De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

« Quant à vous, menez une vie digne de l’Évangile du Christ. » (Ph 1.27)
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Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Bonjour à tous,

:arrow: C’est en témoignant de l’obéissance la plus complète dans la foi au Christ et à l’Eglise, que l’évêque est, au nom du Christ, éducateur et libérateur des âmes dont il a la charge et dont le compte lui sera demandé au Jugement dernier. En conséquence, non seulement les prêtres et les évêques doivent obéir au Christ et à son Eglise, mais les fidèles catholiques ont le droit à l’obéissance de leur évêque et de leurs prêtres au Christ et à Son Eglise. Une obéissance qui ne souffre aucune exception.

:arrow: C’est que l’évêque n’a plus de volonté propre : jusqu’au plus profond de son être, il est la propriété du Christ. Configuré au Christ, il est devenu esclave par amour, serviteur de plein gré, parce qu’il aime. Tout comme l’amour est le principe divin de la vie du Christ, l’amour est le principe même de la vie d’un évêque.
La vertu qui lui sera donc la plus nécessaire, c’est celle de l’humilité : parce que, tout comme le Christ, l’évêque est un serviteur. Le fondement même de toute sa vie spirituelle d’évêque est l’humilité.

:arrow: L’humilité et l’obéissance vont de pair : parce que le secret de toute sainteté se trouve dans la connaissance, l’acceptation et l’accomplissement de la volonté de Dieu. Aussi la vie quotidienne d’un évêque, faite de sainteté, vécue dans l’obéissance, demande qu’il se renie lui-même ; elle exige de sa part une vigilance continuelle qui le rend capable de renoncer à tout ce qui n’est pas Dieu.

:arrow: L’obéissance d’un évêque, c’est donc la conformité de sa volonté avec celle de Dieu et de toute l’Eglise. A la fois docilité à la voix de de sa conscience et à celle de l’Eglise. Cette obéissance exige qu’il se remette entièrement entre les mains de l’Eglise, qu’il s’abandonne totalement à elle et n’entreprenne rien à son insu.

:arrow: Parce que ce n’est plus en lui l’homme qui commande, dirige et proclame, mais le Christ. Ce n’est plus en lui l’homme qui parle, exhorte, et réconforte, mais le Christ.

L’obéissance d’un évêque est donc, en quelque sorte, la meilleure des offrandes qu'il puisse faire : autre chose que le meilleur des sacrifices, la meilleure des offrandes du plus humble des serviteurs.


Amicalement.
Virgile.
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

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Un petit extrait de la Règle de saint Benoît. Toujours utile pour méditer sur ce à quoi l'on s'engage lorsque l'on a charge d'âmes...
QUEL DOIT ETRE L'ABBE.
L'abbé, s'il est vraiment digne de gouverner son monastère, se souviendra sans cesse du nom qu'il porte, et s 'efforcera de réaliser dans ses actes sa qualité de supérieur. Car il est tenu dans la communauté pour le vicaire du Christ, il est désigné du même titre que lui[/b], selon la parole de l'Apôtre : Vous avez reçu l'esprit d'enfants adoptifs : aussi, vous adressant à Dieu, l'appelez-vous : Abba, c'est-à-dire, Père. L'abbé ne doit donc rien enseigner, rien établir ni ordonner, qui s'éloigne des préceptes du Seigneur; mais que ses ordonnances et ses enseignements, tel un ferment de justice divine, se répandent dans le cœur de ses disciples.

L'abbé aura toujours devant les yeux le rigoureux jugement que Dieu lui fera subir sur deux points : l'usage de son autorité et l'obéissance qu'il exige de ses disciples: le pasteur, en effet, que l'abbé le sache bien, verra imputer à' sa charge tout mécompte relevé par le Père de famille dans ses ouailles. Il se présentera pareillement au jugement de Dieu, mais cette fois pour y être absous, si, ayant affaire à un troupeau turbulent et indocile, il apporte tous ses soins. toute sa diligence pastorale a la guérison de leurs infirmités : dans ce cas, il pourra dire au Seigneur avec le Prophète : " Je n'ai point gardé secrète et pour moi seul votre justice : j'ai publié vos sentences de vérité et de salut ; mais eux, ils en ont fait fi, ils m'ont méprisé." Et à l'heure dernière, ces brebis intraitables auront pour châtiment la mort elle-même qui l'emportera enfin sur leur obstination.

