MB a écrit :
Euh, pas d'accord avec vous, là.
- pour l'absence de grands penseurs : tout dépend de ce que vous appelez grands penseurs. Tocqueville me paraît plutôt pas mal. Question de goût, peut-être. Ou plutôt : le libéralisme, c'est une myriade de penseurs ; il n'y en a pas un seul qui définisse l'ensemble : il n'y a pas d'équivalent de Marx chez les libéraux, et souvent ils ne sont pas d'accord entre eux (voilà d'ailleurs qui ruine l'argument du "système"). Il faut voir comme les marxistes brandissent leur idole et la proclament comme la parole de Dieu. Rien de tout cela chez nous. C'est peut-être pour cela que vous avez l'impression d'une absence : aucun penseur n'écrase tous les autres.
Je vois que vous donnez dans le subjectivisme et le relativisme, ce qui n’a rien d’étonnant pour un libéral, comme si la reconnaissance des grands penseurs était affaire de goût. La pensée n’est pas affaire de goût mais d’intelligence. Lorsque Gilles de Gennes sur un plateau de télévision déclarait à propos de Newton « A côté de lui nous ne sommes que des nains », ce n’était pas de la fausse modestie, mais la reconnaissance objective d’un grand génie par rapport auquel un physicien même brillant, mais simplement brillant, ne peut raisonnablement s’estimer être le pair. C’est aussi le même type d’appréciation qui a pu faire dire à Whitehead que la philosophie était une série de notes en marge de Platon. Et même chez les Saints chacun a son rang de gloire, mais dans ce cas-là ce n’est pas aux hommes de juger du rang de chacun.
Le problème c’est que pour juger et apprécier il faut soit même être un tant soit peu de la partie. Par exemple aujourd’hui le vulgaire croit que BHL est un philosophe, que Voltaire est un philosophe, mais le vulgaire n’a jamais lu d’œuvre philosophique et n’a jamais exercé son esprit critique sur ce qu’il lisait. J’ai eu l’occasion de le constater récemment au cours d’une de mes conversations avec un sarkozyste qui m’avouait fort benoîtement que BHL était « un philosophe trop compliqué à lire pour lui ».
Et là où vous faites erreur c’est lorsque vous croyez que la préférence personnelle, partisane, entre en ligne de compte pour juger du rang d’un penseur. Aucun professeur de philosophie sérieux, même détestant la gauche hégélienne et le marxisme, ne contesterait le titre de grand penseur à Hegel et à Marx et ne mettrait Tocqueville ou Feuerbach au même niveau, pas plus que le prof de philo communiste sérieux n’abaisserait Pascal au rang de penseur mineur, au même rang par exemple que Teilhard de Chardin.
Cela me fait songer à une affaire montée en épingle par les médias, qui concernait un prétendu plagiat d’Henri Poincaré par Einstein. Et il y a beaucoup de gens qui ont alors cru qu’Einstein avait été déchu de son rang de grand penseur de la physique contemporaine. Le problème c’est que ces gens ne connaissaient strictement rien aux travaux mathématiques d’Henri Poincaré et rien aux travaux de physicien d’Einstein, sinon ils se seraient aperçu que l’objet du litige était des plus limités puisqu’il ne s’agissait somme toute que de la paternité d’une transformation mathématique (transformation et groupe de Lorentz), et non de la formulation des nouveaux principes physiques de la relativité restreinte et encore moins de ceux de la relativité générale.
Mais ce subjectivisme relativiste des sociétés libérales, qui n’est rien d’autre que de l’inculture et de l’irréflexion, a quelque chose d’inquiétant lorsque l’on songe au rôle éminent, au rôle moteur joué par les autorités spirituelles et intellectuelles dans le développement de la civilisation. Et je m’empresse de dire que ce n’est pas parce qu’une autorité ne peut être reconnue comme telle que par ses pairs ou tout au moins par les gens éclairés, et non par les foules démocratiques ignares, qu’elle cesse de faire autorité.
Pour en revenir aux penseurs du libéralisme, les penseurs d’ordre mineur ou pseudo-penseurs y sont effectivement légion, mais c’est bien connu que la quantité n’a jamais fait la qualité. La philosophie classique avait son Platon, la scolastique médiévale son Saint Thomas d’Aquin, la philosophie moderne son Descartes...et la « philosophie » libérale ? (il vaudrait peut-être mieux parler du fourre-tout libéral).Disons que chez les libéraux il n’y pas de tête qui émerge pour rassembler, rationaliser et organiser en une Somme les petites œuvres libérales, cela reste comme chez les protestants une multitude de courants sectaires sans véritable unité.
Votre remarque a quand même son intérêt car elle permet de pointer du doigt un des gros problèmes des programmes éducatifs actuels : la présentation du savoir sous une forme partiale (du fait de la présélection), nivelante et consumériste, sous forme de catalogue de la Redoute sans les prix, comme si les élèves n’avaient qu’à piocher dans le tas selon leurs goûts et humeur du moment, degré zéro de la réflexion.
MB a écrit :
- "âmes de boutiquiers et d'affairistes" ? Bof. Bayle et Smith étaient des théologiens, Tocqueville était un magistrat, Constant était un écrivain, Popper un philosophe, Hayek un "Sozialwissenschafftler". Le seul grand libéral que je connaisse, sauf erreur de ma part, pour avoir fait du business, est J.-B. Say. Et encore, une partie de sa vie seulement. Mai peut-être sont-ils des "boutiquiers" pour n'avoir pas créé des systèmes, pour n'avori pas "vu large" et prévu tout dans les détails, justement ?
Si la fonction faisait la qualité de l’âme, si l’habit faisait le moine, cela se saurait. Si vous étudiez l’histoire de la théologie de la libération, vous tomberez sur des clercs qui ont plus une âme de marxiste qu’une âme vouée à Dieu. Nicolas Sarkozy est chef d’Etat, de là à dire qu’il a une âme de chef...
MB a écrit :
Personne ne se réjouit du déclin démographique de l'Occident, et encore moins de la paupérisation de la classe moyenne.
Que vous dites... Il faut raisonner comme dans une enquête policière : A qui profite le crime ? Car il s’agit bien d’un crime, dont les criminels, politiquement irresponsables (c’est le principe démocratique de l’irresponsabilité politique des dirigeants, le vote ayant normalement, le cas échéant, valeur de sanction...) n’auront jamais à répondre.
MB a écrit :
Je pense à quelqu'un dont j'ai lu l'interview dans le Point, qui disait qu'en France il y avait "trop de pouvoir d'achat" : j'ai sursauté, je me suis dit que c'était une personne qui restait confinée dans les hautes sphères. Pas d'erreur : ce ne pouvait être que Jacques Attali. L'homme des nationalisations de 1981... pas vraiment un libéral, on en conviendra, mais un de ces nombreux courtisans dont l"Etat français est si friand - pas très libéral, tout cela...
Parce que vous croyez vraiment que Jacques Attali est un socialiste ? Vous croyez vraiment au sérieux de son engagement politique ?
