Xavi a écrit :Un grand merci à la modération de permettre la poursuite de ce fil.
Oui, merci aussi !
Xavi a écrit :
Les réflexions multiples et complexes de jpm me semblent trop éloignées du sujet parce qu’elles ne se basent pas fermement sur une adhésion à l’enseignement de l’Eglise. Les apports critiques extérieurs sont certes précieux, mais la question est déjà tellement difficile que, même si des non chrétiens y participent, le sujet ne peut progresser que s’il se base fermement et sans exception sur l’enseignement de l’Eglise pour en chercher toujours davantage le sens et la portée par rapport aux questions nouvelles de notre époque.
Assez d'accord avec ça. On voit vite comment ça dérive.
Xavi a écrit :C’est toujours une grande joie de vous lire, car chaque fois vous apportez à mes réflexions un regard qui élargit la perspective, qui apporte d’autres aspects qui l’enrichissent.
Joie partagée !
Xavi a écrit :Votre approche par rapport au Christ me semble tout à fait pertinente.
Merci, mais l'idée vient de vous.
Xavi a écrit :Quand nous réfléchissons à une réalité terrestre et corporelle située dans le temps et dans l’espace, nous ne pouvons jamais oublier que l’action de Dieu est bien plus vaste. Nous sommes encore dans les douleurs de l’enfantement et notre création n’est pas une réalité qui a une fin dans le temps. Elle nous plonge dans l’éternité de Dieu.
Je suis d'accord.
Xavi a écrit :Mais, autant on peut admettre une évolution sur le plan corporel, y compris pour les capacités d’abstraction, autant il ne me semble pas que l’esprit donné par Dieu soit évolutif. Il permet la communion avec Dieu. Pleine et entière.
Pourquoi ? Vous admettez aujourd'hui l'idée d'évolution corporelle parce que l'évolution de la science et des consciences le permet. Mais proposez cette idée à quelqu'un il y a 2000 ans, et il vous traitera de fou. Pour autant, j'accepte comme largement probable cette idée d'une évolution, non pas sur le mode de la sélection naturelle, ou de l'intelligent design, mais plutôt sur un mode assez intéressant qui serait celui du saut d'espèce, par exemple. Je trouve l'idée tout à fait intéressante... bref, ça c'est pour le corps. Maintenant pourquoi n'y aurait-il pas aussi des stades d'évolution de l'âme humaine ? Ou du moins, comme il y a une "âme" animale (non immortelle, pas à la ressemblance de Dieu, ... mais tout de même quelque chose qui porte la vie) ne pourrait-on penser que, comme le corps humain
homo sapiens est une évolution, par générations successives, d'un corps plus primitif, l'âme humaine serait elle aussi une évolution, par génération successives, d'une "âme" plus primitive ?
Xavi a écrit :Ici, cher Pneumatis, vous ne pouvez que constater que ce n’est pas compatible avec le catéchisme de l’Eglise.
Comme voulez-vous attribuer une âme immortelle individualisée, personnelle, à un être unicellulaire ? Un être unicellulaire de la lignée biologique humaine n’est pas une personne en communion avec Dieu, « capable de connaître et d’aimer son Créateur » pour reprendre l’expression du catéchisme (CEC 356).
Et l'embryon juste après la fécondation ? D'après l'enseignement de l'Eglise, voilà un être unicellulaire, pourtant égal en dignité à tout être humain, et doté immédiatement d'une âme. Ce qui pose d'ailleurs une question épineuse pour les jumeaux, m'enfin, n'envenimons pas le débat.
Xavi a écrit :Notre corps évolue, mais il semble exclu de considérer que la vie spirituelle d’un enfant, d’un vieillard ou d’un malade mental soit moindre que celle d’un adulte au sommet de ses capacités.
Je suis d'accord avec vous, et je n'ai rien dit de tel.
Xavi a écrit :Attention aux images de notre imagination qui peuvent tellement nous tromper. Le regard d’un animal peut susciter un tel transfert de nos sentiments humains que nous avons parfois difficile de nous en détacher et à éviter de les prendre pour l’expression d’une personne semblable à un humain. Attention à l’image que nous pouvons nous faire des hominidés préhumains qui ont pu nous précéder, à nos critères exclusivement terrestres..
Tout à fait d'accord.