Celui donc qui assume la charge d'abbé doit imposer à ses disciples une double formation : s'il enseigne par le langage toutes choses bonnes et saintes, il doit plus encore le faire par ses actions. Aux âmes ouvertes et compréhensives, qu'il intime de vive voix les commandements du Seigneur ; pour les natures grossières et les esprits bornés, c'est par ses œuvres qu'il leur représente ces mêmes préceptes divins. Qu'il prenne aussi grand soin de ne pas autoriser par sa conduite ce qu'il aurait condamné dans ses discours, de peur que tout en prêchant aux autres il n'encoure lui-même la réprobation. et que Dieu ne lui dise un jour : "Pécheur, comment oses-tu proclamer mes saintes lois, comment tes lèvres peuvent-elles proférer les règles de mon alliance ? alors que tu hais toute discipline et que, pour ton compte, tu rejettes mes paroles ?" Et encore : " Tu voyais la moindre paille dans l'œil de ton frère, mais tu n'apercevais pas la poutre dans le tien." Qu'il ne fasse point acception des personnes dans le monastère. Qu'aucun ne soit plus aimé de lui que les autres, excepté celui qui excellera davantage à ses yeux dans les bonnes œuvres et l'obéissance. L'homme de naissance libre ne sera pas préféré à celui qui vient de la condition servile, à moins qu'il n'y ait à cela quelque autre motif raisonnable. Si c'est le cas, si l'abbé estime que la justice le requiert, il établira au contraire des distinctions entre les moines, quel que soit leur rang social. Sinon. que chacun garde sa place, car tous, le serf autant que l'homme libre, nous ne sommes qu'un dans le Christ, nous portons également notre fardeau sous les enseignes d'un chef unique, et, auprès de Dieu, il n'y a pas acception de personnes. Les seules préférences qu'il nous marque, sont en effet à la mesure des bonnes œuvres et de l'humilité qu'il trouve en nous. L'abbé aura donc pour tous une égale affection, une même ligne de conduite à l'égard de tous, en tenant compte du mérite de chacun.

Dans le gouvernement des âmes, l'abbé doit toujours se conformer à la norme établie par l'Apôtre : "Adresse tour à tour les remontrances. les exhortations, les reproches." En d'autres termes, variant les procédés selon la diversité des circonstances, qu'il mêle les caresses aux menaces, qu'il sache allier la sévérité du maître à la tendre indulgence d'un père : il réprimandera sans ménagements les esprits impatients du joug et mal affermis dans la régularité ; l'exhortation au progrès dans la vertu, il la réserve à ceux qui sont toute obéissance, modestie et patience quant à ceux qui versent dans le laisser-aller et le mépris du devoir, ils méritent reproches et châtiments. Telle est notre recommandation. Et qu'il ne ferme pas les yeux sur les fautes qu'ils commettront dès qu'elles commencent à poindre, il usera d'autorité pour les retrancher jusqu'à la racine, se souvenant du danger dans lequel tomba Héli, le prêtre de Silo. Alors qu'une ou deux admonitions verbales suffisent pour redresser les natures délicates et capables d'intelligence, ceux qui sont au contraire mauvais, durs de cœur, orgueilleux ou désobéissants, il faut leur infliger le châtiment des verges ou d'autres peines corporelles, et dès le principe du mal exercer la répression. On sait qu'il est écrit : "L'insensé ne se corrige pas avec des paroles ", et ailleurs : "Frappe de verges ton fils et tu l'empêcheras d'aller à sa perte."

L'abbé doit avoir toujours conscience de sa mission, se rappeler sans cesse le nom qu'on lui donne, ne jamais oublier qu'à celui auquel on a confié davantage, on redemande davantage. Qu'il sache combien difficile et ardue est la tâche qu'il a entreprise de conduire des âmes et de se plier des tempéraments fort divers. Pour gagner l'un par des caresses, l'autre par des réprimandes, un troisième par la persuasion, il lui faut proportionner et adapter son action au caractère et au degré d'intelligence de chacun. Tel est le moyen pour lui de ne subir aucun détriment dans le bercail placé sous sa garde, et même de se réjouir de l'accroissement et du parfait état de son troupeau.