Il se trouve que les économistes libéraux, justement, ont mis à jour l’existence d’un marché des idées politiques. Voir le « Marché politique » de Tullock.
Dans une démocratie, la politique est un marché comme un autre (ce qui explique entre autres choses le terme composé « démocratie libérale ») : d’un côté des offreurs d’idées politiques, les politiciens, de l’autre des demandeurs d’idées politiques, les électeurs, et comme pour n’importe quel marché, ce marché est régi par la loi de l’offre et de la demande. Sauf que ce marché-ci présente de très nets avantages du côté de l’offre: En cas de variation de la structure de la demande, il est plus facile à un politicien de retourner sa veste, qu’à un producteur de voiture de se mettre à produire des bicyclettes, de plus le politicien n’est pas tenu d’honorer ses engagements alors qu’un fournisseur, lui, est tenu de livrer la marchandise au client, en temps et en heure, sans quoi il a des pénalités à payer, voire même à répondre devant la justice. Pour tout dire être un politicien en démocratie c’est tout « benef », c’est pas cher et cela peut rapporter gros...
MB a écrit :
Quant à l'abrutissement des masses, il résulte de la destruction de la tradition humaniste occidentale à la fin des années 60, par des gens comme Foucault, Derrida ou Bourdieu : des ennemis jurés du libéralisme. Faut pas chercher midi à quatoze heures !
Quant à eux qui brandissent l'argument de l'"ouverture à l'autre" pour faire passer le multiculturalisme, ce sont eux aussi des ennemis du libéralisme : 1° ils définissent les gens par la culture à laquelle ils appartiennent (beurk !), 2° ils sont prêts à justifier - entre autres - la charia, dont on ne peut pas affirmer avec certitude qu'elle eût satisfait les voeux de tous les libéraux.
Evidemment le libéralisme a lui aussi besoin de ses boucs émissaires, seulement vos boucs émissaires, dont la notoriété ne dépasse pas les cercles universitaires et milieux intellectuels, ont une influence ridicule en terme d’abrutissement des masses comparée à celle des médias privées qui déversent quotidiennement leur lot de débilités et dont s’abreuvent aussi quotidiennement les majorités des démocraties libérales. Si un homme politique souhaite abrutir encore davantage les foules pour se faire élire plus facilement, je lui conseille de tabler plutôt sur les grands groupes et réseaux de médias privés que sur Bourdieu, il n’y a qu’à voir la dernière campagne électorale. Ensuite le multiculturalisme est une conséquence directe du principe libéral de la libre circulation des personnes, ce n’est qu’ensuite qu’il est récupéré d’un point de vue idéologique par la gauche, le multiculturalisme de fait étant présenté ultérieurement comme un multiculturalisme idéal et souhaitable. Et puis d’ailleurs je ne vois pas en quoi cela peut choquer le libéral, au contraire l’offre culturelle est variée et en situation de concurrence, cela devrait lui plaire.
Christian a écrit :
Le problème du droit naturel est de n’avoir justement aucune des qualités de « rigueur logique », d’adéquation avec la « nature humaine » et avec le réel, que vous lui prêtez. Si seulement vous aviez raison ! le problème de la vie en société serait réglé depuis belle lurette.
Votre argument ne porte pas puisque la déduction par la droite raison du droit contenu dans la nature humaine n’implique pas nécessairement son respect, la raison pouvant être pervertie et/ou la volonté mauvaise. Par exemple le débat sur l’avortement est un faux débat, tout le monde sait que l’embryon est un être humain, c’est une évidence naturelle dont nous ne devrions même pas à avoir à débattre, pourtant son droit à la vie est ouvertement nié par la plupart des pays.
Christian a écrit :
La tragédie et la grandeur de l’être humain est de n’avoir reçu de la nature aucune assignation. La nature humaine n’est pas un destin. Les comportements qu’elle inscrit éventuellement dans nos gènes comme dans ceux des animaux peuvent être contrariés par notre conscience dans un processus que nous appelons culture. Ainsi la nature prescrit aux mâles de répandre leurs chromosomes auprès d’un maximum de femelles et d’éliminer leurs rivaux. Elle ne laisse pas vivre les individus mal formés ni les plus faibles. Vous n’avez pourtant guère de sympathie pour la polygamie, l’eugénisme et l’euthanasie active.
…
CQFD
Cordialement
Christian
Dès le départ de votre raisonnement il y a confusion sur le terme de nature. Vous comprenez bien que lorsqu’un écologiste parle de la nature il ne parle pas de la nature humaine. L’homosexualité a toujours été dans la nature (environnante), mais jamais dans la nature de l’homme. Il est important de bien comprendre la différence entre ces deux sens de « nature », sans quoi l’on commet des paralogismes : « Il y a des homosexuels dans la nature » mais « l’homosexualité n’est pas dans la nature de l’homme ». La nature au sens métaphysique spécifie l’être, mais les sciences dites naturelles, comme la génétique n’étudie que les propriétés physiques observées dans la nature, tout ce qui est immatériel, comme la pensée, le droit, la morale sont hors de son champ d’observation et de ses compétences, ce qui ne signifie nullement qu’ils n’ont pas d’objectivité et qu’ils ne peuvent pas faire l’objet d’une autre science.
Les débats actuels gagneraient à retrouver la bonne vieille rigueur scolastique dans la définition des termes et de leurs distinctions, sans quoi si je dis « qu’avoir deux bras et deux jambes » c’est dans la nature (du corps de) de l’homme, un simplet risque de m’objecter que c’est faux, car contredit par l’expérience, lui-même ayant vu de ses propres yeux des manchots et des unijambistes.
MB a écrit :
J'ai déjà répondu plus haut sur la "beaufisation" du monde depuis les années 60, et sur les lourdes responsabilités, à ce sujet, qui pèsent sur les gauchistes. Ce processus a commencé il y a quarante ans alors que le libéralisme n'était vraiment pas à la mode. Alors arrêtez avec tout ça, vous commencez à me chauffer. Vous auriez pu avoir la bonté de lire ce passage et d'y faire au moins allusion, même pour n'en être pas d'accord.
Au passage, vous n'avez pas idée de l'extension abyssale de la "beaufferie" dans les sociétés soumises à l'influence soviétique, ou dans les sociétés socialistes en général ; exemple d'ignorance d'autant plus répandu en Occident qu'il est très difficile de représenter le phénomène, tellement il dépasse les bornes de l'imagination.
Sur le plan sociologique, car il y a toute une sociologie de la beauf attitude, le beauf n’a que peu à voir avec le gauchiste : le gauchiste est un individu qui par la subversion, la provocation, souhaite renverser l’ordre établi et en plus se prétend intellectuellement supérieur : si vous ne comprenez rien aux différentes « formes d’expression » soixante-huitardes, que vous n’y voyez que pornographie, fumisteries et désordres moraux c’est que vous êtes un idiot réactionnaire incapable d’apprécier les subtilités artistiques, ou tout simplement un facho.
