Réévaluer le Concile Vatican II

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. » (Mt 5.13-14)
Règles du forum
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions ecclésiales
salésienne05
Senator
Senator
Messages : 679
Inscription : lun. 06 juin 2011, 19:51
Localisation : Alpes-Maritimes/Hautes-Alpes

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par salésienne05 »

C'est incroyable de voir que l'on juge des fruits d'un concile au remplissage des Eglises et des séminaires. Certes, les églises et les séminaires étaient pleins. Mais y avait-il plus de saints avant que maintenant ?

Pourquoi ne pas se dire : à temps de crise, temps d'opportunité ?

La "décadence" telle que vous la présentez n'est pas le fruit du Concile. D'ailleurs, la décadence d'aujourd'hui n'a rien à envier à celle d'hier. Elle ne se situe seulement plus dans le même registre et bénéficie d'une certaine "transparence".

Si pour vous tous, évangéliser, c'est forcément revenir en arrière, faire de l'archéologie spirituelle, c'est tout de même dommage : l'Esprit souffle, le Seigneur est vivant, Il est à l'oeuvre, à nous de nous adapter. Et l'Esprit n'est pas à l'oeuvre pour nous ramener au siècle passé : Il est à l'oeuvre pour que la Bonne Nouvelle soit annoncée ici et maintenant, dans le monde d'aujourd'hui. Et la Bonne Nouvelle, ce n'est pas d'abord le sabre et le goupillon, assorti du Magistère, mais c'est bien l'annonce d'un Dieu qui s'est incarné, qui est mort et qui est ressuscité pour nous, par Amour et seulement par Amour.

Déjà au 17ème siècle, Saint François de Sales écrivait qu'au lieu de nous lamenter au pied du tabernacle de voir les églises vides, il nous fallait trouver le moyen d'attirer joyeusement les âmes autour du tabernacle... Je signale à tout hasard pour ceux qui ne le sauraient pas, que François de Sales, tout docteur de l'Eglise qu'il soit, voyaient ses livres déchirés en chaire par les prêtres qui le trouvaient "progressiste" (même si le terme n'existait pas à l'époque). Les catholiques fervents, même au sein d'églises pleines, ont toujours été minoritaires.

Vatican II n'est ni traditionnaliste ni progressiste : il est l'Esprit qui a soufflé à ce moment de l'histoire de l'Eglise. Je pense surtout que Vatican II avait pressenti ce qui allait se passer et a donc une longueur d'avance. La crise, nous la vivons car le monde occidental étouffe sous le matérialisme ambiant. Mais les braises sont là, et l'Esprit du Concile souffle toujours... des chrétiennes et des chrétiens qui auront acquis une bonne maturité vont en sortir. Ils sont moins nombreux mais bien plus spirituels et enracinés dans un coeur à coeur avec Jésus que ne l'étaient leurs aînés (qui pourtant remplissaient les églises). Ils sont également mieux formés à la vie mystique.

On n'a pas encore épuisé la richesse de Vatican II.

A nous, peuple de baptisés, là où nous sommes, en aimant le monde tel qu'il est, d'être des porteurs de Bonne Nouvelle, de donner cette Bonne Nouvelle à ceux qui ne s'en préoccupent pas. Montrons-leur à quel point cette Bonne Nouvelle rend l'homme libre, debout et plein de joie.

Au lieu d'accuser Pierre, Paul ou Jacques, retroussons nos manches, examinons le monde sans nous lamenter, aimons-le à la manière du Christ, prions le Saint Esprit de nous assister, et vivons de l'Evangile là où le Seigneur nous a placés.

Fraternellement.

Cécile
Avatar de l’utilisateur
Véronique Belen
Quæstor
Quæstor
Messages : 209
Inscription : mar. 06 mars 2012, 12:18
Contact :

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par Véronique Belen »

Homélie d'aujourd'hui à la messe télévisée, par Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg

Vatican II, une boussole fiable pour notre siècle

Qu’avons-nous répondu au diacre, frères et sœurs ? Non pas seulement « oui, amen ou louange à la Parole… », mais « louange à toi, Seigneur Jésus ! » Ce rappel simple et essentiel, que la Parole de Dieu c’est le Christ lui-même, le Concile Vatican II a voulu le faire avec force. En répondant au jeune homme : « pour avoir la vie éternelle, observe les commandements… puis donne tout et suis moi » (1), le Christ, Parole de Dieu, le touche au cœur. Oui, « elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée pénétrant au plus profond de l’âme. » (2) Voilà ce que rappelèrent, il y a 50 ans, les Pères du Concile : « Que toute la prédication et la religion chrétienne elle-même, soit nourrie et régie par la Parole de Dieu. » (3)

Mais au fait, qu’est-ce que le Concile Vatican II ? Ce fut la réponse faite par 2400 évêques du monde entier, au pape Jean XXIII, les invitant à porter collégialement le souci de l’Église catholique, mais aussi des hommes et des femmes de leur temps, car il ne saurait y avoir « rien d’humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » (4) Souci d’aggiornamento, retour à l’essentiel de la foi et de la vie de l’Église, souci de vérité et de fraternité… Soyons donc reconnaissants aux pères et théologiens du Concile ! À Strasbourg, nous le sommes pour nos pasteurs, Mgr Weber et Mgr Elchinger, qui firent tant pour la Parole de Dieu, l’œcuménisme et le rapport fraternel envers les juifs… Que serions-nous aujourd’hui, sans cet événement providentiel du Concile, « boussole fiable » (5), « grande force pour le renouveau de l’Église », selon notre Pape Benoît XVI ?(6) L’Église fut donc invitée à un profond renouvellement, en fidélité aux racines de sa foi et en docilité à l’Esprit Saint qui, sans cesse, l’anime. De l’œuvre immense du Concile, soulignons trois démarches essentielles ; vers le Christ, vers l’Église, vers les hommes de ce temps.

