prodigal a écrit :Mais uniquement dans le cas de textes dont le statut est évidemment symbolique, comme par exemple le récit de la création du monde. Pour le récit du déluge, par exemple, je ne crois pas que vous trouverez un Père de l'Eglise pour dire qu'il n'a pas eu lieu, mais qu'il n'est qu'un symbole.
Il en est de même, évidemment, pour prendre quelques exemples, de la longévité de Mathusalem, de la traversée de la mer Rouge, du combat de David et Goliath, de la multiplication des pains, etc...
Je me garderai bien de conclure sur la "bonne" manière de lire la Bible.
La méthode historico-critique a amené à revoir le statut de nombreux textes, et la recherche archéologique a fortement contribué à mettre en doute des récits que l'on considérait auparavant comme historiques. On avait fini par dire que l'Exode n'était qu'un récit symbolique n'ayant aucune réalité historique. Que le roi David n'avait pas existé. Et évidemment les récits de la Genèse avaient alors perdu tout statut historique pour ne devenir que des récits symboliques, d'autant que l'on voyait bien comment ils trouvaient des sources dans les mythologies mésopotamiennes.
Et puis après avoir ainsi presque fait table rase, on a fait des découvertes archéologiques qui ont entraîné "la réforme de la réforme". Finalement, le roi David a bien existé, on en a des preuves archéologiques.
On peut considérer comme raisonnable de dire que plus les événements rapportés sont anciens, plus il est probable que le texte les ait "enjolivés". Mais de là à dire qu'ils n'ont aucun fondement historique, il me semble que c'est s'avancer bien plus que la raison n'y autorise.
Dire que finalement tout cela n'est que métaphorique, c'est exagéré. Prendre ces récits au pied de la lettre comme si c'étaient des chroniques historiques, c'est exagéré aussi.
Et la question de la lecture à faire des livres du Pentateuque ne doit pas amener à remettre en question l'historicité de toute la Bible. L'exil à Babylone, c'est un fait historique, dont on a des traces archéologiques. L'édit de Cyrus, c'est un fait historique. La construction de ce qu'on appelle le Second Temple, c'est un fait historique. La révolte des Macchabées, c'est un fait historique. La vie mort de Jésus, c'est un fait historique. Le témoignage des apôtres, c'est un fait historique.
Ce qui ne signifie pas que tous les récits à partir de l'exil sont historiques : Daniel, de toute évidence, ne l'est pas (sinon, il faudrait que le prophète ait vécu 400 ans...).
Et ce qui ne signifie pas que tout ce qui est avant l'exil est purement symbolique. Le roi David a existé. Et dans l'Exode, ce qu'on appelle le Cantique de Moïse (l'Exultet qu'on chante à Pâques) est tenu par les linguiste comme probablement la plus vieille page de la Bible, c'est à dire que c'est un texte qui aurait été composé avant David.
Et même sur les pages les plus évidemment symboliques... Dans les années 50-60, à la grande époque du structuralisme, il était de bon ton de dire qu'Adam et Eve, c'était une belle histoire, mais qu'il n'était pas possible que l'apparition de l'homme soit le fait d'un individu isolé ou même d'un couple, qu'il fallait forcément que ce soit un groupe. On oubliait totalement que cette lecture était imposée par la méthode elle-même, puisque le structuralisme s'intéresse aux phénomènes culturels, et donc forcément sociaux. Autrement dit, la lecture structuraliste de l'histoire humaine ne peut se faire qu'à partir du moment où il y a société humaine. Dire qu'avant ce ne sont pas des hommes, c'est un parti pris, un postulat, et une condition nécessaire de la méthode utilisée. Mais c'est aussi indéfendable que de dire que les atomes n'existent pas parce qu'on ne peut pas les observer au microscope optique. Depuis, la recherche en génétique amène plutôt à penser qu'il est bien plus probable que l'apparition de l'homme soit le fait d'un individu ou d'un couple, et non d'un groupe entier à la fois. La biologie remet-elle en question le structuralisme ? Non : ces deux méthodes ne travaillent pas sur la même conception de l'homme, ni sur la même période de l'histoire de l'humanité.
Bref : il a été de bon ton de dire que la Bible n'a pas de fondements rationnels. Et puis la raison a avancé, et finalement se dit qu'en fait, la Bible dit des choses intéressantes et peut-être plus vraies qu'on avait pu le croire un temps. Il me semble sage de réserver notre jugement, et d'en reparler dans 200 ans, quand on aura d'autres éclairages rationnels sur l'histoire de l'humanité.
Que dire à partir de ce constat. Oui, l'Eglise a tenu certaines pages de la Bible comme étant historiques, et aujourd'hui dit qu'en fait, c'est plus compliqué que ça. Mais où est le problème ? La Bible n'est pas un livre d'histoire, et l'Eglise n'a pas vocation à nous informer sur l'histoire du monde. Le rôle de l'Eglise, c'est d'être signe de la présence de Dieu en ce monde, pour que les hommes se convertissent et se préparent à la venue du Royaume. Le rôle de la Bible, c'est de nous aider à rencontrer Dieu, à entendre Sa Parole, et à grandir dans la foi, l'espérance et la charité.
Certaines pages de la Bible ont été à tort tenues pour historiques. Mais jamais l'Eglise n'a enseigné que la lecture la plus importante était la lecture historique. Que les progrès de la connaissance nous aient amenés à prendre du recul sur leur aspect historique ne change rien à leur valeur pour la foi.