Le beauf, c’est différent, le beauf est un médiocre qui se complaît dans sa médiocrité et étale sa médiocrité, sans avoir la moindre intention de remettre quoi que ce soit en cause. Le beauf aujourd’hui c’est un type, sans éducation, qui roule en 4x4 en agglomération urbaine, passe son temps à lire des magazines auto-motos, à parler de filles, de foot et de vacances, faire des blagues grivoises, vous dit que la philosophie ne sert à rien, vote Sarkozy parce qu’il a un discours pêchu et le soir s’affale sur son divan pour regarder une émission de jeu de TF1 en se sifflant une canette de bière. D’ailleurs Sarkozy aussi est un beauf, un beauf de la « droite décomplexée » (selon son expression) qui commence son quinquennat par une séance de bronzage sur le yacht de son copain milliardaire. Je me souviens d’ailleurs d’un fameux débat Rocard-Sarkozy où Sarkozy avait fait volontairement l’idiot pour mettre les rieurs de son côté.
A dire vrai, le beauf, plante poussant sur le terreau de la droite libérale, est autant la bête noire des gauchistes que des nationalistes, même si à une certaine époque les gauchistes ont tenté de le diaboliser en en faisant un raciste, un fasciste, un frontiste etc... ainsi l’expression du chanteur Renaud « un beauf à la Cabu, imbécile et facho ». L’expérience a montré que les beaufferies racistes de la droite libérale, comme « les bruits et les odeurs » de Chirac, qui à l’époque avaient tant fait scandale, les beaufferies giscardiennes sur « l’immigration invasion » (alors que c’est sous son gouvernement que cela s’est joué) et plus récemment les beaufferies sarkozystes sur « la racaille », sur « la voyoucratie » et sur « le nettoyage au karcher » ne servent strictement à rien pour ce qui est de faire avancer la cause nationale, au contraire à chaque fois c’est un discrédit supplémentaire. Comme disait Alain Soral, servir efficacement la cause nationale, ce n’est pas « balancer deux ou trois conneries racistes sur les arabes », la droite libérale l’a fait et cela n’a servi à rien.
Un phénomène remarquable, que ne manquent pas de souligner les sociologues est la beaufisation du gauchiste soixante-huitard, c'est-à-dire l’adaptation du gauchiste à la société libérale, à son consumérisme et affairisme. Il semblerait que le processus soit irréversible : si le gauchiste d’aujourd’hui qui bloque les facs peut demain devenir un grand patron de presse, on voit mal un grand patron de presse se mettre à bloquer une fac.
Il ne faut pas non plus confondre le beauf avec l’homme du terroir, l’homme du terroir étant un homme simple attaché à sa terre et à son pays, et prêt à verser son sang pour la Croix et la Francisque. C’est typiquement le brave rural qui après avoir assisté à la messe allait boire un coup au bistrot du village et saluait respectueusement monsieur le maire, monsieur l’instituteur et monsieur le curé, exprimant ainsi sa déférence envers l’homme de pouvoir, l’homme de savoir et l’homme de foi.
MB a écrit :
C'est moi qui ai souligné le passage en gras. La thèse des inégalités naturelles n'est pas incompatible avec le libéralisme ; elle n'est pas spécialement compatible non plus ; elle est indifférente. Car, si les inégalités naturelles sont réelles - je ne m'oppose pas a priori à cette hypothèse -, malgré tout rien ne permet de les voir à l'avance. Vous voyez un bonhomme un peu bêta devant vous : il ne cesse de dire les pires idioties, paraît à la limite de la démence ; et voici qu'apparaît, deux heures par jour, un mathématicien subtil. Vous avez devant vous un enfant un peu brute : il est juste un peu immature, ce sera un futur professeur de médecine quand il sera temps. L'homme est un potentiel permanent, il est toujours temps de tirer le meilleur ou le pire de lui-même, ou rien du tout, et personne n'a les moyens de savoir ce temps-là.
Qui êtes-vous pour décréter, de vous-même, les aptitudes naturelles d'un tel ? Et d'ailleurs, qui a les capacités, les compétences pour le faire ? Quel culot ! C'est justement pour lutter contre cette outrecuidance que l'on a décidé de rester modeste et de postuler, par défaut, l'égalité de tous. C'est peut-être un non-choix, une absence de décision, un pyrrhonisme social ; mais cette position, en réalité, concerne celui qui la prend (ne pas s'arroger des droits ridicules) plus que ceux qu'elle vise. Et c'est pour cela qu'on la doit tenir.
Vous mélangez deux choses : la reconnaissance de l’existence objective des inégalités naturelles, qui n’est pas une hypothèse, mais un simple constat observationnel, et le moyen pratique d’évaluer les facultés individuelles, moyen souvent faillible certes, entraînant parfois des erreurs d’orientation, mais moyen nécessaire pour le bon fonctionnement de la société : c’est le refus de mettre en place ces moyens d’évaluation qui provoque l’engorgement des facs par des individus qui ne sont pas faits pour les études supérieures, des individus auxquels le système a fait croire, comme vous dites, qu’ils étaient des « potentiels permanents », que chacun d’eux était en puissance un Newton ou un Platon, tout ceci est ridicule surtout lorsque l’on constate l’inaptitude à penser de la plupart. C’est dommage pour eux et pour le reste de la société, car ils perdent leur temps, ils en font perdre aux autres, alors que si il n’y avait pas ce snobisme des études supérieures ils pourraient s’épanouir et vivre très heureux en exerçant par exemple le métier de boucher-charcutier, d’ouvrier ou d’artisan, et par la suite, si jamais ils ont des talents qui se révèlent sur le tard, avoir la possibilité de suivre des cours du soir.
Je vous ferais aussi remarquer que, contrairement à l’idée reçue, les sociétés traditionnelles font parfois preuve de beaucoup plus de finesse et de perspicacité pour détecter des dons éventuels, ainsi le Duc de Brunswick remarquant les aptitudes en mathématique de cet enfant issu d’une famille modeste, Friedrich Gauss, et lui accordant une bourse d’étude.
MB a écrit :
Le prix du ticket sera élevé, donc cela va attirer les tour-operators vers Mars (puisque le marché sera rentable), ce qui fera baisser les prix, au bout de quoi un nombre toujours croissant de personnes pourra aller faire un tour sur la planète Mars ! Et ce sera même d'autant mieux, car les premiers voyages, souvent de moins bonne qualité, seront mis dehors par les premiers clients, des riches exigents. Les pauvres profiteront donc de services bien plus raffinés.
A supposé qu’ils aient survécu aux crashs des vaisseaux spatiaux poubelles, les vaisseaux « low cost ». C’est comme pour le Titanic, dans ces cas-là il vaut mieux être en première classe, celle du dessus…
MB a écrit :
Les choses sont pourtant simples. Le problème n'est pas de se faire licencier, mais de ne pas trouver du travail après. C'est la grande calamité du marché du travail en France : les chômeurs restent chômeurs. C'est d'ailleurs une calamité pour tout le monde, car avec une pression de 2 millions de chômeurs sur le marché, les salaires ne risquent pas d'augmenter.