Avant tout, qu'il ne se dissimule pas le prix des âmes à lui commises, et qu'il n'accorde pas moins de sollicitude à leur salut qu'à l'administration des biens transitoires, terrestres et caducs : ce sont des âmes qu'il s'est chargé de conduire, - qu'il y songe sans cesse, des âmes dont il aura à rendre compte. Et qu'il n'allègue pas la modicité des ressources : qu'il se répète plutôt la parole de l'Ecriture : "Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît", et encore : "Rien ne manque à ceux qui Le craignent."

Qu'il soit donc persuadé qu'en assumant la conduite des âmes, il s'engage à répondre d'elles. Une chose certaine, c'est que le nombre même des frères rangés sous sa tutelle, est celui des âmes dont il sera justiciable sans exception au jour du jugement, en plus, cela va de soi, de ce qui regarde sa vie personnelle. Ainsi, la crainte constante de l'examen qu'un pasteur doit subir au sujet des brebis à lui confiées, le rendra non moins attentif à ses propres comptes que soucieux de répondre pour ceux d'autrui ; et dans la mesure où ses instructions procurent l'amendement du prochain, elles le disposent, lui aussi, à la correction de ses défauts.
... ce ne doit pas être facile tous les jours d'être Père Abbé de monastère.
Encore moins d'être un Evêque!

V.
Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Bonjour,

à la réflexion, ce n'est pas non plus très évident d'être un simple baptisé tous les jours!
Surtout lorsque l'on connaît les exigences qu’impose à un fidèle l’obéissance dans la foi de l’Eglise!

Chacun pourrait ici trouver des exemples d’obéissance, et même en donner le témoignage.
De quelles façons obéissons-nous dans la foi à notre curé – à notre évêque - à l'Eglise ?

De façon très générale, et pour commencer, juste quelques petits détails - en ce qui touche au domaine juridictionnel, doctrinal et pastoral :

:arrow: - nous ne discutons ni ne contrevenons jamais à une interdiction, une recommandation, une décision faite par le prêtre, par l’Evêque, par l’Eglise ;

:arrow: - nous ne mettons jamais aucune restriction et aucune condition à ce qui est explicitement demandé par le prêtre, par l’Evêque, par l’Eglise ;

:arrow: - nous n’introduisons pas le murmure et la contestation autour de nous – ni en ce qui concerne les décisions du prêtre de notre paroisse, de l’Evêque de notre diocèse, ou encore de l’Eglise.
Parce qu’un tel murmure ou une telle contestation contribuerait, nous le savons, à ronger à la racine l’esprit d’obéissance de notre communauté et à rendre impossible toute soumission véritable au Christ dans la paroisse, voire dans le diocèse ; le moindre manquement constribuerait à détruire l’unité de l’Eglise - non: pire, il détruirait de fait cette unité même.

:arrow: - nous ne prononçons jamais aucune parole, aucune critique, aucune remise en question de la légitimité des décisions du prêtre, de l’évêque, de l’Eglise, ni même aucune critique ou parole portant sur leur opportunité même ;

Mais il y a certainement de multiples façons d’obéir, ou du moins de multiples façons de faire acte d’obéissance...

L’essentiel est de garder toujours cette obéissance dans la foi, de ne jamais y renoncer et surtout de prendre avec confiance pour modèle même de cette obéissance dans la foi de l’Eglise ceux qui sont nos Pasteurs. Bien entendu, il faut prendre en premier lieu pour modèle l'obéissance du Christ lui-même à son Père: mais cette obéissance du Christ est celle-là même que manifeste notre Evêque – ou celle-là même de celui qui représente auprès de nous à la fois le Christ et l'Evêque: le curé de notre paroisse ou le prêtre mandaté par l’Evêque pour être le Pasteur de notre communauté.

En ce qui concerne l’obéissance, nos prêtres et nos évêques en sont en effet les meilleurs garants, les meilleurs modèles, les meilleurs défenseurs. Il est du devoir de leur charge de nous témoigner de cette obéissance parfaite qui plaît à Dieu – et nous sommes bien en droit d’en attendre d'eux le témoignage le plus authentique, le plus parfait et le plus saint. Il y va de l'Unite de l'Eglise. Prions pour nos Pasteurs, pour qu'ils continuent à témoigner de leur obéissance sainte et parfaite dans la foi de toute l'Eglise.