Xavi a écrit :Personne ne sait ce que deviendra la création terrestre, y compris animale, dans l’éternité. On peut croire que dans le monde nouveau que Dieu nous prépare, il y aura bien des surprises et que la dissolution de toutes choses du monde présent ne débouchera pas sur un néant mais sur un enfantement qui dépasse nos imaginations.
Tout à fait d'accord aussi.
Xavi a écrit :Mais nous croyons fermement que les humains sont eux seuls dotés d’une âme personnelle immortelle capable de communion avec Dieu. Les mots sont trop faibles pour s’exprimer avec justesse, mais, comme vous le relevez bien, le plus significatif c’est de penser que c’est le corps même du Christ qui a été préparé au fils du temps.
Oui, d'où ma réflexion sur ce qui est aussi la "forme du corps" et si rapporte au moins par analogie : l'âme.
Xavi a écrit :Accepter la réalité corporelle créée me semble impliquer effectivement d’accepter une chronologie dans la création matérielle et corporelle ce que vous semblez rejeter. A mon avis, à tort.
Ne pas admettre une chronologie ne peut que conduire à une profonde impasse en présence de l’évolution. Dans le temps et dans l’histoire, au contraire de l’état du corps qui peut évoluer, le don de l’immortalité dans la création est nécessairement présent ou non, instantané, immédiat.
Là vous confondez mes propos, ou c'est moi qui comprend mal les vôtres : je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de chronologie dans la création, je dis qu'on ne peut pas tenir le récit de la Genèse pour un récit chronologique. Surtout si l'enchainement d'événements n'est pas explicite. L'enseignement de l'Eglise en matière d'exégèse insiste (en particulier dans le très récent texte Dei Verbum, qui fait suite au synode sur la Parole de Dieu) sur l'importance d'interpréter le texte dans l'esprit de ce que son auteur a pu vouloir dire, donc en tenant compte du contexte, de la culture, et du public à qui se destinait ce texte. Ensuite, seulement, on peut dégager pour nous-même et notre temps, un enseignement. Mais l'interprétation, qui repose toujours au départ sur le sens littéral, doit absolument se fonder sur une plongée dans l'esprit de l'auteur du texte et dans le contexte.
Or dans le cas qui nous concerne, la culture mosaïque, la langue hébraïque, répond à une logique de récit bien différente de la notre et nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte sauf au risque, comme nous l'enseigne l'Eglise, de trahir le sens du texte. Les temps de l'hébreu, par exemple, si ils peuvent évoquer comme pour notre langue, un passé, un présent et un futur, attachent néanmoins une importance capitale au la conjugaison accompli/inaccompli. Cette logique accompli/inaccompli, qui ne remplace pas la logique binaire avant/après, nous oblige au contraire à l'enrichir. Et si nous voulons penser le récit de la Genèse un tout petit peu à la façon dont Moïse le pensait, il nous faut tenir compte de cette logique qui présente forcément (en très abrégé, parce que je suis loin d'être un spécialiste de l'hébreu) :
- du passé, présent, futur inaccompli
- du passé, présent, futur accompli
De même, nous devons tenir compte de la manière dont les récits s'articulent. Ce n'est pas anecdotique qu'il y ait deux récits bien distincts de la création de l'homme. On voit bien qu'ils focalisent l'un et l'autre sur deux aspects bien différents de la création. Et sauf à prouver qu'il y a une articulation chronologique entre les deux, les agréger sur une logique chronologique déborde largement arbitrairement ce que l'exégèse nous autorise à faire. Surtout quand on voit par ailleurs tout un courant d'exégèse qui vous explique que l'agrégation des récits est probablement tardive, et que donc l'ordre original de conception ou de transmission des récits n'est probablement pas le même que l'ordre que nous connaissons aujourd'hui.
De la "chronologie" il y a probablement, dans la Genèse. Là encore, je ne lis pas l'hébreu, mais je supposerais bien qu'au chapitre 5, l'enchainement des générations relève d'une chronologie. D'ailleurs cela correspond fidèlement, je crois, à ce qu'on retrouve dans le livre des chroniques, où là la notion de "chronos" est explicite. Mais dans les événements qui concernent l'
Adam, et encore plus ceux qui implique Elohim ou Adonaï, à moins d'avoir des termes d'ordrage explicitement chronologique par rapport à la grammaire hébraïque, ou une tradition (catholique ou targumique) qui nous l'enseigne, je ne vois ce qui nous permet de s'accrocher à la thèse d'un séquençage chronologique du récit de la Genèse. Et je ne crois pas que vous trouverez beaucoup d'exégètes aujourd'hui qui iraient dans ce sens, de toute façon.
