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Re: Des saints non catholiques ?

Publié : lun. 04 mars 2013, 11:58
par Olivier C
Philochristos a écrit :Ce canon lie très clairement la primauté de Rome au statut de la ville et non à la fondation apostolique de l'Eglise. Du coup tous ceux qui l'acceptent ne sont-ils pas hérétiques ?
Oui, comme je le disais plus haut :
L'Eglise étant le moyen incontournable de l'Économie divine, tout ce qui contribue à masquer son importance est forcément une hérésie.
Ceci étant dit il y a des niveaux de gravité dans un schisme ou une hérésie (d'ailleurs la contraoverse c'est alimenté de bien d'autres sujets, comme celui du filioque).

Et n'oublions pas que le monde de l'orthodoxie bénéficie toujours de la succession apostolique : ces églises, bien que n'étant pas en pleine communion avec Rome, sont pleinement légitimes et reconnues comme telle par l'église catholique.

Re: Des saints non catholiques ?

Publié : lun. 04 mars 2013, 15:43
par archi
Olivier C a écrit :
archi a écrit :Quelle est donc cette "primauté en matière de foi" qui serait distincte de la primauté de juridiction? Après tout, c'est bien parce qu'il est au sommet et à la source de la juridiction ecclésiale que les déclarations du Pape en matière de foi lient toute l'Eglise.
C'est justement une grave erreur ecclésiologique, mais qui est tout a fait pardonnable à notre niveau puisqu'elle a eu cours pendant mille ans environ.

Le sujet est complexe, durant mon temps de séminaire je l'avais beaucoup étudié. Le pape n'a pas TOUTE la juridiction, il a la juridiction de l'église de Rome.
Il me semble bien que la constitution Pastor Aeternus n'est pas d'accord avec vous!
Si donc quelqu'un dit que le Pontife romain n'a qu'une charge d'inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier, ou qu'il n'a qu'une part plus importante et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n'est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu'il soit anathème.
La raison invoquée venant du fait que l'autorité sur le troupeau a été confiée à Pierre et à personne d'autre:
Et c'est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau en disant : " Pais mes agneaux, pais mes brebis " [Jn 21,15 sv.].
Olivier C a écrit :Ou plus justement encore : il a autorité en matière de foi sur les autres Eglises dans la mesure où il est assi sur le siège de l'église reconnue de tout temps comme infaillible. Le pape n'est pas infaillible par lui-même
Absolument.
En fait, il me semble même qu'on devrait dire que le Pape est lui-même au service du Siège Apostolique et de la juridiction qui émane de celui-ci (la juridiction de l'Apôtre Pierre).

Ca éviterait d'emblée de placer la personne du Pape au-dessus de l'Eglise et des canons qu'elle a établi, travers dans lequel, hélas, je crains que l'Eglise catholique ne soit largement tombée, et qui donne cette impression d'absolutisme papal caricatural - en gros: le Pape a tous les droits puisqu'il est lui-même l'origine du droit dans l'Eglise... or cette origine est celle du Siège pétrinien, pas du Pape, donc le Pape est notamment soumis à tout ce qui a été légitimement établi ou reconnu jusque-là par le même Siège pétrinien, y compris les droits des autres Sièges, les coutumes anciennes, les rites établis... et pas seulement les définitions en matière de foi et de moeurs.

Quelque part, je pense qu'une telle conception serait plus compatible avec l'appréhension orthodoxe - et Orthodoxe - des canons, qu'avec celle du catholicisme moderne où le "canon" change quand l'autorité le décide et n'est donc plus vraiment un "canon" (on sous-estime le précédent grave qu'a été à cet égard le Code de Droit Canonique de 1917, abolissant la conception traditionnelle du droit de l'Eglise au profit d'une conception... issue de la Révolution française!).

(d'ailleurs l'hérésie est l'un des critères canoniques rendant la deposition d'un pape possible),
A ceci près que la déposition est un jugement, et que personne n'est au-dessus du Pape dans la hiérarchie de la juridiction pour le juger, donc qui aura l'autorité pour déclarer de façon juridiquement valable que le Pape est hérétique? C'est une contradiction qui n'a à ma connaissance jamais été résolue de façon satisfaisante (le cas historique le plus proche étant celui d'Honorius qui a été déclaré hérétique... après sa mort).