Vers le Christ : le Christ est Parole, Verbe de Dieu. La Parole de Dieu occupe une place centrale dans la vie du chrétien et dans la liturgie. La réforme liturgique fut faite pour aider les fidèles à mieux comprendre le mystère de la foi, à y participer davantage (7) et à s’unir au Christ. « À cette union avec le Christ, lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés. » (8)

Vers l’Église : l’Église n’est pas d’abord organisation, mais corps du Christ, sanctifié par l’Esprit, peuple de Dieu en marche vers le Père. Si les prêtres ont « une fonction indispensable de pères et de docteurs… au milieu des baptisés, ils sont des frères parmi leurs frères, membres du Corps du Christ dont la construction est confiée à tous. » (9) Tous, « quel que soit leur état ou leur forme de vie, sont appelés à la sainteté, perfection de la charité. » (10) L’œcuménisme devient tâche essentielle de l’Église afin que tous les chrétiens confessent une même foi. Bonheur de goûter à la même Parole de Dieu et de prier le même Père… Persévérons, malgré les embûches, laissons-nous réconcilier, ensemble, avec Dieu !

Vers les hommes d’aujourd’hui : « Leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses » (19) sont les nôtres. Nous devons être fraternels envers tous les hommes quels qu’ils soient : comme nous, ils sont enfants de Dieu, aimés de Lui, créés à son image (12). Avec les croyants non chrétiens, nous sommes invités « au dialogue et à la collaboration, avec prudence et respect, tout en témoignant de notre propre foi. » (13) Liberté religieuse, dialogue interreligieux, respect des consciences sont affirmés. L’Église reconnaît les racines juives de sa foi et invite à une attitude définitivement positive à l’égard de ses « frères aînés. » (14)

Ce Concile, concluait Paul VI, « fut un appel amical et pressant conviant l’humanité à retrouver, par la voie de l’amour, ce Dieu dont on a pu dire : ‘S’éloigner de Lui, c’est périr ; se tourner vers lui, c’est ressusciter… habiter en lui, c’est vivre’. » (15)

Vatican II, une vie pour aujourd’hui et pour demain !

Notes : (1) Mc 10,17,21 ; (2) Heb 4,12 ; (3) Dei Verbum 21 ; (4) Gaudium et Spes 1 ; (5) Jean-Paul II, Novo Millenio ineunte, 2001 ; (6) Benoît XVI, Porta Fidei, 2012 ; (7) cf Sacrosanctum Concilium 1 ; (8) Lumen Gentium 3 ; (9) Presbyterorum Ordinis 9 ; (10) Lumen Gentium 40 ; (11) Gaudium et Spes 1 ; (12) cf Nostra Aetate 5 ; (13) Nostra Aetate 2 ; (14) Nostra Aetate 4 ; (15) Paul VI, citant Saint-Augustin, discours de clôture du 8.12.1965

Prédicateur :
Frère Jean-Pierre Grallet
Références bibliques :
Sg 7, 7-11 ; Ps. 89 ; He 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

Paroisse : Eglise Saint-Pierre-le-Vieux Strasbourg (Bas-Rhin)

Source : http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/ ... %29/fre-FR
www.histoiredunefoi.fr
jeanbaptiste
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 3085
Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par jeanbaptiste »

Tout récemment le Saint père a laissé entendre que ce concile avait laissé de bonnes choses, telle que le rapprochement entre les chrétiens, catholiques, orthodoxes, protestants et autres...

Notamment, aussi, que la catholique n'était pas la seule religion valable.
Ah Papoter, toujours là pour mettre le boxon :D

Vous devez bien être le seul à n'avoir pas entendu parler de Dominus Jesus.

http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... us_fr.html
Peut être le Saint Père pourrait avec des encycliques ou des motu proprio corriger l'impact de certains.
Cela a été fait depuis longtemps par le Magistère : Dominus Iesus, tous les textes sur les abus en liturgie depuis le pontificat de Jean-Paul II, le récent Dei Verbum etc.

Mais la question est la suivante : quand prêtera-t-on simplement l'oreille à ce que nous propose le Magistère avant de juger ?

Certes, on peut chercher des coupables : la faute aux prêtres qui n'en parle pas, la faute aux évêques, la faute aux catéchistes etc.

Bien, mais regardons les choses en face : quand nous sommes des habitués de ce forum, quand nous savons utiliser internet pour être au courant des dernières nouvelles mondiales, nous devrions savoir où chercher ces informations doctrinales qui sont désormais à la portée des mains du monde entier. Qui cherche trouve !

Je crains malheureusement que sur certains points qui nous conforte dans nos attitudes pécheresse (quelles qu'elles soient), nous ne voulons pas chercher, ni entendre.

Tout est là : vatican.va
Avatar de l’utilisateur
PaxetBonum
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 9857
Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par PaxetBonum »

salésienne05 a écrit :
On n'a pas encore épuisé la richesse de Vatican II.
Je crois surtout que beaucoup de ceux qui croient l'avoir appliqué pensent que Vatican II c'était : 'fait ce que tu veux tant que tu le fait avec de bon sentiments comme Jésus'…
Je dis cela surtout au niveau liturgique où l'on a tout subit. Oui subit au nom de Vatican II qui n'y était souvent pour pas grand chose mais qu'une équipe paroissiale (sorte de politbureau catholique) imposait au prêtre et au fidèles au nom de je ne sais quel renouveau.
Ils auront ainsi tué la Foi de bien des uns…

Mais vous avez raison, ceux qui auront persisté dans la Foi dans ce navrant spectacle sont des graines de saints.
Les religieux et séminaristes d'aujourd'hui ont une Foi qui leur a fait traverser ce désert liturgique en restant fidèle.
Tout porte à croire qu'ils ne mettront pas sous le boisseau la flamme qu'ils portent et qui les porte.
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise
jean_droit
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 8381
Inscription : jeu. 08 déc. 2005, 13:34
Localisation : Périgord

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par jean_droit »

Voici une belle analyse des propos du Saint Père sur Vatican II.

