Christophe67 a écrit :Pourquoi dialogue inter-religieux ? C'est déjà long et difficile dans le cadre de l'œcuménisme, et encore. Chez nous une messe œcuménique tourne plus à au culte protestant.
Il faut faire place à la raison par moments. Si le musulman, le chrétien, le bouddhiste sont fermes dans leur foi alors ils sont persuadés tous d'avoir raison, et au mieux ils verront dans l'autre un agneau égaré.
Bonjour à tous !
Comme il a été dit plus haut, le dialogue inter-religieux, c'est pour se rencontrer, essayer de se comprendre, de se connaître, et de prier ensemble pour la paix. C'est expérimenter l'altérité ! L'autre est autre et je m'ouvre à sa différence et je tente de la comprendre sans m'en sentir agressée.
Ayant fait partie d'un petit groupe inter-religieux pendant 7 ans (juifs, chrétiens et musulmans pour une étude des textes) et participé à des événements plus larges dans la lignée d'Assise avec les Fraternités monastiques de Jérusalem, je peux témoigner qu'aucun de nous ne pensait que "toutes les religions se valent". En revanche, l'esprit d'ouverture nous amenait à accepter que, si moi je considérais que Jésus fils de Dieu était La vérité, Jésus simple prophète était la vérité pour mes frères juifs et musulmans. C'est la base : accepter que l'autre ait une foi différente et m'intéresser à lui et sa pratique, découvrir aussi comment Dieu lui parle et comment il avance avec Dieu, comment sa foi le porte. Comment l'Esprit parle à travers la foi de l'autre. Je vous rappelle que selon Vatican 2, ils ont droit à des "miettes" de vérité ! Et oui, Dieu fait des merveilles dans les coeurs, par la foi de l'autre. Non, l'autre n'est pas un agneau égaré mais un enfant de Dieu et comment Dieu lui parle et où il veut l'emmener, ce sont les affaires de Dieu. Et si Dieu veut se servir de moi pour le conduire au Christ, alors Amen.
Il y a eu des conversions dans notre petit groupe : un juif et une musulmane sont devenus chrétiens. ça s'est fait tout seul, la grâce a agi. La conversion, c'est l'affaire de l'Esprit Saint, pas nos affaires. En revanche, nous sommes appelés à témoigner et quelle occasion merveilleuse de témoigner que la rencontre inter-religieuse puisque nous nous exprimons clairement sur notre foi et prenons le temps de l'expliciter et l'autre ne demande que cela ! Et puis, nous allions aux rituels les uns des autres pour les fêtes religieuses essentielles. Un beau jour, une amie musulmane m'a dit : "tu vas où à la messe, je peux venir avec toi ?", voilà, Jésus est venu la chercher, et leur histoire d'amour a commencé, et aujourd'hui, c'est elle qui m'évangélise, c'est elle qui répand avec une ferveur incroyable le feu sacré.
Le Christ nous demande de nous rencontrer et de nous aimer tels que nous sommes, de l'annoncer tout en respectant l'autre dans ce qu'il est. Ensuite, c'est Son affaire, c'est lui qui vient habiter les coeurs et les conduire.
Il est certain que si nous, chrétiens, étions arrivés dans ce groupe en disant "vous avez tort et nous avons raison", rien ne se serait passé, pas de rencontre, pas d'amour, pas d'occasion de rencontre pour certains avec le Christ. En revanche dire "pour moi, la vérité c'est le Christ et en voilà l'impact dans ma vie" et demander à l'autre "qui est Dieu pour toi et comment ça se passe dans ta vie ?", ça change tout.
En fait, tout est une question de confiance : confiance en Dieu et en l'action de l'Esprit, confiance en l'autre qui chemine, confiance en moi qui peux me permettre de lâcher prise car je ne possède pas la vérité mais je sais qui elle est.
Mère Térésa veillait à Calcutta que chacun soit accompagné et enterré dans le rituel de sa propre religion, elle n'a cherché à convertir personne. A sa mort, je me souviens d'un Hindou qui disait "de toutes les religions, elle n'en a fait qu'une seule, celle de l'amour, c'est ce qui compte pour nous". C'était un bel hommage à celle qui avait consacré toute sa vie à apporter le Christ et son amour partout, et surtout là où personne ne voulait aller.
Aujourd'hui, après les évènements récents, je me pose beaucoup de questions. J'ai envie de me réinvestir dans le dialogue inter-religieux mais j'ai pris conscience de manière aigüe de ceci. Les lieux de rencontre inter-religieux en France réunissent en général des personnes extrêmement cultivées, l'esprit ouvert par les études, les voyages... Les musulmans présents font partie d'une élite intellectuelle. Or l'Islamisme se répand dans nos banlieues dans des milieux défavorisés et peu cultivés.
Nous chrétiens, comment tendons-nous la main à ces personnes-là ? Comment prenons-nous notre part pour apporter du sens et de la lumière à cette population qui se clive et s'enfoularde à vitesse grand V avant de laisser, peut-être, ses fils partir au dhihad ?
Je me rends compte du génie prophétique de Chistian de Chergé et de ses moines, qui partageaient le quotidien simple des villageois (et qui participaient également aux rencontres spirituelles avec des soufis) et plus près de nous en France de l'initiative d'Henri Quinson avec la Cité Saint Pierre à Marseille : pendant 15 ans, quelques moines ont vécu parmi la population immigrée, invitant les gens à assister si ils le voulaient à leurs offices et en faisant du soutien scolaire. Ils n'ont cherché à convertir personne, ils ont apporté le Christ en personne par leur présence et ont permis à de nombreux jeunes de trouver leur place dans la société française. (Il y a dû aussi avoir des conversions, de manière naturelle).
Le soutien scolaire me paraît une bonne manière de s'impliquer aujourd'hui, dans certains quartiers.
Bien à vous !
Axou