Dans la charité du Christ.


Amicalement.
V.
Dernière modification par Virgile le mer. 11 janv. 2012, 10:14, modifié 3 fois.
Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Un oubli qu'il convient de réparer avant d'aller plus loin.
A la lumière de tout ce qui précède, on voit bien que les comportements qui consistent à

:diable: - opposer l'obéissance à l’Evêque et l’obéissance au Christ;

:diable: - opposer l'obéissance à l'Evêque et l'obéissance au Pape;

:diable: - opposer l'obéissance à l'Evêque et l'obéissance à l'Eglise;

:diable: - opposer l'obéissance à l'Evêque et l'obéissance au curé (incroyable? pas tant que ça...)

:diable: - opposer l'obéissance à l'Evêque et l'obéissance à tel ou tel groupe, association, fraternité, comité, parti, gourou ou maître spirituel, etc; <:

:diable: - opposer l'obéissance à l'Evêque et l'obéissance à tel impératif idéologique, politique, etc.; <:

n'ont strictement aucun sens et reviennent en fin de compte à de la désobéissance pure et simple.
C'est-à-dire à briser l'Unité de l'Eglise.
Autrement dit se comporter en ennemi du Christ et de son Eglise.

C'est être schismatique, sinon en acte du moins en pensée.


V.
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Cgs
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Cgs »

(très intéressant, merci !)
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Cgs a écrit :(très intéressant, merci !)
Cher Cgs,

c'est à moi de vous remercier de l'intérêt que vous portez à cette très modeste et ennuyeuse contribution sur un sujet qui me tient à coeur.
Bonne journée à vous.

Amicalement.
Virgile.
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Anne
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Anne »

Si vous regardez le nombre de fois que le sujet a été consulté, il semble y avoir beaucoup de gens qui ne vous trouvent pas si ennuyeux que ça... ;)

Merci pour ces contributions, Virgile ! :D
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

130.

Il y a donc aujourd'hui tant de personnes qui s'intéressent encore à l'obéissance dans l'Eglise! :-D


V.
Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Bonjour,

sur l'obéissance - et la désobéissance - dans l'Eglise, la présentation qui précède n'a aucune prétention à l'exhaustivité. Il s'agissait juste, en somme, de présenter quelques jalons qui puissent permettre d'aller plus loin. Aller plus loin, cela peut être tout simplement consacrer quelques messages à une brève présentation de l'obéissance d'après saint Thomas d'Aquin. C'est ce que je vais faire.
Il faudra également revenir - de temps en temps - sur la question, si importante en ce qui concerne l'obéissance dans l'Eglise, de l'épiscopat. On a vu à quel point l'obéissance à l'épiscopat et l'obéissance de l'épiscopat sont liées - de façon vitale - à l'Unité de l'Eglise. De sorte que s'il manque l'une ou l'autre, cette unité s'en trouve brisée.
Enfin, à la lumière des éléments rassemblés ici, ou d'autres éléments que chacun aura le loisir de trouver pour lui-même et de partager ici, il faudra non pas tirer des conclusions, mais plutôt faire quelques constatations d'ordre très général sur les raisons pour lesquelles le mot "obéissance" semble être devenu un terme convenu dont la substance ne paraît plus correspondre à aucune réalité spirituelle, comme s'il avait été vidé de toute signification dans l'ordre relationnel, et "épuisé" par une trop longue histoire au cours de laquelle il aurait "perdu" tout sens assignable à l'amour du Christ pour les hommes.

Aujourd'hui, je propose à la méditation un petit texte de saint Thomas d'Aquin. Il s'agit d'une prière. Elle me semble contenir quelques indications précieuses sur ce que nous pouvons demander - et obtenir.
Prière à la bienheureuse Vierge Marie
O bienheureuse et très douce Vierge Marie, Mère de Dieu, pleine de toute bonté, fille du Roi des rois, Souveraine des Anges, mère du Créateur de l'univers, je jette dans le sein de votre bonté, aujourd'hui et tous les jours de ma vie, mon corps et mon âme, toutes mes actions, mes pensées, mes volontés, mes désirs, mes paroles, mes œuvres, ma vie tout entière et ma mort, afin que, par vos suffrages, tout cela tende au bien, selon la volonté de votre cher Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, afin que je vous aie, ô ma très sainte Souveraine, pour alliée et pour consolatrice, contre les embûches et les pièges de l'antique adversaire et de tous mes ennemis.