Benoît XVI rappelle combien le premier jour du Concile fut un jour de joie.
Pour ceux qui l'on vécu nous étions remplis d'espérance.
Nous nous fichions bien des oppositions que nous ressentions.
Nous nous fichions bien des idéologies en tout genre.
Nous espérions que notre Eglise allait aller de l'avant, poursuivre son chemin, se moderniser ....

Au moins dans ces extraits le Saint Père cite principalement les points contestables ou contestés du Concile. Il donne des avis nuancés et c'est vraiment le maximum de ce que peut dire un Pape.

N'ayant pas lu ses autres interventions ou l'intégrale de ses interventions je suppose que le Saint Père a dû parler des autres textes du concile qui ne posent guère de problèmes et en sont, à mes yeux, sa véritable richesse.


De Belgicatho :

http://belgicatho.hautetfort.com/archiv ... t-xvi.html

Recopié in extenso car je trouve que tout est intéressant.
12/10/2012
Vatican II : le regard nuancé de Benoît XVI

Sandro Magister revient sur les différents messages émis ces derniers jours par le pape au sujet de Vatican II :

Les cinq journées "conciliaires" du pape

Au cours des cinq jours qui ont été marqués à la fois par le début du synode des évêques consacré à la nouvelle évangélisation et par l’ouverture de l'année de la foi, Benoît XVI est intervenu six fois à propos de la question la plus controversée et la plus brûlante de toutes : le concile Vatican II.

Avec des accents différents à chaque fois. Et parfois surprenants.

1. L'HOMÉLIE DU DIMANCHE 7 OCTOBRE

Lors de la messe d’ouverture du synode, au cours de laquelle il a mis saint Jean d'Avila et sainte Hildegarde de Bingen au nombre des docteurs de l’Église, le pape a remarqué qu’"une des idées fondamentales de la nouvelle impulsion que le concile Vatican II a donnée à l’évangélisation est celle de l’appel universel à la sainteté".

"Les véritables protagonistes de l’évangélisation", ce sont les saints. Et Benoît XVI de poursuivre :

"La sainteté ne connaît pas de barrières culturelles, sociales, politiques, religieuses. Son langage – celui de l’amour et de la vérité – est compréhensible par tous les hommes de bonne volonté et les rapproche de Jésus-Christ, source intarissable de vie nouvelle".


2. LA "LECTIO DIVINA" DU LUNDI 8 OCTOBRE



Dans la méditation qu’il a prononcée devant les pères du synode après la récitation de l’office de tierce, le premier matin des travaux, Benoît XVI a insisté sur le primauté de Dieu pour ce qui est de "faire" l’Église :

"Nous ne pouvons pas faire l’Église, nous pouvons seulement faire connaître ce que Lui a fait. L’Église ne commence pas avec notre 'faire' mais avec le 'faire' et le 'parler' de Dieu. Ainsi les Apôtres n’ont pas dit après certaines assemblées : à présent nous voulons créer une Église et avec la forme d’une constituante ils auraient élaboré une constitution. Non, ils ont prié et dans la prière ils ont attendu, car ils savaient que seul Dieu lui-même peut créer son Église. [...] Comme à cette époque, c’est seulement grâce à l’initiative de Dieu que pouvait naître l’Église, [...] ainsi aujourd’hui aussi c’est seulement Dieu qui peut commencer, nous ne pouvons que coopérer et le début doit venir de Dieu".

On voit transparaître ici, dans l’allusion polémique du pape à une "constituante", sa critique de l'identification faite par certains entre le concile Vatican II et une assemblée destinée à donner à l’Église une "constitution", par analogie avec les États.

L’universitaire qui a le plus soutenu cette thèse, même si c’est avec toutes les précautions que demande la question, est Peter Hünermann, de la faculté de théologie de Tubingen, responsable d’un imposant commentaire théologique du concile Vatican II en cinq volumes, publié aux éditions Herder.

3. L'AUDIENCE GÉNÉRALE DU MERCREDI 10 OCTOBRE

Lors de l’audience accordée aux fidèles le 10 octobre, le pape Joseph Ratzinger a rappelé que la convocation de Vatican II n’avait pas été provoquée, comme cela avait été au contraire le cas pour d’autres conciles, par des erreurs en matière de foi qu’il fallait corriger ou condamner, mais par l’intention de "présenter à notre monde, qui a tendance à s’éloigner de Dieu, l’exigence de l’Évangile dans toute sa grandeur et toute sa pureté".

En d’autres termes :

"Ce qui est important aujourd’hui, tout comme cela l’a été dans la volonté des pères conciliaires, c’est que l’on voie – à nouveau, de manière claire – que Dieu est présent, qu’il nous regarde, qu’il nous répond. Et que, au contraire, lorsque la foi en Dieu fait défaut, ce qui est essentiel s’écroule, parce que l’homme perd sa dignité profonde et ce qui fait la grandeur de son humanité".

En guise de boussole pour cette navigation, le pape indique les documents du concile, "auxquels il faut revenir, en les dégageant d’une masse de publications qui, bien souvent, les ont cachés au lieu de les faire connaître ".

4. LA PRÉFACE A SES ÉCRITS RELATIFS AU CONCILE

"Ce fut une journée splendide" : c’est en ces termes que Benoît XVI évoque le 11 octobre 1962 dans la préface aux deux volumes de ses "opera omnia" qui contiennent ses écrits relatifs au concile Vatican II et dont la parution en Allemagne est imminente.

Cette préface a été présentée de manière anticipée par "L'Osservatore Romano" dans l’après-midi du 10 octobre. Le pape y entre plus que jamais dans le vif de la controverse.

Ayant préalablement affirmé que “Jean XXIII avait convoqué le Concile sans lui indiquer de problèmes concrets ou de programmes” et que ce fut là sa “grandeur et en même temps la difficulté”, le pape écrit qu’il y avait cependant "une attente générale".