Pourquoi les chômeurs restent-ils chômeurs ? Parce que personne n'est là pour leur trouver du travail. Pourquoi cela ? Car 1° le marché du travail français ralentit la motivation de celui qui voudrait embaucher (car il est extrêmement difficile de se séparer de quelqu'un qui a fait illusion lors d'un entretien et de sa période d'essai), 2° il est très difficile de monter et de tenir une entreprise en France (un ami m'en a parlé : il veut ouvrir un restau sur une péniche ; il a renoncé, car devant payer, pour ce type de situation, 7 types d'impôts différents pour autant d'administrations et de collectivités, plus toutes les autorisations), 3° parce que la France déborde de personnes qui sortent sous-qualifiées et lobotomisées de l'Educ-Nat. Administration qui n'est pas spécialement libérale, prière de ne pas me contredire...
Les gens qui se font licencier aujourd'hui, et qui auront toutes les peines du monde à retrouver un travail par la suite, sont victimes d'une sorte de système administré qui fait tout pour empêcher le marché de les réembaucher. C'est pourtant pas compliqué, non ?
C’est surtout ultra-simpliste et cela ne tient pas compte de ce qui est essentiel dans la vie d’un homme pour s’épanouir et mener à bien ses projets : la stabilité. Ainsi on nous présente cet ingénieur en aéronautique, qui s’est fait licencier par Boeing et qui ne retrouvant plus de job dans l’industrie aéronautique s’est mis à vendre des cornets de frite et des hot-dogs, on nous le présente comme un modèle de flexibilité. C’est un américain, il est imprégné de culture libérale, il a « signé » pour vivre dans ce type de société, il est heureux comme cela, grand bien lui en fasse, nous sommes français, nous n’avons rien à faire de cette sous-culture libérale made in UK/USA, nous n’avons pas signé et nous nous moquons bien de ce pitoyable exemple de flexibilité. Là encore cette dévalorisation de l’homme de savoir, tributaire des caprices du marché a quelque chose de la révolution culturelle maoïste. Peut-être verra t’on un jour les professeurs de philosophie de Harvard se prostituer lorsque la philo aura été complètement évincée du marché.
Pour le reste vous vous défaussez sur les rigidités administratives du droit du travail, mais manifestement il ne vous est pas venu à l’esprit que ces rigidités avaient été instaurées comme réponses aux abus du libéralisme, du temps où l’employeur pouvait jeter son employé comme un kleenex, sans même à avoir à se justifier. Tous les employeurs n’ont pas la bonté du père Michelin, ni le sens de la justice. Car l’employeur n’est pas propriétaire de l’employé, il ne peut en user et abuser, la relation entre l’employeur et l’employé est une relation d’homme à homme, par conséquent elle doit être juste, si il y a faute ou mensonge cela doit être établi objectivement, dans un sens comme dans l’autre.
Il est d’ailleurs assez cocasse de voir comment les libéraux pointent du doigt les fonctionnaires, lorsque l’on sait le nombre de parasites qui sévissent dans les sociétés privées, et ceux-là ce ne sont pas des petits. Lorsqu’un incompétent notoire parvient à un poste de direction par copinage, par complaisance, il y a de fortes chances pour qu’ils s’entourent d’incapables, craignant qu’un homme valable s’aperçoive très rapidement de son impéritie et le dénonce publiquement ou tente de le supplanter, par conséquent il va tenter de pénaliser les gens méritants qui eux pensent au bien commun de la boîte refusant de participer à la mise en coupe réglée de l’entreprise jusqu’à la faillite, jusqu’à ce que la bête parasitée s’écroule. Il est donc normal de protéger l’employé contre les manœuvres sournoises ourdies par les parasites sociaux.
Vous parlez des ratés de l’Education nationale, soit, mais vous devriez aussi parler des filières valables, qui sont en train d’être remises en cause par les caprices et la superficialité du marché. Je pense à la filière de l’ingénierie qui a été une des gloires de la France et qui du fait d’une inculture crasse des financiers et de leur vision court-termiste se voit concurrencer par des filières d’ingénieurs tiers-mondistes qui ne lui arrive pas à la cheville. Le financier n’en a cure, puisqu’une fois son coup financier réussi, il va voir ailleurs, peu lui importe après son départ que l’entreprise ne délivre plus un travail bien fait, parce que les grands ingénieurs français ont été remplacés par des seconds couteaux indiens ou chinois.
C’est je dirais une des grosses surprises de ces derniers temps : on savait la France en voie de désindustrialisation, mais on ne s’attendait pas à ce qu’après les mineurs et les ouvriers textiles, les ingénieurs et plus généralement les métiers du service et de la conception soient eux aussi touchés, et là il ne s’agit pas de lobotomisés de l’EN, mais d’élites issues de « la voie royale ». Et là c’est vraiment un coup de la finance internationale, c’est le résultat de la main mise de financiers incultes et apatrides sur les entreprises, les plus fervents et efficaces soutiens du libéralisme, les beaufs de chez beauf.
MB a écrit :
Au contraire, je veux bien m'attarder, et j'en suis fier. Allez jeter un coup d'oeil sur la population anglaise avant la Révolution industrielle, et après ; vous verrez qu'ils sont devenus sacrément nombreux, on se demande pourquoi, avant la population n'augmentait presque pas ? Allez jeter un coup d'oeil sur la mortalité infantile en Angleterre en 1750 et en 1850, vous verrez une sacrée différence. Comment s'est-il fait que, indépendamment des progrès de l'hygiène (qui datent d'après), des millions de gens aient pu naître, survivre à leur enfance, avoir de quoi manger, alors qu'avant ce n'était pas le cas ? Vous vous imaginez peut-être les gentils paysans à le Le Nain, les bergères campagnardes à la Marie-Antoinette, gambadant dans les prés, se racontant des églogues ? Ils crevaient tous de faim, oui ! Et 18 heures de travail à la campagne valaient bien, et bien plus, que 12 heures à la mine ! Tout ça pour un quignon de pain rassis une fois tous les deux jours, et encore, quand tout allait bien !
Je pense toujours à une réalité assez étonnante. Les premiers opposants à la révolution industrielle n'ont pas été ceux qu'on croit. C'étaient les gentlemen farmers de la jolie campagne anglaise, qui se plaignaient de ce que leurs ouvriers, qui avaient toujours été si gentils et si obéissants, allaient en ville, parce que - bonté divine - ils étaient mieux payés ! Seigneur, quel scandale ! Désormais, ils allaient avoir le choix de leur employeur ! Ils allaient gagner assez pour s'adonner à des consommations diaboliques (le thé ! quelle horreur) !
C'était aussi des intellectuels urbains qui partaient du principe qu'il était bon et inscrit dans la nature que le peuple souffrît et fut forcé d'obéir par la nécessité. Ceux-là, à la fin, sont devenus marxistes, et se sont réjouis de l'exploitation de l'homme par l'homme communiste. Jamais le peuple n'a été autant harassé, bafoué, exploité que dans les sociétés communistes : mais c'était ce qu'ils voulaient, que la société tout entière fût soumise au pouvoir politique. Vous souhaitez cela vous aussi ?