De votre cher Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, daignez m'obtenir la grâce qui me permettra de résister aux tentations du monde, de la chair et du démon, et d'avoir toujours le ferme propos de ne plus pécher à l'avenir, mais de persévérer en votre service et en celui de votre cher Fils.

Je vous prie aussi, ô ma très sainte Souveraine, de m'obtenir une vraie obéissance et une vraie humilité du cœur, afin que je me reconnaisse en vérité comme un misérable et fragile pécheur, impuissant non seulement à faire la moindre bonne œuvre, mais encore à résister aux attaques continuelles, sans la grâce et le secours de mon Créateur et vos saintes prières.

Obtenez-moi aussi, ô ma très douce Souveraine, une perpétuelle chasteté d'esprit et de corps, afin que d'un cœur pur et d'un corps chaste, je puisse servir votre Fils aimé et vous-même selon ma vocation.

Obtenez-moi de lui la pauvreté volontaire, avec la patience et la tranquillité d'esprit, afin que je sache supporter les travaux de ma condition pour mon salut et celui de mes frères.

Obtenez-moi encore, ô très douce Souveraine, une charité vraie qui me fasse aimer de tout cœur votre très saint Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, et vous, après lui, par-dessus toutes choses, et le prochain en Dieu et à cause de Dieu, sachant me réjouir de son bien, m'affliger de son mal, ne mépriser personne, ne jamais juger témérairement, ne me préférer dans mon cœur à quiconque.

Apprenez-moi en outre, ô Reine du Ciel, à toujours unir dans mon cœur la crainte et l'amour de votre très doux Fils ; à toujours rendre grâces de tant de bienfaits qui me viennent non de mes mérites, mais de sa pure bonté ; à faire de mes péchés une confession pure et sincère, une pénitence vraie, pour mériter ainsi miséricorde et grâce.

Je vous supplie enfin, ô Mère unique, porte du ciel et avocate des pécheurs, de ne pas permettre qu'à la fin de ma vie, moi, votre indigne serviteur, je dévie de la sainte foi catholique, mais que vous me secouriez selon votre grande miséricorde et amour, et que vous me défendiez des esprits mauvais ; que par la glorieuse Passion de votre Fils béni, et par votre propre intercession, mon cœur plein d'espérance, vous m'obteniez de Jésus le pardon de mes péchés, de sorte que, mourant dans votre amour et le sien, vous me dirigiez dans la voie de la délivrance du salut. Ainsi soit-il.


L'obéissance et l'humilité - les deux nécessaires à une vie sainte - sans lesquelles il est non seulement impossible de faire le Bien - mais encore de résister aux attaques continuelles. Il faudra donc, à un moment ou à un autre, se demander pourquoi l'obéissance est aussi - toujours, et jamais accessoirement - une résistance.

Amicalement.
Virgile.
nad
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par nad »

bonjour Virgile

Merci pour ces réflexions !
Il y a donc aujourd'hui tant de personnes qui s'intéressent encore à l'obéissance dans l'Eglise! :-D
:) ce nn'est pas si étonnant puisque vous le dites :
L'obéissance et l'humilité - les deux nécessaires à une vie sainte -
mais j'ai une question
L’obéissance n’est pas vraiment ou seulement un état qui se satisferait de l'éxécution d'un règlement, d'un ordre, d'une directive : c’est une relation.
La question n’est donc jamais de savoir à « quoi » au juste on doit obéir, mais à « qui ».
L’obéissance est une relation qui exige tout de même l’accomplissement d’un certain nombre de devoirs, et qui ouvre aussi à un certain nombre de droits.
Nous devons une obéissance inconditionnelle à Dieu . Doit-elle tout aussi inconditionnelle envers l'Eglise ? je crois comprendre que oui, mais...

merci Virgile
"Reste avec nous, car le soir vient et déjà le jour baisse". Et Il resta avec eux. Luc 24, 29
« La parole de Dieu est première dans la mission, non seulement elle est antérieure au sacrement, mais il nous faut croire qu'elle est antérieure à l'annonce proprement dite faite par le disciple qui lui-même est d'ordre sacramentel. » p Christian de Chergé
Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

nad a écrit :Nous devons une obéissance inconditionnelle à Dieu . Doit-elle tout aussi inconditionnelle envers l'Eglise ? je crois comprendre que oui, mais...
Bonjour Nad,

pour connaître la réponse à cette question, il faut suivre le développement de ce fil jusqu'au bout! :-D

Disons qu'il faudra distinguer deux sortes d'obéissance.

