Pour faire court face à Yves, le grégorien n'est qu'une forme possible du chant Liturgique.
Lisez bien le Concile : la polyphonie est acceptée aussi (mais pas également).
Christophe a écrit :
Boris, vous avez écris : "Mais on remarque qu'il n'est pas question d'inventer de nouvelles paroles". Certes, il n'en est pas question dans le texte : mais est-ce une omission ou une interdiction ? Autrement dit, est-il permis ou non de chanter d'autres paroles que celles du Graduel ? Et pouvez-vous donner une référence pour confirmer votre réponse ?
Pax
Christophe
Voici une liste non exhaustive des livres liturgiques pour la Messe :
- Missel Romain
- Cérémonial des Evêques (cela peut surprendre, mais il y a des référence pour la Messe)
- Lectionnaire Romain (pour les lectures)
- Graduel Romain (pour les chants propres et ordinaires=kyriale)
Voilà.
Dans le lectionnaire, nous trouvons pour chaque jour en plus des lectures, un psaume responsorial et un verset alléluiatique.
Dans le Graduel, nous trouvons un "Graduel" (qui a donné son nom au livre) qui est un psaume à chanter après la 1ère lecture et un Alléluia ou un Trait (pendant le carême) différent de celui du lectionnaire.
Donc, il y a déjà des "incohérences" entre les livres officiels. En fait, le lectionnaire parle de lecture ("à lire") et le Graduel de chants ("à chanter").
Cela fait référence à la définition donner dans je ne sais plus quel document Magistériel définissant les 3 types de Messe : lue, chantée et grand'Messe.
En réalité, ces 3 types ne dépende que de l'action du prêtre. Néanmoins, il est bon que l'assemblée s'adapte.
Par exemple, il est ridicule de chanter l'anamnèse alors que le prêtre ne chante ni la préface ni la prière Eucharistique !
Idem, il est ridicule de chanter les lectures alors que le Diacre ne chante pas l'Evangile.
Par contre, il est dans tous les cas ridicule ne pas psalmodier un psaume : c'est une question de définition du mot "psaume".
Enfin :
Vatican II, Sacrosanctum Concilium a écrit :121. Les musiciens, imprégnés d'esprit chrétien, comprendront qu'ils ont été appelés à cultiver la musique sacrée et à accroître son trésor.
Ils composeront les mélodies qui présentent les marques de la véritable musique sacrée et qui puissent être chantées non seulement par les grandes Scholae cantorum, mais qui conviennent aussi aux petites et favorisent la participation active de toute l'assemblée des fidèles.
Les textes destinés au chant sacré seront conformes à la doctrine catholique et même seront tirés de préférence des Saintes Ecritures et des sources liturgiques.
Il me semble que cela est très explicite.
Chanter le ps117 version Emmanuel
à la Messe, OK !
Chanter "nada te turbe" de Ste Thérèse d'Avilla
à la Messe : ridicule, ce n'est pas sa place bien que ce chant aie des paroles on ne peut plus catholiques.
Le problème des 40 dernières années est bien souligné par Mgr Ranjith dans sa dernière interview :
Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige, Secrétaire de la Congrégation du Culte Divin et de la Discipline des Sacrements a écrit :Regardez, je ne veux pas critiquer le 'Novus Ordo'. Mais j'ai envie de rire lorsque j'entends dire, même de la part d'amis, que dans une paroisse un prêtre est un saint pour une homélie (qu'il a prêchée) ou pour la façon dont il parle. La Sainte Messe est un sacrifice, un don, un mystère, indépendamment du prêtre qui la célèbre. Il est important, ou mieux, fondamental, que le prêtre se mette de côté : le protagoniste de la Messe c'est le Christ. Je ne comprends donc pas, les célébrations Eucharistiques transformées en spectacle avec des danses, des chants ou des applaudissements, comme malheureusement cela arrive souvent avec le "Novus Ordo"
En refusant de s'assoir sur nos désidérata musicaux et de suivre filialement l'Eglise, nous refusons également de laisser le Christ être le protagoniste de la Messe dans notre participation.
