etienne lorant a écrit :Un autres nom me vient à l'esprit : celui de Saddam Hussein. Les Américains l'on fait pendre et depuis lors, Sunnites et Chiites n'ont cessé de s'entre-déchirer
Bonjour Etienne,
Aucun parallèle ne peut être fait entre l'Irak et l'ex-Yougoslavie, en effet les politiques américaines y ont été totalement contraires : l'Amérique voulait la chute de l'Irak de Saddam Hussein mais pas la chute de la Yougoslavie de Slobodan Milosevic.
Je m'explique : après les déclarations d'indépendance de la Slovénie et de la Croatie, le ministre serbe des affaires étrangères a fait le tour des chancelleries européennes et US. Il en est revenu avec un blanc-seing.
Quelques jours plus tard l'armée et les milices serbes envahissaient la Croatie.
Les Croates se faisaient massacrer dans l'indifférence américaine, britannique et française.
Les médias dans notre pays n'avaient de cesse de relayer la ligne politique de Mitterrand, à savoir que la victime était responsable de ce qui lui arrivait : si la Croatie se faisait violer c'était de sa faute, elle n'avait qu'à s’habiller moins sexy. Et puis les Croates étant en général de fervents catholiques, il n'était pas désagréable pour les élites anti-cléricales d'en voir disparaitre quelques-uns.
Dans cette affaire les élites intellectuelles de notre pays étaient au diapason des élites politiques et médiatiques. Un seul homme a osé défendre la vérité contre vent et marée : le Juif Alain Finkielkraut.
Ce n'est que lorsque les Serbes s'en sont pris également aux Musulmans de Bosnie, que le vent a commencé à tourner un peu. Bernard Henry Lévy s'est soudain réveillé, tout comme Mitterrand.
L'un et l'autre ont fait des rodomontades mais on a continué à laisser faire les Serbes, car je le répète, ni les Américains, ni la France, ni la Grande-Bretagne ne voulaient voir disparaitre la si charmante dictature yougoslave.
Circonstance aggravante pour ces trois puissances : au même moment en Europe centrale d'anciens pays du pacte de Varsovie devenaient indépendants (Tchéquie, Slovaquie) et tous accédaient à la liberté et à la démocratie (Pologne, Hongrie, etc).
Avec l'arrivée de Jacques Chirac les choses ont changé. La Croatie qui était coupée en deux et dont la moitié de son territoire était occupée par l'armée serbe, s'est vu octroyer le "droit d'exister". Trois mois après l'élection de Chirac, ce pays avait reconquis ses territoires.
En Bosnie, les accords de Dayton avaient entériné un découpage de la Bosnie au profit des Serbes qui obtenaient 49 % du territoire alors qu'ils ne représentaient que 25 % de la population.
Mais là encore, il n'était toujours pas question pour les grandes puissances occidentales de faire tomber Milosevic. Il avait été décidé que malgré l'ignominie des exactions serbes (que l'Europe n'avait pas connu depuis la fin du IIIème Reich) le président de Serbie était toujours fréquentable et légitime à la tête de son pays.
Les choses ont basculé trois ans plus tard lorsque Milosevic, voyant qu'il n'avait pas été sanctionné pour les crimes de l'armée serbe en Croatie et Bosnie, a décidé de procéder de la même manière pour le Kosovo. C'est ce qui l'a perdu.
En effet, suite aux 100.000 croates et bosniaques tués (le plus souvent ignoblement), la communauté internationale avait très mauvaise conscience et des voix ont enfin commencé à s'élever pour dire que les grandes puissances occidentales n’étaient pas intervenues en Yougoslavie parce qu'il n'y avait pas de pétrole.
Face à une nouvelle épuration ethnique au Kosovo, l'OTAN (les USA en réalité) est enfin intervenu. Le bilan selon le rapport de Human Rights Watch est de 500 victimes civiles serbes et 462 soldats.
Un mort est un mort de trop, mais c'est un bilan extrêmement léger eu égard à ce qu'avaient déjà fait les Serbes en Yougoslavie et ce qu'ils se préparaient à faire avec les Kosovars.
Comme Slobodan Milosevic possédait toujours le soutien total du peuple serbe (il a été élu trois fois de suite), les grandes puissances occidentales ont alors décidé qu'il devait "partir" et que l'ultranationalisme serbe (tchetnik) devait enfin cesser.
Le Kosovo a donc été de trop. Si Milosevic s'était arrêté après ses guerres en Croatie et Bosnie, il aurait été encore considéré comme quelqu'un de fréquentable et légitime à la présidence de Serbie. C'est dire combien les grandes puissances occidentales lui ont laissé sa chance.
Mais comme souvent chez ce type de personnage, leur pire ennemi c'est eux-mêmes.
etienne lorant a écrit :Le déclenchement des violences confessionnelles en Irak
La guerre en Yougoslavie n'a pas été une guerre confessionnelle même si par la suite la religion s'en est mêlé. Il s'est agi d'une guerre de décolonisation.