Et il résume celle-ci de la manière suivante, tout en en reconnaissant à nouveau les limites :

"L’Église, qui à l’époque baroque avait encore, d’une certaine manière, modelé le monde, à partir du XIXe siècle était entrée d’une façon toujours plus évidente dans une relation négative avec l'époque moderne, qui ne commença vraiment qu’à ce moment-là. Les choses devaient-elles demeurer ainsi ? L’Église ne pouvait-elle accomplir un pas positif dans les temps nouveaux ? Derrière la vague expression 'monde d’aujourd’hui' se trouve la question du rapport avec l'époque moderne. Pour l’éclaircir il aurait été nécessaire de mieux définir ce qui était essentiel et constitutif de l'époque moderne. On n’y est pas parvenu dans le 'Schéma XIII'. Même si la Constitution pastorale exprime beaucoup de choses importantes pour la compréhension du 'monde' et apporte d’importantes contributions sur la question de l’éthique chrétienne, sur ce point elle n’a pas réussi à offrir un éclaircissement substantiel”.

Toutefois, immédiatement après cette note critique envers "Gaudium et spes", le pape poursuit en disant :

“De manière inattendue, on ne trouve pas la rencontre avec les grands thèmes de l'époque moderne dans la grande Constitution pastorale, mais bien dans deux documents mineurs, dont l'importance est apparue seulement peu à peu, avec la réception du Concile”.

Ces deux documents sont la déclaration “Dignitatis humanæ” concernant la liberté religieuse et la déclaration “Nostra ætate” concernant les relations avec les religions non chrétiennes.

À propos de "Dignitatis humanæ", Benoît XVI rappelle ce qu’il a affirmé plusieurs fois, y compris contre les objections des lefebvristes et des traditionalistes. À savoir que le concile a effectivement contredit le magistère des papes des derniers siècles, qui s’était révélé "insuffisant", mais pour revenir à la tradition originelle, au principe de la liberté religieuse porté par les premiers chrétiens dans le monde païen de l'époque.

Selon Benoît XVI, il a été "certainement providentiel" que, après le concile, il y ait eu un pape comme Jean-Paul II, venu de la Pologne communiste, c’est-à-dire "d'une situation qui ressemblait par certains côtés à celle de l'Église antique, si bien que le rapport intime entre la foi et le thème de la liberté devint à nouveau visible".

En ce qui concerne "Nostra ætate", Benoît XVI écrit que ce texte a “abordé un thème dont l’importance n’était pas encore prévisible à l’époque”. Mais il en montre également les limites :

“La tâche que celui-ci implique, les efforts qu'il faut encore accomplir pour distinguer, éclaircir et comprendre, apparaissent toujours plus évidents. Au cours du processus de réception active, une faille est peu à peu apparue également dans ce texte, qui est en soi extraordinaire : celui-ci parle de la religion uniquement de manière positive et ignore les formes malades et déviées de religion qui, du point de vue historique et théologique, ont une vaste portée ; c'est pourquoi, dès le début, la foi chrétienne a été très critique, que ce soit vers l'intérieur ou vers l'extérieur, à l'égard de la religion”.

5. L'HOMÉLIE DU JEUDI 11 OCTOBRE

Lors de la messe d’ouverture de l’année de la foi, le pape a réaffirmé que la volonté des pères conciliaires était de "présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient".

Mais ensuite il est arrivé que, "en revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du 'depositum fidei' qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité".

Si donc l’Église propose aujourd’hui une année de la foi – a-t-il poursuivi – "ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que le besoin s’en fait sentir, encore plus qu’il y a cinquante ans".

Au cours de ces décennies une "désertification" spirituelle s’est développée. "Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre Promise et tiennent ainsi l’espérance en éveil".

En ce qui concerne, dans l'interprétation du concile, les oppositions entre l’esprit et la lettre, entre la continuité et la rupture, le pape s’est exprimé ainsi :

"J’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la 'lettre' du Concile – c’est-à-dire à ses textes – pour en découvrir aussi l’esprit authentique et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permet d’en saisir la nouveauté dans la continuité".

6. LA BÉNÉDICTION DU SOIR DU 11 OCTOBRE

Enfin, le soir du 11 octobre, Benoît XVI s’est mis à la fenêtre de son bureau, face à une place Saint-Pierre pleine de monde, où brillaient des milliers de petites lumières, comme au soir du11 octobre 1962, jour où le concile a commencé.

Et il a parlé en improvisant. Voici ce qu’il a dit :

"Il y a cinquante ans, ce même jour, j’étais moi aussi sur cette place, le regard tourné vers cette fenêtre où s’est montré le bon pape, le bienheureux pape Jean, et il nous a adressé des paroles inoubliables, pleines de poésie, de bonté, des paroles qui venaient du cœur. Nous étions heureux, je dirais pleins d’enthousiasme.

"Le grand concile œcuménique était inauguré. Nous étions sûrs qu’un nouveau printemps de l’Église allait venir, une nouvelle Pentecôte, une nouvelle présence forte de la grâce libératrice de l’Évangile.

"Aujourd’hui aussi, nous sommes heureux, nous avons la joie au cœur, mais je dirais une joie peut-être plus sobre, une joie humble. Au cours de ces cinquante ans, nous avons appris et expérimenté que le péché originel existe et se traduit toujours de nouveau en péchés personnels qui peuvent aussi devenir des structures du péché. Nous avons vu que, dans le champ du Seigneur, il y a aussi toujours de l’ivraie. Nous avons vu que, dans le filet de Pierre, il y a aussi toujours de mauvais poissons. Nous avons vu que la fragilité humaine est aussi présente dans l’Église, que la nef de l’Église navigue par vent contraire et que des tempêtes la menacent. Et parfois nous avons pensé : où est le Seigneur ? Il nous a oubliés ! Cela, c’est une partie des expériences qui ont été faites au cours de ces cinquante ans.

"Mais nous avons aussi eu la nouvelle expérience de la présence du Seigneur, de sa bonté, de sa force. Le feu du Saint-Esprit, le feu du Christ, n’est pas un feu dévorant, destructeur. C’est un feu silencieux, une petite flamme de bonté, de bonté et de vérité qui transforme, qui donne de la lumière et de la chaleur.