Grosso modo l'Eglise dit voici les textes que nous avons reçu pour orner par le chant la Liturgie.
Pourquoi aller chercher ailleurs ?
Ces textes extrait pour la plus part de la Sainte Ecriture sont-ils "pourris" ?
D'autre part, dans le N°116, les Saints Pères du Concile ont décrété que le chant Grégorien :
- est le chant propre de la Liturgie Latine (dont la Liturgie Romaine fait partie)
- doit avoir la première place
Il faut décoder.
Pour moi, cela veut dire, qu'il faut dans les passages les plus fort de la Liturgie prendre le chant grégorien, par exemple dans les parties du prêtre.
D'autre part, la première place veut dire selon moi :
- qu'il faut le chanter tous les dimanches, par exemple dans le Kyriale, le Credo, le Pater + une pièce ou 2
- qu'il doit servir de référence à la composition d'autres chants
- que la spiritualité du chant grégorien est la spiritualité Liturgique par excellence, donc qu'il faut adopter la même "idéologie grégorienne" pour accéder à ce que Jean-Paul II appelle un chant cohérent avec l'action Liturgique (cf. Ecclesia de Eucharistia et Discours à l'Institut de Musique Sacrée de Rome).
Cette dernière phrase est peut-être belle mais peut surtout être creuse si je m'arrête là.
Ce que je veux dire, c'est qu'il faut revenir à l'essence même du grégorien pour comprendre ce qu'est un chant liturgique :
- les paroles priment sur la musique, sur la mélodie et même sur le tempo. Ce dernier point est aujourd'hui impossible en notation "ronde" (moderne) de la musique.
- les paroles respectent des règles : autant un passage de l'Evangile ou d'une lecture peut être chanté à la communion, autant ce ne sera jamais le cas en chant d'entrée.
Si on prend le Kyriale :
- il existe un kyriale différent selon le degré de la célébration (férie, mémoire, fête ou solennité pour faire court)
- il existe un kyriale différent selon les temps liturgiques.
Exemple :
Entendre "Dieu Saint, Dieu fort ..." en guise de Sanctus pendant le Temps Ordinaire relève du plus mauvais goût possible :
1) ce ne sont pas les paroles du Sanctus (Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de l'Univers, ...)
2) c'est le refrain du chant des Impropères du Vendredi Saint, donc au pire on peut le chanter pendant la semaine Sainte, à l'extrême rigueur pendant le Carême ou dans la forme extraordinaire pendant la semaine de la Passion.
Seulement, pour arriver là, il faut :
- de l'humilité et accepter d'étudier le grégorien pour ce qu'il est et non pour ce qu'il nous fait ressentir. Si j'aime le grégorien, c'est avant et surtout parce que c'est le chant propre de la Liturgie Romaine, que c'est un chant universel à travers le temps et l'espace. A la longue, j'ai pris goût également pour la forme musicale elle-même.
- il faut chercher à comprendre ce qu'il y a derrière et non simplement prendre ou donner du plaisir musicale pendant la Messe.
A mon sens, c'est ce que le Christ appelle "mourir à soi".
La Liturgie se reçoit.
Pour reprendre l'expérience de Yves : si les gens sont partis, c'est qu'ils n'avaient rien compris à la liturgie.
Pro Liturgia vient de faire un article à ce sujet : un même prêtre qui célèbre une messe en Latin/Grégorien selon la forme ordinaire à 9h30 et une messe informe à 11h où même lui ne respecter pas la Liturgie.
Ceci dans un important lieu de pèlerinage.
C'est bien une démonstration que ce prêtre cherche avant tout à faire plaisir aux fidèles et non à donner la première place au Christ.
On ne célèbre pas en Latin/Grégorien pour faire plaisir à certains, on le fait parce qu'on n'est pas propriétaire de la Liturgie que le respect des normes permet au Christ d'être le protagoniste de la Messe.