Epsilon a écrit :Or les Pères de l’Eglise et les premiers historiens plaçaient très précisément la naissance de Jésus deux ans après la mort d’Hérode
Epsilon a écrit :Les épisodes de Matthieu sont à reporter sur Hérode Archélaus (-4, +6) qui pour des raisons symboliques Matthieu les avaient situés du temps d’Hérode le Grand (fondateur de la Dynastie).
Désolé, sur l'hypothèse d'une contre-vérité historique formelle dans les évangiles, je ne vous suis pas. Impossible. Surtout que la mort d'Hérode est la condition du retour de la Sainte Famille en Galilée. Ce ne peut donc pas être Hérode Archélaos dont il s'agit, puisque on sait qu'il règne sur la Judée quand la Sainte Famille revient d'Egypte (cf. Mathieu 2, 20), donc avant l'an 6 de notre ère où il est déposé et exilé ; et que Dieu a alerté en songe Joseph en Egypte pour le prévenir de la mort de ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant "
après la mort d'Hérode" (cf. Mathieu 2, 20) ? Donc la condition du retour d'exil de la sainte famille est bien la mort d'Hérode le grand, et non celle de son fils. A moins de considérer tout ce chapitre comme une affabulation.
Epsilon a écrit :sans oublier saint Chrysostome et sa « démonstration » à partir de Lc (1,9-10) ... faisant de Zacharie un Grand Prêtre et situant évènement le jour du Yom Kippour de là il « calcule » que la Nativité ne pouvait être qu'un 25 Décembre !!!
Non, si vous lisez ma synthèse vous verrez justement que je situe l'annonce à Zacharie à Yom Kippour, ce qui est d'ailleurs indiscutable si on se fit aux évangiles, et que ça ne fait pas tomber la nativité un 25 décembre. Ca la situe tout au plus en décembre, et encore, seulement si on se fixe sur une certaine année. D'autant qu'on a une fâcheuse tendance à compter, pour les mois de grossesses, des douxièmes d'année, au lieu de compter des mois lunaires comme dans le calendrier juif.
Pour ce qui est de Quirinius, dans ma synthèse, en note de bas, j'explique pourquoi il n'y a pas d'incohérence entre la carrière connue de Quirinius comme gouverneur de Syrie, et l'évangile de Luc. Par contre, j'aimerais assez que vous m'indiquiez sur quelle base vous situez un premier recensement de Quirinius en l'an 2 av. JC ? Prouver si oui ou non Quirinius était gouverneur de Syrie au moment de la naissance du Christ n'a que peu d'importance : suivant les méthodes de composition orale et de transmission, il suffit de montrer qu'il se soit distingué comme tel avant la composition de l'évangile de l'enfance. On parle d'untel par sa fonction, non pas en tant qu'il l'exerçait au moment de l'événement dont on traite, mais en tant qu'il est connu par cette fonction. Ensuite, pour l'hypothèse conforme aux évangiles d'une naissance avant la mort d'Hérode, il suffit de montrer qu'il y a bien eu un édit de l'empereur Auguste justifiant que Joseph et Marie se rendent à Bethléem. A ce sujet, je vous cite
cette étude :
Ernest Desjardins a écrit :Pour nous, il est certain, d'après le texte d'Æthicus, que César avait ordonné qu'on mesurât le monde ; que le travail dura vingt-cinq ans ; qu'il fut par conséquent continué par Auguste ; que ce fut une véritable opération cadastrale, comme en témoigne l'auteur du Livre des Colonies ; que les archives impériales conservaient le résultat de ce grand travail, ainsi que le dit Siculus Flaccus et que le prouve la table de Peutinger, reproduction traditionnelle de la représentation de l'Orbis pictus d'Agrippa.
Il est également certain pour nous qu'Auguste, s'il n'a pas parlé de cette grande opération dans les lacunes encore subsistantes de son testament sur le monument d'Ancyre, en a certainement parlé dans le Breviarium imperii, qui s'est perdu, mais dont Suétone, Tacite et Dion Cassius nous ont indiqué l'objet.
