Qu’est-ce qu’une « année » , un « shne » dans le début de la Genèse ?
Une mesure fixe du temps indépendante de l’espace ?
Pour nous, c’est évident : il ne faut pas confondre le temps et l’espace. Un jour, c’est 24 heures. Une année, c’est 12 mois d’environ 30 jours de 24 heures. Très exactement 365 ou 366 jours.
Cette distinction mesurant le temps indépendamment de l’espace a-t-elle toujours existée ? Existait-elle déjà lors de la rédaction de la Genèse ?
Nous savons déjà que les « jours » de la Genèse se mesurent en milliards d’années de 12 mois.
Que dire des « années » de la vie d’Adam (930 « ans ») et de ses descendants successifs : Seth (912 « ans »), Enosh (905), Qénan (910), Mahaléel (895), Yéred (962), Hénok (365), Mathusalem (969), Lamek (777), Noé (950), Sem (600), Arpakshad (438), Shélah (433), Eber (464), Péleg (239), Réu (239), Sérug (230), Nahor (148), Térah (205), puis Abraham (175 « ans ») ?
Certains d’entre eux ont engendré à 65 ou 70 « ans » (avant le déluge) puis à près de 30 ans après le déluge. Il en résulte qu’en calculant leur vie en années d’une durée fixe de 12 mois ou d’une quelconque autre manière fixe, il faut constater qu’Adam aurait encore vécu en présence de huit générations suivantes, en même temps que le père de Noé.
Lorsqu’Adam meurt à 930 « ans », Seth a 800 « ans », Enosh en a 695, Qénan en a 605, Mahaléel en a 535, Yéred en a 470, Hénok en a 308, Mathusalem en a 243, et Lamek, père de Noé, a 56 « ans ».
Des durées incompatibles avec nos connaissances scientifiques concernant les individus humains si nous considérons qu’il s’agit d’années au sens actuel du mot d’environ 365 jours de 24 heures.
Lorsqu’il est dit qu’Adam engendre à 130 ans puis vit encore 800 ans, pour un total de 930 ans, c’est une mathématique dont il est difficile de trouver un sens symbolique, d’autant plus que les chiffres varient pour chacun de ses successeurs mais toujours avec une exactitude mathématique dans les additions.
Certes, les chiffres paraissent souvent arrondis à la dizaine, voire à la centaine, et parfois symboliques (777).
Difficile d’y voir un relevé mathématique précis. Cela ressemble davantage aux 5.000 et 4.000 personnes des multiplications des pains que nous relatent les Évangiles. Des évaluations approximatives.
Mais, était-ce bien des années au sens actuel du mot ?
Certains ont pensé que les années, dans le début de la Genèse, pourraient n’être que des périodes lunaires, des lunaisons d’environ 28 jours, mais, en divisant les années indiquées en 12,5 lunaisons, ceux qui ont engendré à 65 « ans » auraient eu un enfant à l’âge de 5 ans et ceux qui ont engendré à environ 30 ans l’auraient fait à moins de trois ans, ce qui écarte une telle hypothèse.
Dans ce forum (Ecriture sainte / Sens des généalogies), nous avons déjà examiné l’hypothèse solide selon laquelle les années (au sens actuel du mot) pourraient concerner les tribus des patriarches en cause et non les individus :
http://cite-catholique.org/viewtopic.ph ... s&start=45
L’examen des mots hébreux est fort intéressante.
Le mot de la Genèse qui est traduit par « années » est le mot hébreu « shaneh » ou « shenah ».
Le même mot « shenah » (ou « shenath »ou « shehah ») peut aussi être traduit par « sommeil » (Dn 6, 18).
Il est très proche des mots « shana », « shanah » ou « shéna » qui signifient changer ou changé, et du mot « shanac » qui signifie « se ceindre ».
Il est proche aussi du mot hébreu « chanah » qui signifie camper et de son dérivé le mot « machaneh » qui signifie campement ou camp.
Tous ces mots hébreux rapprochent le temps et le changement, l’espace et le mouvement.
Dès le début de la Genèse, les mêmes mots changent de sens au fil du texte. La terre qui définit d’abord le sec par rapport au liquide, définit ensuite la planète sur laquelle nous vivons. L’adame qui est fait mâle et femelle devient le nom du premier humain, …etc.
Le sens du mot hébreu actuellement traduit par «
année » a pu aussi évoluer.
La mesure en «
années » du changement et du mouvement qui caractérise l’histoire des hommes dont le cerveau mesure tout dans le temps ET dans l’espace, n’a-t-elle pas d’abord mesuré la réalité de l’histoire dans cette double mesure ?
