Bonjour à tous,
Excusez-moi d’avance d’être très, très long.
Ombiace a écrit : ↑ven. 16 déc. 2022, 8:09
Dieu intervient Il Lui-même dans cette évolution créatrice
… je ne sais pas si l'Eglise se prononce sur le sujet
Il me semble que la réponse a déjà été donnée et je ne vois pas en quoi il y aurait un doute.
Il me semble suffisant de rappeler, au coeur de l'enseignement de l'Église, l’incarnation de Dieu fait homme ou les cieux nouveaux et la terre nouvelle que Dieu nous prépare.
Didyme a écrit : ↑ven. 16 déc. 2022, 1:21
serait-il incorrect de penser que l'achèvement de la création adviendra à la fin des temps ? Comme si, dans le temps, nous étions toujours dans l'activité créatrice. Le repos advenant dans l'éternité, à la fin des temps, le septième jour.
Cela me semble correct et sans contradiction avec un achèvement «
partiel » pendant les six jours de la Création décrits par la Genèse au terme desquels le récit biblique nous indique que «
Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement » (Gn 2, 1) et que «
Telle fut l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés » (Gn 2, 4), «
Lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel » (Gn 2, 5).
Didyme a écrit : ↑ven. 16 déc. 2022, 1:21
Ombiace a écrit :Comment expliquez vous l'achèvement dont parle Gn2, 2
C'est-à-dire qu'on appréhende ce récit en terme de temporalité. Or, cela ne semble pas convenir à la divinité.
Il me semble que Didyme met ainsi en évidence le cœur du problème, car le temps et l’espace mesurent notre perception terrestre de la création et ne conviennent guère à la perception des réalités spirituelles de Dieu.
Ombiace a écrit : ↑ven. 16 déc. 2022, 8:09
Le texte parle bien de manière à incrémenter les jours les uns par rapport aux autres…
votre explication
Didyme a écrit : ↑ven. 16 déc. 2022, 1:21
Le repos advenant dans l'éternité, à la fin des temps, le septième jour.
signifierait des jours de 1000 ans ou plus.. ou j'ai mal compris.. Je ne peux cependant l'exclure, mais je trouve qu'elle fait moins "sens" que ma version
Ombiace a raison d’observer la temporalité du récit biblique.
Il me semble cependant qu’il n’y a pas de difficulté à admettre que les «
jours » avant la création du soleil ne sont pas nos jours de 24 heures et qu’ils peuvent donc s’étendre sur «
1000 ans ou plus ».
Si la temporalité ne convient pas, en effet, pour décrire la divinité et les réalités spirituelles, nous pouvons cependant constater que la Parole de Dieu nous est adressée dans une temporalité qui nous est indispensable dans notre réalité car notre cerveau terrestre perçoit tout dans le temps et l’espace.
Mais, et je m’avance ici dans une réflexion personnelle sur un aspect peu développé des six jours de la création, est-ce la temporalité de ces six jours qui pose problème ou plutôt notre tendance à ne lire le récit des six jours de la création que comme un résumé préscientifique ou mythologique déroulant les grandes étapes de l’évolution physique du monde ?
Pour la révélation de la Création que Dieu nous communique, l’essentiel peut-il se comprendre dans les seules limites d’un éclairage de la chaine des causalités physiques qui a précédé la création de notre humanité ?
On oublie ainsi facilement qu’il y a eu aussi, notamment, une création spirituelle des anges comme si le récit biblique n’en disait rien.
À cet égard, le récit biblique répète à quatre reprises que la création concerne les cieux (spirituels) autant que la terre (physique) :
«
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1, 1)
«
Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement » (Gn 2, 1)
«
Telle fut l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés » (Gn 2, 4)
«
Lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel » (Gn 2, 5).
N’oublions pas que «
" Le ciel " ou " les cieux " peut désigner le firmament (cf. Ps 19, 2), mais aussi le " lieu " propre de Dieu : " notre Père aux cieux " (Mt 5, 16 ; cf. Ps 115, 16)… le " lieu " des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu » (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 326).