Dans un moment vous allez être moins fier, puisque je vais m’employer à démonter votre sophisme, un classique de la littérature libérale.
Déjà première remarque, en quoi votre argument démographique atténue t-il les crimes du capitalisme industriel anglais du XIXème ? Par exemple je constate que la population russe était de 76 millions en 1861 et qu’elle est de 147 millions en 1989, est-ce que cela m’autorise à dire : à bas le régime tzariste, vive le communisme ? Est-ce que cela m’autorise à minorer les crimes du communisme sous prétexte qu’au final, quand on fait le bilan, un excédent a été dégagé ?
Si la démographie française est relativement bonne du fait de communautés particulièrement fécondes, cela m’autorise t-il à minorer la gravité de l’avortement ?
De plus la France a connu la révolution industrielle bien plus tard que le Royaume-Uni, pourtant à la fin de l’Ancien régime elle est un des pays d’Europe les plus fertiles, ce qui a permis à certains historiens de faire un lien avec les menées expansionnistes de la France impériale, L’Empire napoléonien employant ce surcroit démographique dans la grande armée et ayant donc là le moyen de ses ambitions.
Manifestement la France n’a pas eu besoin du capitalisme industriel à l’anglaise pour avoir des enfants et les maintenir en vie…
Ensuite vous opposez les crimes des Landlords de la campagne anglaise aux crimes des capitalistes anglais des villes, mais là encore on se demande en quoi les crimes des uns pourraient bien excuser les crimes des autres. Qui plus est d’un point de vue systémique nous avons une complicité objective parfaite entre les Landlords refoulant les gueux affamés vers les villes, et les capitalistes des villes enrégimentant ces mêmes gueux dans leurs usines.
Voilà ce que rapporte Moreau-Christophe dans son ouvrage « De la misère » (1851), partie « Europe protestante », chapitre « Angleterre » :
L’affligeant constat :
L'Angleterre, dont le revenu moyen de chaque habitant surpasse de près de moitié celui d'un habitant de la France; — l'Angleterre, à côté d'une opulence qui défie toute comparaison, exhibe les haillons et les vices de la plus affreuse, de la plus dégradante misère, sans que, de tous les trésors de son industrie, elle ait encore pu tirer assez de travail pour assurer de l'ouvrage et du pain à tous ses enfants. Un septième de ses habitants manque de francs. Le rapport de la dette à la population est de près de 900 francs pour chaque habitant.
(L'Angleterre possède 94 vaisseaux de ligne, 117 frégates et 324 autres bâtiments de l'État, sans compter une immense marine marchande (20,900 bâtiments soit à voiles, soit à vapeur). Elle exporte, dans un an, pour 6 ou 700 millions de cotonnade, ce qui fait, pour un seul détail, un compte de vente plus élevé que tous les comptes réunis de l'exportation manufacturière de la France. *
L'Angleterre offre une superficie de 35,000,000 arpents, dont 40,000,000 sont cultivés; 9,000,000 d'individus suffisent aux besoins de son agriculture (De Villeneuve). Elle a 86 canaux, et 170 lignes
de chemins de fer. 3 Le revenu total de l'Angleterre s'élève à 12,870,476,373 francs…)
La misère revêt de telles formes, descend à de telles profondeurs, prend une telle extension, en Angleterre, qu'elle y a reçu un nom spécial qui la définit, qui la particularise. Ce nom est paupérisme, lequel s'est, depuis, généralisé, en généralisant la chose sous son mot.
(…)
Tous les casual paupers ne sont pas reçus dans les asiles de charité qui leur sont ouverts à Londres. Ceux qui en sont exclus ou sortis, ou qui échappent à la prison qui les menace, ou qui manquent du penny que coûte le lit des plus infimes Lodging houses *, viennent par bandes, et comme des parias chassés de leur caste, bivouaquer, la nuit, dans les niches des ponts, sur la litière des marchés, sous le péristyle des maisons, sous les arches du Blackwal-Railway ', ou sur la terre humide, sous les arbres de Hyde-Park, mourant de froid et de faim, à quelques pas du palais qu'habité la reine. Quant aux pauvres domiciliés, leur habitation n'est guère meilleure ni leur condition moins à plaindre. A Londres, la merveille des cités pour l'élégance des habitations et la salubrité des rues, les pauvres sont entassés dans des taudis infects, croulants, bâtis dans des ruelles affreuses, autour de cours étroites, et quelquefois jetés au hasard, pêle-mêle, dans des terrains couverts d'immondices, sans rues tracées, sans éclairage ni passage, et où les eaux, saturées de matières végétales et animales en putréfaction, croupissent en plein air, en formant ça et là des ruisseaux, des fossés, et même de véritables marais 3. C'est dans le district de White-Chapel, dépendant de la Cité, que les pauvres de la métropole font par-meubles. Les lits y sont inconnus. Les hôtes,— mâles et femelles, — couchent en tas sur le plancher; — masse de pauvreté, de fange, de vice et de crime; — assemblage de tout ce qui est physiquement nauséabond, et moralement odieux ; — chaos de dénuement, d'intempérance, de maladies, de libidinisme, de saleté, de dépravation, qui ne se rencontre dans aucune autre partie du globe que celle-ci » (Ledru-Rollin, Décadence de l’Angleterre, 1.1, p. 253).
….
A Liverpool, c'est Dale-Street. Dale-Street est le rendez-vous général de la misère, comme Church-Street celui du vice. Parcourez Dale-Street, comme je l'ai fait, et, comme moi, vous serez coudoyé à chaque pas par la misère en haillons, la misère aux regards inquiets, aux joues pâles et creuses, qui marche les pieds nus, qui végète ou grelotte, pleure, boit et se bat dans les humides cellars des chétives maisons dont la vieille ville est semée. Dans cette ville si belle, qui montre à l'admiration du voyageur des rues entières de palais et le port le plus riche du monde, la partie inférieure de la population, les ouvriers vivent en majeure partie dans des caves, cellars, ou dans des cours fermées, et manquent d'air avant de manquer de pain. Le docteur Duncan a compté 8,000 de ces caves habitées par plus de 35 à 40,000 personnes. Sur 2,392 cours visitées par les préposés du Conseil de ville, 1,703 ont été trouvées closes de partout, comme pour empêcher la circulation de l'air. Sur 6,571 cellars soumis à la même visite, 2,988 ont été trouvés trempés d'humidité, et un tiers au moins du nombre total creusé à cinq ou six pieds au-dessous
du niveau de la rue2
(…)
Dans la paroisse de Mottisfont, j'ai connu quatorze individus d'une même famille habitant une seule et même chambre. Un frère et une sœur de dix-huit et vingt ans couchaient, dans le même lit, à côté de leurs père et mère. Quelquefois le père était absent, la nuit, ou la mère, ou tous deux, en même temps... Alors... «II y a trois ou quatre années, un père et sa fille furent traduits devant les assises de Leeds pour avoir celé la naissance d'un enfant illégitime né de leur commerce incestueux. Une autre fille devint enceinte du fait de son père avec lequel elle couchait en même
temps qu'avec sa mère '... » Etc., etc., etc... Comment donc le travail, dans une nation aussi éminemment agricole et industrieuse que l'est l'Angleterre, ne parvient-il pas à tirer les classes ouvrières de cette vie bestiale, de cette fange ?
