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Re: Le château intérieur

Publié : mar. 06 juil. 2010, 5:16
par Cinci
Pourquoi chercher un lien avec le château.
Bonjour, Griffon !

Pourquoi ? Bien, je plaçais un ''peut-être ?'' Avec ça, je n'étais pas certain, je songeais surtout à l'état dans lequel on peut se trouver soi-même. Et comme en guise d'analogie si l'on peut se trouver comme en 4e demeure plutôt qu'en première. L'analogie l'était pour moi, et en repensant alors à une expérience, la mienne, et puis voyant ce que raconte Thérèse.

C'est une grâce de Dieu, comme il en fait tant et tant.

Ah! Pas exactement, Griffon. Pour moi ce fut une expérience fondatrice. Pas ordinnaire. Hors de l'ordinnaire. C'était comme une fenêtre ouvert sur quelque chose de complètement nouveau sur le plan de l'être, la façon d'être, juste ''être'', une intensité de vie, un état, une élévation au-dessus de soi-même comme dirait l'autre, une percée vers une nouvelle strate d'être ''un étant'' que je ne sais pas exactement comment dire ça. On a juste à imaginer le gros coup de foudre. Ce qu'on appelle le coup de foudre. Comment on peut se sentir dans ce temps-là. Mais pas un coup de foudre en même temps. Autre chose. Un état neuf. Une espèce de baume, une vraie onction. Comme dans le Cantique des Cantique. De mémoire, une histoire d'effraction ou d'irruption avec le Bien Aimé qui passe (ou qui vient de passer), une histoire de main avec de la myrre. Coulant quoi. Avant de dire des bêtises je vais aller jeter un oeil.

Et tiens :

  • Je suis entré dans mon jardin,
    ma soeur épouse
    j'ai cuillie ma myrrhe avec mon baume
    j'ai mangé mon rayon avec mon miel
    j'ai bu mon vin avec mon lait
    -mangez compagnon, buvez et
    ennivrez-vous d'amour

    Je dors mais mon coeur veille
    J'entends mon bien-aimé qui frappe!
    «Ouvre-moi ma soeur, ma compagne
    ma colombe, ma parfaite
    car ma tête est pleine de rosée,
    mes boucles, des gouttes de la nuit»

    J'ai ôté ma tunique : comment la
    remettrais-je ?
    J'ai lavé mes pieds :
    comment les salirais-je ?

    Mon bien-aimé a avancé la main par
    l'ouverture et mes entrailles ont
    frémi à cause de lui

    Je me suis levée, moi, pour ouvrir
    à mon bien-aimé, et de mes mains
    a dégoutté la myrrhe, et de mes
    doigts la myrrhe liquide sur la poi-
    gnée du verrou.

    J'ai ouvert, moi, à mon bien-aimé,
    mais mon bien-aimé, se dérobant,
    avait disparu


C'est poétique, le texte du Cantique. Mais il en décrit bien aussi un certain aspect de ce dont je ferais allusion dans ma propre expérience. Pas complètement toutefois. Non. Il y avait autre chose. La présence. J'étais en présence ''de''. Aucun doute, aucun doute, aucun doute. Le coeur tout brûlant, mon cher Griffon. Un vrai feu. Il y avait de l'énergie là-dedans (sourire) Pas possible. Il m'a été donné de vivre de l'intérieur l'expérience des disciples d'Emmaüs. La certitude. Jésus est vivant. Il a vaincu la mort. La joie. La Joie. C'est énorme. Si j'écris ça, en repensant à l'expérience, juste là : j'ai de grosses larmes qui ont bien envie de perler. Juste : c'est vrai. Une réalité. Dire que c'est une réalité. C'est cette fois-là que je me suis rendu à l'église. Un trop plein de reconnaissance. J'en ai profité pour me confesser. Par la suite, lors d'une messe, j'étais encore sous le coup '' de l'expérience'' et là c'était un peu gênant pour moi : j'avais l'air du gars effondré avec un ruisseau de larme incontrôlable. À tel point qu'une bonne dame du banc d'à côté avait jugé bon de venir me réconforter en m'offrant son bras et pensant que je venais vivre une tragédie sûrement. C'était de la joie. Des larmes de joie, d'amour et de reconnaissance.

C'était tellement étrange. Vivre une affaire pareille, la totale surprise, en plein jour, la totale lucidité. Aucun contrôle sur la chose, qu'il n'en venait pas de moi. Être juste sur un coup de vie, comme un champ passif dans lequel un autre serait venu réaliser quelque chose. M'enfin, il y a un avant, il y a un après. Puis je ne peux plus être comme j'étais avant tout en étant le même. Et c'est bien étrange. Il n'en fait pas de moi quelqu'un de meilleur. Il n'est pas de magie. Non, puis comme je disais précédemment : je me sens comme cent fois pire que j'étais avant. C'est de l'ordre du ressenti. C'est comme si l'expérience m'eût propulsé en 4e demeure admettons - temporairement - mais ensuite et comme un peu plus tard, j'expérimente alors toute cette paralysie (lourdeur, pesanteur, sécheresse, désert, absence) qu'il y a comme à se trouver tout en bas. Puis c'est le silence de Dieu qui fait mal. Et, là non plus, je n'aurai pas de contrôle là-dessus (sur le silence, l'absence, le désert). Et peinant ? Bien oui, la limitation , la pauvreté, la lourdeur, la co-participation dans le mal, la non-consolation. C'est une désolation de ne pas ''être'' plus, plus vivant, en bonne partie par ma faute sûrement. Avec ce que je sais, être aussi pauvre. Mince ! c'est crucifiant. Tant de ressources existantes et être quand même comme un sous-alimenté, comme s'il était une main de fer ou une chape de plomb pour me maintenir ainsi. Ce peut juste être la puissance du péché j'imagine.

Merci d'être là,
de participer

Re: Le château intérieur

Publié : mar. 06 juil. 2010, 19:40
par Griffon
Merci Cinci.
Aujourd'hui, je n'aurais pas le temps d'en dire beaucoup.
Mais votre témoignage se rapproche effectivement de celui de Ste Thérèse elle-même qu'elle donne dans son premier livre "La Vie".

La 4ème demeure est la prise de conscience que l'Esprit prie en nous, il est présent et peut, mieux que nous, dire les mots de l'amour.
L'occasion de Lui passer les rênes.

Que Dieu vous garde,

Griffon.