Cinci a écrit : ↑mar. 07 mars 2017, 17:17
Il s'agissait alors d'un échange très enrichissant tenu entre diverses personnalités et portant sur ce même thème :
Les totalitarismes sont-ils derrière nous ?
(Les mardis du Collège des Bernardins).
http://www.ktotv.com/video/00078979/les ... riere-nous
Pour Emmanuel Macron, il faudrait peut-être dire qu'il s'y trouverait déjà une certaine complicité potentielle avec un totalitarisme à venir. Mais, en même temps, il ne serait pas beaucoup plus coupable que bien d'autres, que des millions et des millions de personnes. C'est cela qui est effrayant. Toujours le "bon vieux" péché du monde ...
Notre complicité ...
Résumé du débat du Collège des Bernardins.
Les totalitarismes sont-ils derrière nous ?
Monique Gosselin-Noat professeur émérite à l'université Paris X (Nanterre), spécialiste de Bernanos.
Selon Bernanos, il y a plusieurs périodes au totalitarisme :
-1 / La grande peur des bien-pensants entre 1929-1931. Bernanos met en cause la république française, et les démocraties européennes, qui ont trompé les combattants de 14-18 en leur parlant de leur patriotisme, alors qu'il ne s'agissait que de défendre les banques. Bernanos craint le déterminisme social, où l'homme serait prisonnier de l'économie. L'homme est asservi avec sa complicité. Il critique les chrétiens, qui se soumettent à l'
état dominateur. Il redoute la tiédeur généralisée, conduisant au conformisme et conduisant à un état dominateur (mais pas forcement totalitaire).
-2 / Les grands cimetières sous la lune, en 37, à l'époque de la guerre d'Espagne.
Bernanos démasque le jeu des dictateurs contre les démocraties.
Le régime des suspects et la terreur. C'est la peur généralisée, puis le régime des suspects, où la justice transforme des délits en crimes, de façon arbitraire. C'est le règne de la délation.
Bernanos critique l'usage de la force dans les états totalitaires, même s'il admet que seuls ces régimes ont pu supprimer l'avarice de la bourgeoisie.
Il y a une perversion du religieux dans le totalitarisme. Il y a substitution d'une religion démoniaque au christianisme. Le communisme exploite la mystique de la classe, le nazisme la mystique de la race, en pervertissant la religion. "
Les peuples rompent avec Dieu sans angoisse, à leur insu, rien de saurait les prévenir que la haine est au bout de l'expérience. " (Bernanos).
Cette religion non chrétienne, naturelle, conduit à une inversion des
béatitudes chrétiennes : " malheurs au faibles ", " la raison revient aux forts " , " les assoiffés de justice sont des niais " .... C'est la mystique païenne du retour au naturel.
Chantal Delsol :
Quelles sont les nouvelles formes de totalitarisme actuel ?
- Le moyen mis en oeuvre dans les totalitarismes du XXe siècle est la terreur,. C'est leur principal point commun.
- les finalités des totalitarisme du XXe siècle sont pourtant différentes.
Les deux totalitarisme ont des prises de position différentes par rapport à la modernité,
- le nazisme est contre la modernité
- le communiste veut réaliser la modernité de façon exagérée.
Leurs moyens sont les mêmes : la terreur , mais leur objectif sont donc différents.
Actuellement nous réalisons la
modernité extrême recherchée par le communisme, non par la terreur, mais par la dérision, et cela marche très bien.
On tue les Eglises par la dérision.
Alain Caillé ; sociologue (Paris Est la Défense).
Sous quelles formes pourraient revenir les totalitarismes ?
- 1/ sous la forme classique (nazisme ou stalinisme)... par exemple l'arrivée du Front National (encore que ce soit exagéré de comparer le FN au nazisme), ou d'
Aube dorée (qui ressemble davantage au totalitarisme du XXe siècle, mais est très marginal)).
- 2 / un retour des mêmes (nazisme ou stalinisme)
sous une forme différente, avec l’émergence des intégrismes religieux, comme l'islamisme.
-
3/ installation du
totalitarisme des marchés.
- 4 / le totalitarisme inversé. Il s'agit d'un totalitarisme à l'envers... par rapport au totalitarisme d'hier. Les intérêts individuels étaient alors sacrifiés pour servir l’intérêt général. Maintenant, c'est l’inverse. Actuellement, nous vivons un totalitarisme de l'individualisme (personne n'est plus regroupé en masse soumise).
Chantal Delsol :
Tout n'est pas totalitarisme.
Mussolini se vantait d'être totalitaire, mais il ne l'était pas dans les faits.
