James a écrit :A mon sens, quand le Christ dit que Moïse a autorisé aux juifs la répudiation, il signifiait par là qu'il a intercédé auprès de Dieu afin d'obtenir ce privilège.
Jésus explique clairement que la répudiation n'était pas la volonté de Dieu, qui voulait que l'alliance soit indissoluble, mais qu'il y a consenti car les hommes ont le coeur dur.
Hors l'endurcissement du coeur est précisément ce qui empêche l'homme d'être sauvé...
Ne négligeons pas que Jésus répond précisément : "Que vous a commandé Moïse ?", et non pas "Que vous a commandé Dieu ?". Je suis d'accord avec vous que Moïse n'a pu ordonner cela qu'après avoir intercédé auprès de Dieu et obtenu son consentement, mais cela ne change rien au fait que cette concession est un obstacle à ce qui était prévu au commencement de la Création...
Une concession, ce n'est pas tout à fait la même chose qu'une volonté.
De même pour l'institution de la royauté : Dieu y consent explicitement, mais tout en indiquant que cette concession vient à l'encontre de son désir réel.
1 Sam 8, 7 sq. a écrit :"Ecoute l'appel du peuple en tout ce qu'il te dira, car ce n'est pas toi qu'ils repoussent : c'est moi qu'ils repoussent, pour que je ne règne plus sur eux. Tout comme ils ont agi envers moi depuis le jour où je les ai fait monter d'Egypte jusqu'à ce jour, m'abandonnant pour servir d'autres dieux, ainsi agissent-ils encore envers toi. Ecoute donc leur appel ; seulement, tu les avertiras solennellement et tu leurs exposeras le droit du roi qui régnera sur eux".
Quant au prophète/juge Samuel qui oint le roi Saül, c'est Dieu lui même qui lui permis de le faire (1 Samuel 8). Quoiqu'il en soit, la demande du peuple d'avoir un roi n'a pas pris à contrepied Dieu puisqu'Il avait anticipé la chose auparavant en inscrivant cette possibilité dans la Torah (Deutéronome 17 : 14 à 20).
Tout au long de l'histoire du salut, Dieu fait avec les hommes, et utilise pour accomplir son dessein les obstacles mêmes que les hommes lui opposent. Tout cela finira quand même par la Passion de Jésus !
Mais il me semble bien erroné d'en conclure que mettre des bâtons dans les roues de Dieu serait une autre façon de faire sa volonté.
Auquel cas, qu'est ce qui différencierait un président chrétien démocrate tel que vous le décrivez, Peccator, d'un roi qui se détournerait des commandements attirant la colère divine sur tout le pays comme c'est arrivé si souvent dans l'Ancien Testament?
Je ne me rappelle pas avoir décrit un président chrétien démocrate... Mais passons...
Qu'un président est élu pour une durée déterminée, et qu'il n'a pas tous les pouvoirs, mais doit composer avec des contre-pouvoirs. Quand Saül se détourne de Dieu et enfreint Sa volonté (sous un prétexte de piété, en plus !), il reste roi, et le sera jusqu'à sa mort.
Petite précision en passant : la conférence parle de démocratie, pas de république. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
Mais admettons. Rien ne garantit qu'un président chrétien démocrate ne se détournerait pas des commandements divins. Au contraire, il faut même plutôt s'attendre à ce qu'il le fasse, ça a quand même tout l'air d'être une habitude humaine bien ancrée. Mais au moins, il ne pourra pas prétendre très longtemps abuser de son autorité sous couvert de faire la volonté divine.
La démocratie est loin d'être un système "parfait". Mais elle a le mérite de savoir que les hommes sont faillibles, et de le prendre en compte. A ma connaissance, tous les autres systèmes, au premier rang desquels la tyrannie éclairée de Platon, suppose que le chef dispose de lumières particulières qui font qu'il est un bon chef du début à la fin.
Et comme Prodigal l'a très bien présenté, ce qui rend la démocratie possible, c'est que Jésus a clairement indiqué l'importance de la liberté de conscience. Liberté qui est une condition nécessaire de la démocratie, et qui me semble même lui être propre.
Enfin, Zarus a parfaitement raison : le seul Roi que nous devons appeler de nos voeux, c'est le Christ, c'est Dieu. Nous prions pour que vienne le règne de Dieu, pas pour que vienne le règne d'un homme, fût-il béni de Dieu.
De même dans le livre de Samuel (passage que j'ai déjà cité), on voit clairement que l'idée initiale était quand même que ce soit Dieu qui règne sur les hommes.
Regardons comment se fait la transmission de la Loi : le Décalogue, c'est Dieu qui l'édicte, et tout le peuple entends. Mais le peuple prend peur devant cette relation personnelle, directe à Dieu, et demande à Moïse de servir d'intermédiaire.
Moïse apporte alors au peuple les commandements.
Moïse est aussi le premier Juge, et il instaure d'autres Juges car la tâche est trop lourde pour un homme seul. C'est toujours Dieu qui règne sur le peuple, les Juges n'étant là que pour éclairer le peuple sur la manière de comprendre la Loi.
Mais finalement, le peuple veut un roi.
Que voit-on dans toute cette évolution ? Que le peuple a peur de Dieu, a peur de se laisser gouverner par Dieu, et veut des institutions humaines.
L'Ancien Testament ne se prononce pas vraiment en faveur de la démocratie, Prodigal a raison.
Mais Jésus nous apprend aussi comment lire et comprendre l'Ancien Testament : il ne vient pas pour le contester, mais pour le mener à son accomplissement parfait. Jésus n'instaure pas un système politique : tout au long des évangiles, on le voit éviter les situations où il risquerait d'être promu chef politique du peuple. Il donne une claire injonction à ses apôtres de ne pas devenir des chefs politiques :
"Vous savez que ceux qui passent pour commander aux nations exercent sur elles leur domination, et que leurs grands exercent sur elles leur pouvoir. Or il n'en est pas de même parmi vous, mais celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui parmi vous veut être le premier sera l'esclave de tous". (Mc 10, 42 sq.)
Jésus ne fait d'ailleurs que reprendre l'avertissement de Samuel sur le prix de l'autorité royale : le roi fait bien sentir au peuple son pouvoir. (1S 8, 10 sq.)
Mais Jésus rappelle aussi clairement la source de toute autorité :
"- Quel est le premier des commandements ?
-
Ecoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur, tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée et de toute ta force." (Mc 12, 28-30).
Le Premier Commandement commance par "Ecoute, Israël !".
Tant que tous les hommes ne seront pas capables d'écouter (et d'entendre), il faudra des institutions humaines pour les gouverner. Dans ces institutions, la démocratie reste la moins pire des solutions. En attendant la venue du Royaume de Dieu.