Aussi, il me semble que le récit ne se comprend guère de manière harmonieuse entre les cieux et la terre si nous considérons les six jours du récit biblique de manière exclusivement physique.
Lors de chacun des jours de la création, Dieu ne crée pas seulement la «
terre » qui, au début du récit, représente tout l’univers physique, mais Il crée aussi les «
cieux » des réalités spirituelles. Ainsi se réalise la volonté de Dieu «
sur la terre comme aux cieux ».
Et, à la fin de ces six jours, ce qui furent achevés, ce n’est pas seulement la «
terre », mais aussi les «
cieux », et tout leur «
déploiement » (Gn 2, 1).
De même que l’individu humain se déploie en ses multiples organes humains à partir de l’Adn de sa première cellule ou que l’univers se déploie depuis le Big Bang, c’est en effet un «
déploiement » tant des cieux spirituels que de la terre que semblent nous décrire les six jours de la création du début de la Genèse.
Cela demande une attention toute particulière au sens des mots car, pour nous parler de la réalité spirituelle autant que des origines de la réalité physique, la Parole de Dieu utilise notre langage humain et les réalités concrètes visibles mais pas seulement d’un point de vue matériel ou pour nommer des choses connues après la création, mais aussi en tant que reflets, symboles ou signes de réalités spirituelles ou de prémisses des réalités physiques.
Les mots de l’auteur primitif du texte de la Genèse désignent chacun des réalités concrètes de l’univers physique déjà créé telles que l’écrivain, l’auditeur ou le lecteur peuvent le comprendre à leur époque postérieure à la création elle-même. Cela doit sans cesse nous inciter à faire l’effort d’ouverture nécessaire pour comprendre ce qu’ils signifient réellement lors de cette création dans le passé, tant en ce qui concerne les cieux spirituels que la terre matérielle.
Le texte lui-même va, de diverses manières, nous montrer que les mêmes mots ont des sens multiples auxquels il faut être et rester attentif. Ainsi, par exemple, le mot hébreu «
erets », traduit par «
terre », c’est d’abord tout l’univers physique (Gn 1, 1), puis le matériel sec (Gn 1, 10), puis la planète que nous habitons (Gn 1, 15-17), puis un pays ou une région (Gn 2, 11 et 13), etc.
«
Au commencement », avant les six jours de la création racontés par le récit biblique, la terre est «
informe et vide » et l’Esprit de Dieu plane «
sur les eaux » (en hébreu : «
mayim ») (Gn 1, 1).
Le rapprochement des eaux nommées «
mayim » [mah’-yim] et des cieux nommés «
sha-mayim » [shaw-mah’-yim] attire l’attention sur la particule «
sha » qui les différencie car le mot hébreu «
shav » [shawv] signifie vide. Au commencement, les cieux, comme la terre, sont vides. Tout est à créer dans les cieux comme sur la terre. Dieu seul «
est » de toute éternité.
Physiquement, de notre point de vue chronologique, on est ainsi «
avant » ou «
au-delà » du Big Bang.
Spirituellement, les «
cieux » sont décrits comme des «
eaux » unies à l’Esprit Saint qui «
plane » sur elles tout comme il couvrira de son ombre la sainte vierge Marie lors de l’incarnation. Nous n’avons pas perdu le sens spirituel de ce mot «
cieux » lorsque nous prions «
Notre Père qui est aux cieux » (Mt 6, 9) ou lorsque nous entendons la Bonne Nouvelle du Christ qui nous dit que «
le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3, 2).
Tant la terre que les eaux sont certes des réalités matérielles de la création physique qui nous sont bien connues mais il est manifeste qu’ils ne peuvent être utilisés ici, au commencement, que dans un sens encore très éloigné de la réalité concrète que ces mots vont désigner dans le monde physique actuel car, au début de la création, lorsque Dieu crée les cieux et la terre, il n’y a encore rien de distinct puisque la terre est «
informe et vide ». Il n’y a ni la matière que nous connaissons et dont nous connaissons un peu l’histoire depuis le Big Bang, ni des eaux dans le sens physique.