Sont totalitaires le nazisme et le stalinisme, mais nos régimes actuels ne le sont pas.
Nous vivons sous une police de la pensée, certes, mais nous ne risquons pas d'être exécutés d'une balle dans la nuque.
Les catastrophes (naturelles ou les guerres, ou les épidémies) sont fréquentes, et cela donne étrangement l'impression d'un monde qui se détruit.
L'apparition de la bombe atomique a fait dire à Bernanos qu'on aurait besoin
de régimes forts pour éviter que des gens emploient la bombe atomique sans réflexion.
Bernanos vise par
totalitarisme Staline, Mussolini, et Hitler. En fait, c'est tout ce qui asservit les citoyens et nuit aux libertés.
Les peuples se donnent à un dictateur par désespoir,,
suite à l' humiliation subie ( comme les allemands après la 1ère guerre),
ou suite à une apathie généralisée.
La production industrielle conduit les hommes à être réduits à l'état de machines. Ils subissent la machine à bourrer le crane, et les hommes deviennent décervelés dans les sociétés hyper mécanisées, pense Bernanos.
Alain Caillé :
Actuellement nous vivions le totalitarisme inversé, c'est totalement différent, mais tellement différent qu'il y a des points communs avec les totalitarismes.
Nous craignons tous des catastrophes, mafias, intégrisme, guerre nucléaire, catastrophes naturelles.
Nous nous sentons impuissants contre ces pouvoirs tout puissants.
L’automatisation des forces du marché livre l'individu à des forces qui lui échappent et conduit au désespoir. Il faudrait ré-encastrer l’économie dans la vie des hommes.
On se sent impuissant face au fluctuation des marchés, et tout le monde se sent impuissants face à cela.
Chantal Delsol :
La post modernité, la modernité tardive, est certes une période impuissante. Or, les hommes ont toujours vécu impuissants.
La modernité survient au moment où les hommes ont cru qu'ils pourraient tout dominer.
Maintenant, nous retrouvons l'état ordinaire de l'humanité : l'impuissance. Nous avons pris conscience que la science ne nous avait pas rendus tout puissants.
La société est dispersée en sous-groupes, par exemple communautaires.
il y a pourtant une
police de la pensée, qui oblige à homogénéiser la pensée. C'est une forme de tyrannie.
Le désespoir suscite le nazisme, et non le communisme. Le nihilisme crée le nazisme, alors que les communistes à l'origine étaient très optimistes.
Alain Caillé :
Le libéralisme peut être une forme de totalitarisme... mais sans le pistolet sur la tempe. L'écrasement économique oblige l'humanité à se ressembler, pour des raisons commerciales évidentes. L'homme est formaté, pour correspondre à un consommateur standard. Notre seule perspective est de ressembler au modèle standard.
Il faudrait ne plus formater les enfants si jeunes. L'activité humaine ne se réduit pas à la production de richesses économiques.
Les solutions pour éviter de sombrer dans le totalitarisme sans violence physique du XXIe siècle :
-Surmonter le parcellitarisme. , la fragmentation des individus en sous-groupes opposants.
-Créer des mouvements citoyens (comme les indignés, les forums sociaux, nuits debout) pour réfléchir individuellement.
La police de la pensée en infra policière. On a infiniment de mal à penser en dehors des diktats de la police de la pensée.
Ces courants de réflexion de citoyens devraient accepter ce qu'ils ont en commun, plutôt que ce qui les divise. L’appellation qui les réunit est le
convivialisme. On ne manque pas de solutions économiques ou écologiques, mais cela ne prend pas. Ce qui manque ce ne sont pas les idée, mais une philosophie politique pour remplacer le socialisme ou le libéralisme, qui ont marqué leurs limites. Ces discours reposaient sur l'idée que les humains sont des être de besoin, et que son aspiration se trouvera satisfaite par la croissance. La croissance ne peut plus être ininterrompue, car l’écologie ne le permet pas. Il faut trouver autre chose. Or l'homme n'est pas un
être de besoin, mais un
être de désir.
Il faut donc trouver une philosophie politique qui en rende compte.
Chantal Delsol.
On a détruit le spirituel depuis 50 ans en disant que c'est ridicule... donc il ne reste plus que de l'économique.
La clé de l’évolution hors du tout économique est de retrouver les religions ou alors les traditions.
On se donne des dictatures par le manque de spiritualité, dit Bernanos. L'homme livre, parfois seul, un combat. Il se lève contre l'état par sa conscience. Bernanos prêche pour le réveil des consciences.