Bonjour Franck,
Vivre est la possibilité de s’élever jusqu’à la sainteté, et c’est courir le risque de la perdition. On n’y échappe pas.
Il est parfaitement légitime pour un individu,
c’est même le plus fondamental de ses droits, d’exclure qui il veut de sa vie, pour quelque raison ou déraison que ce soit. C’est pourquoi, depuis l’origine, l’Eglise condamne les mariages arrangés, et a fini par refuser les enfermements d’office dans les couvents et les conversions forcées. Dieu veut être aimé d’amour, l’amour est incompatible avec la contrainte, et à Son image, nous n’appelons pas conjoint, ami, associé ou partenaire, celui ou celle sur qui nous pointons une arme.
Ainsi se trouve délégitimée d’emblée toute relation politique.
L’Eglise faillit à Notre Seigneur chaque fois qu’elle fricote en politique. Soit qu’elle ait détenu ce pouvoir elle-même, soit qu’elle ait commandité le bras séculier, l’Eglise porte cette tache sanglante sur son histoire d’avoir persécuté les hérétiques et usé de la terreur des bûchers pour obtenir
l’apparence d’une conversion.
En revanche, quoi de plus naturel pour un chrétien (un juif, un musulman) que de placer une petite annonce « Loue appartement seulement à un coreligionnaire », « Cherche comptable catholique », « Hôtel réservé aux chrétiens »…? Que la loi s’y oppose manifeste seulement l’arrogance des hommes de l’Etat, qui dans un même souffle m’interdisent d’embaucher un Nigérian ou un Russe et m’interdisent de ne pas embaucher un juif ou un musulman. Ils s’arrogent, eux, le seul critère
autorisé de discrimination.
Les individus sains discriminent. C’est même à cette faculté de discriminer qu’on reconnaît leur capacité de discernement. Je sais, et je savais dès l’âge de 10 ans, quels petits copains pouvaient m’aider à grandir, et quels autres m’eussent entraîné sur la mauvaise pente. Je fuyais les « mauvaises fréquentations ». Je les aurais sans doute cherchées, en revanche, si elles m’avaient été interdites. Saine réaction de l’adolescence face à l’autorité, et de l’homme libre face au pouvoir politique.
Il appartient à chacun de nous d’écarter les occasions de perdition. Interdire un livre subversif veut simplement dire qu’il circulera sous le manteau, en samizdat, et deviendra crédible à ce double titre d’être jugé assez dangereux pour mériter la censure et de n’être pas réfuté thèse par thèse puisqu’invisible.
La Chrétienté a été un formidable facteur de la croissance de l’être humain. Correction : elle a été
LE moteur du progrès, de l’émancipation, de TOUT ce dont nous pouvons être fiers dans le monde d’aujourd’hui, civilisation, Droit, science, art, bref, l’humanité. Même les intellectuels qui ne sont pas chrétiens partagent nos valeurs, puisque c’est au nom de ces valeurs, la Raison qu’ils ont reçue à travers la scholastique, la Science que leur ont enseignée les moines, qu’ils rejettent le christianisme. Alors, avons-nous peur de l’Islam (car c’est bien de lui qu’il s’agit, non ? pas du shintoïsme, ni du confucianisme, ni de l’hindouisme) ? Avons-nous peur que nos contemporains en masse, qui ont goûté à la liberté du christianisme, adoptent soudain l’obscurantisme, la brutalité, la soumission aveugle à un brouillon de texte contradictoire, que nos femmes acceptent la relégation dans un appartement partagé avec d’autres épouses, la lapidation, se couvrent sous une bâche pour sortir, et que tous,
horresco referens, renoncent au vin rouge et au saucisson. Mmmmhhh. Moi croire que non.
La coexistence avec d’autres religions ne me fait pas peur. Nous, chrétiens, sommes la pointe avancée de l’humanité. Nous ne pouvons être battus que par nous-mêmes.
C’était mon petit prêche d’après Noël.
Bien à vous
Christian
The whole point about Christianity is that it encourages the development of the individual conscience
— which makes surveillance and totalitarian government not just unnecessary but absurd —
which is why totalitarian governments regard Christian belief as a threat,
and punish and persecute it like anything.
They want to take the decisions themselves, which means we must not be allowed to make them.
Peter Hitchens