Mais, déjà, par l’usage même des mots «
cieux », «
terre » et
« eaux », le récit biblique nous indique que les réalités physiques créées vont être utilisées, dans ce récit, non seulement pour évoquer leur création physique elle-même, mais aussi comme des images, des signes, des symboles ou des reflets de l’action créatrice spirituelle de Dieu dans sa double action de créateur des cieux (spirituels) et de la terre (physique), une double action spirituelle et corporelle.
Le début de l’Évangile de saint Jean nous indique que la lumière du
premier jour, c’est le Christ lui-même par qui tout a été fait. Il est le principe de tous les principes de la création tant physique que spirituelle. Dans les cieux et sur la terre.
«
En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. » (Col. 1, 16-17).
Le
deuxième jour de la création concerne les eaux du commencement sous l’emprise de l’Esprit Saint. Il n’y en a pas d’autres à ce stade et cela va donc exprimer d’abord une action créatrice de Dieu dans la réalité spirituelle.
Dieu en effet va séparer les eaux et, dans les eaux du dessous, il va faire émerger le matériel. Ce sera le troisième jour.
Cela nous enseigne que le monde spirituel de Dieu est certes au-delà de toute réalité physique, mais aussi qu’il ne lui est cependant pas étranger car une part de la réalité spirituelle (les «
eaux du dessous ») est mise à part pour y faire surgir la réalité physique.
C’est une première révélation essentielle pour la foi : il n’y a pas de coupure entre le matériel et le spirituel, mais une union profonde dans laquelle le spirituel est premier.
Le monde spirituel est à l’origine de la réalité physique et y reste présent, mais il transcende cette réalité. À cet égard, le firmament physique est le signe d’un au-delà, d’un infini qui renvoit à davantage que lui-même.
Notre monde physique n’est pas étranger au monde spirituel. Il y a un au-delà spirituel, mais il est néanmoins présent et «
connecté » à notre monde physique.
Le
troisième jour commence par le surgissement de la réalité physique elle-même. Elle provient des eaux spirituelles qui se retirent pour qu’émerge le «
sec », le «
physique », le «
matériel ».
Par un acte créateur de Dieu, le matériel émerge du spirituel. Cela permettra de créer l’humain avec une nature corporelle et spirituelle et, plus encore, cela permettra à Dieu lui-même de se faire homme.
Comme le premier jour, le troisième jour de l’émergence initiale du matériel reste physiquement et dans la chronologie historique, en deçà du Big Bang car la science nous enseigne que ce Big Bang lui-même a une cause, actuellement inconnaissable, dans une minuscule fraction de seconde en deçà du fameux mur de Planck.
Avant le soleil, la lune et les étoiles qui seront créés le quatrième jour, il n’est pas encore question de notre planète terre. Les eaux du troisième jour, ce sont toujours les eaux primordiales du commencement, une réalité spirituelle dont les eaux de notre monde ne sont qu’une image. Il n’y a encore, au début du troisième jour, ni molécule, ni atome, ni même de quelconques photons, mais le commencement d’une réalité terrestre, physique, qui surgit des eaux spirituelles.
Nous pouvons penser au Big Bang, à la formation des premiers solides sortant d’un état gazeux, mais les Anciens ne pouvaient guère penser de cette manière. Et, en outre, à ce stade qui précède la formation des planètes, le surgissement du solide à partir d’un état gazeux ne paraît qu’une image ou un reflet de ce qui est créé le troisième jour.
Les anciens n’en connaissaient pas grand-chose, mais aujourd’hui nous connaissons l’extraordinaire histoire des éléments, des atomes, des molécules, des solides puis du biologique. Depuis le Big Bang, les réalités physiques d’une époque ont toujours porté en elles les développements qui allaient suivre. À toute époque, depuis plus de 13 milliards d’années, les êtres de la réalité physique de l’univers en expansion ont toujours porté en eux-mêmes, dans une chaine causale ininterrompue, tous les éléments physiques de l’évolution et des êtres ultérieurs. En cela, les êtres successifs de l’histoire ont porté en eux la semence et les fruits de cette évolution ultérieure.