"Nous avons vu : le Seigneur ne nous oublie pas. Aujourd’hui aussi, à sa manière humble, le Seigneur est présent et il donne de la chaleur aux cœurs, il montre la vie, il crée des charismes de bonté et de charité qui illuminent le monde et qui sont pour nous une garantie de la bonté de Dieu.

"Oui, le Christ vit, il est avec nous aujourd’hui aussi et nous pouvons être heureux aujourd’hui aussi parce que sa bonté ne s’éteint pas, elle est forte aujourd’hui aussi. Pour finir, j’ose faire miennes les paroles inoubliables du pape Jean. Rentrez chez vous, embrassez vos enfants et dites-leur que c’est de la part du pape. Et avec cela je vous donne ma bénédiction de tout mon cœur".
etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 13130
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par etienne lorant »

Aujourd'hui, de Rome :
L'« AGGIORNAMENTO » N'EST PAS UNE « RUPTURE AVEC LA TRADITION »
[+] Texte masqué
http://www.zenit.org/article-32187?l=french
Le christianisme, toujours nouveau

Benoît XVI a centré sa réflexion sur ce mot d' «aggiornamento» - "mise à jour" - "lancé par le bienheureux Jean XXIII, de façon quasi programmatique" et qui "s’est retrouvé continuellement dans les travaux conciliaires".
« Je suis convaincu, a déclaré Benoît XVI, que l’intuition du bienheureux Jean XXIII résumée par ce mot a été et est encore exacte ».
Il explique son affirmation par la pérennité de l’Evangile et du christianisme, nouveau à chaque génération, en raison de la présence vivante et vivifiante du Christ ressuscité : « Le christianisme ne doit pas être considéré comme « quelque chose du passé », et il ne doit pas être vécu avec le regard fixé en permanence « en arrière », parce que Jésus Christ est hier, aujourd’hui et pour l’éternité. Le christianisme est marqué par la présence du Dieu éternel qui est entré dans le temps et qui est présent à chaque époque, afin que chaque époque jaillisse de sa puissance créatrice, de son éternel « aujourd’hui ». » « C’est pour cela que le christianisme est toujours nouveau », déclare le pape.
Il propose l’image d’un arbre toujours verdoyant : « Nous ne devons jamais le voir comme un arbre pleinement développé à partir du grain de moutarde évangélique, qui a grandi, a donné ses fruits, et un beau jour vieillit et dont énergie vitale arrive à son crépuscule. Le christianisme est un arbre qui est, pour ainsi dire, dans une aurore « permanente », est toujours jeune ».
Mais surtout, il insiste sur la continuité supposée par cette « mise à jour » : « Cette actualité, cet « aggiornamento », ne signifie pas rupture avec la tradition, mais en exprime la vitalité continuelle ; elle ne signifie pas réduire la foi, en l’abaissant à la mode des époques, à l’aune de ce qui nous plaît, de ce qui plaît à l’opinion publique, mais c’est le contraire : exactement comme l’ont fait les Pères conciliaires, nous devons amener « l’aujourd’hui » que nous vivons à l’aune de l’événement chrétien, nous devons amener « l’aujourd’hui » de notre temps dans « l’aujourd’hui » de Dieu ».
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Avatar de l’utilisateur
PaxetBonum
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 9857
Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par PaxetBonum »

etienne lorant a écrit :Aujourd'hui, de Rome :
L'« AGGIORNAMENTO » N'EST PAS UNE « RUPTURE AVEC LA TRADITION »
C'était peut-être la volonté générale mais en France il en a été autrement.
Je peux vous citer des cas de religieux qui ont subit cet "aggiornamento".
Par exemple ce capucin a qui il a été expliqué qu'au nom dudit "aggiornamento" il fallait jeter sa bure, vendre le couvent et aller en HLM au milieu de leurs frères les hommes…
Il a demandé à pouvoir rester dans le couvent où il avait toujours vécu depuis son retour de mission.
Après délibération ils ont accepté de laisser les 'vieux' au couvent, avec comme seule directive de ne pas recevoir de novices… (ils voulaient en faire un mouroir et surtout ne pas voir ce mode de vie dépassé, datant de Saint François, perdurer comme le demande la règle de l'ordre…
Il a finit ermite seul au fond des forêts…

Pas une rupture avec la tradition ?
Un véritable assassinat de la tradition dans certains cas !
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise
etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 13130
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par etienne lorant »

Je viens de découvrir ce blog et en parcourant le dernier article, je me suis vraiment rendu compte à quel point la FSSPX est loin de vouloir renouer avec Rome. Pour moi, en tout cas, il n'est plus question d'aller jamais (d'ailleurs je ne m'y suis jamais rendu) à une de leurs célébrations. Les orgueilleux n'enseignent que l'orgueil.
[+] Texte masqué
http://tradinews.blogspot.be/2012/10/ab ... lican.html
15 OCTOBRE 2012

[Abbé Pierre Barrère, fsspx - Le Pélican] Soyons fidèles à l’Eglise de toujours
SOURCE -Abbé Pierre Barrère, fsspx - Le Pélican - septembre/octobre 2012
« Il relève de la fonction du bon chef de rendre ses soldats prudents contre des embûches. » Il est vrai que notre ennemi est perfide et rusé. « Nombreuses sont les ruses de l’homme perfide. Il siège au milieu des ruses avec les riches (Psaume 10, 8), c’est-à-dire avec les orgueilleux. » (Sermon de saint Thomas d’Aquin sur les faux prophètes.)

