C'est la faute des hommes, han, non, celle des femmes... J'ai toujours du mal à comprendre ce débat qui revient régulièrement.
Pourtant, c'est assez simple, non ? :
. Qu'il y ait des stéréotypes à combattre avec douceur et fermeté (oui, les deux), avec constance, c'est un fait : croire que la broderie est plus spécifiquement féminine et les arts martiaux plus particulièrement masculins, est un préjugé, pas un fait.
. Pour autant, la théorie à la mode maintenant, selon laquelle hommes et femmes ne diffèrent que par la forme de leurs organes génitaux, mais que toute autre distinction est une construction artificielle, est le fait de personnes un peu trop enfermées dans leurs articles et leurs spéculations abstraites, et ayant oublié la simple observation de terrain dans la vie de tous les jours.
C'est un fait que nous ne fonctionnons pas de la même façon, même dans la perception et l'appréhension de la réalité et de notre environnement.
. Soit dit en passant, la "société dominée pendant des siècles par les hommes", c'est surtout depuis le XVe siècle, voire un peu plus tard. Surtout aux XVIIe, XVIIIe, et évidemment XIXe et XXe.
(je ne dis pas qu'avant c'est le monde des bisounours, mais enfin les femmes y ont leur place et les hommes la leur, et personne n'est relégué au salon à faire de la broderie et à lire des prêches insipides)
Là encore, si on remonte plus loin, cela peut être très intéressant notamment en ce qui concerne les représentations de ce qui est ou non "viril" : voyez les héros de l'amour courtois, certes un idéal imaginaire, mais présenté à l'époque comme le modèle à imiter et à s'efforcer d'atteindre :
on y retrouve autant de batailles et d'empoignades on ne peut plus violentes et sanglantes, que d'expression sans retenue des émotions, de pleurs, de grands gars poilus qui se pâment trois fois de suite parce que leur compagnon est blessé ou leur belle amie prisonnière.
L'homme qui doit contenir ses émotions, c'est me semble-t-il un modèle de l'Antiquité, qui revient donc en force à la Renaissance et aux siècles suivant, quand l'Antiquité devient le modèle par excellence. Mais ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la psychologie des sexes.
. Changer les langes, donner le biberon, s'occuper des enfants... d'où sort que cela serait moins masculin, moins mâle ?
Personnellement, j'attend toujours des explications sur ce point.
Je dirais plutôt tout bêtement que, simplement, l'homme et la femme ne prendront pas en charge ces tâches de la même façon, c'est tout. Chacun à sa manière, mais tous les deux aussi bien disposés (ou aussi peu disposés) à le faire.
. La liste des qualités sensément naturelles à la femme ne m'a jamais convaincu (douceur, empathie,...) : ça ne correspond jamais à ce que je vois autour de moi. J'ai comme l'impression que cela manque un peu d'observation concrète sur le terrain.
Sur ce point, les féministes d'aujourd'hui se plantent à peu près autant, puisqu'on nous ressort régulièrement "l'empathie naturelle des femmes", dont j'attends toujours des exemples concrets venant contre-balancer les contre-exemples que je croise et vois défiler à longueur de journée.
Par contre, il est clair (et évident, comme dire que l'eau mouille ou que le feu brûle) que des hommes à qui on retire tous leurs rôles, à qui on répète que la vie de leurs amies, femmes, ou épouses ne les regarde pas, qu'ils n'ont aucun rôle à y jouer, qu'ils ne servent à rien, qu'on peut sans peine se passer d'eux, qu'on repousse en périphérie de toutes les prises de décision, qu'on enferme immédiatement et
a priori dans des stéréotypes étroits et imaginaires,
qu'on suspecte systématiquement de bestialité, à qui on reproche constamment de ne jamais dire ni faire ce qu'il fallait, sur le mode (typiquement féminin, pour le coup

) de la double contrainte,
il est évident donc que de tels hommes seront soit acculés au désespoir (éventuellement au suicide) pour ceux qui voulaient se sentir concernés et partie prenante, soit au désintérêt total pour ceux qui avaient déjà l'évitement et le désengagement facile.
. Sur ce sujet de l'engagement, un cas d'école nous est aimablement fourni par les diverses associations soucieuses de prévention des "grossesses non désirées" (planning familial, ANCIC, ...) :
récemment plusieurs d'entre eux se sont inquiétés de ce que les garçons, de nos jours, ne semblaient pas, mais alors pas du tout, concernés par les questions de contraception, de responsabilité, de prévention des grossesses non désirées.
Ça alors. Ce sont les mêmes organismes qui ont milité depuis des décennies en répétant sur tous les tons à tous les hommes que ça ne les regardait pas. C'est un peu risible, tout de même.
Or, dans bien des cas on retrouve le même genre de "double contrainte" : répéter pendant des décennies aux hommes que les femmes se débrouillent bien sans eux et qu'ils sont juste des violeurs en puissance, pour ensuite s'étonner que si peu d'hommes se soucient de droit et de respect des femmes...
. Pour le reste, il me semble que le refus des responsabilités, d'assumer les conséquences de ses actes, du refus de construire en regardant loin et haut et plus loin que ses intérêts personnels et immédiat, que la généralisation de l'égocentrisme, de la mollesse, de la paresse, de la soumission,
sont des tares de notre temps (pas seulement, mais disons que notre mode de société généralise),
aussi bien pour les hommes que pour les femmes : c'est là une évolution de toute la société, non d'un sexe seulement.
La castration, m'est avis, est généralisée aux deux sexes.