Xavi a écrit :Nous avons été créés lorsque l’évolution et la lente maturation des choses ont abouti à un corps capable d’être celui de Dieu lui-même, capable de l’incarnation de son Fils éternel par qui tout a été créé et par qui tout est sauvé et conduit vers la vie au-delà de toute mort.
Oui, et bien c'est là que je ne peux considérer cela que comme une hypothèse, et guère plus. A quel "stade" de développement génétique le premier homme a-t-il été créé ? That is the question ! A-t-il eu seulement des "parents biologiques" ? L'hypothèse frôle dangereusement avec l'hérésie, et l'Eglise reste encore volontairement très prudente avec ça. Je ne suis pas opposé à l'idée que des "parents biologiques" puissent constituer une "glaise" acceptable... mais ça demande quand même à être creusé. Après tout, allant dans ce sens, on peut noter que la Vierge Marie, choisie de toute éternité pour être préservée du péché et donner naissance au sauveur a pourtant bien des parents biologiques (tout à fait humains, cela dit). Mais en sens inverse, on peut noter que Jésus n'a pas de père biologique, uniquement une mère. Bon voilà, tout ça amène quand même pleins de possibilités différentes sur les origines biologiques d'Adam.
Xavi a écrit :Il est très important de redécouvrir toute la valeur de notre corps. Nous ne sommes pas des anges. Dieu a voulu nous créer dans et par un corps. Bien concret, dans le temps et dans l’espace. Nous sommes créés par l’union d’un corps humain et de l’esprit de Dieu, cette création nous donne une âme immortelle.
Chacun de nous a ainsi été créé dans le temps et dans l’histoire avec un corps bien à lui issu de ses parents. Le Christ s’est incarné dans le sein de la vierge Marie à un moment bien précis du temps et de l’espace.
Oui mais justement, le Christ n'a pas de père biologique. Ce seul "détail" devrait au moins laisser la place à différentes hypothèses pour Adam.
Xavi a écrit :Il est certain que, tant pour nous que pour le Christ, tout cela est infiniment plus vaste dans la réalité de Dieu qui transcende les limites des mesures du temps et de l’espace par notre cerveau.
Mais, nous sommes bien dans le temps et dans l’histoire. Il n’y a pas toujours eu des humains. Il y a bien eu création à un moment et à un endroit. Un fait, somme toute, moins extraordinaire que l’incarnation de Dieu lui-même, mais un acte extraordinaire et gratuit.
Tout à fait d'accord.
Xavi a écrit :A travers le langage imagé de la Genèse, écoutons l’essentiel de cette création. Ne cherchons pas à la spiritualiser entièrement comme si nous n’étions en réalité que des esprits vivant dans un corps.
Tout à fait d'accord.
Xavi a écrit :Il a bien fait cette chose étonnante : créer un être vivant semblable à lui dans et avec quelque chose de tout à fait nouveau. Un corps. Dans le temps et dans l’espace. Un corps dans lequel il est venu lui-même nous rejoindre.
En effet. Créer un être vivant semblable à Lui, Il le fait à chaque fois qu'un être humain est conçu. Et il nous rejoint dans ce corps à chaque eucharistie. Je ne diminue pas par là le miracle formidable de la "première fois", bien au contraire. Mais la première fois n'en fait pas une "unique" fois, et il faut donc bien différencier ce qui est spécifique à la "première fois" de ce qui ne lui est pas spécifique.
Xavi a écrit :N’ayons pas peur de tout ce que la science peut nous apprendre. Le miracle du souffle de Dieu qui a insufflé un esprit dans un corps pour en faire une âme immortelle appelée à vivre avec Lui n’en sera que plus beau à contempler.
Bien d'accord. Et j'ai même envie d'ajouter : Amen !
PS pour @JPM : l'orthodoxie de la foi catholique ne repose pas que sur le respect des "textes" bibliques, mais sur la Tradition vivante, et donc sur l'ensemble des enseignements de l'Eglise. C'est en outre la règle du forum que vous avez accepté en vous y inscrivant.