Des crimes contre l’humanité : « Le parc à bêtes humaines » et la vente d’enfants comme esclaves
II existe à Londres un parc à bêtes humaines. Ce sont les arches du Blackwal-Railway. Là, on peut voir des familles entières entassées pêle-mêle, à l'injure du temps : des enfants bercés par le vin et le crime, côte à côte avec les plus viles prostituées et les plus infâmes voleurs »
(…)
Les femmes et -les enfants sont les premières victimes du travail antagoniste de l'Angleterre. Produire le plus possible, au plus bas prix possible, étant la condition de vitalité de l'industrie anglaise, l'industrie anglaise a arraché la femme à ses enfants, l'épouse à son mari, pour en faire l'instrument au rabais de sa machine productive. Qu'importé que la femme, ainsi enlevée au foyer domestique, en perde les vertus? Ce n'est pas de vertus, mais de bon marché, qu'il s'agit pour la prospérité de l'industrie anglaise. C'est pourquoi, avec la mère, il lui faut aussi les enfants. Il y a, à Londres, dans le faubourg de Bethnal-Green, un marché aux enfants dont M. Hickson nous a révélé l'odieux commerce. «Un père, une mère mène son enfant au marché; ils le crient comme une marchandise, l'étalent aux yeux et le laissent palper comme une bête de somme ; ils le livrent enfin, pour être exploité, dans l'âge où les forces naissent à peine, au premier venu, pourvu qu'il soit le plus offrant, heureux qu'ils sont de s'être débarrassés d'une bouche inutile, en gagnant un ou deux shellings par semaine, pour prix de la location. L'accord conclu, l'acquéreur fait de l'enfant ce qu'il veut, un ouvrier, une servante, un domestique ; l'enfant lui appartient exclusivement douze ou quinze heures par jour % car les parents n'ont pas exigé, pour cette malheureuse créature, une autre éducation que celle de l'esclave. » L'esclavage des enfants, voilà le caractère des sociétés qui reposent sur l'industrie ; ce fait caractéristique est surtout frappant dans la Grande-Bretagne, en raison directe des développements que l'industrie y a reçus. C'est sur les enfants que pèsent les plus pénibles fonctions : ils servent de suppléments et d'auxiliaires aux machines, préparent les matières premières de la fabrication, essuient les exhalaisons malsaines, portent les fardeaux, et sont attelés aux œuvres les plus dégoûtantes, comme les plus épuisantes pour leur santé. Que dirons-nous donc du travail des mines, ces ergastules souterrains où de pauvres enfants des deux sexes sont ensevelis tout vivants?
Les rapports de la commission parlementaire instituée, en 1832, dans le but d'examiner la condition des enfants et des femmes ouvrières dans les manufactures des divers districts de la Grande-Bretagne. Ces rapports forment 4 grands volumes in-folio de plus de 2000 pages. * « Dans plusieurs mines, les couches de charbon n'ont guère que 14, et dépassent rarement 30 pouces d'épaisseur. Les ouvriers travaillent couchés. Ils sont dans un état de nudité complète. Ce sont des enfants qui trament les wagons de charbon dans des galeries qui n'ont que 16 à 20 pouces d'élévation. Pour accomplir ce travail fatigant, ces petits malheureux sont obligés de ramper sur les pieds et sur les mains. Les filles âgées de 6 à 10 ans sont occupées de la même manière que les garçons. Elles sont habillées de même. Il n'est guère possible, d'ailleurs, de distinguer dans l'obscurité des galeries la moindre différence entre les deux sexes
La campagne anglaise, complice objective du capitalisme citadin :
L'agriculture, pourtant, a fait en Angleterre plus de progrès qu'en aucune autre contrée de l'Europe. Mais, qu'importé la culture savante qui fait rendre à la terre tout ce qu'elle peut donner? Qu'importent les moissons fécondes, les gras pâturages, les bestiaux modèles, si le peuple des campagnes, si le salarié de la glèbe meurt de faim? Il n'y a, en effet, dans les campagnes anglaises, que des fermiers entrepreneurs de cultures en grand, et des journaliers qui ne possèdent rien et qui ne peuvent obtenir le moindre petit coin de terre à cultiver '. Autrefois, chaque villageois avait sa vache et son porc et un enclos autour de la maison. Là où un seul grand fermier laboure aujourd'hui, trente petits fermiers vivaient autrefois; de sorte que, pour un individu plus riche à lui seul que les trente fermiers d'autrefois, il y a maintenant vingt-neuf journaliers misérables dont
plus de la moitié est de trop. Aussi, le gouvernement conseille-t-il, et favorise-t-il à grands frais, l'émigration des paysans, comme le seul remède à leur misère toujours croissante. Qu'ils émigrent dans les pays soumis à l'Angleterre ou ailleurs, cela importe peu.
Le deuxième rapport de la commission des pauvres contient une supplique de 31 chefs de famille de la paroisse de Bledlow, comté de Buckingham, dans laquelle ces malheureux disaient : « Beaucoup de nous, quand ils se présentèrent devant les magistrats, à deux heures, le 4 décembre 1834, n'avaient pas mangé depuis la veille. Nous ne demandons pas mieux que de louer bien cher un coin de terre, pour y planter des pommes de terre, mais personne ne peut nous en procurer! » (
First annual report., App., p. 348). *
Quarterly Review, mars 1830. Les 5/6 du sol appartiennent à
30,000 propriétaires à peine.
(…)
Toujours l’Antéchrist… :
Réforme religieuse du seizième siècle. — Confiscation des biens du clergé et des hôpitaux. —Conséquences. — Myriades de pauvres à la charge des paroisses. —
La réforme religieuse du seizième siècle n'aboutit en Angleterre, qu'à ce triple résultat : — que les immenses richesses territoriales du clergé catholique passèrent aux mains du roi, des nobles et du clergé protestant * ; — que le clergé protestant se regarda comme propriétaire absolu, et non plus seulement comme dépositaire de ces richesses, qui formaient précédemment le patrimoine des pauvres ; — qu'enfin la suppression des ordres religieux et des couvents, et la confiscation des biens des hospices et hôpitaux qui en dépendaient *, privèrent les pauvres, non-seulement
du pain quotidien qu'ils recevaient de la charité des monastères, mais encore des asiles et des secours réguliers auxquels ils avaient légitimement droit ". De là, les flots d'indigents, de mendiants, de vagabonds…Le clergé catholique était propriétaire des 7/10 du royaume. 1,041 maisons religieuses jouissaient annuellement de 273,000 livres sterling de rente, somme prodigieuse pour cette époque. Dans cette somme ne sont pas compris les dîmes, amendes, redevances et autres droits ecclésiastiques qui pouvaient s'élever à deux fois autant (John Wade, Middle and working classes, p. 38).