La mesure du temps indépendamment de l’espace n’a-t-elle pas commencé seulement lorsque l’espace est devenu fixe parce que les humains ont cessé d’être nomades et que le mouvement et le changement n’ont plus caractérisé le lieu où vivaient les humains qui, de changeant pour des nomades, est devenu fixe pour des sédentaires.
La mesure fixe du temps, selon le retour régulier des saisons, n’est-il pas lié au sédentarisme ?
Pour une population nomade, le temps et l’espace se mesurent bien davantage par le rythme variable des mouvements et des déplacements que par le rythme régulier des saisons. Chaque déplacement à un nouvel endroit marque simultanément un temps ET un espace nouveaux.
La nouvelle «
année », la principale durée de temps considérée, n’est pas une affaire de calendrier et de saison pour un nomade, mais d’abord un nouvel endroit où il vit pendant un temps.
Dans cette optique des nomades, l’histoire n’est pas faite d’un calcul de durées fixes abstraitement déterminées, mais surtout d’une succession de lieux de vie dans lesquels la durée variable pendant laquelle un groupe y demeure compte moins que le lieu lui-même où des événements sont vécus.
La priorité est donnée à tout ce que les humains vivent et non à la durée mathématique durant laquelle une période est vécue.
Vivre à tel endroit, puis à tel autre, puis à tel autre encore, au rythme des transhumances, compte bien davantage que la durée pendant laquelle on y vit.
A une époque et pour des nomades qui ne règlent pas leur existence sur le retour régulier des saisons, comme des agriculteurs sédentaires, le rythme annuel des saisons n’est pas le plus important dans leur vécu. Ce sont les besoins de leur nourriture ou de celle de leur bétail, les besoins de protection contre les variations de températures ou contre les agresseurs éventuels qui déterminent les changements, et pas principalement ou exclusivement les saisons.
Le mot «
année » n’a-t-il pas évolué, comme le mot «
terre » ou le mot «
jour » ?
A l’origine, il détermine peut-être une période (un temps) à un endroit (un espace).
Les «
ans » ne sont-ils pas ici des «
périodes » visant des campements successifs de tribus nomades ?
On peut comprendre ainsi qu’après 130 périodes ou déplacements, Adam engendre Seth. Il va encore vivre 800 déplacements. La durée de chaque campement va varier. Rien ne justifie de considérer qu’elle serait égale de manière fixe à une rotation de la terre autour du soleil ou à environ 12 mois de 30 jours de 24 heures.
Après avoir serré sa ceinture (« shanac ») et changé d’endroit (« shanah » ou « shéna »), chaque campement (« machaneh ») où l’on vient camper (« chanah ») et où l’on se repose (« shenah ») est d’une durée variable de quelques semaines à quelques mois. Le temps de ce repos « shenah » (un « sommeil ») dans les changements successifs de nomades devient un « shenah » (une durée). La mesure de l’histoire.
Le calcul des périodes successives au rythme variable des campements successifs au fil des déplacements, qui, pour des nomades, tient compte du temps et de l’espace, a cessé d’être possible lorsque les patriarches sont devenus sédentaires.
Dès lors qu’ils cessaient de se déplacer, le temps a cessé d’être déterminé par leurs déplacements et a commencé à être déterminé par les variations régulières de la nature (climat, végétations, fruits et productions agricoles) de l’endroit où ils se sont fixés.
La fixité de l’habitat a alors limité la mesure du temps aux variations naturelles déterminées par la répétition de la rotation de la terre autour du soleil. Cette période est devenue fixe dans sa durée parce que les humains ont cessé de se déplacer. Et cette immobilité causée par l’installation sédentaire et la cessation de la vie nomade a pu donner aux périodes, aux «
années », un nouveau sens qui n’était plus celui d’une durée variable des campements successifs des patriarches nomades, mais celui d’une durée fixe de 365 jours de 24 heures.
Pourquoi plaquer sur le texte biblique ancien notre notion strictement mesurée d’une «
année » en oubliant le sens différent que ce mot a pu avoir lorsque le temps était mesuré par les changements successifs de campements de nos ancêtres nomades ?
Pour le (ou les) rédacteurs du début de la Genèse, la nouvelle « année » pour les patriarches de la Genèse, n’était-ce pas, chaque fois, le jour où ils ceignaient leur ceinture pour changer et repartir vers un autre endroit ?
Bonne année 2012 à tous !
[14 janvier 2012 : Le messages de ce fil a été revu et intégré dans un ensemble de réflexions sur l’évolution, la création et l’incarnation intitulé « Adam et Eve : quelle réalité concrète ? » dont le document de travail actuel est disponible dans le sous-forum de l’Ecriture Sainte :
http://cite-catholique.org/viewtopic.php?f=91&t=20369]