Depuis quelques mois, à savoir depuis le 14 septembre 2011 beaucoup de choses étaient obscures dans les relations de la Fraternité avec Rome d’où les troubles que cela a engendrés dans nos rangs. Les dernières nouvelles que notre Supérieur général nous a communiquées dans une conférence au cours de la retraite sacerdotale à Ecône le vendredi 7 septembre 2012 ont l’avantage de dissiper un brouillard tenace et de nous apporter la clarté du moins quant aux intentions du Pape et de la Rome actuelle vis-à-vis de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX). Ce qui veut dire que nous savons désormais à quoi nous en tenir. Les ennemis de l’Eglise qui ont pris la peau de mouton pendant quelques mois pour se rapprocher des traditionnalistes et les circonvenir sont désormais mieux identifiés. A nous donc de nous maintenir sur nos gardes et de nous méfier en imitant la prudence du serpent vis-à-vis de ces professionnels de l’embrouille.

En fait que s’est-il passé durant la période de septembre 2011 jusqu’à la fin du mois de juin 2012 ? Certaines personnalités romaines ont réussi à faire croire à nos supérieurs de Menzingen que le Pape et ses proches collaborateurs voulaient désormais rendre le concile discutable ou objet d’opinion. Plusieurs évènements ces dernières années pouvaient donner quelque fondement à ces rumeurs. D’abord il y a eu les petites ouvertures de Benoît XVI en faveur de la FSSPX concernant les conditions réclamées par celle-ci avant d’entamer de nouvelles relations. Il y a eu encore les livres de Mgr Bruno Ghérardini « Vatican II un débat à ouvrir » et « Vatican II le concile qui n’a pas eu lieu » ainsi que d’autres écrits d’auteurs extérieurs à la FSSPX qui allaient dans le sens d’une vague remise en question du dernier concile ( le bulletin d’information DICI s’en est fait l’écho dans ses colonnes ). Ces écrits ont eu un succès certain dans nos chapelles. Le Pape n’a pas semblé désapprouver tout cela aussi peut-être en était-il discrètement le chef d’orchestre dans le but remettre de l’ordre dans l’Eglise. En effet sous Jean Paul II et Paul VI nous n’avions pas connu un tel climat de contestation du concile, sauf bien sûr, de la part de la FSSPX. Egalement les discussions doctrinales tenues secrètes des théologiens de la Fraternité et des experts romains ont pu amener à penser que la Rome actuelle était prête à revoir certaines de ses positions et à redresser les plus graves de ses déviances concernant surtout la nouvelle messe, l’œcuménisme, la liberté religieuse et beaucoup d’autres choses encore. Enfin les médias ont diffusé des émissions télévisées présentant Benoit XVI comme un Pape qui ne croit plus au concile Vatican II. Les journalistes semblent suivre la dessus une directive précise : il faut montrer ce Pape comme un crypto intégriste prêt à tout accorder à la FSSPX. Ainsi les médias, ces faiseurs d’opinion, font coup double :

a) Ils paralysent les initiatives de Benoît XVI dans le cas où il aurait la velléité d’être trop favorable à la Tradition (personne n’aime avoir la réputation d’intégriste surtout pas le chef de l’Eglise officielle qui se doit d’avoir la réputation d’un homme large et ouvert).

b) Plus tard il sera plus facile a un successeur progressiste de démolir les petites avancées favorables à la Tradition en les dénonçant comme trop favorables à l’intégrisme. C’est la technique révolutionnaire bien connue : trois pas en avant (ex : Jean Paul II) et deux pas en arrière (ex : Benoît XVI), le prochain : trois pas en avant …etc... Ainsi on s’éloigne toujours plus, mais en douceur, de la foi de l’Eglise.

Le résultat a été que nos dirigeants de Menzingen se sont imaginé qu’un petit commencement de lumière semblait poindre dans les têtes romaines. Etait-ce une lueur d’espoir qu’il ne fallait pas éteindre ? « N’éteins pas la mèche qui fume encore » dit la Sainte Ecriture. Comptant sur la toute puissance de Dieu et l’appui de Notre Dame par les millions de chapelets successifs ils ont estimé qu’il fallait adopter durant cette période l’attitude de la simple colombe c’est-à-dire faire confiance devant les signes positifs imparfaits, certes, mais tout de même positifs. Aussi le discours était du genre : Rome avec Benoît XVI commence à sortir de sa léthargie, Rome va ouvrir les yeux, Rome ouvre les yeux et se rend compte des erreurs qu’elle diffuse depuis 50 ans qui font perdre la foi et vident paroisses et séminaires, elle veut corriger mais ne le peut pas tout d’un coup, elle est du moins en train de comprendre que sa rupture avec l’Eglise de toujours est de plus en plus patente. Le Pape nous veut pour le bien de l’Eglise, on ne peut pas refuser de répondre à son appel…etc.

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
jean_droit
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 8381
Inscription : jeu. 08 déc. 2005, 13:34
Localisation : Périgord

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par jean_droit »

Voici un article assez intéressant sur le Concile Vatican II.

Trouvé sur le site "Benoît et moi" !

http://benoit-et-moi.fr/2012(III)/artic ... can-ii.php
Roberto de Mattei né en 1948, historien catholique italien, est une personnalité "clivante".

Au journaliste de La Repubblica auquel il a accepté de répondre avec une grande dignité, malgré l'insolence des questions, qui l'interroge:

"Vous êtes un catholique intégriste?", il répondait crânement, en 2011:"J'aimerais me définir comme catholique tout court. Mais aujourd'hui, c'est insuffisant. Je suis un catholique intransigeant" .
«Le Concile est vivant s'il est uni à la tradition de l'Eglise»

Entretien avec Roberto de Mattei; professeur d'Histoire de l'Église et d'Histoire moderne à l'Université Européenne de Rome, il est l'auteur de «Le Concile Vatican II. Une histoire jamais écrite» (Lindau 2011).

http://vaticaninsider.lastampa.it/inchi ... lio-19386/
LUCA ROLANDI
-----------------------

- Cinquante ans après son ouverture, qu'a légué le Concile à l'Église aujourd'hui? Célébrer ou vivre Vatican II?

- L'Eglise vit aujourd'hui une des périodes les plus difficiles de son histoire, au point que Benoît XVI a ressenti la nécessité de déclarer une Année de la foi, pour faire revivre le message éternel de l'Évangile, non seulement à la société occidentale sécularisée, mais à l'Eglise elle-même.

