L'armée française en Afghanistan

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Cinci
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Re: L'armée française en Afghanistan

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Ne prenons pas nos rêves pour la réalité ...

En 2008 le général Jean-Claude Thormann avait ri jaune en expliquant qu'au rythme où allaient les réductions d'effectifs, l'armée de terre tiendrait bientôt tout entière dans le stade de France (81 338 places !) Si on ajoute les 6000 militaires non opérationnels et les 9000 civils de l'armée de terre, on parvient à 103 000 hommes. Le chiffre de 100 000 soldats n'est pas innocent dans notre histoire récente : c'est à cet étiage humiliant que le traité de Versailles réduisit l'armée allemande en 1919; c'est en réponse du berger à la bergère, ce qui fut accordé à l'armée française vaincue en 1940 dans le cadre de l'armistice signé par Vichy ! A cette époque, une armée de 100 000 hommes était tout juste bonne à rétablir l'ordre intérieur.

Nous sommes depuis quelques années entrés dans l'ère des guerres assymétriques. Nos effectifs resserrés sont donc envoyés aux quatre coins de la planète, pour poursuivre les terroristes, rétablir la démocratie, protéger les petites filles afghanes qui veulent aller à l'école, séparer les combattants, ou sauver les innocents menacés par un tyran. Notre armée est devenue le «soldat de l'idéal». Nos gouvernants, de droite ou de gauche, ont accompli le rêve d'Aristide Briand et de la SDN, transformant nos troupes en unités déterritorialisées, combattants hors sol d'un ordre juridique abstrait.

Notre armée ne défend plus le territoire national (mission dévolue à la seule arme nucléaire), elle est devenue une sorte de gendarmerie internationale menant des actions de police. Mais la multiplicité des opérations extérieures finit par affaiblir une armée aux effectifs réduits, de plus en plus sous-équipée. La faux des coups budgétaires a atteint aussi l'investissement.

Pour une fois nos politiques avaient anticipé. Car nos troupes «resserrées» n'agiraient plus seules; leurs équipements seraient complétés par des achats «sur étagères» de programmes déjà réalisés aux États-Unis ou ailleurs. [...]

Jadis l'armée française intervenait seule, pour défendre ses intérêts, avec des équipements que notre industrie avait mitonnés à son intention. Changement de perspective complet : l'interopérabilité devenait la règle; nos matériels devaient être coordonnés avec ceux de l'OTAN. La suppression de la conscription entraînait donc - inéluctablement - le retour de la France dans les instances militaires intégrées de l'OTAN. [...] Le culte nouveau de la mutualisation des armes et de l'interopérabilité fut le prétexte à tous les renoncements, entraînant un décrochage technologique de l'industrie française qui ne devait bénéficier qu'aux seuls États-Unis.

«Sauf exception, toutes nos opérations militaires se dérouleront dans un cadre multinational. Celui-ci peut être préétabli, dans le cas de l'Alliance atlantique ou de l'Union européenne, ou ad hoc, dans le cas de coalitions de circonstances» (Livre blanc de la défense de 2008)

versus

«Pour un peuple libre, la sécurité se confond avec la sauvegarde de cette liberté fondamentale qui est la première de toutes les autres et qui s'appelle l'indépendance de la nation» (Livre blanc de la défense de 1972)

[...] après la parenthèse gaullienne, sous le drapeau de la puissance hégémonique de la seconde mondialisation : l'Amérique; nous ferraillons partout, en Afghanistan ou au Kosovo, non pour défendre nos intérêts nationaux, mais au nom des droits de l'homme et de la démocratie qui ont remplacé la monarchie et la chrétienté.

Source : E. Zemmour, Le suicide français, 2014, p. 402
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