Bonjour,
Voici ce que j'ai compris à propos du problème du "filioque" entre les Latins et les Grecs qui entrainera plus tard la séparation entre les Églises Latines et Grecques. Tous résulterait en fait d'un problème de culture et d'expression (de langage) :
Il est important de savoir deux éléments avant de lire la suite :
• Tout d'abord, il existe deux langages différents pour parler de la Trinité :
- Le premier est celui du Nouveau testament :
Le Père désigne Dieu "tout entier" (Jésus appelle Dieu son "Père" : "de nombreuses phrases le prouvent : "le Père est plus grand que moi","Notre Père qui êtes au cieux", "Nul ne le sait, sinon le Père"...)
Le Fils désigne Jésus (qui s'appelle lui-même le Fils de l'Homme, et est appelé le Fils de Dieu par les Apôtres). Il ne désigne donc pas la deuxième personne de la Trinité (qui n'est mentionnée qu'une fois dans le NT dans l'évangile de Jean : le "Verbe"), mais la deuxième personne de la Trinité
unie à un Homme, Jésus.
- Le deuxième apparaît plus tard (à partir de la seconde moitié du IIème siècle) sous l'influence des néoplatoniciens (il est celui que nous utilisons toujours maintenant):
Le Père ne désigne plus "Dieu tout entier mais la première personne de la Trinité.
Le Fils ne désigne plus Jésus seulement, mais la deuxième personne de la Trinité aussi, qui était jusque là appelée "Verbe".
Pour savoir comment est né ce second langage, cliquez sur le "spoiler" :
- [+] Texte masqué
- Pour les Néoplatoniciens (Origène en faisait parti), il y a une "trinité" néoplatonicienne : le Dieu premier est appelé "Père", et de lui découle par émanation un second Dieu appelé "Logos" (qui se traduit "Verbe" en latin).
De ce dernier découle l'âme.
On observe donc, entre les langage du NT et des néoplatoniciens, des ressemblances, mais des différences profondes sur le fond.
Un jour, Origène se dit (en langage simplifié) : il y a un Logos (Verbe) dans l'évangile de Jean. Il y a aussi un Logos dans les écrits philosophiques néoplatoniciens. Il y a un Père dans l'évangile de Jean et un Père chez les néoplatoniciens !
Dans le système néoplatonicien, le Dieu premier est Père de son propre Logos, qui est donc appelé aussi "Fils". Donc je vais écrire dans le système chrétien : Dieu est Père de son propre Logos. Celui que je vais appeler "Fils" ce ne sera plus Jésus, mais le Logos (Verbe) !
Ce langage, au début refusé par l'Eglise, va tout de même se répandre parmi les théologiens de l'époque et causer de grosses confusions.
• Il existe, pour parler de la Trinité en grec, deux mots : OUSIA (qui se traduit "substantia" en Latin) qui a deux sens : 1- la substance singulière (ce lapin, cette table, cette chaise...)
2- le concept universel (le genre lapin, les chaises en général...)
Il existe aussi le terme HYPOSTASIS (qui se traduit aussi "substantia" en Latin), qui, lui, n'a qu'un sens : la substance singulière (ce lapin, cette table, cette chaise...)

Les problèmes avec le Filioque vont commencer à apparaître lorsque le terme OUSIA va changer de sens, petit à petit (comme aujourd'hui le mot "garce" n'a plus le même sens qu'avant) et ne désignera plus la substance singulière (premier sens) comme il le faisait jusqu'ici, mais ne désignera plus
que le concept universel (deuxièmes sens). Ainsi, on peut dire des dieux de l'Olympe qu'ils sont d'une même OUSIA chacun ayant sa propre HYPOSTASIS.

Le problèmes avec le Filioque vont aussi commencer à apparaître lorsque les théologiens vont passer du langage du NT au langage néoplatonicien : En 381, le concile réuni à Constantinople affirme que l'esprit saint est de Dieu et n'est pas un autre Dieu, puisqu'il est "Dieu qui se donne". Le concile déclare donc que "l'Esprit Saint est du Père" (dans le langage de l'époque, officiel, le Père=Dieu). Donc le concile affirme en fait : "L'Esprit Saint est de Dieu".
Mais les pères latins, réunis en concile à Tolède en 400, prennent l'initiative de préciser que l'Esprit Saint est "du Père et du Fils" (filioque en Latin). Cette précision est devenue nécessaire à cause du passage au langage néoplatonicien. Si l'on ne précise pas que l'Esprit Saint procède du Père et du Fils, on envisage le Père et le Fils (le Verbe) comme deux êtres distincts. c'est de l'arianisme.
C'est seulement en l'an 809 que le Pape Léon III accepte de s'exprimer dans le langage néoplatonicien.

En 867, le patriarche Photius proteste contre cette introduction du Filioque. Car pour lui, grec, le Père et le Fils sont deux OUSIA, puisque le terme a changé de sens. Or le concile avait affirmé qu'il procédait du Père comme d'un seul principe, donc d'une seule substance, d'une seule "substantia" en latin, d'une seule OUSIA en grec (d'après le sens de l'époque).
Il condamne donc l'affirmation du concile de Tolède. S'ensuit alors des lourds problèmes entre Rome et les Eglises grecques dont nous connaissons les connaissances...
J'espère que cet explication est claire.
Que pensez-vous de cette explication ? (prise dans le livre
la Question Interdite de brunor)
Si le problème du filioque est "aussi simple" que cela, (juste des erreurs de langage et de vocabulaire) pourquoi un compromis n'a -t-il pas été trouvé tout de suite ? Pourquoi ne s'en est-on pas rendu compte tout de suite ? pourquoi a-t-il fallu attendre 1000 ans ?