Il s'agit de comprendre quelles sont les causes de cette crise dans l'Eglise et dans quelle mesure elles sont reliés au Concile Vatican II. Je crois que les racines de la crise morale et religieuse contemporaine préexistaient au Concile, mais en lui, elles ont eu un indubitable instant de déflagration. À cet égard, le Concile nous a laissé un lourd héritage. L'heure est venue, il me semble, de prendre acte de l'échec de la méthode pastorale de Vatican II.

- Les interprétations historiques, les herméneutiques, rupture, discontinuité, ou réforme, le temps de réception. Votre évaluation?

- Il y a un risque de se perdre dans des discussions inutiles. Benoît XVI, dans son discours à la Curie romaine le 22 Décembre 2005, a déclaré qu'à l'herméneutique de la discontinuité ne s'oppose pas une herméneutique de la continuité 'tout court' (en français dans le texte) , mais une «herméneutique de la réforme» dont la vraie nature est constituée d'un ensemble «de continuité et de discontinuité à différents niveaux».

Tout le monde accepte l'existence de différents niveaux de continuité et de discontinuité du Concile Vatican II par rapport à l'Eglise précédente. Il s'agit toutefois de comprendre sur quel plan on se place. Je pense qu'il est important de distinguer l'événement historique des documents, et avant de lire et d'évaluer les documents, il est nécessaire de reconstruire la vérité historique de ce qui s'est passé à Rome entre 1962 et 1965.

Certains m'accuseront d'utiliser la même méthode que l'École de Bologne, alors qu'il y a une différence de fond. L'École progressiste de Bologne transforme l'histoire en un locus theologicus, confiant à l'historiien le rôle du théologien. Moi, au contraire, j'affirme la distinction des rôles et je pense que l'interprétation des textes ne revient pas à l'historien, mais au Magistère de l'Eglise,

- Un concile œcuménique: quelles ont été les grandes nouveautés qui ont changé la manière d'être l'Église, en particulier pour ceux qui ont vécu le Concile et ceux qui en ont seulement entendu parler. Lorsque les témoins auront disparu, que restera-t-il?

- Je suis tenté de répondre qu'il restera les ruines. Les ruines des autels dévastés, des églises dépeuplées, des séminaires abandonnés, et surtout, les ruines de la désertion, autrement dit de l'abandon des tranchées dans lesquelles l'Eglise pré-conciliaire combattait le monde pour l'évangéliser.

La nouvelle méthode de «la main tendue» n'a pas converti le monde, mais elle l'a rendu plus agressif. Les ennemis de l'Eglise, qui ont toujours existé et qui existeront toujours, manifestent à l'égard de l'Eglise du dialogue une intolérance beaucoup plus grande qu'ils ne nourrissaient envers l'Église «intransigeante». Quand les témoins auront disparu, restera la question de fond: pourquoi tout cela est-il arrivé?

- Rencontre universelle de l'Église, perspective pastorale, réconciliation avec le monde et la modernité, respect de la tradition, mise à jour par rapport aux signes des temps. Des concepts souvent exprimés, que beaucoup ont du mal à comprendre aujourd'hui.

- Le Concile Vatican II a été le premier concile de l'Eglise, qui s'est autoproclamé pastoral.

Les vingt Conciles précédents avaient exprimé en des termes pastoraux adaptés au monde de leur temps les dogmes et les canons disciplinaires qu'ils avaient promulgués.

A Vatican II, l'«aggiornamento» a élevé la «pastoralité» en principe alternatif à la «dogmaticité». La dimension pastorale, en elle-même accidentelle et secondaire par rapport à celle doctrinale, est devenue de fait une priorité, opérant une révolution dans le langage et la mentalité.

Mais s'exprimr en des termes différents du passé, signifie faire une transformation culturelle plus profonde qu'il n'y paraît .. Selon le Père John O'Malley, Vatican II fut avant tout un «événement linguistique». La nouveauté linguistique selon les progressistes était en réalité doctrinale, parce que, pour eux, la façon dont on parle et agit, c'est la doctrine qui se fait pratique.

- Le vécu de l'Église et le Concile: La plupart des différends historiques et théologiques concernent les expériences des communautés, le témoignage de laïcs et des religieux, des hommes qui ont appliqué le Concile dans leur vie.

- Beaucoup d'hommes qui ont appliqué le Concile dans leur vie ont quitté l'Eglise. Pensons, par exemple, à l'ancien abbé de Saint-Paul (ndt: abbé du monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome), Giovanni Franzoni, l'un des derniers Pères Conciliaires italiens en vie, encore point de référence pour la théologie progressiste. Franzoni se distingua comme animateur de la «communauté de base» néo-marxiste de l'Abbaye Saint-Paul, prit ouvertement position pour le divorce, adhéra à la théologie de la libération en Amérique latine, se maria civilement avec un journaliste japonaise (1).


D'autres protagonistes du Concile, comme Hans Küng, l'un des derniers «experts» théologiens du Concile survivants, ne sont pas mariés et restent dans l'Église, célèbrant la messe régulièrement, mais ne professent plus la foi catholique.

