Re: Le Pape François parle-t-il trop ?
Publié : mar. 18 juin 2013, 13:04
La question ne m'est pas adressée mais je tente quand même une réponse.AdoramusTe a écrit :Mais j'aimerai savoir comment vous envisagez une juste attention prêtée au Pape, une façon plus traditionnelle, du point de vue du fidèle ?
Il est évident qu'aujourd'hui, il faut vraiment se boucher les oreilles et ne pas consulter Internet pour éviter d'apprendre ce qui se dit.
Pouvez-vous détailler ce qu'est la Tradition de l'Eglise en la matière, SVP ?
Par ailleurs, est-ce que le Pape (voire les Papes de notre époque) dans sa façon de faire a une responsabilité dans cette attention excessive que vous dévrivez ?
Historiquement, le Pape a toujours eu avant tout un rôle canonique: les juridictions de l'Eglise (diocèses) sont historiquement hiérarchisées, et cette hiérarchie découle du sommet qui est Pierre, dont la fonction est tenue par ses successeurs à la tête de l'Eglise romaine.
Même le rôle du Pape en matière de foi découle de son rôle canonique: c'est lui qui, en dernier lieu, approuve (ou rejette) les définitions canoniques formulées par l'Eglise, promulgue les canons qui condamnent telle ou telle erreur.
Après, certains papes (Léon le Grand avec son Tome, Grégoire le Grand avec ses Dialogues...) ont aussi pu être des docteurs reconnus, ce qui ne change rien au constat précédent.
Au passage, il faut bien voir que dans l'histoire, celui qui promulgue tel ou tel canon, c'est Pierre, pas le Pape untel ou untel, qui n'est que l'occupant du siège. Cela veut dire entre autres que "untel" est lié par ce qu'on fait ses prédécesseurs, il ne peut pas refaire l'Eglise selon son bon vouloir. Pastor Aeternus l'a bien précisé pour les questions proprement dogmatiques et morales (les enseignements définitifs), d'où la distinction opérée par certains entre la doctrine et la discipline, mais historiquement, la distinction entre des canons dogmatiques définitifs, et des canons disciplinaires relatifs et réformables, paraît peu fondée.
Dans le même ordre d'idées, quand un Pape établit une juridiction épiscopale et/ou établit un évêque dessus (ou atteste que l'élection a été régulière, selon la façon de procéder la plus ancienne), c'est Pierre qui l'établit... donc le même Pape ou un autre ne devrait pas pouvoir arbitrairement supprimer cette juridiction ou démettre un évêque sans faute (canoniquement jugée) de sa part. Ca a d'ailleurs été respecté historiquement, à quelques rares exceptions (mais qui peuvent être considérées comme lourdes de conséquences négatives), et le Pape est parfois allé jusqu'au conflit pour faire respecter les droits de l'occupant légitime d'un siège, par exemple pendant le schisme photien.
Ca résoud au passage, à mon sens, le problème de la réception différente des décrets pontificaux entre l'Orient et l'Occident (évidente à partir des Décrétales de Damase au IVe Siècle, mais aussi dans le conflit sur la date de Pâques au IIe): l'Occident respecte les décrets des Papes, l'Orient reste fidèle à ses propres canons, qui s'ils étaient acceptés auparavant, n'ont pas de raison de changer.
Dans tout ça... on est loin de l'image du Pape omnipotent (avec les pouvoirs d'un souverain absolu qui est au-dessus de toute juridiction et peut donc refaire les lois de l'Eglise à sa guise, sauf les dogmes) que se plaisent à entretenir certains, de même que celle du Pape omniscient qui reçoit des "charismes" ressemblant à des oracles pour interpréter "infailliblement" la doctrine chaque fois qu'il ouvre la bouche ou prend la plume, indépendamment de "ce qui a été cru toujours, partout et par tous" (et pour certains, le Pape est l'interprète autorisé de la Tradition donc la Tradition, c'est ce que proclame le Pape - ce qui est en définitive la négation de la notion même de Tradition).
Notamment, lorsque le Pape s'oppose manifestement à la Tradition, on DOIT lui résister, parce qu'il n'est pas au-dessus d'elle, et qu'il ne respecte pas ce qu'a toujours proclamé et tenu l'office pétrinien dont il est seulement le dépositaire passager.
Sinon, on peut aussi rappeler que le Pape qui enseigne la doctrine sous la forme non canonique des encycliques, c'est un développement récent, datant du XIXe Siècle.
In Xto,
archi.