Justemment nous touchons là à mon avis à un des coeurs du problèmes : l'Eglise Orthodoxe, ou en tout cas le néo-Palamisme qui en domine intellectuellement de larges pans, est incapable de véritable Catholicité. L'une des splendeurs de la Tradition avec un grand "T" est qu'elle est multiforme : il y a un génie chrétien latin, un génie chrétien grec, un génie chrétien syriaque... Les Néo-Palamites veulent nous faire croire que la seule et unique vraie tradition chrétienne est la (très estimable et glorieuse, au demeurant) tradition Cappadocienne via Palamas. Mais chaque rite est l'expression d'un génie particulier, et si il a des emphases sur certains points plutôt que d'autres, c'est lié à la saturation du sens et de splendeur du Saint Evangile qui ne peut être pleinement captée par aucune forme humaine (c'est pas pour rien que des Evangiles, il y a 4 dans la Très Sainte Ecriture).
J'entends ce que vous dites Héraclius. Attention cependant à ne pas confondre universalisme et cosmopolitisme : le premier transcende les particularismes et les mesquineries provinciales. Il consiste à savoir d'où l'on vient, et y puiser la racine vitale, afin de la dépasser vers un idéal suprahumain que peuvent entrevoir tous les hommes.
Le cosmopolitisme au contraire, n'est pas dépassement, mais chaos : un agrégat désordonné, éclectique de traditions (racines) diverses, qui coexistent dans un même contexte, mais sans se fondre dans un tronc commun. Il signifie l'indifférence et l'adaptation à toutes les traditions, parce qu'en soi on n'en possède plus une de définie, d'héritée. C'est la tragédie de l’Église latine.
C'est en ce sens que je rejette la conception romaine de la catholicité, qui consiste en réalité à réunir des traditions liturgiques (et donc théologiques) incompatibles sous l'autorité du Vatican. Un prêtre catholique français n'a pas le droit d'avoir une épouse ; mais un prêtre greco-catholique le peut ! Vous voyez bien que c'est absurde.
L’Église orthodoxe quant à elle, est une véritable Communion universelle (katholikos) entre Églises autocéphales. Des particularités locales existent bel et bien entre Grecs, Russes, Roumains et Serbes (elles sont mentionnées par Maxime Kovalevsky dans l'extrait ci-dessus cité par notre ami Socrate) : elles ne sont pas niées d'ailleurs, mais transcendées, sublimées par une théologie commune, véritablement catholique.
Quand bien même je voudrais me convertir à l'Orthodoxie demain, au nom de quoi devrais-je me faire grec ou russe ? Je suis latin, pétri d'esprit occidental.
Personne n'attend de vous que vous abandonniez votre latinité. Contrairement à ce que vous affirmez, il existe au sein de l’Église orthodoxe
la possibilité de conserver le rite latin, même si, à titre personnel, je considère qu'il ne peut s'agir là que d'une solution transitoire pour des nouveaux convertis avant le passage à la liturgie byzantine, seule véritablement orthodoxe.
Par ailleurs, quelle plus belle preuve de catholicité peut-il y avoir que de louer Dieu dans une langue étrangère, à travers une tradition qui, sans être celle de ses racines propres, les magnifie en les universalisant ? Je n'ai pas l'impression de trahir mes racines françaises, que je chéris tendrement, lorsque je participe à la liturgie slavonne.
Mais admettons que je veuille comprendre tout ce que dit le prêtre sans recourir à l'aide d'un livret liturgique : je n'ai qu'à me rendre dans une des (nombreuses) paroisses francophones qui existent dans toutes les grandes villes de France.
La liturgie traditionelle de Rome, qui tout aussi antique - si ce n'est d'avantage - que la vôtre, est tout aussi apostolique que la tradition Byzantine.
Pour ce qui est de la liturgie tridentine et médiévale, je suis bien d'accord avec vous. Quant aux innovations de Vatican II, je préfère ne pas me prononcer, par respect pour mes amis catholiques.