:arrow: Obéissance 1 : elle suppose comme préalable l'assentiment de l'intelligence et la reconnaissance de la légitimité de l'autorité.

:arrow: Obéissance 2: n'exige pas cet assentiment et cette reconnaissance, parce qu'ils sont donnés immédiatement dans la foi.

Obéissance 1 n'exige pas l'inconditionnalité.
Obéissance 2 l'exige.

La plupart des "murmurateurs" :diable: feignent d'ignorer, quand ils ne nient pas carrément la différence entre 1 et 2; et toute leur astuce orgueilleuse - celle de leurs complices aussi - consiste à persuader à leurs victimes que 2 c'est 1 et que l'obéissance à l'autorité légitime est tout à fait conditionnelle. A partir de là, dans un processus proprement diabolique que j'ai l'intention d'examiner, après avoir jeté la plus grande confusion sur le sens des mots ("autorité", "légitimité", "pouvoir", etc.) - il leur est très facile de "murmurer" :diable: et donc de remettre en question au sein de l'Eglise même les décisions de l'autorité, puis de remettre en question la légitimité de l'autorité, enfin de remettre en question l'exercice même de l'autorité, et pour finir - dans certains cas - de nier l'existence de l'autorité... du moins autre que la leur ou celle de leurs complices, c'est-à-dire celle qu'ils se sont donnés à eux-mêmes - et qui est parfaitement illégitime .

Dans l'Eglise, le refus de l'obéissance dans la foi ce n'est pas seulement la "désobéissance", c'est aussi et surtout prendre la route qui conduit directement au schisme :diable: - la destruction de l'Unité de l'Eglise. Il suffit de contempler l'histoire de l'Eglise pour s'apervoir que cette route n'est pas forcément pavée de bonnes et généreuses intentions...

Amicalement.
Virgile.
nad
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par nad »

bonjour Virgile;

merci pour les explications...; :oops: j'ai lu juqu'au bout mais j'ai un soucis de définition avec "murmurateurs"...
quand on émet un avis contraire argumenté pour amener à la reflexion est-ce être murmurateur s'il est contraire à l'autorité?


merci Virgile

en Udp
nad
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

nad a écrit :bonjour Virgile;
merci pour les explications...; :oops: j'ai lu juqu'au bout mais j'ai un soucis de définition avec "murmurateurs"...
quand on émet un avis contraire argumenté pour amener à la reflexion est-ce être murmurateur s'il est contraire à l'autorité?
merci Virgile
en Udp
nad
Bonjour,

il me semble que le problème ne se pose pas de cette manière. Dans la rêgle de saint Benoît, celui qui "murmure", c'est essentiellement celui qui utilise une parole que l'on entend pas distinctement, qui n'est pas déclarée, qui est soustraite au débat public - mais qui vient s'inscrire pourtant dans le débat public, puisque celui qui "murmure" est identifiable et souvent identifié (j'expliquerai dans un autre message la raison pour laquelle j'ai utilisé le texte de la Règle).

Sa parole est une parole irresponsable, qui est tout le contraire d'un avis argumenté, et qui n'amène pas à la réflexion mais à la division. Sa parole est une parole que tous entendent, mais à laquelle nul ne peut répondre.

C'est la parole à double sens, celle qui laisse entendre que telle réalité n'est pas telle réalité; que blanc c'est noir, ou bleu, ou vert selon les jours; que cette décision veut dire le contraire de ce qu'elle signifie; que la légitimité est ailleurs que dans la légitimité; que l'on peut entendre une chose de telle manière et d'une autre manière et de mille manières; que tout est relatif; que les détails d'un ensemble ne valent rien par rapport à cet ensemble; etc.