Le clergé protestant d'aujourd'hui, pour 6,500,000 âmes qu'il gouverne spirituellement, jouit d'un revenu temporel de 240 millions de francs, revenu qui dépasse, à lui seul, ceux de tous les clergés
réunis du monde chrétien, lequel renferme 203,728,000 âmes. » Voy. ci-dessus, t. II, p. 219. »
100 hôpitaux furent ainsi détruits par la réforme (Voy. de Sève-linges, Biographie de Henri VIII]. >
Voy. Blackstone, t. II, ch. I. « Voy. ci-dessus, t. II, p. 219, 227, 293 et suivant..
Il y a vraiment de quoi être fier. Maintenant je reviens sur le côté classique de cet argument que l’on retrouve notamment chez Hayek, Hayek nous dit, en répondant à Marx : « Oui le capitalisme a multiplié les pauvres, mais au sens propre, c'est-à-dire que tous ces pauvres ne seraient pas venus à l’existence sans lui » Manifestement cet argument s’applique surtout à l’économie anglaise où tout a d’abord été fait pour affamer la plèbe des campagnes, donc après on a beau jeu de dire que le capitalisme a amélioré la situation: mettre les gens dans le pétrin et après se présenter comme un sauveur pour mieux les exploiter, si ce n’est pas diabolique…
Ensuite quel bel humanisme de la part des capitalistes anglais que de permettre aux prolétaires de reproduire leur force de travail ainsi que de se reproduire pour disposer d’encore plus d’effectifs dans leurs usines, des effectifs jeunes, payés une misère, mis en concurrence, maintenu dans la pauvreté et la déchéance physique et pouvant ensuite être remplacés très facilement lorsqu’ils deviennent plus âgés, tombent malades ou meurent. Gloire au capitalisme libéral…
En terme de justification morale ou même simplement de progrès de la civilisation, c’est zéro. Cependant Hayek nous dit également : « La population européenne a d’abord crû brutalement avant de décroître par le contrôle des naissances ». En effet le Système se régule toujours en obéissant à la loi de la maximisation de la jouissance matérielle de quelques individus : être beaucoup à produire le plus possible et être le moins possible pour se partager les richesses produites. L’enfant unique touchera l’héritage à lui tout seul, celui avec de nombreux frères et sœurs n’en aura qu’une petite partie, de même que les premiers rois francs morcelaient le royaume pour être équitables avec leurs enfants.
MB a écrit :
PS : avez-vous lu Hayek ? Vu comme vous écrivez son nom, cela m'étonnerait.
Je l’ai lu, mais je ne retiens que les grands noms, à propos « Sozialwissenschaftler » c’est avec un seul f.
MB a écrit :
Il y a, MC, un problème de fond dans votre argumentation. Ce problème, qui rend la communication difficile entre nous, c'est la notion de "système". Cette notion - que vous avez introduite comme ça, sans en démontrer la pertinence, éventuellement en vous contentant de la suggérer - me paraît biaiser tout type de regard et même l'aveugler.
Pourquoi ? C'est que, une fois que vous l'avez postulée, vous y faites tout correspondre. La case est prête : tout rentre dedans. Quand une politique est libérale, c'est pour faire marcher le système libéral. Quand une politique n'est pas libérale, c'est quand même pour faire marcher le système libéral. On ouvre les frontières : c'est le système. On les ferme : c'est le sytème. Etc, etc.
A tout cela, je dis : non, non et non. Je n'accepte pas ce genre d'argumentation, et tout esprit honnête se doit de rejeter en bloc cette manière de penser. Quand on cherche à analyser la réalité, on doit se fonder sur la réalité, c'est-à-dire, non sur des idées, des généralités. La réalité, c'est mille petits détails dont chacun doit être décortiqué et compris pour permettre une authentique compréhension des choses.
Vos contributions nous font passer sans transition du monde des idées à celui des choses ; comme parfois elles ne correspondent pas tout à fait, vous vous rattrapez en faisant rentrer tout cela dans un système, parfois - je dois l'avouer - jusqu'à la bouffonnerie (puisqu'il vous est arrivé de mettre dans le même sac, au non de ce "système", gauchistes et libéraux, c'est un comble). Il manque un intermédiaire dans ce processus. Le monde des idées n'est pas le seul lieu possible de réflexion. Ce qui me donne envie de faire cette citation de Christian, que je viens de lire dans le fil d'à-côté ; il parle de la pensée de gauche, mais on pourrait parler aussi de la vôtre :
Une caractéristique de la pensée de gauche est de faire porter à des abstractions, « l’économie », « le marché », « la société capitaliste », comme si elles étaient des agents moraux, la responsabilité de nos comportements individuels. Il est temps de sortir du fétichisme.
Il y a peut-être, dans cette attitude, deux causes. L'une devrait être reliée à la culture française profonde (d'ailleurs vous vous en revendiquez) : la primauté absolue accordée à la réflexion théorique sur la pratique. Le détail de la réalité, c'est insignifiant, c'est un truc d'épicier, de boutiquier. Je pense à une spécificité culturelle française en me rappelant cette différence entre deux expressions : en allemand, on dit "le bon Dieu est dans le détail" ; en français, on dit "le diable est dans le détail". Tout est dit !
D'autre part, il me paraît y avoir un biais situé dans une sorte de formation, ou d'esprit philosophique. Tout est dans les idées ; elles seules comptent ; le reste n'est que mesquinerie. Donc finalement, une fois qu'on a décidé d'appliquer une idée au réel, cette transmission au réel n'est affaire que d'intendance. Ca se fait tout seul, n'est-ce pas ? Eh bien non, je regrette.
Manifestement vous ne m’avez lu qu’en diagonale, sinon vous vous seriez aperçu que ce n’est pas moi qui aie introduit la notion de système pour appréhender le libéralisme, mais les libéraux eux-mêmes, et je rajouterais les libéraux « sérieux » qui ne se contentent pas de l’écume des choses, de la description passive des phénomènes mais qui cherchent à justifier scientifiquement le bien fondé de la doctrine libérale, pour eux il s’agissait de passer de l’opinion à la démonstration, et gagner ainsi en crédibilité. Donc si vous refusez cette approche c’est que vous voulez en rester à la préhistoire du libéralisme, à l’explication magico-religieuse de la main invisible d’Adam Smith, quoique je serais prêt à vous concéder qu’il s’agit bien de la main invisible du diable.
Exemples :
La supériorité des ordres polycentriques pour gérer l’information dans les systèmes complexes
Dans la seconde partie de « La Logique de la liberté », Polanyi étend ces principes au-delà de la science et les généralise à l’ensemble des ordres sociaux polycentriques, qu’ils soient culturels, politiques ou économiques. Il fait une véritable théorie générale des ordres polycentriques, qui paraît avoir nourri la réflexion de Hayek sur le même sujet ainsi que les travaux des théoriciens des systèmes.