Avant la création du soleil, des étoiles et de notre planète, il me semble que c’est des prémisses de la terre physique que le récit nous parle lorsqu’il décrit une création des plantes et des arbres qui portent leur semence et leur fruit.
À cet égard, il me semble qu'on est toujours encore avant le Big Bang, à un stade chronologique où ce qui existe historiquement ne peut être exprimé dans notre langage que par des images ou des reflets d’une réalité physique qui n’existera que plus tard et telle qu’elle sera devenue au moment de l’écriture du récit biblique.
Mais, bien qu’il s’agisse d’images, les arbres et les plantes du troisième jour signifient, après l’émergence du «
sec », du «
matériel », du «
physique » à un stade initial, des réalités aussi historiques pour notre foi que l’incarnation du Christ.
Ce qui est créé le troisième jour concerne la réalité physique, ce sont des êtres produits «
par la terre » portant «
semence » et «
fruits ».
Ces mots expriment la création, dans le monde physique, d’une chaîne causale ininterrompue jusqu’à ce jour. C'est la fécondité elle-même qui est ainsi créée.
Le Big Bang en est actuellement la première expression connue. De cette cause matérielle vont surgir tous les êtres de notre réalité physique qui vont se démultiplier et se diversifier dans l’espace et dans le temps, en étant chacun issu de la semence d’êtres antérieurs et nourris des fruits multiples des êtres antérieurs.
Mais, ces premiers êtres n’ont encore aucune autonomie dans l’espace et le temps. Issue de la réalité spirituelle, et sur la base du Logos contenant tous les principes, la réalité matérielle créée le troisième jour amorce la chaîne des causalités historiques dans laquelle les uns ne cessent depuis lors de faire surgir les autres.
Le
quatrième jour, le mot «
terre » prend un sens nouveau par le surgissement du soleil, de la lune et des étoiles qui sont créés pour la planète «
terre », dans la réalité physique. Nous voici pleinement dans l’histoire concrète après le Big Bang.
La science va regarder l’immensité des galaxies dans laquelle notre planète n’est qu’une poussière comme tant d’autres avec ses singularités, mais le récit biblique va orienter notre regard pour en faire le centre spirituel du monde où l’humain à l’image de Dieu sera créé plus tard un peu avant que Dieu Lui-même s’y incarne dans l’histoire.
Mais, cependant, ici encore, si la réalité matérielle créée nous devient plus familière et que sa création se poursuit, la création des cieux spirituels continue elle aussi et les réalités physiques continuent à nous servir d’images comme celles utilisées pour les trois premiers jours de la création qui précèdent.
Si la réalité physique paraît mise en avant le quatrième jour, c’est cependant avec une double finalité de grande valeur spirituelle : d’abord séparer le jour et la nuit et ensuite marquer le temps.
«
Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; qu’ils servent de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années » (Gn 1, 14)
Dès lors qu’il n’y a pas encore d’humains pour célébrer des fêtes ou compter le temps, on peut constater qu’au stade de ce quatrième jour, on est toujours dans des prémisses.
Sur le plan spirituel, avec des luminaires qui répandent la lumière, nous retrouvons ici la lumière du premier jour qui a jailli dans les ténèbres du commencement, ces «
ténèbres au-dessus de l’abime » (Gn 1, 1). Et, selon l’Évangile de St Jean, cette lumière, c’est le Christ. C’est Lui qui sépare le jour et la nuit. En cela, le soleil et la lune qui sont créés sont d’abord des signes de la création d’une réalité spirituelle essentielle, la distinction de la lumière et des ténèbres. Au cœur de la création, nous trouvons ici la distinction la plus essentielle qui sera, plus tard, au cœur du choix fondamental qui sera celui d’Adam et Ève.
Créés par Dieu mais distincts de Dieu, les cieux et la terre acquièrent par leur création une certaine autonomie en laquelle Dieu va mettre tout être créé en présence de la lumière, mais aussi de son absence, de l’obscurité, des ténèbres. C’est le jour et la nuit. Coexistant mais distincts.