A l'inverse, là où l'on a tourné le dos à la méthode pastorale du Concile et où l'on a fait l'expérience de la tradition, la foi renaît, les vocations religieuses fleurissent et les familles, nombreuses et stables, croissent. C'est cela le «vécu» de l'Eglise que je connais.
--
J R
Quæstor
Quæstor
Messages : 375
Inscription : ven. 12 févr. 2010, 22:11

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par J R »

etienne lorant a écrit :Je viens de découvrir ce blog et en parcourant le dernier article, je me suis vraiment rendu compte à quel point la FSSPX est loin de vouloir renouer avec Rome. Pour moi, en tout cas, il n'est plus question d'aller jamais (d'ailleurs je ne m'y suis jamais rendu) à une de leurs célébrations. Les orgueilleux n'enseignent que l'orgueil.
.
Bonjour,
Vous pensez que c'est de l'orgueil, je pense que vous vous trompez. La grande différence qu'il y a entre nous c'est la confiance dans l'Eglise.
Je n'ai plus aucune confiance dans l'Eglise depuis de nombreuses années. La confiance c'est comme l'amour, vous ne pouvez pas obliger quelqu'un à aimer, vous ne pouvez pas obliger quelqu'un à faire confiance à un autre.
Vous faites confiance en l'Eglise, pas moi.
Je peux vous en parler d'autant mieux que comme beaucoup de fidèles de la FSSPX, je n'ai plus confiance en Monseigneur FELLAY, le chef de la FSSPX.
Et là, je vous garantis que ce n'est pas facile. Mes trente dernières années de combat pour la FSSPX sont ébranlées. Alors je me place au pied de la Sainte Vierge et je prie.
Je prie pour pouvoir placer ma confiance en quelqu'un sur terre.
Je prie pour qu'une lumière se fasse et ouvre le chemin.
Chapelet après chapelet, rosaire après rosaire, j'espère.
J'espère car le désespoir est un péché. Par le rosaire, rien n'est impossible a dit la Saint Vierge.
Je lui confie tous mes espoirs.
Dites moi où je suis orgueilleux, cela m’intéresse.
j r
Avatar de l’utilisateur
PaxetBonum
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 9857
Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par PaxetBonum »

etienne lorant a écrit :
Vous ne savez ce que vous dites... je prierai pour vous, PaxetBonum, car dans ce chemin que vous suivez, il y a l'apostasie à la fin... j'ai coupé l'écoute de cette "oeuvrette" musicale, car c'est vraiment cracher sur l'Eglise.
Non, vous vous méprenez Etienne Lorant.
C'est une chanson écrite et chantée par Serge Lama à la suite de l'enterrement de son père.
Il n'était pratiquant et il est passé de l'Eglise où il servait au pied de l'autel à celle qui a enterré son père sans aucune transition.
Entre ses souvenirs liturgiques (préconciliaire, St Pie V) et ce qu'il a vécu à la mort de son père (post conciliaire et certainement catastrophique car dans les pires années de "l'application" du Concile) il y avait une rupture totale.

Cette chanson magnifique est le cri désespéré d'un petit garçon qui ne reconnaît plus son Eglise.
C'est une chanson qui marque la souffrance de ceux qui ont senti comme une trahison dans ce que certaines paroisses ont subi dans les années 70-80.
Mais c'est aussi une chanson pleine d'espérance dans un retour aux "chants antiques" comme il l'exprime. (écoutez-la en entier)
Il ne crache pas sur l'Eglise, il déplore que certains aient craché dessus, et il appelle de ses vœux son redressement.

Merci de vos prières elles sont toujours les bienvenues !
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise
Avatar de l’utilisateur
PaxetBonum
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 9857
Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par PaxetBonum »

J R a écrit : Je peux vous en parler d'autant mieux que comme beaucoup de fidèles de la FSSPX, je n'ai plus confiance en Monseigneur FELLAY, le chef de la FSSPX.
j r
Pourquoi avoir perdu votre confiance en Mgr Fellay ?
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise
etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 13130
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par etienne lorant »

PaxetBonum a écrit : Mais c'est aussi une chanson pleine d'espérance dans un retour aux "chants antiques" comme il l'exprime. (écoutez-la en entier)
Il ne crache pas sur l'Eglise, il déplore que certains aient craché dessus, et il appelle de ses vœux son redressement.
Merci de vos prières elles sont toujours les bienvenues !

Je crois en Dieu hélas le cercueil de mon père
Ecrasé sous les fleurs était bien solitaire
La croix dans une main, dans L'autre la sébile
Un vieux prêtre ânonnait les mots de l'Evangile
Dans la chapelle morne où la mort s'étonnait
Le jardin de l'Eden offrait des fleurs fanées
Quand il n'y a plus d'enfants pour chanter le Credo
L'eau de vos bénitiers n'est qu'une flaque d'eau


Le deuil de mon propre père se réveille en moi. C'était en avril 2008, je n'ai pas entendu le Credo chanté par des enfants, mais un ami agnostique s'est mis au fond de l'église pour me serrer la main à la sortie de la messe. Les chants avaient été choisis par ma mère, mes soeurs et moi et une femme les a chanté avec excellence.

Je prierai, oui, mais je maintiens que cette chanson tient du slogan et de la colère plutôt que du deuil... Pauvre Serge !

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Avatar de l’utilisateur
PaxetBonum
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 9857
Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par PaxetBonum »

etienne lorant a écrit : Je prierai, oui, mais je maintiens que cette chanson tient du slogan et de la colère plutôt que du deuil... Pauvre Serge !

.
Je ne pense pas de la colère.
De l'indignation, du désespoir face au vide qu'il a trouvé dans cette église où se perdait le cercueil de son père.
Pas de slogan, une plaidoirie pour l'Eglise qu'il avait connu jeune et qui lui faisait tant défaut quand il en eut besoin.

Ses paroles "Quand il n'y a plus d'enfants pour chanter le Credo
L'eau de vos bénitiers n'est qu'une flaque d'eau"
me rappelle Bernanos : "Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents"
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise
J R
Quæstor
Quæstor
Messages : 375
Inscription : ven. 12 févr. 2010, 22:11

Re: Réévaluer le Concile Vatican II

Message non lu par J R »

PaxetBonum a écrit :
J R a écrit : Je peux vous en parler d'autant mieux que comme beaucoup de fidèles de la FSSPX, je n'ai plus confiance en Monseigneur FELLAY, le chef de la FSSPX.
j r
Pourquoi avoir perdu votre confiance en Mgr Fellay ?
Un chef qui tire sur ses amis ( Dominicains et capucins) parce qu'ils ne le suivent pas dans un accord avec Rome, et ,qui ensuite avoue s'être fait avoir par Rome est, soit un incapable soit un traître.
Dans les deux cas, il doit de démissionner.

jr
Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 17 invités