Re: La religion, mon ignorance, l'ecole et les évangéliques
Publié : mar. 30 nov. 2010, 16:15
Le thomisme n'est pas substantiellement aristotélicien.L'aristotélisme (et le thomisme qui l'a incorporé au christianisme) est une philosophie réaliste, au contraire, tandis que le platonisme part des Idées des choses.
Le monde de St Thomas est un monde fait de causalités, Dieu étant la cause première qui crée à partir de causes secondes, et dont les effets (naturels) sont intrinsèquement dépendant de leur cause (surnaturelle).
A ce sujet Pierre Gire écrit : "St Thomas réussit à enchâsser une certaine cosmologie aristotélicienne dans un schéma néo platonicien selon une perspective créationniste qui fait interférer sans illogisme la nature et la grâce."
D'autre part, chez St Thomas la théorie de l'analogie permettant d'expliquer la dépendance, la ressemblance en même temps que la dissemblance que les créatures ont avec leur créateur, domine tout son système, or c'est une théorie qui n'est pas aristotélicienne comme l'a montré Pierre Aubenque, tout simplement parce que le monde naturel tel qu'Aristote le voit est fondamentalement auto-suffisant.
Et cette théorie de l'analogie se manifeste deux de façons chez St Thomas, d'abord par l'essence vu comme un "réceptacle" déterminant le degré de ressemblance que la créature à avec Dieu : plus elle a d'essence plus elle est "conforme" à Dieu. Cette vision de l'essence se trouve chez le Pseudo Denys et les platoniciens. D'autre part, elle se manifeste aussi par l'acte d'être (l'esse), qui est la découverte majeure de St Thomas. Dieu envisagé comme pure acte d'être (et non plus comme une forme même infinie) donne aux créatures de participer à son acte d'être. Ainsi, les créatures ayant en permanence besoin de l'acte d'être divin pour être maintenues hors du néant sont entièrement dépendantes de Dieu. La conséquence est donc que Dieu est aussi au coeur des créatures.
Il n'en est pas ainsi chez Aristote où les substances ont une consistance en elles mêmes par la forme qu'elles possèdent, alors que chez St Thomas la créature est toujours mendiante de l'acte d'être.
L'univers de St Thomas est beaucoup plus proche du Dieu Soleil Illuminateur de St Augustin et des platoniciens que du premier moteur aristotélicien qui ne crée rien.
Tout à fait, mais le nominalisme est une tendance de l'aristotélisme. L'intellect médiéval a parfois été séduit par l'illusion de maitrise de la réalité que peut donner le système aristotélicien, mais cela n'a pas été le cas de St Thomas.Le nominalisme date du Moyen Âge, il en est beaucoup question dans le livre "Le nom de la rose" (le nom n'est pas la chose), mais ça n'a rien à voir avec la philosophie recommandée par l'Église, qui est l'aristotélo-thomisme.