(suite et fin)
Pour Moïse ...
Je dois dire que j'aurai déjà lu un petit bouquin qui était à même de pouvoir renverser mes préventions par rapport aux récits de l'Exode notamment. C'est un petit livre que j'ai conservé depuis.
Voici :
José Prado Flores, Au delà du désert, Éditions des béatitudes/Edition Anne Sigier, 1993, 192 p.
J'avais découvert ce livre à l'occasion d'une retraite (je dois fouiller dans mes papiers : ... du jeudi 20 mars au 23 mars 2003, voilà; ici la lettre de confimation de mon inscription : «C'est avec joie que toute l'équipe vous accueille pour cette expérience d'intériorité, faite de silence, de prière, de méditation autour des thèmes du désert, de l'oasis et de la source. Nous vous suggérons d'apporter des pantoufles pour l'intérieur et des vêtements appropriés pour la marche à l'extérieur. Ci-dessous vous trouverez l'itinéraire pour vous rendre à la Maison Marie-Rivier de Mont Saint-Hilaire ... etc.»
J'avais trouvé ce petit bouquin fantastique et s'agissant de redécouvrir Moïse d'un autre oeil, d'un oeil pratiquement tout neuf. Et - au fait ! - je pense à l'instant qu'il était beaucoup question de courage dans ce bouquin (?) J'avais oublié ce détail.
« [...] La peur : un triple péché !
La peur est le pire ennemi de l'homme. Il peut y avoir de grandes difficultés, même des problèmes insolubles, mais la peur est la seule chose qui vienne du coeur de l'homme qui craint que se répètent des expériences négatives (ou pour mieux dire : des expériences où il n'a pas su voir les aspects positifs, car quel événement n'a pas en lui une charge de lumière et une autre d'ombre?) La peur est une triple atteinte :
- A la foi : c'est penser que Dieu lui-même n'est pas capable de trouver une solution au problème; ou, ce qui est pire, ne pas vouloir compter sur Lui dans les adversités de la vie.
- A l'espérance : la peur nous fait perdre la boussole de l'avenir. Elle nous enferme dans un cercle vicieux et mortel, comme un tourbillon qui nous entraîne. C'est le quetzalcoalt, ce serpent qui se mange lui-même. C'est croire que Dieu ne peut pas avoir plus de solutions que l'intelligence humaine.
-A l'amour : ce n'est pas la haine qui s'oppose le plus à l'amour, mais la peur. La haine est l'amour profané, mais la peur est l'absence de l'amour. Plus il y a de peur, mois il y a d'amour, alors que l'amour bannit la crainte.
Le pire est qu'elle paralyse la colonne vertébrale de notre personnalité qui est la liberté. Elle nous rend incapable d'user de notre volonté, puisqu'elle nous conditionne de telle manière qu'elle détruit tout ce qui nous fait grandir comme personne : prendre les décisions adéquates au moment opportun. La peur nous abat avant la bataille. On est vaincu d'avance et il ne reste plus qu'à baisser les armes et se rendre devant n'importe quel problème, persuadé qu'il n'y a aucune solution.
La réaction de Moïse : il s'écroule
- Devant toute la communauté assemblée des enfants d'Israël, Moïse et Aaron tombèrent la face contre terre (Nombres 14,5)
Il ne s'agit pas d'un prosternation devant le pouvoir infini de Dieu, mais de l'impuissance radicale devant l'attitude lâche du peuple. Moïse, contaminé par la frustration et la lâcheté du peuple, s'écroule, tombe à terre, écrasé par une montagne de problèmes. Son courage, faible et fragile, éclate comme un verre de cristal sur les rochers du désert. Le guide qui devait soutenir l'espérance des siens est à bout. Il semble n'avoir même plus la force de crier vers Dieu. Il tombe face contre terre, non pas devant la puissance de Dieu, mais devant la faiblesse du peuple, faisant l'expérience de sa propre incapacité. Il est certain que maintenant toutes les portes sont fermées et le labyrinthe est indéchiffrable. Celui qui devait trouver la porte de sortie est en train de se cacher la tête dans le sable.
Il y a des commentateurs insatisfaits devant cette attitude si défaitiste de Moïse et qui se demandent ce qui a bien pu se passer avec le vaillant libérateur. Pourquoi cette trempe d'acier devient-elle si fragile et si friable devant les difficultés ?
[...]
Que faire avec ce peuple d'argile qui se fissure au moindre problème ? Il ne jugeait pas opportun d'entreprendre une bataille qui était perdue d'avance ...
- De ceux qui avaient exploré le pays, Josué, fils de Nûn, et Caleb, fils de Yephunné, déchirèrent leurs vêtements (Nb 14,6)
Il s'agit de deux personnes qui se réunissent pour trouver la solution. Déchirer ses vêtements est un acte de protestation contre l'attitude du peuple. C'est une manifestation de désaccord total avec eux, qui rompt le cercle vicieux qui les tient prisonniers. Ils savent qu'avec une telle attitude défaitiste on ne peut pas se lancer dans la conquête de Canaan. Il faut d'abord gagner une autre guerre : vaincre les complexes et soigner les traumatismes générés par les siècles d'esclavage. Gagner la bataille contre la peur. Mais comment ? La seule issue est de perdre la peur.
«Ne crains pas !» est l'ordre le plus souvent répété dans la Bible, et c'est pourquoi nous y sommes tenus, plus peut-être qu'à tout autre commandement. On dit qu'il apparaît 365 fois tout au long de l'Écriture, comme pour nous laisser à penser qu'il vaut pour chaque jour de l'année.
Cependant, la peur est l'un de ces ennemis que l'on ne peut pas affronter directement : «Je ne vais pas paniquer, je n'ai pas peur.» Non, c'est inutile, on risque plutôt d'épuiser nos forces et d'augmenter la peur. Il faut présenter un contre-poids qui capte l'attention.
C'est Caleb qui va énumérer certains points capables d'aider à vaincre ce terrible ennemi inventé par l'esprit de l'être humain.
- Le pays que nous sommes allés reconnaître est un bon, un très bon pays. Si Dieu nous est favorable, il nous fera entrer en ce pays et nous le donnera. C'est une terre où ruissellent le lait et le miel. Mais ne regimbez pas contre Dieu. Et n'ayez pas peur, vous, du peuple de ce pays, car nous n'en ferons qu'une bouchée (Nb 14, 7-9)
Reconnaître ce qui est bon. Il ne faut pas porter son attention sur la difficulté mais sur ce que l'on va obtenir. Quand on veut acheter la perle de grand prix, on ne regarde pas à celle que l'on doit vendre. Ce qui est absurde, c'est que beaucoup de gens s'arrêtent sur l'idée de ce que coûte le bonheur, au lieu de ce que l'on en goûte.»
J.P. Flores,
Au-delà du désert, pp. 112-113[/color]
[...]
Je penserais aussi au petit livre de Jean Daniélou
Les saints païens de l'Ancien Testament. C'est un autre de ces petits livres qui aident assez à se sortir peut-être d'une platitude répétitive, ce sentiment d'avoir déjà tout vu et que l'Ancien n'offrirait rien de bien intéressant. «J'ai fait le tour, j'ai rien vu !» Non mais le regard d'un tiers aide certainement à trouver du nouveau, même à partir de l'ancien.