Que ce cadastre n'était que l'étude préparatoire du recensement du monde, c'est-à-dire non seulement des provinces romaines, mais des sujets ou alliés, comme le prouvent les textes de Cassiodore, d'Orose, d'Isidore de Séville et de Suidas ; que, d'après ce dernier, l'empereur Auguste avait choisi, non plus quatre personnages, comme l'avait fait César, pour la description préalable, mais vingt, pour faire ce recensement ; que Suidas est digne de foi et que l'article de son Lexicon, n'a pu, comme le prouve M. Wallon, être fait pour justifier le texte de saint Luc ; que les épigraphistes de profession et les critiques les plus autorisés l'ont toujours considéré comme tel ; que ce recensement est une opération différente du relevé cadastral commencé sous César, poursuivi pendant de longues années, et qu'il n'a pu être entrepris qu'en vertu d'un édit d'Auguste.
Il est constant, d'autre part, que l'exécution de cette mesure, regardant tout l'empire, n'a pu être l'oeuvre d'un jour, ni même d'une seule année ; que l'on a dû consulter l'instant propice pour les différents pays, et que, dans la Gaule, cette opération a eu lieu l'an 12 avant notre ère, ainsi qu'en témoignent les tables Claudiennes de Lyon.
Il n'est pas moins assuré que cette mesure, n'ayant aucun rapport, ni aucun lien probables avec les lustres regardant exclusivement les citoyens romains, a dû s'appliquer non seulement aux provinces, mais aux pays sujets ou alliés placés dans une dépendance plus ou moins grande de Rome ; que la Judée se trouvait précisément dans cette condition, comme toute l'histoire du règne d'Hérode et le mécontentement particulier d'Auguste contre ce prince le prouvent surabondamment ; qu'il entrait dans la pensée de l'empereur d'annexer prochainement ce pays à la province de Syrie, comme cela fut réalisé peu d'années après ; qu'il était dans les habitudes constantes de Rome de préparer de longue main son occupation ou ses annexions partielles par une constatation des ressources du pays, comme elle le fit en Macédoine sous Paul-Émile, en Asie après les défaites d'Antiochus, en Italie pour les cités sujettes ; et que l'on ne pouvait obtenir cette constatation que par un recensement préalable.
Il n'est pas surprenant que Tacite, Suétone et Dion n'en aient pas parlé, pour la Judée en particulier, puisqu'ils n'ont pas fait mention de l'exécution lente et générale de cette mesure pour les autres pays ; que d'ailleurs les mêmes historiens ne mentionnent pas non plus le recensement définitif de l'an 6 de notre ère, dont Josèphe parle avec tant de détail pour la Judée ; enfin que le silence de cet écrivain sur le premier recensement s'explique par des omissions plus importantes.
Voilà donc pour le cas où l'hypothèse d'une naissance du Christ en l'an 6 avant notre ère (-5) vous semblerait contraire aux archives romaines. Elle ne l'est pas pour nombre d'historiens qui se sont penchés sur la question. En revanche, la thèse d'une naissance postérieure à la mort d'Hérode 1er est exégétiquement et historiquement injustifiée. A mon sens, le principal problème de votre démonstration c'est qu'elle repose sur l'hypothèse que les évangélistes ont fait un paquet d'erreurs historiques, volontaires ou non. Je trouve ça... dommage.
PS : vous noterez que l'hypothèse que je défends, en dehors d'être historiquement correcte et fidèle aux évangiles, apporte nombre d'éléments chargés de sens, donnant aux éléments clefs de la nativité qui nous sont relatés un caractère véritablement providentiel, que les contemporains de Jésus ne devaient pas manquer de saisir, mais que nous avons laisser se diluer dans le temps et la distance culturelle. Ainsi en va-t-il de l'annonce à Zacharie un Yom Kippour, qui plus est un Shabbat (c'est très fortement signifiant que la remise des fautes d'Israël demandée ce jour trouve comme réponse de Dieu la promesse de la naissance de Jean, qui baptisera dans ce sens et qui précèdera Lumière du monde). Cette datation qui est scripturairement incontestable dans cette tranche d'années (un seul jour dans l'année on pénétrait dans le sanctuaire pour y offrir les parfums, et cette année-là c'était bien la charge des prêtres de la classe d'Abia à laquelle appartenait Zacharie), permet en outre, en suivant scrupuleusement la chronologie des évangiles et le calendrier des fêtes juives de cette année-là, de dater très précisément la nativité au jour exact du 160ème anniversaire de la dédicace du Temple (Hhanouka), un 25 kislev, fêtes des Lumières : la encore, le sens est des plus providentiel et on ne peut que louer le Seigneur que l'événement le plus important de toute l'histoire de l'humanité fut à ce point cohérent avec ladite histoire.