Re: Qu'est-ce qu'un mystique ?
Publié : mar. 18 juin 2013, 6:50
C'est plus que caricatural!Matthew a écrit :c'est bien ce que je pensais, ce sont des sortes de schizophrènes.
Déjà, normalement, un chrétien qui prie est mystique - c'est-à-dire qu'il pénètre dans le mystère - et théologien - c'est-à-dire qu'il reçoit l'intelligence du mystère. Il n'y a pas de "mystique" comme catégorie spéciale, mais il y a un mystère chrétien.
En Occident surtout, on a assisté au 2e millénaire à un divorce entre le cerveau et le coeur, entre la raison (le cerveau), qui a pris progressivement le pas sur l'"intellect supérieur" (le coeur), et le coeur qui a eu souvent tendance à se réduire à sa version "sentimentale". Le théologien n'était plus le fidèle, souvent (mais pas nécessairement) moine, qui pratique l'ascèse, les vertus chrétiennes, prie, et s'ouvre ainsi à l'intelligence de la Révélation, mais un spécialiste des raisonnements théologiques ayant étudié à l'université et reçu un diplôme (exceptionnellement, comme St Thomas d'Aquin, il pouvait encore être les 2 à la fois).
D'un autre côté, s'est développée une catégorie de "mysticisme" qui, surtout dans le cadre monastique très ascétique, et surtout chez les femmes me semble-t-il, est très teinté de sentiment, et a beaucoup mis l'accent sur ce que l'on peut appeler les "états modifiés de conscience". En même temps, comme le dit la citation plus haut, le mystique (dans ce sens-là) se méfie souvent, avec raison, des visions qui ne viennent pas forcément de Dieu, et ne doit pas les rechercher. Ste Hildegarde avait des visions mais n'était certainement pas une folle.
On doit aussi parler des "mystiques rhénans" (Eckhart, Tauler, Suso...) autour du XIVe Siècle, qui ne rentrent pas dans cette catégorie, et où la contemplation intellectuelle a une grande place (mais je dois dire que je n'ai jamais "accroché", je laisse donc d'autres plus qualifiés en parler).
Bref, s'il y a des formes de mystique qu'on peut juger aberrantes, il est très difficile de donner une définition de la "mystique" et il faut se garder des simplifications. A la limite, chaque "mystique" est un cas à part.
In Xto,
archi.