Ca reste un problème épineux, d'autant que certains Papes récents ne sont certainement pas à l'abri de critiques!

archi a écrit :Mais on est là dans l'ecclésiologie, pas directement dans la foi trinitaire. Peut-on vraiment parler d'"hérésie"?
L'Eglise étant le moyen incontournable de l'Économie divine, tout ce qui contribue à masquer son importance est forcément une hérésie.
Bon, ça m'a amené à chercher à préciser la notion d'hérésie. St Thomas lie cette notion à tout ce qui revient à rejeter une partie du dépôt de la Foi, donc l'Ecriture et la Tradition. Si l'on admet que la primauté de Pierre fait partie du dépôt de la Tradition, vous avez effectivement raison de parler d'hérésie. :>

En revanche, ce dépôt peut parfois être compris de façons différentes, si c'est justifiable historiquement, et tant que la question n'a pas été tranchée par l'autorité de l'Eglise. Il reste à savoir quoi faire des débats qui ont été tranchés après le schisme par l'autorité reconnue d'un seul côté, mais là ça devient compliqué... <:
archi a écrit :Il me semble qu'en matière de confusion, Rome a des soucis beaucoup plus graves à régler en ce moment - et des soucis qu'elle a elle-même créés dans sa folie oecuméniste et interreligieuse. Quand un Pape organise Assise sans que ça entraîne une révolution dans l'Eglise et que ça ne l'empêche d'être béatifié, les questions de savoir si on peut vénérer un Saint "pas en pleine communion" avec Rome deviennent tout à fait secondaires.
Au cours de ces sessions Jean-Paul II aurait-t-il déclaré l'Eglise comme n'étant plus une médiation obligatoire ?
A votre avis, le téléspectateur moyen, est-ce qu'il va éplucher le CEC? :siffle:
La responsabilité de l'Eglise ne se limite pas à maintenir un CEC irréprochable (même si c'est bien), quand par ailleurs des actes contraire à la Foi et à tous les canons de l'Eglise (participation à des cultes païens) sont tolérés au plus haut niveau.

Et que dire de Nostra Aetate? Après tout, la pensée de Jean-Paul II est dans la droite ligne de la vision irénique des autres religions développée par Nostra Aetate, dont on ne voit pas de quelle manière elle se trouverait en continuité avec la Révélation ainsi que la Tradition ecclésiale ininterrompue, où la vision négative l'emporte sur tout ce qu'on peut entrevoir de positif avec une uniformité impressionante.

Si rien ne vient contrebalancer les éléments positifs sur d'autres religions, comment en effet ne pas y entrevoir une négation de la médiation obligatoire de l'Eglise?
Donc je maintiens, il règne actuellement dans l'Eglise catholique une grande confusion en matière d'interreligieux.

In Xto,
archi.

Re: Des saints non catholiques ?

Publié : lun. 04 mars 2013, 16:52
par Olivier C
archi a écrit :Il me semble bien que la constitution Pastor Aeternus n'est pas d'accord avec vous! [...] La raison invoquée venant du fait que l'autorité sur le troupeau a été confiée à Pierre et à personne d'autre.
Certes, je voulais insister sur le fait que l'on ne squeeze pas les évêques locaux. Mais puisque nous y sommes autant nous pencher sur le sens des formulations de Pastor Æternus :

En préalable, rappelons que Pastor Æternus ne donne pas au pape le gouvernement ordinaire et immédiat sur les diocèses, la proposition sauvegarde donc l'autorité de chaque évêque sur son église.

Mais surtout, nous savons que l'interprétation maximaliste de la formule « primauté de juridiction sur toute l’Église de Dieu » du chapitre 1 - notamment portée par Bismarck - n'a pas été validée par les évêques allemands à l'époque qui soutenait une autre interprétation. Or c'est cette dernière interprétation qui a été soutenue par le magistère, à savoir : le pape est épiscope avec les évêques locaux et ceux-ci ont un pouvoir propre.

Plus tard Lumen Gentium (LG 18-23) rééquilibrera la proposition par l'explicitation du principe de collégialité.

Alors oui, le pape possède bien une juridiction sur toute l'Eglise, mais celle-ci doit être comprise dans l'expression et la réalisation de la communion entre les églises.
archi a écrit :En revanche, ce dépôt peut parfois être compris de façons différentes...
Oui, la différence de culture entre catholiques et orthodoxes a conduit à ce que l'on a appelé "l'estrangement" : « Nous avons deux réalités qui sont devenues étrangères (estrangement) l’une envers l’autre » (Y. Gongar). La querelle sur le filioque en est l'un des fruits.
archi a écrit :... si c'est justifiable historiquement, et tant que la question n'a pas été tranchée par l'autorité de l'Eglise.
Tout à fait, dans ce cas il ne s'agit pas d'une hérésie (ou nombre de docteurs seraient déclarés hérétiques, Thomas d'Aquin en tête de liste). On ne peut être hérétique qu'en prenant position contre une affirmation claire de la foi, ce qui suppose donc aussi que le point concerné soit connu de celui qui prend position.
archi a écrit :Il reste à savoir quoi faire des débats qui ont été tranchés après le schisme par l'autorité reconnue d'un seul côté, mais là ça devient compliqué...
Il ne s'agit pas d'hérésies à proprement parler, l'objet des éventuels contentieux ne pouvant s'appliquer qu'au donné révélé explicité au moment de l'indivisibilité des églises désormais séparées. Mais un retour a l'unité passera immanquablement par la résolution de ces questions.
archi a écrit :A votre avis, le téléspectateur moyen, est-ce qu'il va éplucher le CEC ?
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