Ce faisant, celui qui "murmure" ne nie pas la légitimité de l'autorité, il cherche à se l'approprier. De même qu'il ne nie pas l'unité de la communauté, mais il se l'attribue à lui-même (et à ceux qu'il a séduit), et il se l'attribue de façon exclusive. D'où son immense besoin de créer des clans, des factions, des rapports de force, de procéder à des divisions, des cloisonnements et des séparations. C'est la raison pour laquelle saint Benoît en parle avec tant de rigueur, et à plusieurs reprises dans sa Règle. Celui qui "murmure" met en péril l'existence même de la communauté. Il est ce que l'on appelle un "fauteur de trouble", un "fauteur de guerre". Celui qui "murmure" est comme une maladie dans un corps sain.

L'histoire des schismes dans l'Eglise ne dit que cela.

Pour revenir à votre votre question, la réponse n'est pas simple, et elle ne peut pas être générale, catégorique et se limiter à un "oui" ou par un "non". la question est tributaire de plusieurs autres : qu'est-ce que l'autorité? Et qu'elle est son rapport exact avec l'obéissance?

Il faudrait d'abord le savoir. C'est la raison pour laquelle je voudrais faire un petit détour par saint Thomas d'Aquin. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de m'y mettre. Je vais tâcher de faire quelque chose aujourd'hui.

Partons du principe que dans l'Eglise, celui qui "murmure" n'opposera pas d'avis contraires et argumentés à l'autorité légitime, ce n'est pas la méthode qu'il utilise. Et il ne cherche nullement à amener l'autorité légitime à la réflexion, ce n'est pas son objectif premier. Il ne fait que nier à l'autorité légitime toute réalité autre que celle qu'il veut bien admettre; il ne pense pas à la détruire mais à se l'approprier. Sa désobéissance est une défiance, une dénégation et une manipulation: elle ne peut être que celà parce que celui qui "murmure" se trouve dans la communauté, qu'il en est un membre, qu'il n'a aucune intention d'en sortir et qu"il ne partira pas qu'on ne l'est expulsé.

Son attitude n'est est que d'autant similaire à celle de l'ange rebelle devant la face de Dieu.
N'y manque pas même l'obstination du "non serviam" en quoi consiste le "murmure".
Ultimement, ce seront toujours les mêmes conséquences. Dans l'éternité.

V.
nad
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par nad »

Merci Virgile

Ainsi si je comprend bien, celui qui murmure, dit sans dire, sans assumer, il crée un trouble, il introduit un doute, sape l'autorité pour une obéissance à la carte...?
to be continued avec impatience...
merci
:ciao:
nad
"Reste avec nous, car le soir vient et déjà le jour baisse". Et Il resta avec eux. Luc 24, 29
« La parole de Dieu est première dans la mission, non seulement elle est antérieure au sacrement, mais il nous faut croire qu'elle est antérieure à l'annonce proprement dite faite par le disciple qui lui-même est d'ordre sacramentel. » p Christian de Chergé
Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile »

Bonjour,

n’étant pas un spécialiste de saint Thomas, ce qui suit mériterait certainement de nombreuses corrections. Elles seront toujours les bienvenues. En ce qui concerne le recours à saint Thomas – et pourquoi lui plutôt qu’un autre, la réponse sera simple : dans la Somme de Théologie, saint Thomas traite de l’obéissance d’un manière très complète et très cohérente, il est Docteur de l’Eglise, et il est également le théologien le plus cité après saint Augustin par... le Concile Vatican II.

Il y a sans doute de nombreuses personnes qui n’ont jamais ouvert la Somme de Théologie. Aussi vais-je d’abord présenter quelques données qui permettent de comprendre comment elle se présente. Brièvement...

Il faudrait commencer par ouvrir la Somme de Théologie. Par exemple, dans une traduction en français, ici :
http://docteurangelique.free.fr/

Si l’on regarde le plan, on constate que la Somme comprend quatre grandes parties. D’abord ce qu’on appelle la « Prima pars » (qui comprend 119 questions relatives à Dieu, en tant que créateur , et relatives à la création elle-même). Puis une « Prima secundae » (avec 114 questions, relatives aux actes humains en général). Ensuite une « Secunda secundae » (avec 189 questions relatives à l'étude des actes humains dans leurs particularités). Enfin une « Tertia pars » (avec 90 questions – mais en réalité 99 questions, parce qu’il y a un supplément - relatives au Christ en tant que médiateur et chemin pour aller à Dieu).