C’est ce qui apparaît le quatrième jour : une séparation, une distinction spirituelle fondamentale de la lumière et de l’obscurité. Cela crée une possibilité de préférence et de choix. La lumière éternelle de Dieu ne demeure pas seule. Une alternative est créée. Il y a Dieu et pas de Dieu. L’harmonie de la communion avec Dieu ou son absence. Pour un être conscient, capable d’amour, Dieu crée une liberté fondamentale sans laquelle l’amour ne peut exister.
La révélation fera découvrir que Dieu est amour, une Trinité infinie d’amour, une vie d’amour à laquelle le divin Créateur va inviter les humains créés à son image et à sa ressemblance avec une liberté de choix.
À cette création spirituelle dans les cieux correspond la création physique du soleil et de la lune, mais aussi de tout le reste de notre galaxie et de notre planète terre, ainsi que de tout l’univers en expansion depuis des milliards d’années qui ne cesse de se rendre visible par les étoiles.
Mais, le soleil et la lune reçoivent aussi une deuxième finalité qui est celle de mesurer le temps. C’est une autre création majeure dans l’éternité immuable. Le temps ouvre la possibilité du changement, d’un avant et d’un après.
Lorsque, selon la traduction officielle en langue française, Dieu dit «
qu’ils servent de signes pour marquer les fêtes les jours et les années » (Gn 1, 14), le mot «
fêtes » ne traduit que partiellement le mot hébreu en cause [«
mow’ed »], qui signifie plus largement les temps fixés, certes notamment pour les fêtes, mais aussi de manière précise et particulière par n’importe quelle convention occasionnelle (cf., par exemple : Jos. 8, 14 ou Jug. 20, 38).
Les «
mow’ed », c’est précisément ce qui va rompre les cycles immuables ou perpétuels du temps que peuvent compter les «
jours » et les «
années ». C’est la possibilité créée de fixer volontairement des moments dans le temps. Cela vise bien sûr les fêtes et solennités régulières et aussi cycliques que les jours et les années, mais cela s’applique à tout moment fixé même occasionnellement.
Le soleil et la lune éveillent à la conscience de la lumière et de l’obscurité et à la conscience du temps. Mais ici encore, il ne s’agit pas de se limiter à considérer matériellement les astres que nous nommons soleil et lune, ni les étoiles, ni même la planète terre.
Le soleil et la lune sont expressément désignés comme des signes.
Deux créations spirituelles sont perceptibles tant dans les cieux que sur la terre : une distinction nécessaire entre la lumière et l’obscurité pour que la création, dans son autonomie par rapport à son divin Créateur, puisse choisir la lumière et éviter l’obscurité, mais aussi une rupture dans l’immuabilité de l’éternité. La création n’est pas achevée d’emblée par Dieu mais va évoluer et changer dans le temps selon l’action des créatures elles-mêmes. La porte s’ouvre à une action d’autres êtres que Dieu Lui-même. Une action dans la lumière ou dans les ténèbres.
Au
cinquième jour, nous retrouvons les eaux spirituelles du commencement. C’est l’apparition des êtres autonomes vivants, mais d’abord dans la réalité spirituelle des eaux. N’est-ce pas le jour de la création des anges ?
La «
terre » ne produira des vivants que le jour suivant, mais ici ce sont d’abord les «
eaux » (la réalité spirituelle dominée par l’esprit au commencement) qui produisent en abondance des «
êtres vivants » ou des «
âmes vivantes » (en hébreu : «
nephesh chay ») (Gn 1, 20) selon une expression qui sera encore utilisée pour les animaux (Gn 1, 24), puis pour les humains créés à l’image de Dieu (Gn 2, 7).
«
Que les eaux foisonnent d’une profusion d’êtres vivants, et que les oiseaux volent au-dessus de la terre, sous le firmament du ciel ; Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins [en hébreu : «
tanniym »]
, tous les êtres vivants qui vont et viennent et foisonnent dans les eaux, et aussi, selon leur espèce, tous les oiseaux qui volent. » (Gn 1, 20-21).