L’idée de base est que les ordres monocentriques, hiérarchisés (corporate orders) peuvent gérer une moindre quantité d’information que les ordres polycentriques spontanés (spontaneous self-adjusting orders)
(...)
Par-delà ces considérations historiques et économiques, Polanyi utilise des arguments de type formel. Il définit la complexité d’un système, et sa capacité à gérer un flux d’évènements nouveaux et aléatoires, par la cadence selon laquelle les relations bilatérales d’élément à élément peuvent être contrôlées par le système par unité de temps en fonction des changements survenus. Il constate alors la supériorité quantitative écrasante, à cet égard, des ordres polycentriques sur les ordres hiérarchiques.
Donnons ci-après une des quatre démonstrations avancées par Polanyi, (...)
Philippe Nemo (Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains)
Léon Walras fournit dans ses Elements d’économie politique pure une réponse à une question scientifique marquante posée par quelques-uns de ses prédécesseurs. Notamment, Adam Smith dans « An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations » s’était demandé pourquoi un grand nombre d’agents motivés par l’intérêt individuel et prenant des décisions indépendantes ne créent pas un chaos social dans une économie de propriété privée. Smith lui-même avait acquis une profonde compréhension de la coordination impersonnelle de ces décisions grâce aux marchés des biens. Cependant seul un modèle mathématique pouvait prendre pleinement en compte l’interdépendance des variables impliquées.(...)
Debreu, 1987
Les visions respectives de l’économie de marché comme un système supposé décentralisé (la vieille question de la « main invisible » chez Adam Smith) sont profondément affectées par ces représentations, et la trace de cette opposition est encore très présente dans la théorie moderne
Rappelons quand même l’importance de la notion de système pour appréhender le réel, car le réel contient une multitude de systèmes : système solaire, système nerveux, système d’échange etc...
Un système est simplement un tout organisé en partie. Pour parler de système il faut donc pouvoir délimiter le tout, y déceler des parties et une organisation entre ses parties. Ainsi la théologie n’est pas un système puisqu’elle traite de Dieu qui ne peut-être délimité, par exemple Saint Thomas d’Aquin prévient que les Mystères s’ils peuvent être approchés par la raison ne peuvent en aucun cas faire l’objet d’un traitement rationnel systématique, un objet monobloc n’est pas non plus un système puisqu’il n’est divisible qu’en puissance, et une structure rigide n’est pas un système puisque ses parties ne sont pas articulées.
Le libéralisme ne contient pas Dieu, il n’est pas monobloc et il n’est pas rigide, donc il peut être systématisé et étudié comme système. Et cela tombe bien parce que c’est justement ce qu’ont fait les libéraux (pas du type conteur de veillée, mais du type scientifique)
Quant à votre remarque sur « le détail » elle est assez naïve car d’une part vous pouvez fort bien étudier les principes directeurs et régulateurs du système sans entrer dans le détail (cas de la thermodynamique où l’on étudie l’évolution du système par ses variables d’état sans entrer dans le détail microscopique) et d’autre part rien ne vous dit que le passage du local au global est impossible, et c’est d’ailleurs heureux pour ce qui est de l’intelligibilité du réel. Dans le détail il y a aussi de l’universel : un homme est peut-être un grain de sable perdu dans des milliards d’autres grains de sables, mais la nature humaine leur est à tous commune.
Avant d’aller plus loin il faut connaître un peu le contexte philosophique des systèmes, à savoir que la philosophie moderne britannique, dite pragmatique est une philosophie décousue, bourrée de contradictions, pour tout dire une philosophie sale, bâclée, qui a suscité très rapidement la réaction des poids lourds allemands, il faut voir comment Kant allume Hume. Voici par exemple ce que dit C. Laudou dans son ouvrage très critique à l’égard des philosophes allemands « L’esprit des Systèmes, L’idéalisme allemand et la question du savoir absolu » :
Le système, au milieu du XVIIIème siècle n’a plus le vent en poupe : associé à « l’esprit de système », il caractérise une époque de l’histoire de la philosophie que l’on croit révolue(...) le prestige de la science newtonienne et la montée de l’empirisme expliquent alors un tel dédain.
(...)
Comme le montre sa classification des sciences, la philosophie d’Aristote est un édifice encyclopédique qui ne le cède en cohérence et en rigueur à aucun système moderne.
La citation de Voltaire témoigne assez bien de l’esprit anglais de l’époque :
Je suis comme les ruisseaux : je suis clair parce que je ne suis pas profond
Face à une philosophie aussi factice et mondaine, si loin de la vérité et de son unité, les penseurs allemands ont réagi, ce qui a pu faire dire à Alain :
Je regrette seulement d'avoir trop brièvement parlé d'Aristote, le prince des philosophes, et de ne pas l'avoir présenté tout entier avec sa profondeur inimitable et son poids de nature. Toutefois, le Hegel peut tenir lieu d'Aristote, car c'est l'Aristote des temps modernes, le plus profond des penseurs et celui de tous qui a pesé le plus sur les destinées européennes.
Et Bernard Bourgeois de dire :
L’Encyclopédie des sciences philosophiques est la dernière Somme - ici achevé en un Tout ou Système organique - du savoir humain qui ait été édifiée.
Par conséquent ceux qui voient dans la philosophie allemande un système monstrueux devraient se rappeler que ce système a été construit en réaction à un système tout aussi monstrueux, celui de l’hydre anglo-saxonne, c’était en quelque sorte un terminator chargé d’éliminer un autre terminator.
La mission a échoué, car elle n’avait rien de catholique, donc trois siècles après l’hydre anglo-saxonne est toujours debout et voilà qu’elle vient nous trouver, nous Français, pour nous dire que notre système est pourri et qu’il faut adhérer au leur, et le pire dans tout ça c’est qu’ils nous demandent de renoncer à notre raison et d’accepter béatement leur monstre polycéphal. Bien sûr il se trouve des Français reniés pour s’imaginer que la tradition anglo-saxonne d’obédience protestante est supérieure à la française d’obédience catholique, d’ailleurs la plupart ont déjà changé de camp.
Il n’en demeure pas moins que le problème peut être traité froidement, rationnellement comme le ferait n’importe quel ingénieur français chargé d’étudier les performances et caractéristiques d’un nouveau système.
Le libéral m’a proposé son système, il m’en a expliqué le fonctionnement, mais il ne m’en a montré qu’un aspect, à savoir ses capacités phénoménales à collecter et traiter l’information, dont acte, seulement je souhaite l’étudier sous d’autres aspects tel que sa dynamique, son adaptation, sa réaction face à un système ennemi, sa gestion des inadaptés, la façon dont il s’étend, etc..
Et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai commencé, comme le ferait un logicien des systèmes formels (mais pas le bourgeois gentilhomme), par le plus important, c’est à dire l’analyse des principes directeurs du système : liberté et propriété (surtout pas vérité...), et que j’ai pu constater une première incohérence dès le premier niveau d’analyse, le système est vicié dans ses principes directeurs mêmes.