Il est question de l’obéissance, il faudra donc ouvrir la « Secunda secundae », parce que c’est la partie relative à l’étude des actes humains dans leurs particularités. Dans la « Secunda secundae », il y a deux questions relatives à l’obéissance. Ce sont les questions 104 et 105.

Mais avant de tout lire d’un trait et de trouver que c’est vraiment difficile à lire, il faut bien saisir que la Somme de Théologie n’est pas un dictionnaire avec des entrées indépendantes les unes des autres. Encore moins une collection de fiches mémos, ou encore une encyclopédie du savoir catholique. Il ne suffit donc pas de seulement lire les questions 104 et 105 ; il est nécessaire de considérer ces deux petites questions comme étant des parties d'un ensemble plus général – qu'elles s'inscrivent dans mouvement continu qui a été voulu par saint Thomas lui-même. Autrement dit, il faut lire ces deux questions à la lumière des principes auxquelles elles répondent.

C’est la raison pour laquelle, je vais d’abord essayer de présenter ce qu’est ce mouvement. Ceci permettra de comprendre quel est le sens général de l’obéissance pour saint Thomas. Ensuite seulement, il sera possible de parler de la nature et des différentes caractèristiques de l’obéissance. Puis, en dernier lieu la nature et les caractéristiques de de la désobéissance : ce que sont les manquements à l’obéissance.

Pour résumer :

:arrow: Prima pars : 119 questions Dieu en tant que créateur , la création.
:arrow: Prima secundae : 114 questions les actes humains en général.
:arrow: Secunda secundae : 189 questions l'étude des actes humains dans leurs particularités.
:arrow: Tertia pars : 90 questions (99 avec le supplément) le Christ médiateur chemin pour aller à Dieu.

Dans la Secunda secundae :
:arrow: - question 104 l’obéissance
:arrow: - question 105 la désobéissance

Ce que je vais développer, pour aider à la lecture :
1 mouvement d’ensemble et sens de l’obéissance
2 Nature et caractèristiques de l’obéissance
3 Les manquements à l’obéissance

Pour ceux qui n’ont jamais lu un article de la Somme de Théologie, il convient de tenir compte de ceci: chaque question développe un sujet bien précis : celui-ci est analysé sous la forme d’articles. Aussi, pour comprendre ce qu’explique saint Thomas, il convient de lire tous les articles de chaque question. En général, on y trouve quatre parties.

1 – il y a d’abord ce que la philosophie médiévale appelle des « objections », c’est-à-dire une suite d’arguments qui s’opposent aux réponses que saint Thomas va donner à la question. Il ne s’agit donc pas de l’avis ou de la réponse de saint Thomas...

2 - vient ensuite ce que l’on appelle le « sed contra », qui est une suite d’arguments « en sens contraire », pour ainsi dire - des arguments développés par différents auteurs et qui s’opposent à ceux donnés dans la partie « objections ». Encore ici, il ne s’agit pas de l’avis ou de la réponse de saint Thomas... mais d’une suite de références, d’« autorités », qui viennent appuyer la réponse qu’il va donner.

3 - après l’examen des divers arguments exposés dans les « objections » et le « sed contra », survient la réponse de saint Thomas. C’est ici que se trouve exposée la pensée de saint Thomas, et jamais, bien entendu, dans la première et la deuxième partie.

4 - la quatrième et dernière partie, ce sont les « solutions », qui ne sont pas à proprement parler des solutions. Ou alors à prendre dans le sens du « solution » de « solution de continuité », en quelque sorte. Il s’agit ici de dire pourquoi les arguments exposés dans les « objections » ne permettent pas de résoudre correctement la question traitée, et en même temps de montrer qu’ils possèdent quand même une certaine valeur par rapport à la question traitée.

Pour résumer :
:arrow: 1 – Objections ;
:arrow: 2 – Sed contra ;
:arrow: 3 – Réponses de saint Thomas ;
:arrow: 4 – Solutions.

Amicalement.
Virgile.
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