Mais, contrairement au troisième puis au sixième jour, où nous avons des créations «
produites » par «
la terre », ici, le cinquième jour, ce sont des créations directes dans «
les eaux » et «
sous le firmament ». Les uns et les autres vont se multiplier, mais, dans les eaux, il ne s’agit pas d’une multiplication par des semences et des fruits des créatures terrestres, mais d’une multiplication qui vient directement de la parole de Dieu sans chaîne causale.
Chaque ange est, en effet, créé directement par Dieu, sans être issu de la semence d’une créature antérieure. Nous ne connaissons rien de la manière dont s’est réalisé leur fécondité et leur multiplication dans la réalité spirituelle en dehors du temps et de l’espace que nous mesurons dans notre point de vue terrestre.
Les anges ne se multiplient certes pas à la manière des humains, mais, dans les cieux, ils sont créés en grand nombre et autant que nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de la création.
Les âmes vivantes spirituelles tirées des eaux spirituelles, comme les âmes vivantes spirituelles humaines vivant sur la terre dont la nature est simultanément spirituelle et corporelle, participent à une fécondité co-créatrice voulue par le Créateur.
Dans les cieux, les êtres vivants du cinquième jour produits par les «
eaux » sont des esprits. Mais, les uns (dans les eaux) sont purement spirituels et ne se meuvent que dans la réalité spirituelle des eaux alors que d’autres, des «
oiseaux », sont sur la terre et vont vers le ciel qui est leur destination, leur orientation.
Ici encore, comme pour les plantes et les arbres du troisième jour, il semble qu’il convient de rester prudent en évitant de confondre l’image avec la réalité de la création du cinquième jour qui se produit dans et par les eaux qui sont une réalité spirituelle depuis le commencement.
Mais, le récit de la création semble présenter ici une soudaine rupture. Comment comprendre une création de «
monstres » [en hébreu : «
tanniym »] ?
N’imaginons donc pas trop vite, en découvrant la création de grands «
monstres » qu’il s’agirait d’attirer notre attention sur des baleines ou des dinosaures en nous arrêtant à une chronologie entre animaux marins et terrestres !
Ce mot «
tanniym » (au pluriel) ou «
tanniyn » (au singulier) se trouve dans 28 versets de la Bible et est souvent traduit par «
serpent » (ou chacal ou dragon). Dans le livre de l’Exode, on peut constater que c’est la même réalité. En effet, lorsque le bâton de Moïse fut transformé miraculeusement en serpent, il est nommé tantôt «
tanniyn » (Ex. 7, 10), tantôt «
nachash » (Ex. 7, 12), comme le tentateur dans le jardin d’Eden (Gn 3, 1).
La nature même de la parfaite bonté de Dieu exclut qu’Il crée un être mauvais au moment où il le crée, mais le diable, les démons et le mal existent au moment où le récit est écrit pour nous être adressé.
Ici encore, comme pour les jours précédents, les mots semblent choisis dans la réalité au moment où le récit est écrit et nous devons éviter de confondre ces images postérieures avec la réalité au moment même de la création. Les êtres vivants créés dans les cieux le cinquième jour sont décrits selon ce qu’ils sont devenus plus tard avec des images d’êtres qui vivent ou ont vécu sur la terre au moment où le récit biblique est écrit. Et, de ce point de vue décalé, l’essentiel à dire de ces êtres spirituels tirés des eaux le cinquième jour, c’est que certains d’entre eux sont devenus des démons.
Leur mort sera proclamée : «
Ce jour-là, le Seigneur… tuera le dragon [tanniyin]
de la mer. » (Isaïe 27, 1) et le psalmiste le confirme : «
Dieu, mon roi dès l'origine, vainqueur des combats sur la face de la terre, c'est toi qui fendis la mer par ta puissance, qui fracassas les têtes des dragons [tanniyim]
sur les eaux » (Ps. 73, 12-13).
À cet égard, le Catéchisme nous rappelle l’enseignement du Concile de Latran qui proclame que «
Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais » (CEC n° 391). Créés par Dieu : c’est bien ce que dit déjà le récit biblique du cinquième jour : «
Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins » (Gn 1, 21).
Comment est-ce possible qu’un être créé bon devienne mauvais sans qu’il y ait déjà du mal en lui pour faire advenir un tel changement qui fait d’un ange un démon ?
À cet égard, nous pouvons trouver une explication dans le quatrième jour, lorsque le Créateur a ouvert une distinction entre la lumière et l’obscurité, et ouvert une possibilité de co-création dans un temps où la créature va pouvoir agir de manière libre et autonome dans la lumière ou l’obscurité. Souvenons-nous que cette liberté est essentielle pour la vie d’amour à laquelle Dieu nous invite.
La possibilité d’agir dans le temps soit dans la lumière soit dans l’obscurité n’a-t-elle pas introduit le plus fondamental des choix spirituels dans les cieux comme sur la terre ?
En créant ensuite des êtres spirituels en abondance, le cinquième jour, après avoir séparé la lumière de l’obscurité lors du quatrième jour, on peut, dès lors, comprendre l’enseignement de l’Église qui affirme qu’il y a eu, dans la pleine lumière du premier jour, un «
choix libre de ces esprits créés » (CEC, n° 392)
En créant dans les cieux des êtres vivants avec un choix libre, Dieu a créé des êtres libres dont certains ont préféré l’obscurité à la lumière. Certains de ces êtres spirituels sont ainsi devenus des démons, alors que d’autres demeuraient en communion avec Dieu dans la réalité spirituelle de Dieu ou devenaient ses messagers entre le ciel et la terre. Des «
poissons » ou des «
oiseaux ».
En présence de la pleine lumière du jour et de l’obscurité de la nuit, la liberté de conscience des êtres spirituels, créés dans les eaux et les airs, a eu un effet concret par le rejet choisi par certains de ces anges. Ils devinrent instantanément de «
grands monstres », des démons, bien que créés en même temps que tous les autres vivants qui sont les anges qui servent Dieu dans les cieux ou entre les cieux et la terre.
À cet égard, l’enseignement de l’Église a toujours considéré que la création des purs esprits que sont les anges a précédé l’humanité. Tout devait être prêt dans les cieux et sur la terre pour que Dieu puisse étendre son harmonie et sa communion d’amour à toute la création, tant physique que spirituelle.
C’est en l’homme que va advenir cette union parfaite du physique et du spirituel, la fin ultime de la création des cieux et de la terre.
Après la création le cinquième jour d’êtres spirituels autonomes, capables de choisir entre la lumière et les ténèbres et capables d’agir dans le temps au service de toute la création, le
sixième jour semble celui de toute la création biologique autonome sur la terre, avec au sommet l’humain comme trait d’union entre les cieux et la terre.
Toujours, on retrouve les cieux et la terre, la création spirituelle et la création corporelle. Une création physique qui exprime et signifie une création spirituelle.
Jusqu’à l’unique nature humaine corporelle «
et » spirituelle, tout est créé tant dans la réalité spirituelle que dans la réalité physique en harmonie et en miroir. Les réalités physiques me semblent autant de signes de réalités spirituelles que l’expression dans le monde physique de ces réalités spirituelles pour permettre une coexistence harmonieuse des cieux et de la terre.
Au terme des six jours, «
Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » » (Gn 1, 27-28).
L’humain, dès l’origine, est invité à féconder le monde, à porter du fruit, comme les plantes et les arbres du troisième jour. L’humain est porteur de semence. Dans la séparation de la lumière par rapport à l'obscurité et le temps créés le quatrième jour, il peut introduire du nouveau et du supplémentaire dans la création, en harmonie avec Dieu.
Comme les êtres spirituels créés le cinquième jour, l’humain hérite d’une double conscience reçue de la situation créée le quatrième jour : la conscience de l’obscurité et de la lumière et la conscience d’agir dans le temps entre un passé et un futur.